I
Une fraîche rosée matinale tapissait les champs de Calabre, et le chemin qui les longeait était parcouru par des citoyens enthousiastes et bavardant au sujet du spectacle à venir dans la proche cité de Brindes. Depuis trois jours et pour six autres encore, des jeux étaient organisés en l’honneur de Mars. La journée s’annonçait radieuse, baignée par le soleil du printemps, au rythme des combats au cœur de l’arène. C’était une construction récente, où se massaient plus de 4 000 personnes avides de spectacles. Dans les entrailles du bâtiment se préparaient les acteurs et actrices des événements à venir. Une jeune femme laçait ses guêtres et finissait d’ajuster sa tenue de combat. Après avoir attaché ses longs cheveux noirs, elle leva la tête un moment comme elle le faisait avant chaque combat, puis prit la direction de l’arène.
En cette XXVème année du règne d’Auguste, Rome dominait le monde méditerranéen. Aux marches de l’empire, les adversaires ne pouvaient que contempler sa grandeur. De l’Armorique à l’Afrique, et de la Gaule à la Galilée, les us et coutumes romaines s’assimilaient à chaque culture, et en étaient imprégnées en retour. Auguste mit fin à des décennies de troubles et de guerres civiles, et l’empire était désormais plus prospère et plus paisible que jamais. Dans ce cadre de paix civile, les jeux connaissaient un regain de popularité, et constituaient un élément de stabilité modérant les réclamations de la plèbe. Des plébéiens qui étaient ravis par le genre de spectacle à venir dans cette arène de Brindes.
La jeune femme s’avançait sur la terre battue de l’arène. À sa vue le public cria d’une seule voix “ LEONORA ! ” “ LEONORA ! ” “ LEONORA ! ”. La foule avait choisi son camp. Face à la favorite, de l’autre côté du terrain, une femme déterminée attendait. Elle avait précédé Léonora mais le public n’y avait pas prêté attention. Pherusa était une jeune Numide qui avait montré un talent certain, un glaive à la main. Son grand corps ébène élégant se voyait sous ses équipements de combat. Les cheveux tressés, elle regardait Léonora avec une grande défiance. La favorite savait que cette opposante pouvait lui donner du fil à retordre. Pherusa aurait dû mourir il y a un moment, mais sa survie attestait de sa valeur. Le soleil caressait la peau mate des courbes de Léonora, tandis qu’elle avançait lentement vers son adversaire. La Numide attaqua alors avec toute la violence de sa détermination. La favorite esquivait, puis contre-attaquait, avant de bousculer Pherusa et de lui infliger une blessure bénigne à l’épaule. Ce coup de glaive entailla la bretelle du garde-buste souple et dénuda le sein droit de l’africaine. Le combat faisait rage, Léonora semblait faire face à une opposante à sa hauteur. Après plusieurs passes d’armes brutales, la favorite prit le dessus, et finit par mettre à terre la Numide. Celle-ci était vaincue mais la foule l’avait apprécié et sa vie fut épargnée. Cette victoire était sa VIème en Italie. Léonora, qui fut impressionnée par la force de son adversaire, l’aida à se relever. Épuisées, les combattantes regagnent l’intérieur de l’arène.
“Tu es redoutable” confie Léonora à Pherusa en regagnant les vestiaires.
“Je serais morte depuis longtemps sinon.”
“Où as-tu appris à te battre comme ça ? Tu n’es pas comme les autres.”
La Numide ne répondit pas. Elle respectait son adversaire du jour, mais n’avait aucune envie de se confier.
“Viens avec moi” lui adressa Léonora avec un sourire sincère.
Pherusa accepta et la suivit dans son vestiaire. La Numide découvre une pièce assez grande, avec de quoi s’allonger, et un bac rempli d’eau chaude qui n’attendait qu’un corps exténué par un âpre duel. Alors qu’elle ôtait sa tenue de combat, Léonora invita Pherusa à faire de même, en désignant d’un regard le bac. Installées dans le bain, les deux jeunes femmes conversent.
“Comment une gladiatrice peut obtenir tout ça ?” se demandait Pherusa en observant les biens présents dans la pièce, qui comprenaient entre autres trois esclaves féminines.
“Bats tes adversaires, gagne les faveurs du public, sois spectaculaire” disait Léonora avec conviction.
“J’avais une certaine réputation en Afrique, mais ici je n’existe pas.”
“Moi aussi je vivais en Afrique avant, bien que je sois originaire d’Étrurie. Mais j’ai quitté ma famille pour venir en Italie. J’étais inconnue en arrivant ici, comme toi.”
