Le murmure du mercenaire

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Summary

En 2753, au sein de la Voie lactée, la "Terre" située autour de Proxima du Centaure a colonisé la majeure partie de la galaxie. Mais un ennemi persiste : les Phobosiens. Nathan, un jeune commandant de l'avant-garde, fait partie de l'HEC Humanity, la plus grande entreprise militaire existante. Sa mission ? Trouver de nouvelles planètes à coloniser et écraser toute résistance sur place. Cependant, une de ses missions le conduit dans le système solaire, habitat des Phobosiens. Là, il s'écrase sur une étrange planète habitable : SOL III. Toute forme d'énergie semble bloquée sur ce monde, et Nathan doit trouver une solution pour revenir chez lui. Néanmoins, tous les habitants sont figés à l'âge du bronze. Que cache cette planète et quel est le lien avec Nathan ?

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1 : L'HEC Humanity

Au sein du vide spatial se répand comme une trainée inarrêtable, la rumeur qui détruira l’univers.

Si ma mémoire est bonne, tout commence par une dispute avec mon capitaine, le commandant Auwart, alors que nous nous apprêtons à atterrir. Auwart est le seul membre de l’équipage pour lequel j’ai encore un peu d’estime ; les autres ne sont que des anonymes indignes de ma considération.

Auwart réunit l’équipage pour une réunion avant notre retour sur Proxima du Centaure. Il semble préoccupé.

— Messieurs, merci d’être venus, commence-t-il. Je déplore les événements sur Tau Ceti. J’imagine que nous aurions pu agir différemment. Ces gens garderont de nous l’image de Terriens belliqueux.

— Et alors ? répliqué-je. Notre mission était de mater une insurrection naissante, pas de jouer les diplomates. Si nous avons été envoyés, c’est que la diplomatie a échoué.

— Je suis d’accord avec vous ! s’écrie l’un des membres.

« Merci, soldat inconnu », pensé-je, ignorant encore son prénom. C’est l’avantage d’être le commandant en second de ce croiseur : des types auxquels je ne parle jamais me suivent aveuglément.

— Quoi qu’il en soit, j’irai voir la direction pour rapporter nos actes de barbarie. Cela ne doit pas rester impuni, explique Auwart.

— Vous plaisantez, j’espère ? dis-je en haussant le ton.

Il est vrai qu’il y a des règles, mais en nous envoyant à des centaines d’années-lumière, l’HEC nous donne presque carte blanche. D’ailleurs, c’est même la politique de la maison : « pas vu, pas pris ». Si Auwart divulgue nos dérapages, adieu ma prime.

— C’est mieux ainsi. Nous dormirons tous sur nos deux oreilles.

— J’espère que vous savez ce que vous faites, répliqué-je, furieux.

Menacer un vieux soldat comme Auwart, bon pour la retraite et se croyant sage après avoir tué plus d’innocents qu’un Phobosien, est inutile. Je préfère me retirer calmement et préparer une défense face à la direction. De toute façon, il nous reste du temps avant d’arriver à destination, car nous ne pouvons pas passer le trajet en super sommeil. L’avant-garde a interdiction de placer ses agents en coma durant les traversées, peu importe la distance, à cause des attaques répétées de notre plus grande menace : les Phobosiens.

Sur le papier, la première rencontre avec ce peuple aurait pu bien se passer, mais ils ont tiré les premiers. Le conflit dure depuis presque trois cents ans, sans qu’aucun camp ne prenne l’ascendant. Depuis cet incident, l’amas terrien n’a cessé de s’étendre pour alimenter l’effort de guerre, trouvant plus de ressources et de soldats extraterrestres. Cette guerre est une aubaine pour les mercenaires désirant faire fortune. Abattre un vaisseau Phobosien garantit une belle prime ; détruire un avant-poste promet potentiellement une vie sous les tropiques. Encore faut-il ne pas être coincé dans un équipage composé à quatre-vingts pour cent de colons et d’un commandant débile, ce qui est bien entendu mon cas actuel.

