Chapter 1
— Il n'a rien tenté du tout ! S'emporta Asia en frappant du poing sur la table, ce qui fit sursauter les objets qui s'y trouvaient.
— Tu vas tout casser à ce rythme-là, et puis je ne vois pas où il est le souci qu'il n'ait pas voulu coucher avec toi, lui répondit Nora en tournant la page de son livre.
— Je ne comprends pas son problème. Pourtant, il m'avait l'air normal, continua-elle à se plaindre.
Nora souffla, fatiguée par les plaintes inutiles de son amie qui ne cessait de lui rabâcher les oreilles avec ses amours d'une nuit après chaque rendez-vous. Oui, Asia était une adepte de l'amour libre ; la seule relation qu'elle autorisait était celle sexuelle.
Aujourd'hui, le sujet portait sur l'un de ses prétendants qu'elle avait rencontré il y a une semaine, un étudiant en médecine de quatrième année, qui était plutôt mignon. Hier était leur premier rendez-vous, et comme toujours, Aphrodite voulait passer une soirée torride avec son prétendant. Mais dommage pour elle, il était plutôt vieux jeu, et Asia détestait ça ; c'est pourquoi, à midi en plein soleil, elle lui donnait la migraine avec cette histoire.
— Il te respecte, je trouve que c'est un bon signe ; peut-être cette fois-ci, tu laisseras tomber ta règle stupide et auras une vraie relation, lâcha-t-elle enfin.
Elle porta son gobelet de chocolat au lait à ses lèvres sèches et les humecta avec la boisson froide, sa marque de fabrique, pour se mouiller la gorge.
— Je ne veux pas qu'il me respecte, je veux qu'il me saute avec xe qu'il a entre les jambes ! Tonna cette dernière en soufflant une mèche qui lui barrait la vue.
Son amie fit un tour visuel autour d'eux pour vérifier que personne ne les écoutait. Asia avait vraiment le chic pour se donner en spectacle et débiter des mots crus qui se disaient entre quatre murs ou avec plus de retenue.
Heureusement, le bruit de fond des étudiants présents dans le réfectoire couvrait leur conversation. Elle se pencha, posa sa poitrine sur la table et avança sa tête pour qu'elles ne puissent pas être entendues au cas où.
— Parle un peu plus bas, je ne veux pas que tout le campus entende que nous parlons de ta vie sexuelle détraquée, lui murmura-t-elle avant de reprendre une position normale.
Elle prit son crayon et souligna une phrase sur la page qu'elle essayait de tenir la lecture depuis dix minutes, déconcentrée par le bavardage incessant d'Asia dont le seul souci était sa vie sexuelle très trépidante pour une étudiante de vingt-trois ans.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— Je lis enfin, j'essaie, parce que avec tes plaintes, j'ai du mal à rester concentrée et à suivre le cours, lui répondit-elle en déversant toute sa frustration.
Le silence enfin revenu sur leur table, elle se replongea dans l'intrigue de son roman qu'elle avait commencé hier ; elle rédigerait un journal de lecture par la suite. Cela lui permettait d'étudier en profondeur un ouvrage pour en tirer les différentes réflexions, les manquements, les apports et la leçon à tirer, ce qui la distinguait d'une lectrice lambda et c'était essentiel pour ses études en littérature.
— Et tu lis quoi ? lui parvint la voix légèrement cassée d'Asia qui ne se fatiguait jamais d'importuner.
Nora souleva son livre et le tourna pour qu'elle puisse voir la première couverture sur laquelle était imprimée le titre et le nom de l'auteur.
— Je savais que c'était un truc débile, se moqua son amie en sortant son ordinateur.
— Orgueil et préjugés n'est pas un livre stupide ! C'est un chef-d'œuvre de la littérature anglaise écrit par l'une des plus excellentes auteures des temps, Jane Austen ! La reprimande vexée, qu'elle dénigre ainsi cette oeuvre réputée.
— C'est le bouquin de... attend, je réfléchis... de...
Elle leva les yeux en l'air en les faisant passer de gauche à droite.
— Voilà ! S'écria t-elle en claquant des doigts brusquement, ce qui attira cette fois-ci l'attention de la table devant eux.
Gênée, Nora crispa son visage d'un sourire figé qui ressemblait plus à une grimace, censé les rassurer, et lorsqu'ils retournèrent à leur conversation, elle donna une tape sur le bras de son ami.
— Awh, ça fait mal, putain ! Gémit celle-ci en se massant le bras.
— Tu l'as bien mérité !
— Comme je disais, c'est le bouquin de Hardin chéri et Tessa machin chose.
— Tu n'es pas croyable, Asia. Tu devrais t'y mettre, mademoiselle, parce que je te rappelle que c'est l'œuvre que monsieur Garcia t'a demandé de lire puis d'en faire une critique.
— Ah oui ?
— Oui, mademoiselle tête en l'air.
— Toi, tu ne t'es pas encore mise à ton devoir ?
Nora secoua la tête pour lui dire non.
— Pourtant, il le faut bien.
