L'origine
"Bien loin de l’Europe, au beau milieu de l’océan pacifique, existe un petit Havre de paix, aux eaux bleues turquoises.
Sainte D’arc est son nom. Une petite archipels française perdue, qui est de nos jours très modernisée.
Ce lieu de rêve, qui face aux îles populaires est invisible, possède tout ce dont tout le monde souhaite. Une verdure tropicale, une nature présente même dans les coins les plus urbanisés, et un océan turquoise à la faune et à la flore très présente.
Cependant, cette île possède une histoire encore peu connue, et plutôt sombre. Et à notre époque, plutôt incertaines, les gens ont tendance à croire encore à ses histoires d’enfants.
C’était en 1513, l’Amérique était découverte que depuis peu de temps encore, et la course à la conquête avait débuté depuis vingt et un an.
La Grèce voulait sa part du trésors, et partait plus loin que les anglais ou les français. Après avoir traversé l’Atlantique, contourné durant un dur périple l’Amérique du Sud, il découvrirent cette île paradisiaque, située à quelques milliers de kilomètres de ce qu’on appelle aujourd’hui San Francisco.
Les dirigeants de cette opération appartenaient à une secte, croyant encore aux Dieux de la Grèce Antique. Et leur influence était si grande, que la future civilisation se plia à cette ancienne religion.
Une trentaine d’années se suivirent dans un calme inimaginable. Mais, l’île ne pouvait guère rester secrète longtemps...
En 1546, après avoir entendu une rumeur d’une île fabuleuse digne de roi, la France prit la décision d’attaquer et de s’approprier l’île.
Une longue bataille qui dura vingt-sept jours, l’île principale de l’archipel vu prise par le Français. La population fut soumise, mais une partie continuait à résister jusqu’à qu’il ne reste plus aucun rebelle.
Et c’est par la suite que l’île fut nommée Sainte D’arc."
....
“Vous avez noté j’espère !" S’exclama soudainement une femme à la voix stridente. ”Je vous vois dormir, pour beaucoup ! Sachez que vous serez interrogé la semaine prochaine sur ce sujet."
Une vague de protestation s’éleva, dans une pièce semblant être une classe.
Tous semblaient être de jeunes adultes, sortant du lycée depuis peu. Et pourtant, au vu de leur réaction, certains n’avaient guère grandi.
Seul la vieille femme au tableau semblait être en pleine fleur de l’âge, et mûrit par son temps.
"Il suffit ! Je n’ai pas terminé ! Ah hem..."
Quelques soupirs se firent entendre dans la classe. Visiblement, aucune excitation ne semblait animer le groupe de jeunes.
"De cette assaut naquit une haine si puissante, qu’un groupe de rebelles décida de se venger.
Ils n’étaient alors que cinq... deux couples, et un jeune homme. Tous étaient enfermés dans un cachot.
Ils étaient plutôt créatifs : un soir, après avoir volé un couvert, ils décidèrent de prier leurs dieux, et sacrifia le plus jeune d’entre eux.
Les mois suivirent, et deux des femmes eurent des enfants. L’une eut des jumeaux, l’autre des triplé qui par la suite furent abandonnés dans la ville, puis recueillis par le peu de grecs restant, soumis aux français.
Des années plus tard, alors que des bateaux de commerce arrivaient à bon port, une grande partie fut détournée puis coulée.
Personne ne savait comment... mais le peu de survivants à ses noyades, devenu sûrement fou, parlaient de sirènes.
Évidemment, les conquérants ne restèrent pas ainsi, et durent trouver des solutions. Et prirent d’ailleurs l’étrange solution de partir à la chasse aux sirènes..."
Au fond de la salle, certains dormaient depuis un moment. D’autres dessinaient en soupirant sur un bout de feuille, et certains parlaient discrètement. Enfin, il était clair que personne ne semblait suivre le cours.
"Maïwenn, y’a Benjamin qui te fixe depuis tout à l’heure."
Avait chuchoté un jeune homme aux cheveux teintés de rouge. Sa bouille ronde était penchée vers l’avant, et ses yeux verts fixant une jeune fille rousse aux cheveux courts.
