Elyria : évanescence Au Crépuscule by Antharuu Nanashi at Inkitt
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Elyria : Évanescence au Crépuscule

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Summary

Aurora arrive à Elyria, espérant fuir un passé douloureux. L'atmosphère hivernale de la ville et ses rencontres deviennent un miroir de ses propres luttes intérieures. En quête de réconfort, elle plonge dans l'art et découvre des moments de vulnérabilité, entre espoir et désespoir. À travers cette aventure, Aurora cherche à reconstruire son identité et à trouver une nouvelle raison de vivre, mêlant tristesse et renouveau.

Status
Ongoing
Chapters
8
Rating
n/a
Age Rating
18+

1. Sous le manteau blanc

La neige tombe en flocons légers, couvrant les rues pavées d’Elyria d’un manteau blanc immaculé. La ville est plongée dans une tranquillité presque irréelle, ses bâtiments historiques figés dans le temps. Alors que le taxi me conduit à travers ce décor hivernal, je sens un mélange d’excitation et d’appréhension monter en moi. Les lampadaires éclairent doucement les façades, projetant des ombres longues sur les trottoirs désertés.

Le taxi s’arrête enfin devant un hôtel modeste, au charme désuet. Je sors du véhicule, un frisson me parcourant malgré mon manteau épais. Midnight, miaule faiblement depuis sa caisse de transport, partagé entre la curiosité et la nervosité.

À l’intérieur de l’hôtel, l’air est chaud et légèrement moisi, imprégné de l’odeur des vieux tapis et du bois ancien. Le réceptionniste, un homme d’âge moyen à la chevelure grisonnante, me salue avec un sourire fatigué.

“Bonsoir, mademoiselle. Bienvenue à l’hôtel du couchant. Comment puis-je vous aider ?” demande-t-il d’une voix douce.

“Bonsoir. J’ai une réservation au nom de Dubrano, Aurora Dubrano,” dis-je en essayant de garder ma voix ferme.

Il consulte rapidement son registre avant de relever la tête. “Ah, oui. Chambre 14, au deuxième étage. Voici votre clé. Le petit-déjeuner est servi de 7h à 9h dans la salle à manger, juste à côté du hall.”

Je prends la clé en le remerciant et me dirige vers l’ascenseur. Midnight se tortille dans sa caisse, et je murmure des mots apaisants pour le calmer. L’ascenseur, avec ses parois de métal brossé et son éclairage tamisé, semble tout droit sorti d’une autre époque. Il émet un léger grincement en montant, comme s’il protestait contre chaque mètre parcouru.

La chambre 14 est petite, mais propre, avec des meubles en bois sombre et une tapisserie fleurie qui a sans doute connu des jours meilleurs. Midnight sort prudemment de sa caisse et se cache immédiatement sous le lit. Je m’accroupis pour le rassurer, mais il reste là, ses yeux jaunes brillant dans l’obscurité.

Je me relève et commence à défaire ma valise, mes gestes mécaniques trahissant l’épuisement qui s’est emparé de moi. En rangeant mes affaires, je tombe sur une vieille photo de Viktor et moi, prise lors d’un de nos rares moments de bonheur. Ses bras autour de moi, son sourire... mon cœur se serre à cette vision. “Pourquoi j’ai emporté ça moi...” me dis-je, avant de la remettre dans une poche de la valise.

J’ai pris la décision de partir, de rompre avec ce passé qui me rongeait. Pourtant, même si c’est moi qui suis parti, il reste comme une ombre. Je l’aime, je n’ai aucun doute, et cette certitude est une malédiction.

Je me dirige vers la fenêtre, ouvrant les rideaux pour laisser entrer la lueur pâle des réverbères. La ville semble endormie, figée dans une attente silencieuse. Je me demande si elle m’accueillera, si je trouverai ici le réconfort que je cherche désespérément.

Mon reflet dans la vitre me surprend. Les traits fatigués, le regard perdu, je ne reconnais plus la jeune femme que j’étais avant. Avant Viktor, avant que tout ne s’effondre. Je suis une étrangère à moi-même, essayant de reconstruire une identité brisée.

