Prologue
Harper
Ok, je peux le faire. Respire. De grandes inspirations et expirations, tout va bien. Ce n’est pas comme si ma vie entière en dépendait.
Enfin, si, un peu... Et puis merde, j'abandonne. Je ne sais pas pourquoi ma sœur a voulu que j'organise sa fête de fiançailles. Elle ne m'aime même pas.
Pour elle, j'ai toujours été la petite sœur agaçante. Elle ne m'accorde pas un regard. Sauf quand on est devant des gens qu'il faut impressionner.
Rien qu’en y pensant, je lève les yeux au ciel. Si mes parents me voyaient, ils diraient à coup sûr que je suis une ratée pour avoir baissé les bras.
Oh merde, j'ai parlé trop vite. Voilà la méchante belle-mère qui arrive. Si elle m'entendait dire ça, je crois que mon père m'aurait déjà tranché la tête. Je ne plaisante pas du tout. Ils sont tellement vieux jeu qu'on croirait qu'ils se déplacent en calèche plutôt qu'en voiture.
J'attends le jour où il m'annoncera qu'il me marie de force. Je l'ai entendu en parler dans son bureau. Mais dès que je fais le moindre bruit, il coupe court à la conversation.
« Pourquoi tu restes plantée là ? Allez, bouge-toi. C'est un grand jour pour ta sœur. Ne va pas tout gâcher comme tu le fais d'habitude. Tu es une telle déception, Harper. Je ne comprends pas pourquoi ton père ne t'a pas encore envoyée loin d'ici. »
Je lève mes yeux bleus au ciel face à cette garce. Fait chier ma vie ; par pitié, sortez-moi de cet enfer.
« Allons, ma chérie, écoute ta mère. Elle sait ce qui est bon pour toi. Holly et Matteo vont bientôt arriver. Tu ne peux pas la décevoir. C’est la première fois que tu vas la voir en plus de quatre ans. » dit mon père. Il ramasse les fleurs que je viens de jeter au sol dans un accès de colère.
Ne me le rappelle pas. Quatre ans, c'est bien trop court. J'aimerais qu'on soit plus proches, mais elle a dix ans de plus que moi. Et c'est l'enfant parfaite — je lève encore les yeux au ciel.
Je pense que si je n'étais pas une telle honte pour ma « mère », Holly m'aimerait peut-être mieux. Mais voilà, mon père n'a pas su garder son engin dans son pantalon, et je suis née d'une pute.
« Active-toi. Tu n'as pas toute la journée. » Mon père s'en va, me laissant avec les autres employés pour tout finir.
L'homme que ma sœur épouse est un genre de milliardaire canon. Je me demande bien comment elle l'a rencontré. Mon téléphone vibre. C'est un message de mon père qui me dit d'aller me changer avant qu'ils n'arrivent.
Il se fout de moi ? Il y a cinq minutes, il me disait de me dépêcher de tout ranger. Quel idiot. Mais je fais ce qu'il dit pour avoir la paix. Et avouons-le, j'espère bien me dégoter un beau gosse ce soir.
Après une douche, je me prépare. Je relève mes cheveux bruns en un chignon flou. Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai dû me battre pour retrouver ma couleur naturelle. C'est un miracle que mes cheveux ne soient pas morts. Ma belle-« mère » les a décolorés à outrance pendant des années, dès mes dix ans.
Elle détestait que les gens posent des questions sur mes cheveux sombres alors que tout le reste de la famille est très blond. Une pointe de haine me traverse en pensant à l'enfer qu'elle m'a fait subir. Ou plutôt, qu'elle me fait encore subir.
Je prends une grande inspiration. Je regarde dans le miroir la robe que ma « mère » a choisie pour moi.
Ce n’est pas une vilaine robe, je ne devrais pas me plaindre. C’est juste qu’elle ne me ressemble pas. C’est une robe noire longue jusqu’au sol avec un dos nu. Elle est plutôt sexy. Je me demande bien pourquoi elle a choisi ça pour moi. On croirait qu'elle ferait tout pour m'empêcher de porter ce genre de chose.
On pourrait penser qu'à vingt-quatre ans, on est maîtresse de sa vie et qu'on ne laisse personne nous dicter notre conduite. Mais je n'y arrive pas. Je n'arrive pas à me tenir tête, sachant qu'ils pourraient me mettre à la porte.
Je m'en ficherais, mais tout ce qu'il me reste est ici. Les souvenirs de tout sont ici. Même les plus horribles, ceux qui me marquent encore aujourd'hui...
Je chasse cette affreuse journée de mon esprit. Elle ne sait pas que son heure viendra.
Je jette un œil à l'horloge. Merde, j'ai mis plus de temps que prévu ! Je redescends vers la salle de réception.
J'ignore les petits ricanements que j'entends sur mon passage. Je me dirige droit vers mes parents.
Je vois tout de suite Holly. Elle est plus belle que jamais dans sa robe blanche scintillante. Elle tourne la tête vers moi et nos yeux bleus, identiques, se croisent.
Je ne peux pas m'empêcher de sourire. La vérité, c'est que je l'ai toujours aimée, peu importe comment nous sommes devenues sœurs.
« Harper, ça me fait tellement plaisir de te voir. Waouh, regarde-toi. Tu es magnifique. J'ai hâte que tu rencontres Matteo. Tu vas l'adorer. » Je rayonne en entendant ses mots, même si je sens ma poitrine se serrer.
« Tu m'as manqué », je murmure, au bord de l'émotion. Son sourire s'élargit, mais son regard reste le même. Est-elle vraiment contente de me voir, ou est-ce que c'est du cinéma ?
« Matteo, chéri, viens ici et rencontre le boulet de la famille. Tu comprendras ce que je veux dire quand tu apprendras à la connaître. » Elle rit, ce qui fait aussi pouffer mon père. J'essaie de ne pas être blessée. Je sais qu'elle plaisante. Enfin, j'espère.
Je regarde mes talons noirs, essayant de refouler mes larmes. « Matteo, voici Harper. Harper, voici l'homme de ma vie et mon futur mari, Matteo. »
Je lève les yeux, et au moment où nos regards se croisent, j'ai le souffle coupé. Ça ne peut pas être lui.
Je plaque une main sur ma poitrine pour contenir mes émotions. J'hallucine complètement. C'est obligé. Je cligne des yeux, encore et encore, mais il est toujours là.
« Angel ? » dit-il. Je retiens ma respiration. C'est vraiment lui. L'homme qui m'a brisé le cœur. C’est à cause de lui que je n’ai jamais voulu retourner à Rome. C'est à cause de lui que j'avais trop peur de voir Holly, sachant qu'il vivait à une heure de son hôtel.
« Harper, arrête d'être aussi impolie et va chercher un verre à ce monsieur. » Pour une fois, je remercie Adriana, cette garce de belle-mère, d'être intervenue.
Je ne me retourne pas vers Matteo, même si je sens son regard me brûler le dos. Est-ce qu'il a toujours su que j'étais sa sœur ?