Chapitre 1 - Une grave erreur
(Point de vue de Luna)
Il me l'avait promis.
Il m'avait juré qu'il ne recommencerait plus.
Il est tout ce qu'il me reste.
Flash-back — Quelques heures plus tôt
« Luna, nous ne pouvons plus attendre », a déclaré le Dr Abela. « Il doit être opéré le plus vite possible. L'hôpital ne fera rien tant que vous n'aurez pas payé l'acompte. »
« Je travaille ici, je ne vais pas m'enfuir... je vous en prie. Donnez-moi juste un peu plus de temps. Vous devez commencer l'opération, je paierai l'acompte dès que je le pourrai... » ai-je imploré en pleurant.
« Luna, tu es une élève que j'apprécie beaucoup. J'ai déjà fait tout mon possible en convainquant la direction de le soigner sans avance jusqu'à maintenant. Mais là, j'ai les mains liées. Pour eux, tu n'es qu'une étudiante en stage chez nous », a-t-il expliqué. « Peux-tu contacter un membre de ta famille ? »
« Nous n'avons personne. Il n'y a que nous deux... Il a dépensé toutes ses économies pour mes frais d'université. Je... je ne sais pas quoi faire... »
« Nous avons jusqu'à demain soir. »
Présent.
Jusqu'à demain soir...
Comment vais-je trouver l'argent pour son opération d'ici demain ?
Que pourrais-je bien faire pour sauver la vie de mon frère ?
Je ne pouvais pas m'empêcher de m'en vouloir.
Si je ne lui avais pas fait une scène pour qu'il m'envoie à ce camp médical avec la fac, il n'aurait pas participé à cette course pour trouver l'argent. Cette stupide course de voitures illégale. Si j'avais su, je n'en aurais même pas parlé.
Je vis avec mon frère aîné, Owen. Depuis 11 ans, nous ne sommes que tous les deux. Owen et moi avons commencé une nouvelle vie après la mort de ma mère et le départ de mon père. J'avais seulement 10 ans, et Owen en avait 18.
Avec l'héritage que ma mère tenait de ses parents, Owen a acheté une petite maison et un petit supermarché qu'il gère depuis lors.
Il a consacré les 11 dernières années de sa vie à essayer de m'offrir la meilleure existence possible. Je n'ai jamais eu l'impression que nous manquions de quoi que ce soit. Quand je lui ai dit que je voulais devenir médecin, je l'ai vu devenir nerveux, mais il a immédiatement masqué son inquiétude par un sourire fier.
L'année dernière, j'ai découvert qu'il participait à des courses illégales pour payer mes frais de scolarité. Il a eu un accident et je lui ai fait promettre de ne plus jamais recommencer. Il a tenu parole, jusqu'à ce que je fasse toute une histoire pour ce camp médical. Il est retourné sur la piste. Sa voiture s'est renversée, lui causant de graves blessures au crâne.
La tête a commencé à me tourner.
Pourquoi n'arrivais-je à rien trouver ?
Quelque chose...
N'importe quoi...
Attends !
Mario !
Mario habitait en face de chez Owen et moi. Nous jouions avec les autres enfants du quartier avant qu'il ne déménage il y a quelques années, mais il est toujours resté en contact avec moi. La dernière fois qu'on s'est parlé, il m'a proposé un boulot pour gagner de l'argent rapidement. J'avais refusé à l'époque, car je n'avais jamais eu un besoin d'argent aussi pressant.
Je me suis précipitée vers le club que Mario dirige, en espérant qu'il y soit.
Dès mon arrivée, j'ai remarqué une foule immense qui attendait devant pour entrer. J'ai pris une grande inspiration avant d'essayer de me frayer un chemin jusqu'à l'entrée. Un colosse m'a bloqué le passage.
« Votre nom ? » a-t-il demandé.
« Euh... Luna... Je... en fait, je dois voir... »
« Vous n'êtes pas sur la liste, écartez-vous s'il vous plaît », a-t-il dit d'un ton sec.
« Non... vous ne comprenez pas, je dois vraiment voir Mario... » ai-je insisté.
Quand j'ai prononcé le nom de Mario, il m'a regardée en fronçant les sourcils et a sorti son téléphone. « Luna, c'est bien ça ? » a-t-il demandé. J'ai hoché la tête, espérant qu'il appelle Mario. « Non, désolé, vous n'êtes pas non plus sur la liste VIP. Poussez-vous. » Les gens ont commencé à me bousculer vers l'arrière.
J'ai perdu l'équilibre et j'allais tomber à la renverse quand j'ai senti une main puissante serrer ma taille pour me stabiliser. Je me suis retournée brusquement et je suis tombée sur la plus belle paire d'yeux que j'aie jamais vue.
Je ne pouvais pas m'empêcher de fixer cet homme grand aux yeux vairons, l'un marron et l'autre bleu. Il avait une cicatrice sur le côté droit du visage. Il me fixait avec un regard noir qui m'intimidait au plus haut point.