“On va s’en sortir, Midnight,” murmuré-je à voix basse, comme une promesse fragile, en le voyant sortir de sous le lit. “On doit y arriver.”

Évidemment, j’ai oublié plein d’affaires, j’ai même plus de pyjama... tempi, de toute manière c’est lui qui me l’avait offert. Il voulait qu’on soit assortis, plus j’y repense maintenant, plus je trouve ça niez et stupide. Pourtant, à cet instant, j’aimerais qu’il soit là à me dire des choses stupides...

Je m’allonge sur le lit, éteignant la lumière, et laisse le silence m’envahir. La chaleur du corps de Midnight à mes pieds est la seule chose qui me rappelle que je ne suis pas entièrement seule. Demain est un autre jour, et peut-être qu’Elyria m’offrira une chance de renaître.


Le lendemain, une lumière pâle filtre à travers les rideaux de ma chambre, m’éveillant doucement. J’ouvre les yeux, encore engourdie par le sommeil. Midnight, pelotonné à mes pieds, ronronne doucement. Un instant, je suis tentée de rester là, dans la chaleur relative du lit, mais l’idée d’explorer Elyria finit par me tirer hors des draps.

Je me prépare rapidement, enfilant des vêtements chauds et confortables. Un pull en laine noire, un jean et une écharpe épaisse. Mon manteau m’attend sur la chaise, et je l’enfile avant de jeter un dernier regard à Midnight. “Je reviens bientôt,” dis-je en lui caressant la tête. Il répond par un léger miaulement, à moitié endormi.

En sortant de l’hôtel, l’air frais me frappe, vif et revigorant. La neige de la veille a laissé une couche blanche immaculée sur les trottoirs et les toits, rendant la ville encore plus belle. Elyria, avec ses rues et ses bâtiments anciens, dégage une atmosphère de calme et de sérénité.

Je marche sans but précis, laissant mes pas me guider. Les vitrines des magasins commencent à s’illuminer, révélant des scènes de vie quotidienne figées dans le temps. C’est alors que je tombe sur une petite boutique de fournitures artistiques. La vitrine est un véritable kaléidoscope de couleurs, avec des toiles blanches prêtes à être peintes, des tubes de peinture et des pinceaux de toutes tailles. Mon cœur se serre en pensant à Viktor. Lui aussi aimait l’art, même si son approche était plus technique.

Je m’arrête devant la vitrine, hypnotisée. Des souvenirs remontent à la surface : nos soirées passées à peindre côte à côte, les discussions passionnées, les moments de complicité qui semblaient alors inébranlables. Une vague de mélancolie m’envahit, mais aussi une étincelle d’espoir. Peut-être que, je pourrais y trouver une forme de réconfort.

Poussée par une impulsion que je ne cherche pas à réprimer, j’entre dans la boutique. Une clochette retentit, signalant ma présence. L’intérieur est chaleureux, empli de l’odeur familière de la peinture et du papier. Un vieil homme, sans doute le propriétaire, me salue d’un signe de tête avant de retourner à son travail derrière le comptoir.

Je parcours les allées, mes doigts effleurant les différents matériaux. Chaque objet semble murmurer une promesse, transformer mes émotions en quelque chose de tangible. Je choisis quelques toiles, des pinceaux et plusieurs tubes de peinture aux couleurs vives.

Au moment de payer, le propriétaire me regarde avec curiosité. “Vous êtes artiste ?“, demande-t-il d’une voix douce.

“Pas vraiment,” dis-je avec un sourire timide. “C’est peut-être le moment de m’y mettre.”

Il hoche la tête, un sourire bienveillant sur les lèvres. “L’art peut être un puissant exutoire. Bonne chance dans vos créations.” dit-il, lisant surement la tristesse sur mon visage. Je le remercie et quitte la boutique, les bras chargés de mes achats.


