Marie-Julia, L’exil.

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Summary

Marie-Julia est une jeune épouse epanouie. Elle vit dans la ferme de son mari, Samuel, où elle apprend à aimer. Mais le destin mettra fin à son mariage bien trop tôt, et lorsque son beau-père souhaite l'envoyer dans un couvent pour l'éloigner de sa ferme, elle prend la décision de partir épouser un inconnu en mal d'enfants à l'autre bout du monde. Accompagnez Julia dans sa quête de l'amour et du plaisir à travers une aventure historique pleine de rebondissements.

Status
Complete
Chapters
16
Rating
3.8 13 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Un bon mari

Mon cœur a toujours battu au-delà de la contrée qui m’a vu naître,

bien au-delà.


Le mariage est une œuvre sacrée du Seigneur. Le curé me l’a dit si souvent.

J’ai pleinement conscience qu’en tant que femme, je suis destinée à l’homme que Le Seigneur me désignera, et je devrais dévouer ma vie à le servir.

Mon enfance dans les champs et les prés de mon Berry natal a été magnifique.

J’ai eu la chance de voir le jour dans une grande maison chaleureuse. Mon père possédait de nombreuses terres et de nombreux enfants. Mes parents s’aimaient. Peut-être un peu trop ! Alors que ma mère avait déjà atteint l’âge avancé de 49 ans, elle me mit au monde et je ne fus pas la dernière. Mes frères ainés avaient alors déjà commencé leur vie d’adulte aux côtés de mon père, et deux de mes sœurs avaient été mariées aux fils des fermiers, nos voisins.

Lorsque j’atteins mes quatorze ans, je fus à mon tour fiancée. Samuel Chézeau, fils ainé de Maurice Chézeau, éleveur de vaches qui vivait à 20 km de notre ferme, allait devenir mon mari.

Je ne devais rencontrer Samuel que le jour de mes fiançailles et j’étais terriblement anxieuse à l’idée de ne pas lui plaire, mais Dieu, et nos parents en avaient décidé ainsi : je serai son épouse.

Et au jour dit, les bonnes et les garçons de ferme avaient sorti, dès le petit matin, les tréteaux pour dresser une grande tablée dans la cour. De la fenêtre, je vis arriver mon fiancé. Il était beau et mince. Il possédait une figure douce, de jolis yeux noisette, la peau dorée par le travail des champs et les cheveux châtains éclaircis par le soleil.

Il était rare dans notre quotidien que nous puissions porter du blanc. C’était bien trop salissant. Et mes fiançailles furent un de ces jours au cours duquel je me sentis jolie, malgré que ce soit un péché d’orgueil, j’en ai conscience. Pas de tenue noire ou brune couverte de poussière pour un jour de joie. Ma robe avait été retaillée dans ma robe de communion. Avec l’aide de Jeanne, la fille de la bonne, j’avais confectionné plusieurs galons de dentelle de coton qui venaient rallonger élégamment le bas de la jupe devenu un peu court avec les années, en quelques volants vaporeux. On m’avait également fait faire, par le cordonnier ambulant, une paire de bottines montantes blanches qui serviraient également aux jours de mes noces, m’avait dit ma mère. Les chaussures possédaient un petit talon, ce qui rallongeait ma jambe que j’ai toujours trouvée un peu courte par rapport à celles de mes sœurs, bien que je sais que les hommes aiment les femmes menues.

Je ne fis mon apparition que pour la messe, et je ne crois pas avoir connu plus grande angoisse dans ma courte existence jusqu’à cet instant. J’allais, la peur au ventre, menée par ma mère et ma sœur, m’asseoir à côté de Samuel, face à l’autel. J’eus l’impression que les regards me dévoraient et que la fraîcheur de l’édifice allait me geler jusqu’au sang. Je ne pense pas avoir relevé la tête de tout l’office et quand bien même le curé annonça fièrement le futur mariage de nos deux familles paysannes en désignant nos prénoms, enfants du pays, j’étais pétrifiée. Puis les gens quittèrent l’église et Samuel aussi. Lorsque que je relevais la tète, enfin, il n’y avait plus qu’un enfant de cœur rangeant les objets sacrés dans la sacristie. Je me relevai et me dirigeai vers la grande porte afin de rejoindre ma famille discutant avec le prêtre.

