À la Nuit Étoilée

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Summary

Se découvrir soi-même et son prochain pendant une guerre n'a rien d'un parcours sans heurts. C'est ce que Luna et Stella vont constater, leur relation va-t-elle résister à la guerre, au mariage arrangé et aux maux du cœur ?

Genre
Romance/Drama
Author
Bad
Status
Ongoing
Chapters
12
Rating
4.0 2 reviews
Age Rating
16+

Nouvelle Aube


Le crépuscule drapait le ciel de nuances pourpres et dorées alors que je marchais, les pieds nus meurtris par les chemins rocailleux, dans les forêts denses entourant le domaine du Mont Étoilé. Les arbres centenaires, aux troncs noueux et aux branches entrelacées, formaient un toit de verdure épais, filtrant les derniers rayons du soleil. Le chant des oiseaux se faisait plus rare, cédant la place aux bruits nocturnes des chouettes et des créatures invisibles. Je n'étais personne. Une simple silhouette errante, sans nom ni passé. Mes vêtements, des haillons usés par les épreuves de la vie, ne suffisaient plus à me protéger du froid qui s'insinuait dans la forêt à la tombée de la nuit. Mes souvenirs étaient flous, comme effacés par les larmes et la faim. Mon ventre était aussi creux que ma tête et la seule chose qui me maintenait en vie était l'instinct de survie, une force primitive qui me poussait toujours en avant, même quand j’abandonnais tout espoir. Le temps que j’ai passé à marcher, à me traîner, je l’avais déjà oublié. Ce n’était pas important, tout comme mon passé.

Alors que je luttais pour continuer, mes jambes vacillèrent sous moi. La fatigue et le désespoir pesaient lourdement sur mes épaules. Je m'écroulai devant deux hommes, sans savoir qu’ils étaient les gardes du château du Duc du Mont Étoilé. Leurs armures brillaient sous la lumière mourante du jour, et leurs voix résonnaient comme des échos lointains dans ma tête fatiguée. Ils m'escortèrent jusqu'au château, une majestueuse forteresse de pierres grises perchée sur une colline, dominée par des tours élancées se découpant sur le ciel de plus en plus sombre. En franchissant le portail massif de fer forgé, je pénétrai dans une cour intérieure magnifiquement entretenue, où des jardins éclatants de couleurs se mêlaient aux fontaines de marbre. Les parfums des roses et des lys flottaient dans l'air, apportant une douce note de réconfort à mon esprit tourmenté. Les serviteurs, affairés à leurs tâches quotidiennes, me jetèrent des regards curieux et empreints de pitié.

Mon état était critique, affamée, sale et malade. La gouvernante, une femme imposante aux yeux d'acier, prit immédiatement les commandes de la situation. Sa force tranquille fit fuir les gardes par son ton autoritaire. Les servantes me coulèrent un bain et, à demi-consciente, je laissai leurs petites mains prendre soin de moi. Mon esprit vagabonda, les yeux rivés au plafond, orné de fresques délicates, semblant me raconter l'histoire du ciel et des étoiles. C’est la tête dans ces nuages que je m’endormis, enfin apaisée.

Je me réveillai, je crois, plusieurs jours plus tard. La gouvernante, toujours aussi stoïque, ne laissait rien transparaître qui puisse indiquer que ma présence était un poids pour elle. Cette pensée me réconforta. Elle me parlait doucement, cherchant à savoir si je comprenais leur langue. Quand elle réalisa que je pouvais répondre, elle sembla soulagée. J’étais née à l’Ouest, comme elle et tous ceux du château. Une enfant du Nord aurait apporté du malheur au domaine. Lorsque l’on me demanda ce que je souhaitais faire, moi, la sans-nom, je répondis que j’étais également sans but. Cette réponse n'apaisa pas la curiosité des servantes, qui furent grondées et renvoyées à leurs tâches.

Je confiai à la gouvernante.

— Je vous suis reconnaissante, Madame, à vous et aux soldats. Je peux faire quelque chose pour vous aider ?

C’est ainsi que le Duc du Mont Étoilé m'accueillit dans son immense salle d'audience, un lieu solennel où des tapisseries relatant les exploits de ses ancêtres ornaient les murs. Le Duc, un homme d'âge mûr au regard sage et pénétrant, écouta mon récit sans interruption. Mes mots maladroits peignaient un tableau de misère et de solitude : un orphelinat, la guerre, la destruction de mon village, la solitude et la faim. Contre toute attente, il décida de m'offrir un refuge. Je devins une servante au château, une simple présence parmi tant d'autres, mais pour la première fois depuis longtemps, je sentis une lueur d'espoir naître en moi.

Le château, avec ses corridors sans fin et ses salles richement décorées, devint mon nouveau foyer, peut-être le premier que j’aie jamais eu.