PAS SANS TOI...T

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Summary

All, depuis la mort de ses parents, a abandonné ses rêves pour consacrer son temps aux indigents. Une vie quasi-inexistante, des moyens plus que précaires, elle préfère donner de son temps aux autres plutôt que de prendre soin d'elle. Jusqu'au jour où, sa meilleure amie rentre des États-Unis avec en poche, le mec le plus convoité... Nick Olson. Deux catégories sociales totalement opposées, deux vies radicalement différentes, mais que tout semble étrangement rapprocher...

Status
Ongoing
Chapters
29
Rating
5.0 1 review
Age Rating
18+

ALLYSON

Mes doigts audacieux marquent le contour parfait de ses abdominaux, tendus par le délice de mes caresses. Incapable de résister à toutes pensées, ma main flatteuse se niche sous l’immense étoffe de soie, vaincue par le cortège d’idées plaisantes défilant dans ma tête.

Joyeux anniversaiiire !

Je bondis soudain hors du lit, réveillée en sursaut par les cris de la fête d’hier résonnant dans mon crâne à m’en faire sauter la cervelle.

Mon regard confus considère les alentours, éberluée par La Divinité ensommeillée à mes côtés. Que fait cet homme dans le plumard de Margaux ? Et avant tout, qu’est-ce que j’y fais, aussi ? Tout ce dont je me souviens, c’est d’avoir bu du champagne à gogo, de la bière et fumé quelques joints trop dosés. En fait, j’étais tellement torchée que je ne me rappelle juste de mon corps agonisant lentement dans les bras de ma meilleure amie pour lui souhaiter son trentième anniversaire. Il se déroulait dans l’immense appartement luxueux de son fiancé qu’elle a rencontré aux States, avec lequel elle vient de s’installer. Elle m’a l’air super-heureuse, super-amoureuse, c’est tout ce dont je lui souhaite. Beaucoup de bonheur… À moi aussi par la même occasion. Heureuse que ce ne soit pas lui dans ce paddock.

Ouf !

J’en ai la confirmation quand ce dernier se met à lentement remuer son corps, dévoilant un rayonnage impressionnant d’oblique. Et je mentirais si je disais avoir les orbites cachées sous les paupières. Disons plutôt que mes prunelles gourmandes reluquent l’horizon d’une fine lignée de poil descendant jusqu’à la limite… Du chapiteau sans structure. Merde ! C’est moi qui ai provoqué ça ?

Sans faire de bruit, aussi discrète qu’un soleil à demi éveillé, je cherche mes vêtements dans l’enchevêtrement de tissu éparpillé au sol mais rien. Nada. Seigneur merci, je porte toujours ma lingerie en fine dentelle couvrant à peine un triangle équilatéral et deux hémisphères parallèles.

— Mm, mm !

Oh mon Dieu ! Dites-moi par où fuir !

Un viril raclement de gorge hommasse, et mon fessier se retrouve sur la coiffeuse, piqué par les pointes de la brosse à cheveux. Le corps de cet homme est une récréation à lui seul. Il dégage une force, une assurance aussi sexy soit-il, lorsqu’il joue de son déhanché pour s’approcher de moi, vêtu d’un boxer moulant à merveille toutes, mais toutes les zones épidermiques même les plus inapparentes. Je vous assure, bonté divine, que ce mec existe vraiment et pas que dans mes rêves.

— Je m’appelle Nick, mais tout le monde me…

— Je sais qui tu es !

J’essaie d’écarter mon cœur palpitant à tout rompre, d’effacer la vue de son corps chaud contre le mien. Aussi, de gommer les innombrables femmes ayant eu le bonheur de perdre les pédales, le temps d’une nuit dans ses draps.

Ma main s’avance avec méfiance dans le but de serrer la sienne, ferme et douce, qui enveloppe en entier la mienne telle une caresse de satin au petit matin. Son regard fiévreux se pose sur mon corps, sur ma peau frissonnante déjà ivre de désir, portant avec courtoisie le dessus à sa bouche afin d’y déposer un chaste baiser.

J’ai besoin d’avoir les idées claires. Balancez-moi un seau d’eau fraîche à la figure !

— Est-ce que l’on a…

Du menton, je désigne le lit en m’efforçant d’avaler cette horrible boule de coton coincée en travers ma gorge.

— … fais quelque chose… tous les deux ?

— Quelque chose ?

Pourquoi porterait-il son attention sur une femme maigrelette ? Le seul truc qui ne cloche pas chez moi, ce sont mes seuls et uniques atouts. L’accord parfait à la dénomination du mot femme : mon cul comme mes seins. Ils ne sont ni trop gros, ni trop petits. Ils sont juste bien roulés comme diraient la plupart des hommes.