« C’est une très belle journée. », une voix jeune semblait s’adresser à moi. « Cela va être une très belle fête, j’espère que nos fiançailles vous rendent heureuse, Julia? ». Il était là, juste derrière moi, je n’osais me retourner. Le sentant passer à ma droite, je tournais mon visage à l’opposé afin de ne pas le dévisager.

« Etes-vous si timide que je vous fasse peur ?” demanda t-il en approchant son visage du mien. “J’ai un présent pour vous. Mais je ne vous le donnerais que si vous concédez à au moins tourner le regard vers votre futur époux.»

Qu’elle impolie aurais-je été si je n’avais marqué aucune considération pour un homme qui m’offre un présent.

Et c’est là que nos regards se croisèrent pour la première fois. Il était si beau, je n’aurai pas pu rêver d’un plus bel homme. Son regard sembla se perdre un temps dans le bleu de mes yeux, puis je vis qu’il s’arrêta sur mes lèvres, que j’avais légèrement peintes de rouge.

« Cela ira parfaitement avec votre tenue » dit-il en depliant une feuille de papier blanc qui contenait un peigne à cheveux en argent sculpté de fleurs et serti de petites pierres vertes qui en rehaussaient le dessin. Devais-je le prendre moi-même et le placer dans mes cheveux ? Je ne voulais pas paraitre effrontée ou vaniteuse. Devant mon silence, il sembla confus et tout en sortant l’objet de la boite dit : « J’ai vendu deux belles vaches à la dernière foire de Poitiers. » Il y avait un marchand de La Rochelle, un de ceux qui commercent aux Nouvelles Indes. Il avait des bijoux aux pierres des plus colorées. Celles-ci viennent du Brésil, un pays où les oiseaux sont verts et bleus, m’a-t-il dit ».

« J’aimerais beaucoup voir de tels oiseaux. » m’entendis je dire dans un souflle à peine audible. Ma réponse le fit sourire, mais j’eus bien vite conscience qu’il manquait quelques marques de politesse et me corrigeait : « Merci, ce bijou est magnifique. »

Il prit le peigne entre ses doigts et le piqua dans mon chignon juste au dessus de mon oreille.

« Vous êtes ravissante, chère Julia. »

Mon nom de baptême était Marie Julia Joigny. Comme nombre de mes sœurs et amies, je portais avec honneur le prénom de la mère du Christ, mais il était de coutume que nous nous fassions appeler par notre second prénom, qui souvent était également celui de notre marraine.

La fête fut magnifique, et dura presque jusqu’au coucher du soleil. Ce jour là, nous mangeâmes un cochon entier et des litres de vins coulèrent.

Samuel m’offrit de danser un peu avec lui, et je sentais bien la chaleur de son corps jeune et fort, contre le mien.

La journée fut magnifique.

Je ne revis Samuel que le jour de notre mariage. Des mois durant, j’avais cousu de la dentelle afin d’en orner ma robe. Deux malles contenaient mes effets personnels et je fis mes adieux à nos gens de maison, car il s’écoulerait surement longtemps avant que je ne puisse revenir.

Nous quittâmes la ferme tôt, car il nous fallait plusieurs heures sur des chemins caillouteux pour atteindre le village de mon époux.

Les noces étaient habituellement célébrées dans le village de l’épouse, mais la distance faisait qu’il était plus simple que je parte vivre dans ma belle famille de suite. En effet, la saison était chaude et les blés allaient être prêts à récolter d’un jour à l’autre.

À mon arrivée, tout était déjà prêt, un cochon de lait tournait sur sa broche devant la ferme et une grande table couverte de nombreux pains et pâtés n’attendait plus que les convives.

Une très jeune fille accourut lorsque je descendis de la charrette.

« Bonjour, je suis Angèle, la sœur de Samuel. Je vais vous aider à vous préparer. » Elle me prit la main, « C’est par ici, il ne faut pas que le marié vous aperçoive, on dit que ça porte malheur ! ». Elle me conduisit à l’étage de la bâtisse. Le mobilier était de bonne facture et la maison propre. Elle me désigna une chambre comme étant la sienne. Je pouvais en disposer librement pour me changer. Le voyage m’avait fatiguée et j’étais couverte de poussière, mais je n’avais pas aussi peur que pour mes fiançailles. L’année passée m’avait fait espérer ce jour afin d’enfin revoir Samuel. J’avais même fait part au confesseur plusieurs fois de l’empressement que je ressentais à me marier avec un homme qui me plaisait tant.