— Je ne suis pas journaliste et je trouve cet exercice stupide et dénué de logique. Ça servira à quoi d'interjeter nos rôles ? Pff, une littéraire qui devient journaliste, et puis quoi encore ? Je préfère rester dans mon livre que d'interviewer des connards qui se la jouent destructors avec leurs poings !
— Okay... Et c'est quoi ton sujet ?
— La boxe de l'ex-Union soviétique, si ce n'est pas du bol. Il sait que je déteste la violence !
— C'est pas toute violence qui est mauvaise, tu sais.
— Violence c'est violence, point.
— Tu n'as pas vraiment le choix, lui rappela son amie en sortant du chewing-gum dans son sac à main.
— Je vais en parler à monsieur Garcia, il doit être dans la salle des professeurs à cette heure, nor ?
— Oui, sans doute, et puis j'en sais trop rien, moi, de la vie des profs.
Elle fit une bulle avec son chewing-gum, l'éclata puis le retira de ses lèvres pour continuer à le mâcher.
— Mais quand il s'agit de monsieur Darwin, tu es calée, la charia t-elle en rigolant.
— Il est juste chargé de cours, pas prof, et en parlant de ça, il faut que j'établisse un plan pour me le taper avant qu'il n'en devienne un.
— Ça m'étonne que tu ne l'as pas déjà fait.
Nora referma son livre et le mit dans son sac avant de se lever.
— Les bonnes choses prennent du temps. Tu vas où ?
— Voir monsieur Garcia pour régler une bonne fois pour toute cette histoire. Peut-être avec un peu de chance, il me dispensera de ce devoir ou au pire il me changera de sujet, dit-elle en accrochant la hanche de son sac sur son épaule.
— Ou rien.
Nora fit comme si elle n'avait rien entendu et quitta le réfectoire en prenant le soin de terminer son gobelet puis de le jeter à la poubelle à sa disposition.
Elle se retrouva dans le hall du campus et monta les étages jusqu'au deuxième où se trouvait la salle réservée aux professeurs. Elle n'y allait jamais, mais là, c'était un cas de force majeure, pas le choix, elle ne voulait pas être dans la peau d'une autre, faire semblant d'être un personnage qu'elle n'était pas, et puis la violence, ça jamais, elle ne voulait rien à voir avec ce monde, pour une pacifiste de nature comme elle, il en était hors de question.
Elle longea le couloir assailli par les étudiants qui allaient et venaient, certains pressés, d'autres non. Le plus souvent, elle traversait sans grande attention ce couloir, mais devoir obligeait, elle devait pénétrer dans l'antre des sages.
Arrivée devant la porte sur laquelle était accroché le panneau «salle des professeurs », elle frappa timidement, elle détestait se faire remarquer ou être en compagnie des professeurs, un à la fois suffisait largement.
Comme personne n'ouvrit, elle frappa encore une nouvelle fois avec plus d'assurance et elle entendit à la suite la poignée être baissée, le pêne demi-tour sortir de la gâche puis elle grinça avant de s'ouvrir sur une dame, elle ne la connaissaith pas, mais elle était heureuse de ne pas l'avoir comme professeur, c'est sûr qu'avec elle, elle aurait fait cauchemar sur cauchemar.
La dame au regard froid et hostile, leva un sourcil pour lui demander les raisons de sa présence et sur le coup, gagnée par la peur, Nora ne put répondre. Et si elle pensait qu'elle entretenait une relation avec le professeur Garcia ? À voir la tête de la femme devant elle, elle était de celles à s'inventer des histoires sur la vie des gens juste pour nourrir de la haine contre eux et satisfaire son petit égo.
Elle tira un peu plus son sourcil en l'air pour lui demander de se décider sans bouger d'un poil.
"Allez, Nora, tu peux le faire. Haut les cœurs", l'encouragea sa petite voix.
— Je... je souhaite rencontrer le professeur Garcia, parvint-elle à dire.
La dame la toisa sans perdre toute sévérité, de son visage ridé, puis s'éloigna de la porte qu'elle ouvrit un peu plus pour la laisser entrer.
— Merci.
Et un deuxième défi se présenta devant elle, passer devant miss sévère sans se faire dessus. À ce rythme, elle se prendrait pour un joueur d'une console vidéo, pourquoi pas Mario, le court sur pattes avec une moustache moche qui porte une salopette de garagiste et qui prend les autres pour des cons, pensa-t-elle.
Elle inspira puis expira avant de se jeter dans la gueule du loup. Un pied devant l'autre, elle avança jusqu'à arriver à son niveau et là, les battements de son cœur s'intensifièrent, elle était sûre qu'il y avait une longue trace humide au niveau de sa colonne vertébrale tracée sur son haut dû à l'anxiété.
Elle fut surprise de sentir une bonne odeur de rose s'émaner de cette femme peu agréable, certainement pour cacher celle naturelle de l'aigreur qui coulait dans ses veines.
— Mademoiselle Adams, l'interpella celui qu'elle était venue rencontrer.