Une fois le vaisseau posé sur Terre, je me précipite vers les bureaux de la direction. En arrivant, je remarque Auwart, déjà reçu, en train d’échanger avec un cadre de l’entreprise. Je maudis ce vieillard peureux en m’approchant de la réceptionniste.

— Que puis-je faire pour vous, commandant ? me demande-t-elle en fixant mon insigne de second.

— J’ai besoin de voir le directeur maintenant !

— Oh, je suis navrée, il est déjà occupé.

— Je ne partirai pas, dérangez-le !

Elle me regarde avec crainte tandis que je m’énerve de plus en plus. À ce moment-là, le directeur sort et s’approche de moi.

— Bonjour, Nathan, dit-il d’une voix mielleuse. Veux-tu bien laisser ma secrétaire tranquille ? Je vais te recevoir.

Le directeur André Murphy, celui-là même qui m’a permis d’obtenir une place dans cette société et m’a pris sous son aile depuis mon enfance. Je m’installe donc sur la chaise qu’il me tend, sans trop de craintes, malgré la présence d’Auwart dans le bureau.

— Bon… commence-t-il. Nathan, le commandant Auwart m’a ramené un certain nombre de faits sur le terrain.

— Peut-être, mais il a dû omettre de te détailler la résistance à laquelle nous avons fait face !

Auwart ne réagit pas, sachant que je gagnerais sans doute un face-à-face verbal.

— Quoi qu’il en soit, ça ne colle pas entre vous deux, et un commandant qui ne s’entend pas avec son second, ça ne peut pas fonctionner, explique André avec une grimace.

— Tu plaisantes ? Je suis viré de l’équipe ?

André prend une pause, se grattant une barbe naissante.

— Commandant Auwart, vous pouvez disposer. Ça ira, je vais discuter avec lui maintenant, dit-il calmement.

Auwart quitte le bureau presque en courant, fier d’avoir rapporté nos actions. Je jure de me venger une fois mon ascension achevée.

— Nathan… soupire André, ce n’est pas ton fort le travail d’équipe.

— Non, pas vraiment.

— J’ai quelque chose à te proposer : une mission solitaire dans un système voisin échappant à toute juridiction.

— Tu attises ma curiosité, André.

— Nous avons besoin d’un pilote hors pair pour espionner près de la planète natale des Phobosiens, ou plutôt leur satellite. Comme tu le sais, ces sauvages viennent d’un vulgaire caillou. Cependant, il te sera impossible d’atterrir sur l’une des planètes rocheuses de ce système en cas d’attaque.

— Pourquoi ça ?

— Mars est remplie de ces pourritures, Vénus a un environnement qui détruirait ton vaisseau, et Mercure est trop proche de leur étoile. Enfin, il reste la planète Sol III sur laquelle il t’est interdit d’approcher. Entrer dans l’atmosphère serait considéré comme un crime passible de la peine de mort !

— Rien que ça !

— Avec un astronef spécifique, tu devras t’infiltrer dans leur défense orbitale autour de Mars. Si nous parvenons à faire tomber leur monde d’origine, ce sera une avancée majeure.

— Ce n’est pas une petite mission de routine.

— Cinq commandos ont déjà échoué, mais toi, je sais que tu peux y arriver. Reviens et tu auras une chance d’accéder au conseil.

— Au conseil ? Sans devenir capitaine de vaisseau ?

— Je t’ai toujours dit que si tu suivais mes conseils, tu pourrais prendre ma place un jour.

L’appât du gain est tel que je ne peux refuser pareille offre. De plus, je n’aurais plus à supporter tous ces idiots me servant de camarades. Je pourrais enfin prendre mes propres décisions.

— C’est d’accord, je marche !

— Parfait. Retrouve-moi demain matin au hangar de lancement. Je te montrerai ton vaisseau.