Je plaçais le peigne aux pierres vertes dans mes cheveux. Bien en évidence pour que Samuel puisse voir mon intention. Après m’être rafraichie au lavabo, j’enfilai la robe de dentelle et Angèle m’aida ensuite à lacer mes bottines.

« J’ai jamais vu une mariée si jolie que toi ! Mon frère, il avait dit que t’étais belle, mais là, tu es encore plus belle que ce que j’imaginais. »

Il me trouvait donc à son goût. J’étais rassurée.

Comme le jour de mes fiançailles, je ne fis mon arrivée que pour la Messe.

Mon père m’attendait sur le perron de l’église du village, et son visage ridé par les années s’illumina quand il m’aperçu. Il prit mon bras.

« Tu es magnifique, ma fille, je t’ai bien mariée, et tu me fais honneur. Respecte ton mari, c’est une bonne famille, ils pourvoiront à tes besoins. « Efforce-toi de lui donner des enfants et il t’aimera. »

Je montrais mon approbation d’un signe de tète. Et retenant ma jupe d’une main pour passer la porte de l’église, je me dirigeai, cette fois tète haute, vers l’autel.

La cérémonie fut courte, le banquet excellent. J’étais heureuse aux côtés de mon nouvel époux.

Samuel avait 23 ans, et moi tout juste 15 ans. J’étais une très jeune mariée. Il n’est pas si courant de marier une fille à un si jeune âge, mais mes parents étaient alors déjà très vieux, et ils avaient pour préoccupation de mettre leurs enfants à l’abri avant que le Seigneur ne les rappelle.

Le cochon fut servi abondamment accompagné de navets aux beurres et d’oignons rôtis. Mais je ne mangeai que très peu, car j’avais l’esprit ailleurs. Je voulais qu’il m’embrasse. J’avais vu une fois, l’une des filles de ferme dans les bras du charron. Il l’a serré si fort qu’on eut dit qu’elle allait suffoquer. Il collait ses lèvres aux siennes. Je savais que c’est ce qu’un époux fait à sa femme dans l’intimité de la chambre et j’avais hâte.

J’étais si heureuse d’être enfin sa femme. J’avais appris quelques semaines plus tôt que mes deux plus jeunes sœurs n’auraient pas la chance que j’avais eue, car elles partiraient bientôt rejoindre un couvent de Carmélites, mes parents n’ayant plus suffisamment de terre pour les doter convenablement.

J’avais toujours vécu dans le respect de Dieu, mais je ne me sentais pas de caractère à vivre de prières, recluse derrière les murs d’un cloître. Je ne pense pas qu’elles n’en aient eu non plus le goût, mais peut-être cela vaut-il mieux que d’être la femme d’un modeste charron pour lequel elles auraient porté une dizaine d’enfants malnutris.

Je pressentais que ma vie serait autrement plus remplie. La maison de mon époux était spacieuse. Samuel n’avait qu’une unique sœur. Son père semblait être un homme bon et sage. Toute femme chanceuse apporte très vite des enfants à son époux, et je me considère être une de celles ci.

Samuel n’avait presque pas touché à son vin, mais m’en servait volontiers, tant et si bien que la tête me tournait, légèrement enivrée par le son d’un violon que l’on faisait vibrer au rythme d’une chanson populaire. Certains de nos amis étaient déjà repartis dans leurs maisons, alors que d’autres semblaient vouloir danser la nuit entière. Samuel se leva et me tendit sa main pour que je l’accompagne. Personne ne sembla remarquer notre départ, ou du moins ne nous le fit remarquer.

Dans la cuisine, une bonne s’afférait près de l’âtre.

Il ouvrit la porte d’une chambre, m’y fit entrer et la referma derrière lui. Je savais qu’il allait m’embrasser. C’est bien ce que font les époux dans l’intimité de la chambre ? Il pressa ses lèvres sur les miennes. Elles étaient douces. Puis il se glissa derrière moi, et commença à défaire les boutons de ma robe. J’y avais cousu pas moins de trente-six petits boutons de nacre qui, depuis la naissance de mon cou, descendaient jusqu’au milieu de mes hanches. Lorsqu’il eut suffisamment déboutonné mon habit, il passa ses mains sur mes épaules, les dénudant. M’insurgeant d’un tel geste, je me défie de l’étreinte,

« Que faites-vous ?”