Du haut de sa presque trentaine, il m’apprécie, me reluque sans gênes de haut en bas, tirant sur deux fossettes au creux de ses joues hâlées. Cet homme est en un clin d’œil, bourré de qualités qu’on ne pourrait les nommer. Il ajoute, enfilant son chino sans me lâcher du regard.

— Tu veux dire baiser ?

Ou plutôt compter ses attributs sur les doigts de la main.

— Oui. Une superbe partie de jambes en l’air prise avec un immense plaisir, si tu ne vois pas trop où je veux en venir.

— Là, tu me demandes bien si ton petit corps a atteint l’apogée ?

— J’aimerais seulement savoir si ma réponse est dans ma question, juste pour tuer le doute.

Derrière un sourire en coin impossible à déchiffrer, ce dernier tourne les talons vers la sortie d’un pas nonchalant, puis lâche par-dessus son épaule avant de disparaître dans le couloir :

— Non, sûrement pas avec moi. Faudrait au moins être assez mignonne pour réussir à me faire cramper.

Ce mec… Que dis-je ? Ce CONNARD vient de tuer toutes mes illusions même les plus infimes à grands coups de sarcasmes.

— Tu pourrais fermer la porte ! Espèce de crétin…

Alors que je grogne entre mes dents, sa tête passe par le chambranle, une main posée sur la poignée.

— Enfile mon pull. Je ne voudrais pas que ton joli petit cul se chope un rhume.

D’une voix modulée, sur ce doux et agréable brocardage, le battant se referme sur son pitoyable sourire.

Idiot !

Dénommé Nick Olson, appelé également Styles pour son élégance perpétuelle à vous provoquer un décollement de rétines, vous n’apercevrez jamais un bout de salade coincé malencontreusement entre ses dents parfaites, ni aucun poil, qu’importe l’endroit où il se trouve, coupé ou brossé de travers. C’est le mannequin français, la bombe la plus sexy, mais aussi le plus grand salaud de tous les États-Unis d’Amérique.

Depuis la mort de son épouse Paloma, il enchaîne les déboires sentimentaux autant que les mixtures à base de drogues et d’alcool qui lui ont fait perdre toute dignité humaine. Les gazettes estiment qu’il est devenu un homme inconsolable depuis la perte subite de sa chère et tendre, un sublime mannequin Brésilien décédée sur le coup dans un accident.

L’année dernière, après qu’un chauffard en état d’ébriété lui a coupé la route, son cabriolet a achevé sa course en bas du ravin. Ce qui n’empêche pas pour autant la presse à scandale de casser du sucre sur son dos à la moindre dérive, et d’en faire un chiffon vendu à des milliers d’exemplaires dans les magazines people à travers le monde.

Cela fait près de trois ans que Margaux m’a annoncé travailler avec l’un des mecs classés le plus sexy de la gent masculine. Un an à penser que les paparazzis sortaient des ragots à son sujet pour m’éviter d’empêcher de croire en mon rêve. Que mon vœu devenu le plus cher depuis ces tristes années, était de lui avouer toute mon admiration. Qu’à chaque fois que je me vois fixer ses yeux noisette à travers l’écran de mon téléphone, mon cœur bat comme un tambour, rien que pour lui. Eh bien, je dois vous avouer que mon rêve de femme vient totalement de se réduire en miette, aspiré avec plaisir par la sale gueule de l’aspirateur.

Cette année, il a changé d’une façon si horrible que j’en suis tombée des nues. Il n’est plus l’homme rieur, attentif qui communiquait à travers son sourire. Ni celui auquel on avait, sans aucune hésitation, peur de s’approcher pour demander une empreinte écrite sur un bout de papier déchiré. À présent, il est l’homme perdu dans l’abîme de sa tristesse, répandant un poison mortel en tout lieu, partout où il passe. Puis, comme il l’a annoncé dans un journal people, son existence se réduit à : j’aime jouir de la vie, donc des femmes. Pourquoi ne pas saisir la balle au bond et en tirer profit ?

Je saisis son pull en amas sur le sol, le porte au visage pour en sentir son odeur. Un parfum musqué, animal, mêlé à celle de la cigarette. Exquis…

J’enfile un mini-short à Margaux tiré du placard avant de filer vers la cuisine d’une humeur guillerette. Partie à la rencontre de ma meilleure amie avec un enthousiasme débordant, ravie de son come-back au pays, je lui plaque un méga baiser bruyant sur la joue alors qu’elle enfourne ses tranches de pain dans le toaster. Son regard bleu se tourne vers moi, ses sourcils sombres joliment dessinés se relèvent en inspectant ma tenue. Je ne m’étonnerai pas qu’elle ne tilte que sur le haut et non le bas.

— Où as-tu déniché ce pull, petit oiseau ?

