L'équilibre des failles

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Summary

Elle pensait avoir tout donné : son amour, sa loyauté, ses rêves. Mais parfois, il suffit d’un seul coup de fil pour faire basculer un monde entier. Trahie, humiliée, Adèle se retrouve piégée entre les décombres de ses illusions. Rien ne compte plus, à part cette rencontre inattendue — un visage venu du passé, celui d’un ancien harceleur qui porte aujourd’hui des excuses sur les lèvres et des promesses de changement. Elle refuse d’y croire. Elle refuse de flancher. Mais entre rancune et désir, provocation et fierté, certaines failles deviennent des chemins qu’on n’aurait jamais osé emprunter. Dans ce jeu trouble, il n’y a ni ange, ni démon. Juste deux âmes cabossées, prêtes à tout pour ne plus tomber.

Status
Ongoing
Chapters
29
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Adèle:


        Je me réveille tôt, mon cœur battant d’excitation à l’idée de quitter enfin mon pays pour retrouver Mike, mon ami de longue date. Cela fait trois ans qu’il est parti vivre à Las Vegas. Trois longues années où la distance semblait n’être qu’un chiffre sur une carte, mais, malgré tout, nous avons tenu bon. Comment avons-nous réussi à maintenir notre relation si longtemps, malgré les kilomètres qui nous séparaient ? Honnêtement, je me le demande encore. Peut-être est-ce cela, l’amour véritable. Cette persévérance, ce lien invisible qui nous retient l’un à l’autre, peu importe les circonstances. J’ai toujours pensé que j’étais chanceuse de l’avoir.


Aujourd’hui, c’est le jour où je le rejoins. Ce moment que j’attendais tant, je vais enfin m’installer avec lui. Pourtant, malgré l’excitation, des frictions ont assombri cette décision. Mon père, farouchement opposé à mon départ, avait fini par céder. Non sans amertume, mais il avait cédé. Je me rassurais en me disant que c’était la bonne décision, même si une petite voix au fond de moi me murmurait encore des doutes. Mais qu’importe. À dix heures quarante, tous mes papiers et ma valise étaient enfin prêts. Je n’avais plus qu’à partir. En fermant la porte de la maison familiale, j’esquissais un sourire en pensant à cette nouvelle vie qui m’attendait, mais aussi à l’appréhension qui montait en moi. Plus que quelques heures, et je serai à nouveau dans ses bras. Malgré les recommandations des hôtesses de l’air, je n’avais pas réussi à dormir pendant le vol, tant j’étais nerveuse.


Après trois jours de voyage, j’atterris enfin à Las Vegas. Le trajet m’avait épuisée, mais l’idée de retrouver Mike me maintenait éveillée. Je sors de l’avion, encore un peu engourdie par le sommeil que j’avais réussi à voler durant le vol. Les vérifications à l’aéroport furent rapides, mais, à présent, l’impatience me dévorait. Je sors mon téléphone, un sourire radieux étirant mes lèvres. Vous me croiriez si je vous disais que j’étais sur un petit nuage ? Chaque instant qui passait me rapprochait de lui. Je compose rapidement son numéro, scrutant la foule en espérant l’apercevoir au loin. Pourtant, après plusieurs sonneries, aucune réponse. Je tente de le rappeler, en jetant des regards autour de moi, mais toujours rien. Les minutes passent, trente au total. Trente longues minutes d’attente dans cet aéroport bondé, sans aucune nouvelle de lui.


Un soupçon d’inquiétude commence à se faufiler en moi, mais je le chasse rapidement. Après tout, il a peut-être eu un imprévu. Enfin, son téléphone vibre et il décroche. Soulagée, je me prépare à lui reprocher son retard avec un sourire.


— Ce n’est pas trop tôt quand même, tu sais… où es-tu ? Dis-je, une légère pointe d’agacement dans la voix.


Au lieu de l’excuse attendue, un long soupir résonne à l’autre bout du fil. Puis, sa voix, froide, distante, que je ne reconnais pas, brise le silence.


— Écoute, Adèle… je vais être direct avec toi. Je romps avec toi. C’est fini. Maintenant, ne me téléphone plus, c’est clair ?


Ses mots, tranchants comme une lame, m’ont laissée sans voix. J’ai même failli lâcher mon téléphone tant le choc était immense. Mon esprit se brouille, refusant d’accepter ce qu’il vient de dire. Est-ce que j’ai bien entendu ? Est-ce vraiment lui qui vient de prononcer ces mots ?


— Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes, Mike ? Je suis littéralement à l’aéroport, je viens juste d’arriver…


Il soupire à nouveau, plus fort cette fois, comme exaspéré par ma simple présence, ma voix. Ce ton… si différent de celui que j’avais connu, celui qui me faisait jadis fondre.


— Quelle question stupide. Je ne t’aime plus, Adèle. En fait, je ne t’ai jamais aimée. Tu ne servais qu’à une chose : m’envoyer de l’argent. J’en avais besoin pour payer mon loyer, mes factures… mais maintenant, je n’ai plus besoin de toi. Alors rentre chez toi et ne me rappelle plus jamais.


Mon cœur se serre douloureusement, battant si fort que je crois qu’il va exploser. Mon téléphone glisse de mes mains et tombe au sol dans un bruit sourd, tandis que ses dernières paroles résonnent encore dans ma tête. Chaque mot, chaque syllabe, une flèche en plein cœur. Je reste figée, incapable de réagir. Une larme s’échappe lentement de mon œil, dévalant ma joue pour finalement tomber au sol, comme mon dernier espoir.


Je me répète ses mots encore et encore, cherchant à comprendre. Comment ? Pourquoi ? Rien n’avait laissé présager cela. Je sens mes jambes faiblir sous le poids de l’émotion, mais je m’oblige à rester debout. Il n’a pas le droit de me faire ça. Pas après tout ce que nous avons vécu. Pas après tous les sacrifices que j’ai faits pour lui.


Mes pensées s’emmêlent, chaotiques, désordonnées. L’aéroport est soudainement devenu un lieu étranger, hostile. Le bruit ambiant me semble lointain, étouffé. Mon corps, lui, ne répond plus. Je suis comme paralysée par la trahison. Mike... Celui que j’aimais, celui que je croyais connaître, venait de me briser d’une manière si cruelle, si brutale.


Je serre les poings, sentant ma respiration devenir plus lourde, plus saccadée. La douleur dans ma poitrine est insupportable, mais mes larmes, elles, ne coulent plus. À cet instant précis, je comprends enfin ce que signifie vraiment l’expression “avoir le cœur brisé“. Ce n’est pas juste une image, c’est une réalité qui vous frappe de plein fouet, vous privant de tout : de votre souffle, de vos forces, de votre volonté de croire encore en l’amour.


Je m’accroche désespérément à la dernière image que j’avais de lui, ce sourire qui m’avait fait tomber amoureuse. Mais même cela commence à s’effriter, à se teinter de mensonges et de tromperie. Tout était faux. Chaque mot, chaque promesse, chaque regard.


À cet instant précis, je sais que quelque chose en moi vient de mourir.


Je ne sais pas combien de temps je reste là, immobile, dans cet aéroport qui semble soudain si froid, si vide. Les gens passent, vivent, et moi je reste, figée dans ma douleur. L’amour, je le comprends enfin, peut faire plus mal que n’importe quelle autre douleur physique. Et aujourd’hui, je viens de tout perdre.