Il me sourit, se rapprochant à nouveau de moi.

“Je vous dévêtis.”

Il y avait bien un lit dans la pièce et j’avais conscience qu’en tant qu’époux nous devrions dormir ensemble, mais je n’avais pas pensé à la nudité qui accompagnerait une telle promiscuité.

Il souriait.

Il m’embrassa. Sa bouche s’entrouvrit écartant doucement mes lèvres avec les siennes. Je sentis son souffle se mêler au mien.

" Un époux aime embrasser sa femme. ” me dit-il.

Après avoir posé un baiser sur mon front, il retira de mes cheveux le petit peigne qu’il m’avait offert, une mèche retomba sur mon visage. Puis il défit une à une les épingles de mes cheveux qui coulèrent en vagues épaisses jusqu’à mes reins.

“Un homme aime voir la lumière dans les cheveux de son épouse .” continua-t-il avant de poser un baiser sur mon épaule, repoussant mes cheveux qui vinrent recouvrir mon sein. Il défit un peu plus les boutons de ma robe, son souffle au creux de mon cou.

« Un homme aime caresser du bout des doigts le dos de son épouse. » soufla-t-il, alors qu’un frisson parcourut mon corps. Ses mains remontèrent à mes épaules, puis vinrent couvrir mes seins, peut-être pour que je ne me sente pas trop nue, tandis que ma robe coulait doucement, en une caresse de dentelle, jusqu’au sol. Je ne pu toutefois refréner un sentiment de honte, de me sentir ainsi dévétue, dans les bras d’un homme. Mes mains vinrent se poser sur les siennes comme pour les arracher, mais l’étreinte était trop forte. Il me pressa contre lui. Sans réfléchir à mon geste, je vins quémander un autre baiser, gouter ses lèvres. M’abandonnant, je sentis s’empourprer mes joues, et une chaleur douce grandir au creux de mes reins. Sa main droite lâcha mon sein et glissa jusqu’à mon ventre. Et il dit : « Un homme aime le ventre de son épouse. Le ventre rond de la femme portant la vie »

Sa main glissa dans ma culotte, caressant la toison couvrant mon pubis, et ses doigts s’insinuèrent dans les plis de mon sexe. Je ne pu refréner un cri de protestation, mais il me tenait fermement, et mes résistances étaient vaines.

«Un homme aime le sexe de sa femme », sussura-t-il à mon oreille alors qu’une chaleur douce et brûlante semblait suivre le bout de ses doigts insidieux.

S’arrêtant soudain, il me laissa ainsi perdue, nue, livrée au frisson de l’air. Il passa devant moi et il retira sa chemise. Sa peau était brunie par le soleil, ses muscles bien dessinés. Il délassa ses chaussures, les mit de côté et s’assit sur le rebord du lit. « Viens, approche » m’ordonna-t-il en me tendant la main et m’attirant à lui. Il me sourit, m’admirant ainsi un instant. Échangeant nos positions, il vint impudemment poser un baisé sur mon ventre, puis enfouir son visage sur le haut de mon sexe. Il respira dans une grande inspiration mon odeur. En se relevant, il leva mes jambes, mes cuisses venant s’appuyer sur ses flans. C’est alors que je senti la dureté de son sexe sous son pantalon. Et je compris. Mon instinct sut ce qui allait se passer, malgré que j’eus été maintenue dans la pleine ignorance de ces choses.

Dans un geste de peur, je voulu glisser sur le côté pour me dégager de son emprise. Pour me retenir, il vint peser de tout son poids sur moi. Je senti sa main doucement se poser sur mon sexe pour le recouvrir entièrement, puis il l’appuya si fort qu’une légère douleur m’arracha un soupir. Il écarta les lèvres de mon sexe, et ses doigts en fouillèrent l’humidité. Je ne pus opposer qu’une résistance modeste, une larme de peur roulant sur ma joue, et une protestation vaine sortant de ma bouche : « Arrête, non ». Son sexe était déjà en moi, chaud, vibrant de désir. Je me déchire. Il vint faire cesser mes soupirs plaintifs en dévorant ma bouche de baisers. Puis, quand la douleur ne fut plus qu’un souvenir lancinant, il se mit à danser en moi. Je pouvais sentir, lorsqu’il sembla perdre un peu de son contrôle, couler sa semence dans le creux le plus profond de mon ventre. Il roula sur mon côté et nonchalamment se mit à caresser ma poitrine.

