Un doux bonheur

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Summary

Mary a passé des années à se construire une carapace. Marquée par le harcèlement scolaire et une relation complexe avec un père absent, elle n'a toujours eu qu'un seul pilier, une seule certitude : John. John est son ami d'enfance, son meilleur ami, son pilier. Entre eux, l'amitié est une évidence, un sanctuaire où rien ne peut les atteindre. Mais alors qu'ils entrent au lycée, les regards changent et les cœurs s'affolent. Pour satisfaire la curiosité de Mary, ils décident de jouer un jeu dangereux : jouer aux faux couple. Mais à force de simuler les gestes tendres et les mots doux, la frontière entre le faux et le vrai s'effrite. Mary doit faire face à ses vieux démons et à une question qui l'obsède : et si celui qui l'a toujours sauvée était aussi celui qu'elle était destinée à aimer ? Entre secrets de famille, parents séparés et les doutes de l'adolescence, découvrez l'histoire de Mary. Une quête de résilience où l'amitié la plus pure pourrait bien se transformer en la plus belle des romances.

Genre
Romance
Author
Nova Rose
Status
Complete
Chapters
38
Rating
4.9 7 reviews
Age Rating
13+

Chapitre 1

Mary

L’amour est une chose complexe. Cela peut faire peur d’aimer quelqu’un, et pourtant, nous y ferons face tout au long de notre vie ; on le ressent d’ailleurs très tôt. Cela commence dès notre venue au monde, par ce lien si précieux partagé avec notre mère. Malheureusement, tout le monde n’a pas cette chance. J’ai envie de croire que la vie peut nous offrir de belles rencontres pour nous apporter ce bonheur dont certains ont été privés si injustement.

J’ai eu la chance d’avoir une mère et un père qui m’attendaient avec impatience. Je voyais en ma mère une douceur infinie et en mon père un véritable héros. Nous avons vécu toutes sortes d’aventures tous les trois : mes premières chutes, mes premières bêtises, des tours de manège à n’en plus finir et ces escapades au parc que j’attendais tant. C’est là que je l’ai rencontré, cette personne si spéciale qui, je l’ignorais alors, deviendrait si importante.

Un petit garçon blondinet, plus petit que moi quoiqu’il ait trois mois de plus. Il avait un sourire qui réchauffait le cœur et des yeux gris qui avaient le don de me transpercer jusqu’au tréfonds de mon âme, comme s’il pouvait lire toutes mes pensées. Moi, avec mes bleus sur les genoux et mes yeux noisette, j’étais quelconque à côté. Ma seule fierté, c’étaient mes cheveux bouclés, blonds comme les blés et doux comme de la soie. Cela contrastait merveilleusement bien avec mon attitude bourrue et “rentre-dedans”.

— Mary ! J’ai cru que tu n’allais pas venir, me dit-il en me voyant entrer dans le parc.

— Moi aussi... répondis-je, soulagée de voir son visage.

— Qu’est-ce qu’il y a ? me demanda-t-il en remarquant mon expression penaude.

Je grandissais et je me rendais compte que les choses changeaient à la maison. Mes parents étaient de moins en moins présents. Au début, je pensais que c’était leur travail qui les rendait distants. Mais j’ai entendu ma mère pleurer dans la salle de bain, ce qui m’a glacé le sang. Puis, j’ai surpris une conversation, un soir où ils pensaient que je dormais. Ils parlaient de cet enfant qu’ils n’arrivaient pas à avoir. Au fil des mois, ma mère passait de la bonne humeur à un isolement total dans sa chambre.

J’ai commencé à avoir peur. Pourquoi vouloir autant un autre enfant alors que j’étais là ? J’étais trop petite pour comprendre. J’ai commencé à souffrir de troubles du sommeil, à me réveiller la nuit en réclamant mes parents. Dès que maman n’allait pas bien, je mangeais moins, j’avais un nœud à l’estomac. Le docteur a fini par les avertir que je ne prenais plus de poids. J’ai culpabilisé en sentant leur inquiétude et leur incompréhension. Mes parents ont fini par questionner l’entourage et l’école : ils ont appris que je ne m’alimentais plus correctement.

