Prologue
Je cours.
Mes pattes s’écrasent dans la terre, et je cours encore. Je cours.
Les odeurs de la forêt s’emmêlent dans mes narines, elles remplissent mon museau et mon corps d’une infinité de sensations. La liberté.
— Fuir n’est pas être libre, rugit la voix d’Artemis dans ma tête.
Je grogne sans cesser de courir. Elle sait ce que je ressens mais elle ne comprend pas.
— C’était ça ou la mort. On fuit pour pouvoir être libre.
Elle ne répond pas. A la place, les souvenirs emplissent ma tête – et la sienne. Je me revois quelques jours en arrière, alors que la bénédiction de la Déesse s’était enfin posée sur moi. J’avais atteint l’âge – vingt et un ans – et je le ressentais partout en moi. J’étais plus forte. Je risquais de trouver ma compagne à n’importe quel moment. La plupart des gens attendent des années avant de croiser le regard de la personne que la Déesse a décidé de leur offrir. Il ne m’a fallu qu’une semaine. Une semaine, et ma vie est devenue encore plus horrible qu’elle ne l’était déjà.
Je cours.
Personne ne me suit. Ils m’ont regardé partir en riant, persuadés que j’allais vite revenir, la queue entre les jambes. Persuadés que je ne suis rien d’autre qu’une petite chose faible incapable de survivre sans eux. C’est peut-être vrai. Je ne pense pas. Alors, je cours. Je fuis. Pour m’éloigner de celle qui m’a rejeté, que j’ai rejeté en échange, et de cette douleur qui m’a arraché le cœur. Tout va bien, parce que je la détestais déjà.
Je cours dans la forêt, pour la liberté. Pour une vie meilleure, loin de celle que j’étais.