« Lâche-la ! » a-t-il lancé fermement à l'homme derrière moi, me sortant de ma transe.
Je voulais le remercier, mais aucun son n'est sorti de ma bouche alors que je m'écartais. Je me suis rendu compte qu'une armée d'hommes l'entourait. Ils écartaient la foule pendant que je m'engouffrais dans le club.
L'endroit était sombre et extrêmement bruyant, avec des lumières stroboscopiques partout. J'ai couru vers plusieurs employés pour demander Mario, mais personne ne semblait me prendre au sérieux. Je restais plantée là au milieu de la foule alors que des gens ivres dansaient autour de moi. Soudain, j'ai senti une main familière serrer ma taille.
« Tu cherches quelqu'un, bébé ? »
Je me suis retournée vivement pour plonger mon regard dans les mêmes yeux que tout à l'heure.
« Euh... mer... merci de m'avoir aidée tout à l'heure... » ai-je bégayé, ne sachant plus quoi dire.
« Je connais de meilleures façons de me remercier... » a-t-il dit avec un sourire en coin. Il a glissé sa main sur mon cul pour me coller contre lui.
J'ai écarquillé les yeux quand il m'a empoigné une fesse pour me presser contre son entrejambe. Je me suis dégagée d'un coup sec et je lui ai flanqué une gifle magistrale.
« COMMENT OSES-TU ! » ai-je hurlé pendant qu'il se frottait le nez pour reprendre ses esprits.
Il m'a de nouveau regardée, mais cette fois avec une rage pure. J'en ai eu des frissons. Je l'ai vu lever la main comme pour arrêter quelqu'un derrière moi, mais j'étais trop terrifiée pour détourner les yeux.
« Grave erreur », a-t-il lâché alors que je trouvais enfin le courage de reculer.
Mon cœur battait la chamade quand j'ai atteint le bar. Les larmes ont commencé à monter. Je n'arrivais pas à croire qu'un type flippant m'ait touchée comme ça. Tout ce que j'avais trouvé à faire, c'était de le gifler. Franchement, je ne sais pas où j'ai trouvé le cran de faire ça. Je suis surprise de ne pas avoir fondu en larmes sur place.
« Luna ? » J'ai entendu la voix de Mario et j'ai poussé un soupir de soulagement. « C'est toi ? »
« Mario ! Mais où étais-tu passé ? Tu n'imagines pas ce qui vient de m'arriver ! » ai-je crié.
« Quoi ? » Il m'a regardée avec inquiétude.
« Laisse tomber, ce n'est pas important. J'ai besoin de ton aide », ai-je dit.
Je l'ai fait asseoir et je lui ai tout raconté.
« Je ne sais pas comment t'aider... Tout mon argent est passé dans ma nouvelle maison... » a-t-il dit, pensif.
« Tu n'as pas un boulot, comme celui que tu m'avais proposé ? » ai-je demandé.
« Luna, c'était une mission simple. Tu devais juste prendre un vol de la Sicile vers Rome avec quelques documents, les donner à quelqu'un devant l'aéroport, puis reprendre le vol suivant. »
« Eh bien... je peux le faire... n'importe quoi ! » ai-je insisté.
Il a soupiré. « Ce n'est pas si facile. À l'époque, on avait besoin de quelqu'un de l'extérieur qui ne soupçonnerait rien. C'était exceptionnel. Je n'ai rien d'autre d'aussi sûr à te proposer... »
« Il doit bien y avoir quelque chose, Mario. Je t'en prie... » Je l'ai regardé, les yeux pleins de larmes.
Je sais que Mario fréquente des gens louches et qu'il fait des trucs illégaux. Je ne sais pas exactement quoi, mais j'ai compris quand il a commencé à rouler sur l'or du jour au lendemain. Aucun gérant de club n'est payé aussi cher.
« Il y a bien un truc, mais Owen va me tuer... » a-t-il dit.
« Je le fais pour lui... » ai-je répondu.
« D'accord, attends ! » Il a pris son téléphone et s'est éloigné quelques minutes.
« Il y a ce type qui veut la nationalité italienne. Le moyen le plus rapide est de se marier avec une Italienne. Ce sera un mariage blanc. Il te paiera et une fois les papiers terminés, vous divorcerez. »
« Je vais devoir me marier avec un inconnu ? » Mes yeux se sont agrandis.