John, lui, était toujours présent. On se voyait au parc le week-end et cela me faisait du bien. Il n’était pas du genre à poser trop de questions ; il se contentait de sourire.

J’ai appris bien plus tard que ma mère avait dû subir des examens, des injections et des rendez-vous dans un centre spécialisé, mais rien n’y faisait. C’était un secret qu’ils gardaient sûrement pour me protéger, mais cela n’a servi à rien. Je percevais les bruits de couloir, les sanglots dans les toilettes, les disputes dans la cuisine. Je sentais leur absence.

— Mary, tu dois manger, c’est important pour ta santé, me rabâcha maman un jour en s’asseyant devant moi.

— Pourquoi est-ce que je devrais aller bien alors que toi, tu vas mal ? lâchai-je en laissant sortir les larmes retenues depuis trop longtemps.

— Mais... Qu’est-ce que tu racontes ? répondit-elle, gênée, en glissant une mèche de cheveux derrière son oreille.

— Je t’entends pleurer... Vous n’êtes plus là... Vous me manquez... dis-je en fermant les yeux pour ne pas voir son visage se décomposer.

— Je ne pensais pas que... Excuse-moi, ma chérie... murmura-t-elle en cachant son visage dans ses mains.

Je ne savais plus quoi dire. J’avais une boule douloureuse dans la gorge. Je ne voulais pas la faire pleurer. Je pensais que c’était juste une mauvaise passe, que ça s’arrangerait. Mais mes parents ont fini par se séparer. J’étais à l’école primaire quand j’ai vu ce père, mon héros, partir. Notre maison était trop grande et trop coûteuse, alors nous avons déménagé. Je pense que maman avait besoin de passer à autre chose ; la maison gardait trop de souvenirs.

La bonne nouvelle ? Nous sommes devenus les voisins de John ! Évidemment, j’étais malheureuse de ce déchirement familial, mais j’ai senti que ma mère, après avoir été au bord du précipice, s’est relevée plus forte que jamais. C’est elle qui est devenue mon héros. J’ai fini par retrouver un sommeil serein et un appétit convenable.

Pour assumer notre vie à deux, il y avait évidemment des ombres au tableau : ma mère était obligée de travailler deux fois plus dur. Nous profitions moins l’une de l’autre, mais nos moments ensemble étaient précieux. Nous allions au cinéma, commandions à manger, faisions des soirées jeux de société. Nous passions aussi de folles soirées avec les parents de John. C’était si bon de rire et de ressentir toute cette chaleur.

Un soir, pendant que nos parents regardaient une émission, nous sommes montés dans sa chambre pour nous cacher dans sa cabane. Il a allumé une boîte lumineuse qui projetait des millions d’étoiles sur le plafond. On était allongés pour les contempler, nos deux corps se frôlaient. Je sentais que je pourrais toujours compter sur lui.

— Je voulais m’excuser... dit-il en rougissant de honte.

— Pourquoi ? demandai-je, surprise.

— J’ai été heureux quand tu m’as annoncé que tu emménageais juste à côté de chez moi... alors que si tu déménages, c’est parce que ton père est parti... avoua-t-il avec une honnêteté désarmante.

— Je suis heureuse aussi, John. Heureuse d’être ta voisine, de ne plus attendre le week-end en ayant peur de se louper au parc. Je suis contente de pouvoir juste traverser la rue pour te voir. Je suis triste que mon papa soit parti, mais ce sont deux choses différentes. Je ne t’en veux pas, au contraire ça veut dire que tu m’aimes beaucoup.

Nous étions meilleurs amis. Ma nouvelle vie me permettait d’aller à l’école tous les jours avec lui. Ses parents étaient un couple adorable, rempli de bonté. C’est durant ces premières années que j’ai découvert des sentiments contradictoires : l’amour parental, puis le déchirement de voir mes deux piliers se séparer. L’amour amical de John a été mon plus grand soutien, même si beaucoup ne comprenaient pas notre lien.

