Chapter 1 :La révélation
Le vent hurlait à travers les dunes comme un chœur d’âmes en peine, soulevant une poussière âcre et ocre, tandis que le soleil, souverain impitoyable, inondait le désert d’une lumière crue et brûlante. Tout autour, le silence était seulement rompu par les croassements sinistres de corbeaux tourbillonnant dans le ciel, comme des augures de malheur suspendus au-dessus de l’immensité stérile.
Gérald, homme d’allure imposante, à la carrure sculptée dans la roche du destin, s’avançait dans cet enfer de sable. Sa chemise blanche flottait sous le souffle brûlant, contrastant avec la poussière qui s’accrochait à son jean, et une paire de lunettes noires dissimulait ses yeux, pourtant rivés sur une scène étrange. Un attroupement de corbeaux. Intrigué, il s’approcha.
À quelques pas de la nuée sombre, son regard se figea. Le sol semblait exhaler une plainte silencieuse.
Un bébé.
Là, seul, abandonné aux griffes du désert. Un enfant à peine âgé d’un an, à la peau brûlée par le soleil, les lèvres fendillées par la soif, le corps trop frêle pour lutter contre l’indifférence du monde.
— Mon Dieu... ! murmura Gérald, bouleversé. Il faut que je le sauve.
Transporté d’urgence à l’hôpital, l’enfant fut pris en charge sans délai. À la tombée du jour, par miracle, ses signes vitaux s’étaient stabilisés. Gérald, touché par une émotion qu’il ne comprenait pas encore, prit une décision irrévocable : il élèverait cet enfant comme son propre fils. Il le nomma Yan.
Quinze années s’écoulèrent. Quinze années d’un amour inconditionnel, forgé dans le feu des souvenirs silencieux et des gestes quotidiens.
— Yan, réveille-toi ! Tu vas être en retard ! lança Gérald depuis la cuisine.
— Hmmm… encore cinq minutes, papa…
— N’oublie pas, c’est ton premier jour.
Yan bondit hors du lit, comme mû par un ressort invisible.
— C’est la rentrée ! Et j’ai hâte de rejoindre l’équipe de basket !
— Va prendre ton petit déjeuner. Je t’emmène.
Une douche expresse, une brosse à dents malmenée, un sandwich englouti... et Yan se tenait déjà prêt.
— On y va, papa !
Sur le chemin du lycée, il osa la question rituelle :
— Papa… quand est-ce que j’aurai ma propre voiture ?
— Quand tu entreras à l’université. Je veux que tu sois prêt… et en sécurité.
À l’entrée du lycée :
— Je t’aime, Yan.
— Moi aussi, papa, murmura-t-il, gêné par les regards.
Les couloirs étaient pleins d’élèves pressés. Yan, perdu, errait en quête de sa salle. Il bouscula accidentellement une jeune fille.
— Je suis vraiment désolé.
— Ce n’est rien. Tu n’as pas fait exprès.
Elle se baissa, et Yan l’imita pour l’aider à ramasser ses affaires.
— Je m’appelle Mary.
— Moi c’est Yan. Enchanté.
— Moi aussi. Bon courage pour retrouver ta salle.
Et le destin s’en mêla. Dans la salle de cours, Mary était là. Un sourire, une lumière dans les yeux. Un trouble naquit.
Le soir venu, tandis que les étoiles se posaient une à une dans le ciel, Yan rêvait. De Mary. De paniers marqués. De gloire.
— Toc toc.
— Oui, papa ?
— Tu parlais à quelqu’un ?
— Non… Je réfléchissais à comment intégrer l’équipe de basket.
— Tu y arriveras, j’en suis sûr.
Le lendemain matin, la course reprit. Dans la cour, Mary réapparut.
— Pourquoi es-tu si pressé ?
— Je suis en retard.
— Mais il est à peine huit heures. Les cours commencent à quatorze heures.
— Ah bon ? Et toi, tu fais quoi ici ?
— Je révise.
Ils s’assirent ensemble. Une complicité naissante les enveloppa. Mary osa la question.
— Et ta mère ?
— Elle est morte… en me donnant naissance.
— Je suis désolée… Je n’aurais pas dû…
— Ce n’est rien. Tu ne pouvais pas savoir.
Puis, une nouvelle idée jaillit.
— Et si tu m’aidais à rejoindre l’équipe de basket ?
Sur le terrain, les essais battaient leur plein. Le coach Ben, impassible, rejetait tous les prétendants, sauf Sam, l’ancien capitaine arrogant, et quelques autres. Un joueur manquait. Yan tenta sa chance. Il se lança. Son talent éclata, brut et sincère. Le coach l’accepta. Mary l’applaudit, éblouie. Un sourire, une promesse.
De retour chez lui, Yan ne trouva pas son père. Il se rendit dans la salle de bain... et la réalité vacilla.
Ses cheveux. Jaunes.
— Mais qu’est-ce qui se passe ?
Et puis… la vitesse. Une course. Un éclair. Une traversée de la maison en un battement de cœur.
— Papa doit m’expliquer !
Mais le soir venu, ses cheveux étaient redevenus noirs.
— Papa, quelque chose d’étrange m’est arrivé...
Gérald ne le crut pas. Jusqu’à ce que la télévision montre l’impensable. Le visage de Yan. Ses cheveux rouges. Une force surnaturelle. Des agresseurs mis au tapis.
Tout s’éclaira.
— Yan, il faut que je te parle. Il y a seize ans, je t’ai trouvé dans le désert. Seul. Je n’ai jamais su qui étaient tes parents.
Silence. Le sol s’écroulait sous les pieds de Yan.
— Tu n’es pas mon père ?
— Je suis celui qui t’a aimé comme un père.
Mais Yan, brisé, hurla. Il ne voulait plus entendre. Il se réfugia dans la salle de bain. Ses cheveux devinrent bleus. Et dans le miroir…
Rien. Il n’y avait… rien.
Yan était devenu invisible.
Il tomba à genoux, le souffle coupé.
— Mais… qui suis-je vraiment ?
À suivre…

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