"Eh, mais il était pas Homosexuel Benjamin ?"
Répondit-elle, surprise, élevant légèrement trop sa voix aiguë.
"Non, juste fan de Jojo."
"Silence au fond !" Les reprend le professeur, tandis que les deux gloussaient.
Mais cela ne les empêcha pas de reprendre la discussion. La prénommé Maïwenn fut la première à prendre la parole.
"Au fait Jean-Pou, la soirée ce soir ? Avec Jennie et Goupille on pensait se retrouver. Malo peut pas par contre."
“Jean-Pou”, de son vrai prénom Jean Paul, pensa quelques secondes, avant de répondre avec une moue déçue au visage. ”Nah j’peux pas. J’ai pas terminé le devoir d’histoire des arts pour demain. Je dois speed run, j’ai rien fait man." Il soupira, et ajouta doucement. ”On peut faire ça vendredi plutôt ? On a pas cours le lend’main matin."
"Je vais voir ça." Répondit son interlocutrice, avant de se tourner à sa droite, et donner un coup de coude au jeune homme blond à côté de lui. ”Goupille, demain ça te va ?"
Le concerné, n’ayant pas vraiment suivi le cours de la conversation, répondit de manière confuse à son amie. ”Euh ouai -"
“Okay, fais passer le message à Malo et Jennie."
Pendant que les cinq organisaient leur petite soirée, le cours continuait au même rythme. Le professeur continuait de déblatérer sur l’histoire et les légendes de l’île, en criant de temps à autre sur les élèves perturbateurs. Mais finalement, après une bonne heure, la leçon prit fin.
Assez rapidement, les jeunes adultes quittèrent les lieux dans un brouhaha festif. La plupart chahutait amicalement, se donnant parfois des coups, ou des vannes à balles perdues. Un joyeux spectacle digne des plus grands zigotos, finissant par des “au revoir”, ou encore des “à demains”, pour beaucoup, tandis que d’autres repartaient ensemble.
"Au fait, besoin que je ramène à manger pour vendredi ?"
Jean-Paul s’était arrêté en plein dans son entrain, une question l’ayant subitement venue à l’esprit.
A dix mètres de lui, Maeween ne perdit pas une seconde. ”De l’alcool ! Et du jus !"
"C’est noté ! À d’main !"
Le garçon aux cheveux vermillon fit un dernier salut de la main, et se retourne en remontant son sac, et posant un skate board sur le sol.
Sa bouille arrondie, semblable à celle d’un enfant de huit ans, affichait une mine satisfaite.
Ses yeux gris clairs fixaient la route face à lui, dérivant parfois à droite ou à gauche, pour ne pas se faire emboutir par un conducteur peu attentif. Ce serait bête d’arriver chez soi en pièce détachée.
En trente minutes, l’étudiant était arrivé chez lui : une petite baraque de fin de village, peu coûteuse, aux allures d’une studette. Un petit 10m⁶, accompagné d’une salle de bain, et d’un espace de 6m², dont lit occupait toute la place. Un petit coin de paradis, non loin d’une crique et d’un vieux phare à l’abandon.
Jean-Pou ne perdit pas une seconde, et se mit au travail.
Des affaires étaient déjà étalées sur un bureau de bois, se trouvant face à une grande fenêtre plein ouest, permettant au soleil couchant d’éclairer la pièce de ses rayons orangés. Le tout donnant un aspect de confort, à une maisonnette dont l’aménagement était très fairygrunge.
Des photographies accrochées un peu partout, des tissus imprimés sur les murs, des fausses plantes ou encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de peluche. Avec la lumière orange du soleil, l’ambiance était reposante, voire même apaisante.
Vers 21h, le soleil était maintenant caché derrière la mer. Le ciel s’assombrissait peu à peu, passant du rouge feu au à un bleu nuit.
Jean-Paul alluma alors ses L.E.D., et une petite veilleuse se trouve sur son bureau, avant de se lever en direction du coin cuisine, tout aussi bien aménagé.
