Prologue
Je marche dans la forêt derrière chez moi, éclairée par la pleine lune. Je sais que c’est ma forêt, je la reconnaîtrais entre mille. Je ne sens rien, je n’entends rien. Tout ce que je sais, c’est que je marche vers l’endroit sombre que tout le monde évite depuis qu’un ado y a disparu il y a trois ans. Je veux changer de direction, mais je n’y arrive pas. Je ne contrôle pas mon corps. Je ne veux pas y aller, or, on dirait que j’y suis obligée. Contre ma volonté, je m’en approche. Les arbres sont bien plus fournis ici, ils bloquent la lumière du soleil.
J’entre dans l’ombre. Je ne vois presque rien devant moi. J’avance à tâtons et je trébuche contre une racine. Je réussis à ne pas tomber en posant ma main contre l’arbre d’à côté. Une lumière subite me fait plisser les yeux. Mon regard est automatiquement attiré vers ma main droite. On dirait que de minuscules lucioles turquoises sortent de l’arbre pour danser autour de ma main. Je la retire de l’arbre et le phénomène s’arrête. Je fixe ma paume, époustouflée.
En tremblant, je mets de nouveau ma peau en contact avec l’écorce. Les lucioles réapparaissent, plus lumineuses que la première fois. Je ne retire pas ma main. Les petites bestioles s’éloignent de plus en plus de l’arbre. Je voudrais les suivre, mais j’ai peur qu’elles disparaissent si je romps le contact. Avec espoir, je ferme les yeux puis décide de retirer lentement ma main. J’ouvre les yeux, puis je souris avec soulagement. Elles sont encore là ! Je fais un pas hésitant, puis deux, et ensuite je suis la lumière aussi vite que je le peux. J’enjambe racines et rochers, risquant de me casser les os. Cependant, cela ne me semble aucunement important maintenant.
Je vois la lueur orangée d’un grand feu devant moi. Je sais que c’est mon objectif. Je ralentis en m’approchant, quelque peu craintive. Des gens sont debout près du feu, m’observant intensément. Dois-je continuer de les fixer, au risque d’avoir l’air effrontée, ou dois-je baisser les yeux et paraître effrayée ? Sans avoir de pouvoir sur mon corps, je commence à regarder mes souliers en espérant me montrer humble devant eux, peu importe qui ils sont. Je marche lentement vers le feu, sentant le rouge me monter aux joues. J’arrive très proche du feu, mais je ne peux pas sentir sa chaleur sur mon visage.
Je relève la tête, angoissée. Le feu s’élève à une hauteur anormale. Presque tout le monde a les cheveux blonds ou châtains, c’est étrange. Une grande femme s’approche de moi. Elle a l’air très gentille, même si je n’ai aucune idée pourquoi je me dis cela. Elle porte une longue robe verte qui lui arrive aux chevilles. Ses pieds sont nus. Je n’ose pas regarder son visage, trop intimidée.
Je sens ses doigts sous mon menton, me forçant à la regarder dans les yeux. Elle a de beaux yeux vert clair qui semblent remplis de sagesse. Pourtant, elle n’a l’air d’avoir aucune ride… Je ne suis même pas capable de deviner son âge. Elle me sourit doucement.
─ Bonjour, Célia.
Sa voix est douce, comme celle d’une mère qui parle à son enfant qu’elle adore. Comment connaît-elle mon nom ? Je n’ai aucune idée de qui elle est, moi !
─ Nous t’attendions, continue-t-elle. Es-tu prête ?
Prête ? Prête à quoi ? Je suis censée être prête pour quelque chose ?
─ Viens, sourit-elle. Nous allons te montrer tout ce que tu dois savoir pour survivre…

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