Le professeur Garcia, était assis devant son ordinateur, ses lunettes de lecture sur son petit nez esquivé par une barbe noire comme ses cheveux coupés courts. Vêtu d'un haut de costume et d'un pantalon jeans, il gardait son charisme du haut de ses un mètre soixante-dix-sept, une taille négligeable pour certaines femmes, mais que sa carrure sportive compensait bien.
Le professeur Garcia, était l'un des seuls professeurs dont elle s'était rapprochée ces dernières années depuis qu'elle avait débuté sa vie d'étudiante en littérature. Contrairement aux autres, il ne se prenait pas la tête et était ouvert à tout le monde et à tous les sujets, même ceux intimes, ce qui ferait croire à ceux qui ne le connaissaient pas qu'il voulait plus qu'une relation platonique.
En fait, il n'avait qu'une seule politique : le professeur était le père et l'ami de l'étudiant, c'était à lui de le guider vers le droit chemin, et une oreille attentive était meilleure qu'un bourrage de cerveau. Pour lui, il était là pour former des hommes et non des machines, donc les sentiments entraient au cœur de cet apprentissage.
D'un geste de la main, il l'invita à s'asseoir près de lui, un sourire affectueux étirant sa barbe. Nora jeta un dernier coup d'œil inquiet, puis regarda la femme qui sortit à son tour de la salle, les laissant seuls, en tête-à-tête, et c'était mieux ainsi. Elle ne se sentait pas capable de contredire son professeur devant sa collègue.
— Comment vous allez, Nora ? s'enquit-il.
Il retira ses verres qu'il déposa devant lui et croisa ses mains sur la table, sans plus prêter attention à son ordinateur qui était toujours allumé devant lui.
— Bien, et vous, professeur ?
— Bien. En quoi me vaut l'honneur de votre présence ? Vous ne venez jamais dans cette salle, lui rappela-t-il.
— Je ne vais pas passer par quatre chemins...
— Je suis tout ouïe.
Elle se passa une main dans les cheveux, soudain pesée à l'idée d'entamer ce sujet avec son professeur, elle se demandait si elle n'abusait pas un peu de leur amitié.
— Ça va, mademoiselle ?
— Oui... c'est à propos de l'exercice... je ne peux pas faire ça, je ne suis pas journaliste.
— C'est tout ou vous avez une raison particulière qui vous pousse à refuser de tenter l'expérience ?
— Le sujet... je déteste la violence.
— Personne ne vous a demandé d'être violente, souligna-t-il.
— Mais vous me demandez d'en côtoyer un, insista la jeune fille déterminée à gagner la bataille.
— Vous voyez du football ?
— Euh... oui... pourquoi ? Elle ne savait pas où il voulait en venir avec le football.
Bien sûr que oui, elle voyait le football et elle en était même fan avec un coup de cœur pour Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, elle n'était pas partisane du fanatisme exagéré de certains fans qui essayaient toujours de dénigrer l'un en faveur de l'autre, ils étaient tous les deux meilleurs à leur façon.
Ce sport très pratiqué n'avait pas seulement réuni des milliards de personnes de tout horizon, mais aussi un père et une fille. En effet, après le divorce de ses parents, elle avait dû vivre avec sa mère, ce qui avait eu pour impact de mettre de la distance physique et émotionnelle avec son père, et la seule chose qui avait survécu, c'était ça, leur passion pour le football, ils avaient tout les produits dérivés de leurs clubs préférés et chaque année, ils allaient voir un match, même si pour cela il fallait se serrer la ceinture.
— Savez-vous que le football est un sport très violent ?
— Euh... oui, avoua-t-elle d'un murmure.
— Voilà, je ne vois pas la différence. Je ne vous demande pas de devenir boxeuse, de combattre, d'aimer ce sport ou de coucher avec votre interviewé, juste un interview, au plus une semaine, rien de compliqué.
— Je suis sûre que nous pouvons trouver un terrain d'entente.
— J'en ai déjà terminé, j'attends votre devoir dans un mois, moi à votre place, je devrais me dépêcher, votre sujet n'est pas très facile.
— Mais... écoutez, je suis prête à faire tout ce que vous voulez, mais ça, non... je...
— Profitez-en pour sortir de votre zone de confort, miss Austen, il n'y a pas que les livres dans la vie.
— Vous êtes sûr que nous...
— Ne poussez pas le bouchon trop loin, maintenant que nous en avons terminé, j'ai un cours à préparer. Bonne journée et joyeux Noël par anticipation.
Il remit ses lunettes et ajusta la tête de son ordinateur dont il tapa activement sur le clavier. Nora, dépitée, se leva et quitta la salle des professeurs avec un goût amer en travers de la gorge.
Il était déterminé à ce qu'elle s'y prête à ce stupide jeu, et bien, il allait être servi. Il voulait ce devoir, il l'aurait, et ce avant même le début des congés.
Parole de Nora Adams









l'histoire est bien mais je préférais que l'auteur parle en "je"
c'est trop vieux jeu et pas assez romantique