C’était un peu en désordre : la vaisselle n’était pas faite, des feuilles de thé étaient renversées sur le plan de travail, et des stylos trainaient à droite et à gauche.
Jean-Paul n’était décidément pas enthousiasmé à l’idée de devoir ranger : il préféra prendre un plat déjà préparé dans son frigo, et le fit réchauffer deux minutes au micro-ondes. Une petite pastabox carbonara remplira son ventre ce soir, ainsi qu’un petit muffin fait maison, datant du dernier week-end.
Après un bon repas, l’essentiel aurait été de terminer ses devoirs, ou de s’avancer, mais au lieu de cela, Jean-Pou mit son téléphone à charger, se changea rapidement dans sa salle de bain, s’empressa ensuite de prendre un petit sac à dos grenouille, et quitta sa maisonnette, en pensant évidemment à bien fermer à clef derrière lui.
Muni de ses tongues, et d’un maillot de bain, tandis que la lune se levait difficilement, le garçon aux cheveux vermillon s’avançait doucement vers la crique. Et en même pas trois minutes, ses pieds touchaient le sables fins et blancs, typique des archipels Sainte D’arc.
Discrètement, Jean-Paul déposa son sac, ses tongues et son t-shirt, et après avoir regardé attentivement autour de lui, il se jeta à l’eau.
Un petit bain de minuit, en maillot évidemment, n’était jamais de refus.
Le jeune homme plongeait la tête la première dans la mer encore tiède, disparaissant dans le bleu sombre du pacifique.
Il ne remonta point. Même après une longue minute.
Il était là, sous l’eau, à sept mètres de profondeur, nageant parmi la faune et la flore aquatique.
Mais quelque chose avait changé. Ses jambes ne faisaient plus qu’une. Parsemée d’écailles blanches aux nuances beiges.
Jean-Paul était un poisson ? Un monstre des mers ? Que dis-je ?! Une sirène.
Aussi loin que l’on puisse se souvenir, les sirènes n’étaient que des mythes. Mais les mythes n’étaient parfois pas qu’un tissu de mensonges, mais une vérité cachée de tous.
Sous l’eau, tout était silencieux. Les profondeurs étaient d’un calme abyssal. Enfin, on pourrait décrire cela comme un bruit blanc, provoqué par le bruit des vagues, mais aussi par le mouvement de la nageoire de la secrète sirène. Ou triton ? Que dit-on d’un homme sirène ? Au pire arrêtons de tout genrer...
Chaque soir, depuis ses seize ans, le jeune homme se rendait dans les profondeurs de l’océan, sans jamais trop s’éloigner de rivage, cherchant le calme absolu.
Ce calme était souvent mélangé à une certaine angoisse, lié à la profondeur et aux ténèbres océanique. Mais le mélange entre le silence et la peur faisait ressentir un sentiment indescriptible à la Créature, comme une sorte d’excitation. Cela semblait être comme une issue de secours à tous ses maux gardés dans un silence profond.
Durant une bonne heure, Jean-Pou vidait son esprit en nageant. Il n’allait jamais trop loin, jamais trop profond, ayant tout de même une certaine crainte de la profondeur.
Heureusement, sa condition lui offrait une vue parfaite sous l’eau, capable de s’adapter dans l’obscurité, lui permettant de contempler autour de lui, ou seulement d’avancer sans croiser de méduse ou de requins.
Au niveau de son cou, des branchies s’étaient développées, filtrant l’eau, comme pour les poissons. L’eau entrait, apportait un certain taux d’oxygène, puis quittait le corps par la même entrée, mais parfois quelques petites bulles s’échappaient du nez de Jean-Pou.
Après une bonne heure, à laisser son corps se faire transporter, l’étudiant remonta à la surface, afin de connaître sa situation exacte vis-à-vis de l’île. Et une fois repéré, bien aidé par la clarté de la pleine lune, sa tête disparut sous le drap sombre de l’océan.