« Seulement sur le papier. Tu devras emménager avec lui quelques semaines pour parer aux visites surprises de l'administration », a-t-il précisé. « Ne t'inquiète pas, le gars est correct. Il a fait ses études de médecine ici en Sicile. Son visa expire et il veut rester. Vous êtes du même milieu, vous aurez des points communs. »
Je n'avais pas d'autre choix. Je sais que je peux faire confiance à Mario. Il ne me laisserait pas tomber sur un fou furieux. « D'accord, quand ? »
« Je vais faire jouer mes relations pour vous obtenir un rendez-vous demain matin à 11 h », a-t-il dit. « Il te donnera 70 % de la somme demain après la signature. Le reste après l'enregistrement du mariage. »
« Non », ai-je dit. « Demande-lui de verser cette somme... » J'ai sorti la facture de l'hôpital. « ...directement à l'hôpital au nom d'Owen. S'il y a d'autres frais médicaux, il paiera ça, rien de plus. »
« Luna... »
« Je serai au tribunal demain à 11 h », ai-je conclu. Il a hoché la tête.
« Tu devras emménager chez lui demain soir... » a-t-il ajouté. J'ai acquiescé avant de quitter le club.
Je suis rentrée précipitamment et j'ai commencé à faire un petit sac. J'y ai jeté quelques vêtements de base et tous mes livres. Je pourrais toujours revenir si j'oubliais quelque chose.
Soudain, je me suis souvenue.
Merde. Sebastian !
J'ai saisi mon téléphone et j'ai composé son numéro, en attendant qu'il réponde.
Seb : « Allô, c'est important ? Je suis occupé. »
Luna : « Seb... je suis allée à l'hôpital aujourd'hui... » J'ai pris une profonde inspiration.
Seb : « Comment il va ? »
Luna : « Je dois trouver l'argent d'ici demain, coûte que coûte... »
Seb : « Et tu comptes faire comment ? Je t'ai déjà dit que je ne pouvais pas... »
Luna : « Oui... je sais. Je ne te demande pas de m'aider... en fait, j'ai vu Mario aujourd'hui. Il connaît quelqu'un qui a besoin de la citoyenneté et... »
Seb : « Et tu as accepté de l'épouser pour du fric ? En gros, tu te vends comme une pute pour de l'argent ? » a-t-il craché.
J'ai été sidérée par la violence de ses mots.
Luna : « Ce n'est pas ça du tout ! » ai-je crié.
Seb : « Laisse tomber Luna. J'aurais dû rompre le jour où tu m'as dit que tu voulais "attendre le mariage". Putain, tu as 21 ans, j'en ai 26, ça fait 3 ans que j'attends. Tu ne m'as même pas fait une pipe. Merde, tu ne me laisses même pas te toucher les seins ! Et là tu vas te marier avec ce type et lui, il va pouvoir te baiser !? »
Luna : « Seb, qu'est-ce qui te prend ? C'est un mariage blanc ! Tu ne penses qu'au sexe ! »
Seb : « PARCE QUE MA PETITE AMIE DEPUIS 3 ANS NE M'EN DONNE PAS ! » a-t-il hurlé. Je me suis mise à pleurer.
Luna : « Seb... »
Seb : « Rappelle-moi quand tu seras sortie de ce mariage. Ne te pointe pas devant moi d'ici là ! Je t'ai donné 5 ans de ma vie, je ne vais pas te lâcher comme ça ! » Il a raccroché et je me suis effondrée à genoux, en sanglotant.
Sebastian.
Mon petit ami.
Le meilleur ami de mon frère.
Sebastian est venu travailler au supermarché il y a 5 ans. Il a commencé à m'apprécier presque tout de suite, mais j'avais 16 ans et lui 21. Il m'a proposé de sortir ensemble pour mes 18 ans. Après des mois passés à convaincre Owen, ce dernier a fini par accepter.
Je l'ai toujours aimé, mais je n'ai jamais ressenti d'attirance sexuelle pour lui. Je pensais que ça viendrait avec l'âge, mais le fait qu'il insiste sans cesse pour coucher avec moi m'a complètement refroidie.
Depuis un an environ, il n'est plus vraiment là, ni pour moi, ni pour son meilleur ami. Il dit qu'il est débordé par son nouveau boulot. Comme je déteste m'imposer, je ne lui pose pas de questions. Il n'a même pas pris la peine de venir quand Owen a eu son accident.
Il ne m'avait jamais parlé sur ce ton. À part quelques remarques acerbes parce qu'il me trouvait ennuyeuse ou trop coincée, il n'avait jamais été grossier ou violent. Parfois, il parlait de telle façon que je finissais par croire que je le privais de quelque chose d'obligatoire dans un couple.
Je lui parlerai quand il sera calmé. Je ne sais pas ce qui lui a pris. Peut-être qu'il a juste atteint son point de rupture avec moi...
Un message de Mario m'a tirée de mes pensées.
Mario : Sois là à 10 h pile demain matin.
Luna : D'accord, merci Mario. Tu ne sais pas à quel point tu me sauves...
J'ai posé mon téléphone et je me suis allongée. En espérant que demain soit un jour meilleur et que tous mes problèmes soient résolus. Tout va bien se passer.
Pas vrai ?