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Summary

Markus, étudiant en école de commerce, est un Oméga récessif. Un raté, un inutile. Être un Oméga, c'est déjà une honte, mais être récessif c'est en plus être incapable de servir sa famille, incapable de se reproduire. Un parasite. Un tâche dans l'arbre généalogique de la prestigieuse famille de Dompérain. Pourtant lui, ça lui convient bien. Il reste aux yeux de tous le fils du Ministre de la Défense, personne la plus puissante du pays après la Présidente. Il a son petit entourage et, fait rare pour un Oméga, il brille dans ses études. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'un jour, tout s'effondre dans un brouillard de fièvre et de phéromones qui l'intoxiquent ? Pourquoi, alors que tout le prédestinait à un avenir au service de son frère ainé, futur ministre à la suite de leur père, faut-il que ses première chaleurs arrivent. Si tard ! Et pourquoi, pourquoi faut-il que les phéromones de Jasper Tahéal, Alpha dominant et unique héritier du plus gros groupe de médias du pays, soient si apaisantes ?

Status
Ongoing
Chapters
8
Rating
4.8 4 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Oh, ma tête… Qu’est-ce que j’ai mal...

Je me masse les tempes, puis je tâtonne à la recherche de mon téléphone portable, pour consulter l’heure. Il doit être tard, car même à travers mes paupières closes, la lumière m’aveugle.

À ma gauche, à l’endroit où devrait se trouver ma table de chevet, je ne sens rien que l’édredon, moelleux et… chaud ?

Je crie. Je hurle, même, peut-être. Je me redresse d’un seul mouvement et j’ouvre les yeux, et…

— J… Ja… Jasper ?

Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Dans mon lit ? Ma tête va exploser. Qu’est-ce que j’ai fait hier soir ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Et… ce n’est même pas ma chambre, d’ailleurs.

Ma poitrine se resserre, j’ai du mal à respirer. Jasper s’est réveillé en sursaut, mais il a l’air beaucoup moins paumé que moi, cet imbécile. Beaucoup moins paumé, et tout à fait nu. Je me débats avec les draps, il faut que je sorte de là, il faut que j’efface ce qu’il vient de se produire, que je rentre chez moi, que je… je…

— Markus ?

— …

— Markus, est-ce que tout va bien ?

Ça y est, je suis debout, et je tire brusquement la couette à moi, parce que je suis aussi nu que lui. Nu, et collant. Et j’ai mal partout. Est-ce que j’ai la grippe ? Je me sens fiévreux, j’ai la migraine, et je me suis levé beaucoup trop vite, d’ailleurs je vois des étoiles et…

— Markus !


Jasper dormait paisiblement. Étendu sur le dos, un bras replié sous la tête et un pied hors de l’édredon, il récupérait de sa longue nuit. Jusqu’à ce qu’un cri lui vrille les tympans. Il se redressa brusquement, dévoilant un ventre plat et bronzé.

Markus se tenait les tempes, bégayait, et surtout semblait complètement perdu. Il ne répondit pas à l’appel, pourtant paisible, de Jasper et bondit hors du lit, entraînant la couette avec lui. Il regardait partout autour de lui comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, incapable de choisir dans quelle direction s’enfuir.

Jasper se précipita en avant lorsqu’il le vit défaillir, juste à temps pour empêcher la tête brune de se cogner au sol.

Il glissa un bras sous le dos de Markus, un autre sous ses genoux, et le souleva aisément, pour le déposer sur le matelas, avant de le recouvrir du duvet qu’ils avaient partagé, puisque son amant d’une nuit semblait avoir quelques soucis avec la nudité au petit matin.

Et de mémoire aussi, manifestement.

Avec une moue amusée, le jeune homme chercha parmi les vêtements éparpillés au sol celui qui pourrait cacher la partie la plus saillante de son anatomie, afin de ne plus effrayer son camarade de promotion.

Ceci fait, il se rassit près du brun, et se surprit à lui caresser la joue. Les yeux clairs papillonnèrent un instant avant de s’ouvrir complètement. Jasper tenta un sourire ironique.

— Alors Princesse, on émerge ?

Le regard polaire qui lui répondit le dissuada de poursuivre sur ce ton. Il recula un peu, pour laisser à Markus la place de se redresser sur ses coudes. Il lui glissa même un oreiller sous la tête, mais ne fut récompensé que d’une bourrade.

— Éloigne-toi de moi !

La voix était aussi glaciale que les yeux gris. Jasper, pas surpris pour un sou, observait le jeune fils à papa se recomposer une contenance. Bientôt, il allait téléphoner chez lui pour qu’on lui envoie une voiture, pour peu qu’il sache où lui dire de venir. À moins qu’il ne dispose d’une application personnelle dans son mobile pour se faire géolocaliser par le GPS de leurs véhicules. C’était bien le genre d’une famille de ministres de la Défense.

— Tu ne te souviens de rien ?


— Eh bien, vas-y, éclaire-moi.