En faisant demi-tour, la jeune Créature décida de faire un détour par les roches, qui cachaient un accès à un lieu particulier. Un cachot pour être exact.
Le lieu était dit maudit, mais la sirène n’était pas effrayée par une quelconque malédiction. Il était déjà maudit en quelques sortes...
L’accès pouvait s’avérer dangereux : des anguilles, ou même des oursins, logeaient et vivaient calmement. Et ne voulant pas prendre de risque, le jeune vit demi-tour.
Mais lorsqu’il fut dos au creux, une violente lumière agressa ses pauvres pupilles.
Aveuglé, paniqué, pris d’une soudaine adrénaline, Jean-Pou fut tétanisé. Il ne savait plus où il était. C’était fini.
La lumière cessa, mais la peur resta. Une main avait agrippé son poignet, d’une force peu commune.
En quelques secondes même pas, sans qu’il eût le temps de se rendre compte, le jeune homme avait été remonté à la surface.
Se rendant compte de la situation, il commençait à se débattre. Mais aveuglé comme il était, ayant l’impression que des milliers de flash embrouillaient sa vision. Bouger était compliqué, sans savoir où il était. Et surtout, malgré de puissant mouvement, la main de l’assaillant le tenant ferme et définitivement.
"Arrête de bouger !"
Cette voix lui était familière. Le jeune homme l’avait déjà entendu quelque part, il en était sûr. Mais ce n’était guère le moment de s’attarder sur ce genre de détails.
"Jean-Pou ?"
C’est seulement en entendant son prénom une première fois, que la Créature cessait peu à peu de se débattre.
La panique était légèrement descendue : une personne dont la voix lui était familière, et qui connaissait son nom, ça ne pouvait pas être un pêcheur inconnu.
"Calme toi ! C’est moi !"
Finalement, la sirène cessa tout mouvement. La vision lui revenait peu à peu : il pouvait enfin voir le visage de celui qui l’avait vu.
Des cheveux bouclé, courts et d’un noir pur. Des yeux qui, dans l’obscurité semblaient être bleus foncés (en réalité ils étaient verts clair), et une mâchoire fine. Jean-Paul reconnu immédiatement son ami.
"Ma-Malo ...?"
Jean fut dans l’incompréhension totale. Ce n’était pas normal que son ami soit dans les parages. Cela faisait maintenant trois ans que le jeune homme venait dans ces lieux pour nager, et jusqu’à présent il était le seul à venir.
Son sang ne fit qu’un tour. Complètement paniqué à l’idée que quelqu’un ai découvert son secret, il ne sut pas comment réagir, et Jean-Pou éclata dans une colère inexpliquée aux yeux de son ami.
"J’peux savoir qu’est ce que tu fous ici ?"
Un peu perdu face à cette réaction, tentant tout de même de se maintenir à la surface de l’eau, Malo semblait obtenir des réponses. Pourquoi Jean-Paul avait une queue de poisson à la place de ces jambes ?
"Je te retourne la question... Pourquoi est-ce que tu-"
"T’es con ou tu le fais exprès ?"
L’angoisse avait fait perdre ses moyens au jeune homme, qui avait rudement coupé la parole au pauvre nageur.
"Du calme mec. Tu veux pas qu’on aille sur la plage ? Ce sera plus simple."
"Je - ... mais -... Bordel de merde, Dépêche."
Sans laisser à Malo son mot à dire, Jean-Pou était déjà parti en direction de la crique. Il allait évidemment bien plus vite que lui, en espérant que son ami ne soit pas capable de le suivre.
Mais objectif raté. Malo avait réussi à rejoindre la crique qui se trouvait derrière l’amas de roche où s’étaient croisé les jeunes. Jean-Paul avait mis seulement une bonne minute, il en fallut cinq pour Malo.
Quand ce dernier était arrivé sur la plage, Jean-Pou était déjà en train de frotter ses jambes avec une serviette. Malo lui avait seulement récupéré ses affaires, bien exposé au centre de la petite plage.
"Tu... tu peux te transformer quand tu veux ?"