Dans le mille !

Margaux, ma meilleure amie, ma complice de toujours, maquilleuse professionnelle à temps plein pour le genre d’énergumène assis face à moi, mais aussi fêtarde pendant ses heures perdues, me dénomme petit oiseau pour le train de vie que je mène. C’est-à-dire, une liberté sans nom, une indépendance absolue. J’aime pouvoir vivre avec désinvolture, avoir du choix, des possibilités sans avoir à me sacrifier. J’aime me sentir libre tout simplement, sans avoir rendre de compte à personne.

— C’est le mien. Je lui ai prêté, elle avait le cul à l’air.

La tête plongée dans son café noir, sans sucre — oui, parce que tout le monde sait aussi comment il aime le boire —, Styles paraît triste, pensif. Serait-ce possible qu’il rumine toujours le souvenir de sa défunte femme ? Probable…

Il est devenu cet animal en cage, sevré de liberté. Ses larmes invisibles ne cessent de lui rappeler qu’il est triste, l’âme en peine, cependant, la vie est faite pour nous être reprise, alors comment se consoler de la perte de ceux qu’on aime ? Moi-même, je n’ai pas la réponse devant la bassesse dont mes parents ont fait preuve pour accomplir leur acte.

— J’adore cette odeur musquée que les hommes portent sur eux. Ça fait viril. Forts, rassurants et protecteurs.

Le nez enfouit sur mon épaule, Margaux respire à plein poumons les fibres du tissu. Mon éclat de rire en aucun cas canalisé, fais relever lentement la tête de Styles dans ma direction quand j’apporte pour la forme :

— Ouais, ben, sais-tu que cette odeur vient du trou du cul des rats musqués ?

Ce dernier s’interpose sans attendre.

— Très amusant, All.

All ?

— Tu connais mon mini-prénom ?

— C’est bien comme ça que tout le monde te nomme, non ?

Je réponds, abasourdie et pantoise qu’il s’intéresse un brin à ma personne.

— Oui… oui…

Mon âme de petite fille jaillit du haut de mon mètre soixante-douze. Depuis des années, personne ne s’est inquiété de savoir comment je me portais, si j’étais dans le besoin, mis à part Margaux et son amitié indéfectible. Le peu d’intérêt qu’il m’accorde, met un peu de baume sur mon âme mal foutu.

— Je lui ai parlé un peu de toi.

Styles, étonné par la remarque de Julie, rit tout bas d’une voix agréablement rêche.

— Un peu ? Je connais toute sa vie ! Si j’avais un minima les talents d’un écrivain, je pourrais publier un putain de bouquin sur elle.

— Tout… ? Comment ça, tout ?

Lui a-t-elle rapporté que ma vie baigne dans le monde de la misère ? Un univers totalement opposé du sien, dans lequel, il ne risquerait pas d’y mettre les pieds de par sa fortune, de peur d’y salir ses jolis souliers cirés ?

— Tes actions pour aider les personnes démunies, je trouve ça cool.

Mauvaise langue, All.

— Les pauvres aident les pauvres, tandis que les riches fleurissent et s’épanouissent toujours plus sur le dos des autres. Et cela n’ira pas en s’améliorant, hélas.

— Je ne suis pas d’acc…

— Enfin, bref ! Tout ceci pour dire que j’adore cette odeur. Point !

Margaux nous coupe pour éviter toutes prises de bec. Je ne peux m’empêcher de renchérir en raillant, c’est plus fort que moi.

— Ouais… Avec de vagues effluves d’excréments.

— Non, sexuelles !

Sous mon air effronté, je lance un regard évident à Styles qu’il soutient avec un aplomb surprenant et une résolution indomptable. Décidément, ce mec flegmatique au calme olympien est vraiment imperturbable. Si l’on m’avait traité de grosse merde, j’aurais sans hésiter, bondit, dépecé, puis tailler en pièces en une fraction de seconde, celui ayant bafoué ma propre personne.

Mes yeux se détachent de Styles qui n’a de cesse de me fouiller du regard, puis le pique d’un ton moqueur en m’éloignant pour filer à la salle de bain.

— J’en cherche encore les notes.

Sa main chope soudain mon poignet quand je passe près de lui, me tire doucement à ses côtés jusqu’à ce que mon postérieur rencontre l’îlot central de la cuisine. La douce pression de ses doigts me brûle la peau, m’administre de délicieuses charges électriques dans chaque particule de moi-même. Margaux, elle, sans se faire repérer, s’éclipse sur la pointe des pieds.

— Tu déposeras mon pull où tu l’as trouvé… P’tit cul.

Sa tête se relève lentement vers moi, son regard vert noisette plonge dans le mien. À cet instant, son visage se couvre d’un voile de tristesse, enserre mon cœur d’une tendre pitié. Se sent-il si mal pour laisser transparaître sa douleur à vif, lui ne s’autorisant à l’extérioriser qu’en baisant des femmes ?