Tandis qu’une servante rapportait les vêtements de Pherusa, la Numide se leva pour sortir du bain. Léonora contemplait son corps ébène, l’eau coulant le long de ses seins généreux, descendant ses poils pubiens avant de retomber dans le bac.
“Allonge-toi là, indiquait l’hôtesse à Pherusa en désignant de la main une table, Carina va te masser. Elle a des mains fabuleuses, qui vont te ravir.”
La Numide s’exécuta après s’être séché à l’aide de deux esclaves Grecques. Pendant que Léonora sortait du bain pour suivre son invitée sur la table voisine, Carina, vêtue uniquement d’un subligaculum couvrant la taille, imprégnait ses mains d’huile d’olive. C’était une esclave d’à peu près trente ans, issue de Germanie, achetée un an auparavant à Rome par Léonora. Cette dernière avait été séduite par ses seins opulents et ses long cheveux blonds. Après quelques semaines passées au harem, son don pour les massages l’avait amenée à suivre sa maîtresse dans ses joutes. Étendue sur le ventre, nue, Pherusa sentait les mains douces de la masseuse parcourir son dos, depuis ses épaules jusqu’au haut de ses fesses. La Numide regardait avec intérêt le corps nu de son hôtesse prendre place sur la table à côté. Ses jambes étaient à la fois solides et gracieuses. Son sexe était couvert d’une fine parure de poils sombres. Elle avait un ventre plat et athlétique, qui trahissait une activité physique soutenue, et des seins charnus mais remarquablement proportionnés à la taille du corps. Pherusa pouvait aussi observer les fesses arrondies de son hôtesse au moment où celle-ci se retournait pour s’allonger. Carina prenait soin du dos de Pherusa puis passa aux jambes. La belle invitée était totalement détendue, profitant des mains expertes de l’esclave. L’une des Grecques massait Léonora. Cette dernière demandait à la Numide :
“Alors, que dis-tu de Carina?”
“Tu avais raison, elle est très douée. J’ai déjà eu droit à quelques massages, c’était agréable, mais celui-ci est sensationnel.”
“Retourne-toi, sur le dos. Elle va poursuivre le massage.”
Pherusa, surprise, fit ce que Léonora lui dit. Carina posa ses mains sur les seins de la Numide, et se mit à la masser. Pherusa ressentait le plaisir parcourir son corps, pendant que l’esclave le parcourait avec douceur. Léonora échangeait un regard avec Carina, comme pour lui intimer un ordre. L’esclave comprit immédiatement de quoi il s’agissait. Sa main droite descendit alors les courbes de la belle Numide, puis s’engouffrait dans sa forêt noire, avant qu’elle n’use aussi de sa langue pour ravir la beauté ébène. Les doigts agiles de l’esclave provoquaient l’essor d’un ravissement chez Pherusa. Celle-ci était surprise et gênée, mais c’était trop bon. Quelques merveilleuses minutes s’écoulaient, couronnées par un puissant gémissement de la Numide, vivant un orgasme intense et sublime. Reprenant ses esprits, elle aperçut l’esclave grecque glisser sa tête entre les jambes de Léonora. L’Hellène promenait sa langue sur le sexe encore humide de Léonora. La gladiatrice relevait le dos sous les impulsions du plaisir, se mordillait la lèvre inférieure, fermait les yeux... Puis elle jouissait, avant de saisir la tête de son esclave pour joindre ses lèvres aux siennes. Un baiser langoureux qui signalait un remerciement pour le plaisir procuré. Devant cette scène, Pherusa se tourne vers Carina et dépose un baiser timide sur la bouche de la masseuse. C’était la première fois que la Numide faisait ce genre d’expérience. Elle devait avoir un peu plus de vingt ans, et jusque là elle avait connu une poignée d’hommes, mais pas de femme. Jamais Pherusa n’avait ressenti un orgasme aussi intense. En sortant du vestiaire, accompagnée de son hôtesse, elle y repensait, songeant à une exploration plus avancée des plaisirs saphiques.
“Je rentre dans ma propriété, non loin de Véies. Passes me voir quand tu veux. Tu pourrais rencontrer des personnes importantes. Tu verras aussi Carina” La Numide baissa un peu le regard.
“Allons, j’ai vu comment tu la regardais depuis qu’elle t’a fait jouir. J’ai d’autres esclaves encore plus douées dans ce domaine. Je viens d’acquérir une Perse…” et le regard de Léonora se perdait dans des souvenirs visiblement délicieux.
La gladiatrice était en pleine gloire. Très populaire auprès du public et très forte dans l’arène, elle savourait une notoriété et une position sociale très confortable. Cependant les intrigues de Rome n’épargnait pas souvent ce genre de citoyen très en vue qui pouvait se faire autant d’amis que d’ennemis.