Malo avait rejoint son ami, après avoir récupéré ses propres affaires, hésitant à poser cette question. Mais là, au vu de la situation, il lui fallait des réponses.
"Bah... ouai j’pense..."
La Créature, ou plutôt Jean, était toujours sec dans ses réponses. Mais l’angoisse prenait le dessus.
Un secret qu’il s’était forcé de garder était à présent découvert. Et ce n’était pas un secret quelconque, mais bien quelques choses qui allaient remettre en cause tout plein de fondements scientifiques. Heureusement, ce n’était que son ami. Il aurait pu tomber sur un pur inconnu. La communication était donc plus simple, mais l’angoisse était la même.
"Tu vas me dire qu’est-ce que tu foutais là maintenant ? Depuis quand tu plonges la nuit, et surtout aussi loin de chez toi ?"
Jean-Paul avait terminé de se sécher. A présent il fixait Malo droit dans les yeux, se voulant intimidant...
Enfin bon... du haut de son mètre soixante quatre, il faisait mouche face au mètre quatre-vingt neuf de son camarade.
"La vérité ?" La question était stupide, et le plus petit des deux lui fit comprendre d’un signe de tête agacé.
"Bah c’est à cause de la légende de l’île. Genre tout le monde nous en parle depuis qu’on est gosse. Forcément, j’voulais savoir. Je fouille l’île depuis un bail maintenant."
"Quoi ?" Jean-Paul semblait estomaqué. ”À cause de cette foutue légende ? Mais c’est une histoire à dormir debout !"
"Bah... non du coup -"
"Ouai bon ça va, t’as compris." Le jeune aux cheveux rouges se mit à réfléchir durant quelques minutes, frottant ses tempes du bout de ses doigts. Il cherchait du mieux qu’il pouvait un moyen de réfléchir clairement au milieu de toute cette panique. ”Eh puis, j’suis même pas sur d’être lié à toute cette connerie. Si ça s’trouve je suis juste une putain d’évolution naturelle, ou j’sais pas moi !”
"C’est physiquement impossible. Surtout à la vitesse à laquelle tu t’es transformé. Un être vivant capable de se métamorphoser c’est connu, mais c’est par mue, et ça prend plusieurs jours. Toi t’as prit -"
"C’est bon Monsieur-je-sais-tout. J’ai même pas la réponse à qui je suis alors commence pas à me saouler."
"Arrête d’être agressif. J’y suis pour rien si t’es comme ça."
"Mais t’aurais pu ne pas me trouver !"
"Et comment tu voulais que je ne te trouve pas ? Je cherche depuis des années et toi tu apparais comme ça devant moi !"
Jean-Pou ne sut pas répondre à cela. Malo n’avait pas tort : ce n’était pas sa faute.
Durant un moment, le silence fut maître des lieux. Seul les vagues et les grillons rythment cet instant.
"Je... désolé..." Commença Jean-Pou, trouvant peu à peu son calme. ”On peut aller chez moi... histoire d’en parler ?"
Après un second silence, Malo, toujours aussi décontracté, finit par répondre. “Ouai je veux bien. Un peu la flemme de rentrer chez moi.”
C’est ainsi que dans un silence gênant, le duo quittait les lieux. Jean-Paul avait presque envie de vomir tellement que la situation le stressait. Jamais de sa vie, persuadé que jamais personne ne découvrira son secret, il ne s’était imaginé dans ce genre de situation. C’était terriblement angoissant, mais pas seulement pour lui.
Malo qui cherchait depuis longtemps une preuve que les sirènes existaient, ne s’attendaient vraiment pas à ce que la preuve soit en réalité devant lui depuis plusieurs mois. Il remettait toute son existence en question. Surtout sur ce n’était vraiment pas évident : Jean-Paul savait très bien garder son secret. S’il ne l’avait pas croisé ce soir, il ne l’aurait peut-être jamais su.
"Tu sais... ça faisait même pas cinq minutes que j’étais à l’eau. J’ai flippé quand je t’ai vu, j’ai cru que je venais de faire nez à nez avec un requin."