À l’école, on nous demandait sans cesse si nous étions amoureux. On en riait, on se tenait la main pour les faire jaser. Mais je me souviens du jour où William m’a poussée par terre. Je me suis écorché les genoux. John est devenu fou. Ses yeux gris ont pris la couleur de l’orage et il a frappé cet imbécile sans hésiter. Il a été puni et ses parents ont été convoqués. Je m’en voulais, j’étais inquiète, mais il m’a souri. Son regard est redevenu doux, profond, et j’y ai lu qu’il ne m’abandonnerait jamais.

Cela a servi de leçon à tous ceux qui auraient voulu me faire du mal. Les filles chuchotaient et me tenaient à l’écart, mais je m’en fichais : nous étions ensemble, et c’était tout ce qui comptait.

Nos années de primaire furent douces, puis le collège devint plus tendu. John m’avait largement dépassée en taille. Son visage s’était affiné et ses yeux attiraient tous les regards. Et puis, il y avait moi, “trop proche de lui” au goût des autres filles. J’étais toujours collée à lui et à ses copains. Ça me convenait : les garçons ne se prenaient pas la tête, ils m’acceptaient comme j’étais.

C’est seulement en dernière année que j’ai rencontré une fille qui sortait du lot. Elle était comme John : elle avait ce regard qui me transperçait, un teint de porcelaine et de longs cheveux chocolat, un peu plus clairs que ceux de mon meilleur ami.

— Tu n’as pas l’air de t’entendre avec les filles de la classe, me dit-elle un jour en s’asseyant à côté de moi.

— Bien observé. Je ne m’entends avec aucune fille de l’école, et ça me va très bien, répondis-je sur mes gardes.

— Ça me plaît. Je sors d’un collège où une bande de filles m’a fait vivre l’enfer, alors je préfère éviter, confia-t-elle, encore amère.

— Tu sais que je suis une fille, quand même ?

— Oui, je sais ! Et justement, je pense qu’on pourrait devenir amies. Tu es comme moi, dit-elle en plantant son regard émeraude dans le mien.

— Je m’appelle Mary. Je ne traîne qu’avec des garçons, enfin, surtout avec un seul. Enchantée.

— Un prénom plutôt banal pour une fille qui ne l’est pas. Moi, c’est Olivia. Enchantée.

— Merci... enfin, je crois, répondis-je dans un petit rire cristallin.

Olivia était une jeune fille au fort caractère mais au cœur d’or. Nous avons fini par former un trio, et cette dernière année est devenue ma préférée ! Nous avions l’habitude de nous retrouver chez moi, car ma mère travaillait souvent jusqu’à 19 h 30.

— Vous avez choisi votre lycée ? demanda Olivia un jour en piochant dans un paquet de chocolats.

— Celui d’à côté, la suite logique, répondis-je en haussant les épaules.

— Tu ne sais toujours pas ce que tu veux faire plus tard ? me demanda John.

— Non, et je ne suis pas la seule ! On n’a que quinze ans, comment je suis censée savoir ce que je veux faire dans trois ans ? m’emportai-je un peu, car le sujet me tenait à cœur.

— Je suis d’accord, appuya Olivia. Moi, j’irai aussi au lycée d’à côté. Je reprendrai le magasin de mes parents, donc un bac commerce suffira.

— Pour toi, c’est déjà tout tracé... Et toi, John ? Tu as une idée ?

Je savais pertinemment qu’il n’en avait aucune. J’étais secrètement ravie que nous restions ensemble au lycée ; nous serions encore inséparables. Avec Olivia, c’était encore plus réjouissant. Je sentais que cette fin de collège n’était que le prélude aux belles années qui nous attendaient. Nous changions de sujet en grignotant des sucreries. Olivia nous racontait des potins

— elle avait l’œil et l’oreille partout. Elle nous entraînait dans des fous rires à s’en tordre le ventre. Elle ferait une reporter incroyable si elle ne reprenait pas le magasin familial.

Ah... l’avenir. Comment préparer des années inconnues ? Après tout, nous ne savons pas de quoi demain sera fait. Je n’avais pas prévu le départ de mon père, ni que John deviendrait aussi indispensable, ni que ma mère se sacrifierait autant pour notre confort, ni même qu’Olivia deviendrait ma toute première amie.