De retour à l’hôtel, je jette mes nouvelles fournitures de peinture sur le bureau avec une énergie frénétique, pressé de commencer au plus vite. Midnight, perturbé par mon agitation, se réfugie sous le lit. Mes mains tremblent tandis que je déplie une toile blanche et la place sur le chevalet, mon souffle court, mon cœur battant à tout rompre. Je me sens comme une bombe à retardement, prête à exploser à tout moment.

Je choisis les couleurs avec une rage contenue. Chaque couleur représente une part de ma colère, de ma douleur, de mon désespoir. Le rouge pour la passion et la souffrance, le jaune pour cet espoir fragile qui refuse de mourir, le bleu pour la tristesse abyssale et le vert pour l’illusion d’un renouveau.

Les premiers coups de pinceau sont brutaux, presque violents. Je m’attaque à la toile avec une fureur désespérée, les couleurs se mélangent et se heurtent sous ma main. Chaque mouvement est une libération, chaque coup de pinceau une explosion.

La rage monte en moi, s’intensifie avec chaque geste. Mes pensées se brouillent, je ne vois plus rien d’autre que la toile et les couleurs qui y explosent. Les souvenirs douloureux défilent dans mon esprit, alimentant ma frénésie. Le visage de Viktor, ses promesses non tenues, la solitude écrasante, tout revient en rafales, alimentant ma colère. Je peins avec une telle intensité que je sens mes muscles protester, mes mains sont couvertes de peinture, ma respiration est haletante.

“Pourquoi?!” crie-je en frappant la toile de mes pinceaux, comme si cela pouvait répondre à toutes les questions sans réponse. “Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Pourquoi tout ça?!”

Les larmes commencent à couler, mais je ne m’arrête pas. Au contraire, elles alimentent ma rage, ma douleur se transforme en peinture. Les coups de pinceau deviennent de plus en plus frénétiques. Je peins jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que chaque once de rage soit épuisée, chaque larme versée.

Finalement, je m’effondre sur le sol, à bout de forces, tremblante, en sueur, le visage strié de larmes. La toile devant moi est un reflet de mon chaos intérieur, un cri silencieux de désespoir et de rage. Je n’ai plus de larmes à verser, plus de souffles pour crier. Juste un vide immense, un silence assourdissant.

Midnight sort prudemment de sous le lit et vient se blottir contre moi, son ronronnement doux apaisant légèrement mes sanglots. Je le serre contre moi, reconnaissante de cette présence réconfortante.

Je me relève lentement, encore secouée, mais avec une nouvelle détermination. La peinture, aussi imparfaite soit-elle, est un début. Il y a de la peinture partout, sur moi, au sol, sur les murs. Je vais devoir m’expliquer au propriétaire de l’hôtel, je crois, mais je m’en fiche. Je me suis sentie vivante pour la première fois depuis bien trop longtemps.

La nuit est encore jeune, mais la solitude est toujours là. Peut-être que faire des folies, c’est ça qui me permettra de me sentir à nouveau vivante. Je soupire, pensant à cette toile, c’était intense, mais c’est déjà terminé.


Le silence de la chambre est lourd, oppressant, malgré le ronronnement apaisant de Midnight à mes côtés. Une sensation de vide m’envahit, la frénésie de ma peinture n’a fait que gratter la surface de ma douleur. J’ai besoin de quelque chose de plus, quelque chose qui me ferait vraiment sentir vivante, encore un peu, ne serait-ce que pour un instant.

Je me redresse lentement et attrape mon téléphone sur la table de chevet. Mon pouce glisse sur l’écran, ouvrant l’application de rencontres que j’avais téléchargée il y a quelques semaines sans jamais avoir eu le courage de l’utiliser vraiment. Les profils défilent sous mes yeux, chacun avec ses promesses de distraction, de nouveauté, peut-être même d’évasion.

Je m’arrête sur le profil de David M. Ses yeux bruns semblent chaleureux, son sourire franc. Quelques échanges de messages rapides suffisent à organiser une rencontre. Une montée d’adrénaline me saisit, un mélange de nervosité et d’anticipation.