C’était finalement arrivé à la porte de chez Jean-Paul, que Malo avait pris la parole.
"Ouai et moi donc. Tu m’as aveuglé et attrapé. J’ai cru que j’allais finir dans un bocal tout le restant de mon existence."
"Dis comme ça... désolé..."
Le jeune aux cheveux vermillon soupira, et ouvrit la porte. ”Le dit juste à personne. C’est tout ce que je demande."
Pour le grand, c’était incompréhensible, mais seulement durant quelques secondes. “Tu es sûr de ne pas vouloir le dire aux autres ? Ils diront rien, j’en suis sûr."
"C’est pas ça le problème. J’ai confiance en eux sur le fait de garder un secret. Le problème c’est qu’on est tellement bruyant, on rigole comme des cons à tout et à rien, que forcément un jour ça va se faire entendre. Ce ne sera pas de leur faute mais j’ai pas envie que ça arrive. T’imagine la suite ? J’ai peur putain."
En réalité Jean-Paul avait réfléchi durant des nuits entières à cette problématique. Et la conclusion avait été de garder cela secret toute sa vie. Peut-être le dire à sa mère ? Ça n’en était pas sûr aussi. Il y réfléchissait encore.
Mais le dire à ses amis étaient définitivement quelque chose qu’il ne voulait pas, et surtout qu’il ne devait pas faire.
"On devrait aller se coucher. Je t’expliquais ce que je sais avant de dormir. Prends des vêtements pour dormir, y’a de quoi dans le placard."
Pas un mot de plus. Jean-Paul était déjà dans la salle de bain en train de se rincer, et de se mettre en pyjama. Il détestait dormir avec du sel de mer sur lui.
Il revint quelques minutes plus tard. Malo était déjà dans le lit, les yeux fixés sur l’écran de son téléphone.
"T’es pas déjà en train de raconter à tout le monde ce que tu as vu, j’espère ?"
Agacé, Malo avait répondu d’une façon un peu sèche. ”Arrête d’être parano. T’es pas le centre du monde aussi."
"Vraiment ? Crois moi que si j’avais été parano on en serait pas là."
Jean-Paul soupira, et s’installa près de son ami, et reprit. ”M’enfin, j’te dois des explications."
Son ami posa son téléphone, et se tourna immédiatement vers le jeune aux cheveux rouge.
Les deux se regardèrent longuement en silence, les yeux dans les yeux, avant de Jean-Pou ne détourne le regard, les joues cramoisi.
"La vérité c’est que je ne sais vraiment rien. Genre c’est arrivé comme ça, du jour au lendemain. Je me noyais, je sais plus pour quelle raison, j’ai tout oublié. Je me suis transformé alors que je crevais. Et j’ai pas cherché plus que ça. Je crois que j’ai pas envie de savoir."
"Et t’es le seul ? Genre t’as pas croisé d’autre personne dans l’abus condition que toi ?"
“Hmm.... Nah...” L’hésitation était clairement visible, mais Malo ne voulait pas intervenir. “Je me sens atrocement seul.”
"Plus maintenant." Sur le coup, Jean-Paul ne comprit pas. Lui aussi était une sirène ? ”Comme je sais ça, tu ne seras plus seul. Ça doit être compliqué de garder ce genre de secret tout seul."
Faux espoir. ”Mouai... j’sais pas trop. En plus j’ai jamais demandé à l’être."
"T’aimerais ne plus être... une sirène ?"
"Bah... Pas dans ce monde quoi. C’est chiant de vivre caché. Mon papy me dit tout le temps ‘Pour vivre heureux, il faut vivre cacher’, mais je suis tout sauf heureux à cacher ça. Mais ouaip du coup je veux plus l’être." Finalement, après avoir contemplé le plafond durant toute la conversation, le garçon aux yeux verts fit à nouveau face à son ami. ”Et t’as trouvé des trucs toi ? Vu que t’as fait des recherches..."
Malo fit une grimace, signe qu’il n’avait pas plus d’informations que lui. ”Il y a un seul détail, mais c’est sous entendu dans la légende qu’on nous raconte depuis qu’on est gosse, c’est que les sirènes sont des descendants des grecs ayant fait le sacrifice."
