Ragnarok

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Summary

No one ever told me The end of the world Would bear your name

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapter 1

No one

Ever told me

The end of the world

Would bear your name


Les suicides ont commencé quand Nous avons réalisé que Nous ne pourrions pas l’empêcher.

Fatalité.

Le mot nous était inconnu, à Nous, les Dieux.

C’était un concept mortel. Un truc fait pour et par les Hommes. Un tour de passe-passe inventé pour adoucir leur condition. Leur finitude. Bref, une tuile qui ne nous arriverait jamais, à Nous autres

Certains ont parlé de redescendre. De déchoir aurait été le terme juste.

Qu’ils essaient. Je ne leur donnais pas plus que quelques tours de piste.

Le Monde d’En Bas était pesant pour notre existence hors de l’Espace-Temps.

Contraignant.

Entravant.

Maintenir un niveau de vibration aussi bas nous aurait dénaturé. Cela ne Nous était pas plus possible qu’à un humain de consciemment endosser la vie d’un chien. C’était une solution purement théorique, de toute façon. Peu d’entre Nous l’avaient jamais fait.

Jechua était aussi humain qu’on les fait. Allez donc demander à Marie Magdalene.

Bref, l’ascension était le seul chemin possible. Pas l’inverse.

Le seul problème ? Au sommet, Nous y étions déjà. C’est ça qu’on oublie de préciser au sujet des sommets. Une fois que vous y êtes, vous êtes coincés.

Nous avions pourtant été des hommes et des femmes Nous aussi, je crois, pourtant, à un moment. Nous avions foulé le monde d’en -bas pendant un instant. Oui, quand je creuse au plus profond de la mémoire du Temps, il me semble me souvenir que nous avions vécu. Nous aussi, nous avions eu nos guerres et nos passions, nos moments de gloire et de dérisions.

Nous avions eu quelques vies. Quelques trépas aussi.

Puis nous étions allés plus loin, laissant sans regret les mortels à leur jeux d’enfants. Et c’est ce qu’ils étaient restés à nos yeux.

La mort en soi, n’était donc pas une nouveauté.

Mais le néant...

Or voilà, Elle était proche.

Nous le sentions.

Nous le savions.

Comment ?

Quand on est un Dieu, on sait juste.

Pas d’écrans, pas de parasites.

Les choses sont, et nous les savons.

Elle se rapprochait donc.

Quoi ?

C’est ce que nous arrivions pas vraiment à déterminer. À cette question-là, les portes de la prescience nous étaient résolument fermées au nez.

Mais nous avions spontanément décidé d’en faire une entité féminine. Comme toutes les choses vraiment destructrices, inexorables et implacables.

La nature et la mer. La nuit et la haine. La mort. La fin.

La faim.

Toutes femelles.

C’était donc un Elle.

À la fois énorme trou noir et explosion de lumière.

Avec un énorme vide derrière.

Rien, il n’y avait rien après ça.

C’était la seule chose sur laquelle nous étions tous d’accord.

La seule certitude.

Nous n’en avions pas discuté entre nous.

Le Dieux est un animal solitaire.

C’est bien un truc que la mythologie a saisi correctement. Quand on se frotte trop les uns aux autres, on finit toujours par se taper sur la gueule. Ou la femme d’un autre.

Pas de grandes assemblées donc dans les halls du Valhalla, pas de symposium sur les monts de l’Olympes, pas de réunion au Panthéon.

La fin est une affaire personnelle.

Nous faisions notre deuil chacun dans notre coin, marchant dans une grande maison dont les lumières s’éteignaient, pièce après pièce.

C’est vraiment à ça que ça ressemblait.

Des pans entiers de notre monde se sont simplement effacés.

Le décor que nous avions finalement, si peu bâti, disparaissait. Les couleurs, les formes, les sons aussi. La chaleur, les odeurs nous les avions deja perdus, il y a longtemps

C’était chouette avant, l’Éternité.

Maintenant, on dirait juste dit une aquarelle sur laquelle il aurait plu. Ou sur laquelle on aurait pleuré. Les couleurs sont toutes diluées, mélangées.

On s’y est habitués, après tout, il ne nous reste plus longtemps, mais au début, c’était quand même un sacré merdier. Vous mettiez le pied sur le mont Olympe, vous vous retrouviez à Kailash, ou pire, dans un de ces putains de cercles de l’Enfer. Et après, bon courage pour en sortir.

On a fini par ne plus beaucoup bouger.

Bon, OK, de qui je me moque ?

Ce qui caractérise les Dieux, c’est leur immobilité. Leur immuabilité.

Mais forcément, ça rendait la quête beaucoup plus compliquée.

Qu’est-ce qu’on cherchait ? J’en sais foutrement rien.

Même ça, on ne savait plus faire.

Chercher, désirer. On se contentait d’exister.

Comment aurions-nous pu exaucer le moindre vœu ?

C’est ça l’ironie du sort. Les Hommes attendent beaucoup de Nous. Ce qu’ils ignorent, c’est que Nous n’avons plus rien à donner.

Nous sommes vidés. De sens et de substance. C’est ça un dieu. Du vide que l’on habite.

Pour créer, pour réaliser, il faut, déjà, une volonté.

Or Nous, nous n’avions envie de rien.

Vouloir, c’est souffrir. Se déchirer en deux, une part de soi dans le présent, l’autre projetée, tendu, vers cet après, cet avec, qui nous fait encore défaut. Et s’il y a bien une chose dont les Dieux ont horreur, c’est de souffrir. Et là, on le sentait, ça allait faire mal. Très très mal.

D’où le suicide.

C’était le choix de la facilité, je vous l’accorde. Mais nous avons, après tout, toujours été partisan du moindre effort. Nous vivions dans le Septième Jour.

Mais ça faisait sens.

La non-existence, c’était notre seule alternative. Notre porte de secours. Pas beaucoup différente de notre condition actuelle finalement.

Nous sommes des êtres figés, sans plus aucun espoir d’évoluer, ni de nouveautés. Nous avons joué toutes les histoires des milliers de fois. Il ne reste, pour finir, qu’une sorte de lassitude, d’état de fait qui s’éternise.

Nous avions toutes les possibilités, tous les potentiels. Et nous les avions épuisés.

Et c’est ainsi que nos existences avaient rapetissés. Ce sont tassés. Un dieu qui vieillit, c’est un dieu de plus en plus limité. Certains se sont retrouvés confinés à des espaces-temps précis. D’autres à un set de facultés.

C’est peut-être pour ça qu’Elle nous tombait sur le coin de la gueule. Nous étions moribonds.

Je ne me souviens pas d’où est venu l’idée d’essayer d’y échapper.

Ève.

Oui, ça ressemble beaucoup à une idée à Ève, ça.

Essayer.

Je ne peux pas dire que ça ne nous a pas redonné un petit coup de peps, toute cette folie ceci-dit. À elle, comme à moi. Un brin d'espoir.

Et de l'espoir, j'en avais sacrément besoin. La mort de Sleipnir m'avait mis un coup.