Je me prépare rapidement, remettant de l’ordre dans mes cheveux noirs et ondulé et à ma frange. Mes yeux, accentués par un maquillage soigné, captent mon propre regard bleuté dans le miroir. Je finis par appliquer mon rouge à lèvres rouge, pour une touche audacieuse qui complète mon look. En enfilant une robe noire élégante, je m’inspecte une dernière fois. “Tu peux le faire, Aurora,” murmuré-je à moi-même, comme une incantation.

David m’attend dans un petit café du centre-ville. Dès que j’entre, son sourire s’élargit et il se lève pour m’accueillir. “Bonsoir, Aurora,” dit-il d’une voix douce, mais assurée.

“Bonsoir, David,” réponds-je en prenant place en face de lui. Le café est chaleureux, une lumière tamisée créant une ambiance intime. Nos échanges sont fluides, naturels. Il est charmant, drôle, et pour un moment, je me surprends à rire. Je sors un instant de ma solitude quotidienne.

“Qu’est-ce qui t’amène à Elyria ?“, me demande-t-il après un moment, son regard curieux se posant sur moi.

“J’avais besoin de changement,” dis-je vaguement, ne voulant pas entrer dans les détails. “Et toi ?”

“Je suis ici pour le travail. Mais je dois dire que la ville à son charme,” répond-il avec un clin d’œil complice.

La soirée se poursuit et l’alcool aide à alléger l’atmosphère. Je me sens de plus en plus à l’aise, et quand il propose de prolonger la soirée dans ma chambre d’hôtel, j’accepte sans hésitation. Peut-être que c’est exactement ce dont j’ai besoin, un moment d’abandon total.

Nous arrivons à mon hôtel et prenons l’ascenseur jusqu’à ma chambre. Quand j’ouvre la porte, David semble surpris par le désordre : des toiles éparpillées, des tubes de peinture ouverts, des éclaboussures de couleur partout. Mais il ne dit rien. Il est là pour moi, pas pour le chaos de la pièce.

Nous continuons à parler, à rire, mais il y a une tension palpable dans l’air. Je me tourne vers lui, nos regards se croisent, et il m’embrasse. C’est doux, rassurant, mais quelque chose en moi reste tendu, comme si une partie de moi refusait de s’abandonner complètement. Nous laissons nos vêtements tomber au sol, laissant place à l’intimité brute.

Alors que nos corps s’unissent, mon esprit s’égare. Je ferme les yeux et, malgré mes efforts, ce n’est pas David que je vois. C’est Viktor, avec son sourire énigmatique, ses mains familières, son parfum que je connais si bien. Chaque baiser, chaque caresse me rappelle inévitablement lui. Je me sens comme une spectatrice de ma propre vie, incapable de me détacher du passé.

David murmure mon nom, et je tente de me concentrer sur lui, sur ce moment présent. Mais une partie de moi reste ancrée dans les souvenirs avec Viktor, une part de moi que je ne peux ni ignorer ni oublier. L’acte physique est satisfaisant, les sensations sont là, mais mon cœur reste lourd, comme un poids que je ne peux pas lâcher. Ses mains parcourent ma peau, ses lèvres explorent chaque recoin, mais tout ce que je ressens est un vide profond.

Quand c’est fini, David me tient contre lui, sa respiration redevenant calme. “Ça va ?” me demande-t-il doucement, ses doigts traçants des cercles sur ma peau.

“Oui,” mentis-je, la voix tremblante. “Je vais bien.” Pourtant, au fond de moi, je sais que ce n’est pas vrai. La chaleur de David, sa présence, n’efface pas le vide qui grandit en moi. Je me sens seule, perdue dans un océan de souvenirs.

Alors que je m’endors, je me dis que peut-être le chemin vers la guérison est plus long et plus ardu que je ne l’avais imaginé. Mais, pour l’instant, tout ce que je peux faire, c’est continuer à avancer, pas après pas, nuit après nuit. Essayer d’oublier comme je peux.


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