"Techniquement cela pourrait dire qu’il peut y avoir au minimum cinq sirènes, à une quantité monstrueuse."
"Peut-être que la majorité vivent cachés dans les profondeurs ?"
"Ouai mais c’est zarb’ quand même. Genre ça voudrait dire que ma mère l’est aussi. Elle me l’aurait dit non ?"
"Pas faux." Le jeune aux cheveux d’ébène se mit à réfléchir quelques instants, puis demanda : ”Tu veux aller à la bibliothèque demain ? On a pas cours l’après-midi, le prof a choppé le covid."
"Sérieusement ? J’ai même pas vu l’mail. Et pas trop chaud... mais ça peut fun d’aller à la bibliothèque avec toi..."
"Ah ?” Les joues de Jean-Pou étaient de nouveaux roses. Mais à son grand soulagement, l’obscurité empêchait Malo de voir ce changement de couleur soudain. Cependant il n’était pas bête, peu à peu il commence à se douter de quelque chose. ”T’as pas envie de savoir d’où tu viens ? Ni savoir si tu es seul ou pas ?"
"Si... Fin savoir si je suis seul ou pas ça me dérange par contre. Ça ferait bizarre... et puis ça changerait quoi à ma vie ?"
"Déjà tu ne seras pas seul à cacher ce secret. Enfin, ce que je veux dire c’est que tu seras pas là seule sirène à devoir te cacher, et en plus tu pourras avoir le témoignages d’autres personnes comme toi. Ce sera plus simple de se cacher en étant aidé." L’étudiant semblait vraiment en savoir plus. En même temps, les sirènes, c’est quand même incroyable ! ”Et puis, ça me permettra d’en savoir plus sur toi. Même si j’en sais déjà pas mal vu comment tu racontes ta vie."
"Mais ta gueule non ?" Outré, c’était le mot qui décrivait le mieux le faciès du Jean. Même si c’était seulement une blague, il y avait une part de vérité qui avait piqué la susceptibilité du jeune. ”Pourquoi tu tiens tant à ça ? Tu pouvais pas être comme tous les autres gens et t’intéresser à des trucs normaux ?"
"Parce que tu ne te trouves pas normal ?"
"Je – Bah pour le coup non. Tu t’intéresses à moi ?"
"Je parlais surtout de ta condition, mais t’aimerais bien non, que je m’intéresse à toi ?" Évidemment, il rigolait. Bien qu’il avait pris un air en disant cela.
“Tu vas arrêter de dire de la merde."
"J’adore t’emmerder. Tu es susceptible, tu l’assumes pas, et c’est très drôle.”
"Je te déteste. Débrouille toi pour chercher si t’es casse couille comme ça."
"Non, faut que tu viennes avec moi."
"Et pourquoi ça ?"
"Je sais très bien que tu sais plus que cela, et que tu le caches. Si tu viens avec moi ce sera plus facile de trouver des réponses. Tu sais pas mentir."
"C’est vachement contradictoire à la situation quand même. T’es au courant que tu te plantes complètement ?"
Le débat prenait soudainement une drôle de tournure. Les deux étudiants se chamaillent plus qu’autre chose, comme s’ils avaient des comptes à régler.
"Pas vraiment. T’as certes caché parfaitement et jusqu’à maintenant ce secret. Mais mec, t’es pas du genre discret et encore moins inexpressif."
"Mais tu penses que si c’est aussi simple à savoir quand je mens c’est parce que je fais pas exprès ? C’est juste que je m’en fous. Genre ce que je veux vraiment cacher je le dis pas. Alors arrête de faire ton monsieur je sais tout et me casse pas les couilles !"
"Du calme mec."
Finalement, la discussion prit fin au moment où cela allait tourner au vinaigre. Malo avait bien plus de contrôle que Jean-Paul au niveau de ses émotions et de son impulsivité. Alors que le petit au cheveux rouges s’était énervé, lui restait parfaitement calme.