« Dormez Julia, je sais que vous ne vous attendiez pas à ce qui vient de se passer, mais j’espère ne pas vous avoir trop déçue. » Son regard se perdit un instant dans le mien ; « Vous êtes très belle » dit-il avant de se laisser emporter par le sommeil.

Je ne dormi pas cette nuit là, ou seulement très peu. Mon esprit restait bloqué par la chaleur lancinante qui semblait emplir mon sexe. Je n’osai pas bouger, j’écoutais la respiration calme de celui qui dormait paisiblement à mes côtés.

Au petit matin, l’air était déjà chargé de la poussière lourde qui caractérise les journées de moissons. L’odeur du blé chaud venait par bouffées, comme si les champs eux-mêmes respiraient d’un sommeil mérité.

Je pris place au côté de Samuel à l’avant du chariot. Une belle jument de trait ébranla le véhicule qui avançait péniblement sur les chemins de terre sèche. Partout, les hommes, les femmes et les enfants, s’afféraient à faucher, à rassembler puis à battre le blé mur à point .

Notre véhicule s’immobilisa. “Sais tu tenir les renes ? » demanda-t-il.

« Oui, bien sûr », répondis-je en me plaçant au milieu du ban. Je récupérais les deux lanières de cuir dans chacune de mes mains.

Samuel descendit en bas du chariot et me lança : « Attends ici qu’ils aient bien chargé le chariot de paille, puis retourne à la ferme. Les hommes déchargeront ton chariot et tu reviens exactement à cet endroit. ” Il partit à travers champs, saluant les hommes au travail.

Le chariot fut vite plein de ballots dorés. Pour faire demi-tour, il me fallut mener l’engin à même les sillons du champ et je manquais de faire basculer quelque partie de mon chargement dans l’entreprise. Ma jument était forte et obéissante et je fus de retour à la ferme en un rien de temps. Ce va et vient dans la chaleur d’été dura jusqu’à ce que le ciel infini se pare de ses plus beaux pourpres.

Pour mon dernier chargement, Samuel me rejoint enfin, montant à côté de moi dans le chariot et reprenant les rennes qu’il fit claquer d’un geste sec sur les flans de la jument lasse. “Rentrons, demain il y aura encore fort à faire .” dit-il d’une voix fatiguée.

De retour à la ferme, seul Jean, mon beau père , était encore là à charrier des sacs de blé bien dodus.

S’adressant à Samuel, il lui dit : ” J’ai renvoyé les paysans à leurs chaumières. Il fait presque nuit noire, je vais t’aider à décharger.” Il me tandit la main pour m’aider à descendre du charriot. Mon dos étant endolori de cette journée de secousse et de chaleurs. Je n’avais presque pas mis le pied à terre de la journée.

Lorsqu’il ne resta plus que quelques ballots de paille à sortir, Samuel pria son père de se retirer. Il n’était plus tout jeune, et semblait épuisé par cette longue journée . Mais Jean insista pour ramener lui-même la jument aux écuries . Il monta sur le banc du chariot, jeta la paille restante par dessus bord, et partit vers les écuries situées derrière la maison.

Me sentant inutile ainsi debout au milieu de la cour, je pris un ballot et entrepris de le porter jusque dans la grange. Il y faisait sombre, mais je distinguais encore sans peine la silhouette de Samuel qui entassait la paille. La ficelle qui retenait mon paquet glissa sous mon doigt, et dans sa chute me coupa en un vif éclaire de douleur. Le bruit alerta Samuel qui vint s’enquérir de mon état.

“Ce n’est rien, juste une petite coupure” dit-il en prenant ma main et en embrassant ma blessure. Il me serra près de lui et porta ses lèvres à ma bouche. Sa peau était moite tout autant que l’était la mienne.

Il me poussa contre le mur de la grange et souleva ma robe, prit place entre mes cuisses, et me prit sans plus de préparation. C’est à cet instant que je réalisai que j’aimais ce contact, sa force et sa chaleur. J’aimerais qu’il ne se lasse jamais de moi, car je ne pourrai jamais me défaire de lui.