C’est une technique de drague pour te mettre dans son lit !

Je revêts vite ma carapace afin de défendre mon pauvre univers devant son sale air arrogant retrouvé. Son regard lubrique glisse sur mon corps embrasé, touche la cambrure provocante de mes reins, s’attarde sur la douce courbe de mes seins, puis retombe le nez au-dessus de son café qu’il mélange de façon continue, sans piper mots.

Que suis-je censée dire ou faire ? Comment dois-je réagir ? Lui demander s’il trouve mon corps parfait, mon derrière trop bombé ou pas assez pour être cajolé par ses grandes mains ? Mes seins pas suffisamment fermes ? Imparfaits pour être choyé par sa délicate bouche ? Mais non. L’homme transfiguré vient une fois encore de me couper le sifflet par son silence.

— Je pars à la douche. Je ne manquerai pas d’y laisser ta loque.

Le visage cadavérique reflété dans le miroir me met un véritable coup d’électrochoc.

— Tu m’étonnes qu’il ne t’ait même pas porté un tant soit peu d’intérêts. Tu as la tignasse toute ébouriffée d’une affreuse marâtre. Une mine pâle et une peau aussi fatiguées qu’un cadavre, remarqué-je en tirant doucement sur mes joues sans teint. De quoi faire même fuir un éléphant dans un trou de souris.

Je lave mes dents afin de chasser l’arrière-goût désagréable laissé par l’alcool, puis file sous le jet de la douche italienne en marbre en passant une main devant le capteur pour ouvrir l’eau.

Max, le fiancé de Julie, compte rendre à terme leur maison entièrement connectée et écologique. Quand tu rentres chez eux, c’est comme si tu faisais un tour dans l’univers de l’inspecteur gadget. Aussi simple qu’amusant, tu as juste à ouvrir la bouche pour donner tes ordres à l’habitation. Quand tu vas te coucher, il te suffit de claquer des mains pour faire l’obscurité sans avoir à te lever.

Elle n’est pas belle la vie ? Ben, non. Pas tout le temps…

Une fois séchée, alors que je m’apprête à enfiler mon balconnet après avoir passé ma dentelle, la pièce sombre dans le noir.

— Une panne de courant ? Super, il ne manquait plus que ça.

Au moment où je m’apprête à me retourner pour chercher l’interrupteur et essayer de faire ressusciter la lumière, son odeur m’enlace telle une écharpe de soie, me fait prisonnière de ses bras.

— Ne dis rien…

Styles souffle d’une voix amère relevée d’une pointe de café sur ma nuque, invitant un délicieux frémissement de plaisir sur ma peau. Son corps chaud se presse contre le mien, dans la chute de mes reins. Ses mains se resserrent sur mes hanches, ses doigts affamés s’enfoncent dans ma chair échauffée.

— Alors comme ça, je suis un petit trou du cul. On ne me l’avait jamais faite.

Face à sa légère ironie, j’essaie de rester insensible devant tant de tentation, devant le chemin du diable qu’il me désigne du doigt. Or, aussi bien qu’il m’ait indéniablement attiré depuis ces quelques années, autant, je me dis : profite, tu pourrais prendre ton pied avec un mec comme lui. Laisse-le planter ses griffes en toi pour te marquer à vie !

— Ton chiffon est au sol, sous mes pieds.

— Ramasse-le… S’il te plaît.

Mes courbes s’inclinent sans pudeur en ne respectant aucunes convenances afin d’attraper le tissu de la pointe de mes doigts. Je le sens faiblir, perdre tout contrôle face à son propre désir quand ses grandes mains se resserrent sur mes hanches. Un vertige me prend. Ma tête tourne d’envie, d’appétit, me pousse à rompre cette prise de combat inutile.

— Je retire mes dires.

Ma tête vire pour le regarder, sachant qu’il ne peut me voir dans la pénombre. Ma voix rendue à dessein très sensuelle lui demande en soufflant près de ses lèvres :

— Quoi donc ?

La pulpe de son index longe avec la délicatesse d’une plume, la courbe incurvée de mon épaule pour me rappeler que j’existe encore, que mon âme n’est peut-être pas morte.

— C’est un merveilleux petit cul que tu as là, All.

— Merci de m’en informer, toutefois, tu n’es pas le premier à me le faire remarquer.

Oups ! La bêtise est sortie de ma bouche avant que je ne puisse la retenir.

Sa forte carrure se tend aussitôt telle la corde d’une arbalète. Un léger vent grisant m’effleure à peine le visage quand il chope son pull-over dans mes mains avant de disparaître comme dans mes rêves.