Je me redresse, et croise les bras sur mon torse. Non que je veuille le cacher, mais je sais à quel point il faut être arrogant pour être écouté et obéi. Il faut donc que j’aie l’air absolument sûr de moi, voire un peu méprisant, que je me tienne droit, que ma voix ne tremble pas et que mon regard soit sévère.

Des yeux, je cherche mon téléphone. Je remarque alors les vêtements. Il y en a dans tous les sens. Où diable ai-je pu abandonner mon appareil ? Et pourquoi le sac avec mon ordinateur et ma tablette pour les cours est-il posé dans l’entrée de la chambre d’hôtel ? Nous sommes à l’hôtel, pas chez lui, Dieu merci. Au moins, les témoins de cette sordide affaire seront plus faciles à faire taire, si jamais l’un de nous a été reconnu. Chez lui, ça doit grouiller de journalistes en permanence !

— Tu as eu tes chaleurs à la fin du cours d’économie militaire. La moitié de la classe était sur le point de te sauter dessus.

J’ouvre la bouche pour répliquer, mais il me devance encore :

— Tu as fait exprès de ne pas prendre de suppresseurs ? C’est dangereux, tu sais ? Tu voulais te faire agresser ?

Il faut que je réponde. Et vite. Je cherche mes mots. Je ne sais pas. Il faudrait… Il faut qu’il se taise ! Oh, mon dieu, ma tête… La pièce se remet à tourner autour de moi et des points noirs dansent devant mes yeux. Je ne peux pas m’évanouir encore. Ce n’est pas possible.

— Je ne peux pas avoir de chaleurs. Je suis récessif.

Je vais suffoquer. J’ai l’impression que l’air n’entre plus dans mes poumons. Il se rapproche, il va me toucher et j’essaie de le repousser, mais je me sens faible. Inutile, comme toujours. Bon à rien, mon corps cède et je me sens partir.

Une odeur délicate m’enveloppe et le brouillard se lève dans mon cerveau. Jasper me tient dans ses bras. Je tente de me débattre à nouveau, mais il ne m’obéit pas. Je déteste ça. J’ouvre la bouche, mais il me coupe la parole :

— Laisse-toi faire et respire calmement.

Je me sens idiot, mais c’est moi qui cède et obéis. La fragrance délicieuse d’une gaufre au caramel en bord de mer m’envahit. C’est iodé, légèrement sucré, presque aussi piquant que le vent d’hiver autour de notre manoir en Bretagne. Et c’est lui qui produit cela.

Pour la première fois de ma vie, à vingt-sept ans, je sens les phéromones d’un alpha.


— Tu te sens mieux ?

Jasper relâcha légèrement son étreinte, pour observer le visage plus détendu de son vis-à-vis. Le jeune homme semblait plus calme, et était déjà en train de se recomposer un masque d’arrogance.

Lui faire admettre que des phéromones avaient pu agir sur lui et l’apaiser était assez improbable. Et pourtant.

— Oui. Lâche-moi maintenant.

Jasper ne put que s’exécuter.

— Tu te souviens, à présent ?

Markus secoua légèrement la tête, comme pour rassembler ses pensées.

— Juste que j’étais un peu fiévreux depuis le matin, mais que je ne voulais pas louper les cours. Pas envie d’aller chez le médecin subir des tests. Et j’avais un début de migraine.

Jasper se leva, pour laisser à son aîné le temps de reprendre ses esprits. Il ouvrit la bouteille d’eau en verre posé sur la table basse et en servit un gobelet qu’il apporta à Markus.

— Ce sont des symptômes courant à l’adolescence.

Un regard noir dissuada Jasper de poursuivre son exposé sur les tendres années des personnes alphas et omégas. Ces derniers différaient du reste de la population. Si à l’aube de l’Humanité, ce marqueur génétique avait pu avoir une utilité, cette dernière s’était perdue au fil des générations, et à présent cela servait surtout à diviser la société. La recherche médicale avait surtout avancé dans l’aide à la gestion des périodes de chaleurs des Omégas, car hommes comme femmes pouvaient porter un enfant. La contraception alpha était aussi un médicament à la pointe de la technologie médicale, car les accouplements pendant les chaleurs avaient un taux de fécondité proche de 100 % et certains pays protégeaient les Omégas en leur permettant d’exiger une pension alimentaire à l’Alpha qui était le père biologique de leur enfant.

— Bref. À la fin du cours d’économie militaire, tu émettais assez de phéromones pour faire perdre la tête à la moitié des gens de la classe. Je t’ai juste conduit à l’hôtel, et quand j’ai voulu sortir pour aller t’acheter des suppresseurs, tu m’as… retenu.

Jasper eut une petite moue amusée, et une lueur égrillarde éclaira un instant ses yeux bruns, puis il ajouta :

— Ne t’inquiète pas, j’ai pris les précautions d’usage.

Du menton, il indiqua la plaquette de pilules contraceptives et la boîte de préservatifs sur la table de chevet. Et comme Markus ne réagissait toujours pas, il glissa le verre d’eau dans sa main, avant de ramasser le téléphone portable de son camarade sur le sol pour le poser près de lui.