“Je disais pas ça pour t’énerver. T’es juste chiant à mentir sur des choses évidentes."
C’en fut trop pour Jean-Paul, qui d’énervement se leva du lit, et quitta la minuscule chambre. ”Bonne nuit."
Le jeune homme fut pris d’un violent pincement au cœur. Cette discussion l’avait contrarié du plus au point, et il n’avait qu’une envie : pleurer.
Mais hors de question de le faire alors que son ami était dans le coin. Au lieu de cela il prit une boîte à gâteau, s’installa dans un gros plaid, et alluma sa wii. Au diable le sommeil, de toute façon il n’y arrivera pas.
Le son au minimum, quelques larmes sur les joues, le jeune homme tentait désespérément d’exploser des petits chars. La colère se ressent dans ses gestes bruts, le faisant échouer au même niveau 12 à chaque partie. Cela ne l’aidait vraiment pas à le calmer.
Mais après une petite demi-heure, la porte de sa chambre s’était ouverte. Jean-Paul ignora totalement la présence de Malo, et restait concentré sur son jeu.
"Je peux jouer aussi ?"
L’étudiant aux cheveux vermillon soupira, et quitta son jeu pour lancer une en duo, tout en pointant la seconde télécommande du menton.
Pas de réponse verbale, mais le plus grand compris qu’il pouvait le rejoindre. Il le fit sans hésiter, et lui tira même un bout de son plaid en s’installant dans le canapé.
La partie put commencer. Mais manque de bol pour Jean-Pou, Malo était juste là pour le tourner en bourrique.
"Mais pourquoi tu m’as tué ?! On va jamais aller jusqu’au bout !"
"Parce que c’est plus drôle !"
"Tu vas voir !"
La seconde mission du jeu de tanks continua. Le plus vite qu’il put, Jean-Paul tenta de tuer le char de son ami. Raté : Malo avait bien plus de réflexe.
Tout ce joyeux cirque continuait jusqu’à pas d’heure. Mais au moins, les deux s’amusaient, oubliant la raison pour laquelle Jean-Paul était contrarié.
"Il est quelle heure ?" Demanda Jean-Pou
en milieu de partie.
"Hmmm..." Malo avait laissé par mégarde une occasion à son ami de me tuer dans leur partie. Et évidemment, le jeune Jean en profita. ”02h16... putain batard."
"Ehehahah !”
"OK OK. Regrette pas hein."
"Cause toujours ! Par contre on va être mort en cours demain."
"Tu as vraiment la foi d’y aller ?"
"Nah. J’vais envoyer mon devoir par mail. On fera la grâce mat’ et on ira faire des recherches demain."
"J’approuve votre décision monsieur. Mais vous voilà décédé."
"Putain !”
Encore et encore. Bien que Jean-Pou avait réussi à tuer son ami dans leur partie, Malo l’avait littéralement décimé. Et pourtant, ce n’était même pas le but du jeu.
Doucement, et sans vraiment se rendre compte, les deux s’étaient rapprochés l’un de l’autre, physiquement. Jean-Paul était contre Malo, qui peinait à jouer correctement, ayant passé son bras autour de lui.
En fin de compte, vers 4h a.m., les deux commençaient à ressentir la fatigue. Si bien que Jean-Pou fini par lâcher sa télécommande pour s’endormir contre le torse de son ami, sans même lui demander son avis. Ce dernier resta un petit temps à jouer encore, seul du coup, avec son ami dans ses bras... enfin ami... bref.
C’est en entendant un ronflement qu’il se dit qu’il était peut-être temps de dormir pour lui aussi.
N’ayant vraiment pas la force de se lever, il se plaça en grande cuillère sur le canapé, avec Jean-Pou contre lui. Heureusement le canapé était assez large. Mais il fallait quand même bien se serrer.
Les deux étaient collés l’un à l’autre, dormant paisiblement, tandis que les premier rayon de soleil éclairait doucement la petite maison.
Il n’y avait rien de plus paisible que deux personnes endormies entrelacées.