Crocs et Main rouge

All Rights Reserved ©

Summary

Nous sommes dans un monde où les vampires, loups-garous et autres bestioles existent vraiment. Loin dans le futur du XXIe siècle les choses se passent très mal pour le monde surnaturel qui est quasiment éteint, du coup un vampire décide de remonter dans le temps afin de modifier ça. Il remonte jusqu'à l'époque de la fin de la guerre froide et provoque un soulèvement d'une partie du monde surnaturel et déclenche une guerre contre les humains et les créatures qui ne les ont pas rejoints. Plusieurs décennies plus tard, dans les années 2030, les deux personnages principaux, un jeune homme et une jeune femme doivent survivre dans un monde ravagé où les humains et une partie des créatures féériques se sont alliés contre l'alliance de la nuit. Résumé : Le temps a été altéré ! Un vampire ancestral a modifié le cours du temps et a déclenché une guerre entre les créatures de la nuit et les humains alliés aux loups-garous. Le monde a subi près de trente ans de guerre, et il a bien changé. Son climat et son environnement sont plus mortels que jamais. Dans ce tourbillon de sang et de douleur, deux jeunes âmes vont se trouver. Zoya, louve-garou et fille d’une alpha redoutable, et Marius un jeune occultiste frappé par une étrange malédiction. Tous deux vont

Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Le monde comme nous le connaissons n’existe plus, Yuri le vampire a altéré l’histoire en voyageant dans le temps. Avec ses frères vampires, Yuri s’est allié aux goules et tous les autres mangeurs de chair humaine qui guettent dans les ombres. Cette « Alliance de la nuit », comme ils ont choisi de s’appeler, est alors entrée en guerre contre les humains, mais aussi avec les loups-garous et toutes les créatures ayant refusé leur alliance.

Le conflit a déchiré le monde, les armes de l’humanité et les magies ancestrales se sont déchaînées. Ce choc de puissance a changé le climat et le paysage de façon radicale. Les zones de froid se sont étendues sur le globe, les zones arides également. Les monstres des temps anciens sont sortis de leurs antres et à présent rôdent sur la terre. Les portes de ce que certains appellent l’enfer se sont ouvertes et nombre de ses habitants en ont jailli.

Les survivants, humains, loups-garous ou autres se sont réunis en communauté ou encore en alliances organisées, bien décidés à ne pas capituler contre « l’Alliance de la nuit ». Les membres de cette dernière se sont implantés en Russie et plus à l’Est. La guerre se résume aujourd’hui à une lutte pour la survie de l’humanité contre la suprématie des maîtres de la nuit.

***

Forêt au sud-ouest de l’Ukraine hiver 2030

La neige tombait à gros flocons sur la forêt, s’ajoutant au manteau de neige déjà épais d’un bon mètre. L’immense forêt ukrainienne se dressait fièrement dans l’immense paysage blanc. Le vieil élan marchait à grands pas dans la neige. À chacun de ses gestes, de multiples craquements se faisaient entendre et la tranchée que laissait son passage sur la neige s’allongeait un peu plus. Le grand cervidé n’était pas inquiet, ses sens étaient ses meilleurs alliés et aucun d’eux ne lui faisait part d’un quelconque danger. Mais cela ne dura pas : tout à coup le silence se fit, plus aucun oiseau ne chantait, le vent ne soufflait plus. L’instinct de l’élan s’éveilla, quelque chose ne tournait pas rond, il huma l’air, mais aucune odeur anormale ne lui parvint. Pourtant, il savait qu’on l’épiait. Il ne devait pas rester là, il prit une puissante impulsion et commença à courir. À peine eut-il entamé sa première foulée qu’un étrange sifflement métallique se fit entendre et une douleur foudroya l’animal en pleine tête.

Alors qu’il s’écroulait et qu’il sentait la vie le quitter, le vieil élan vit la silhouette du prédateur qui venait de prendre sa vie. Un étrange bipède qui sembla émerger du paysage comme s’il en faisait partie un instant plus tôt. Ses mouvements dans la neige ne produisaient pas le moindre son.

Marius Wolf se pencha sur le cadavre de l’élan qu’il venait d’abattre. Une bonne prise, avec la viande de cet animal, il allait tenir presque un mois. Plus s’il se rationnait correctement. Ce qu’il fallait trouver à présent, c’étaient des légumes ou des fruits. Les protéines, c’était bien beau, mais son organisme avait besoin de fibres. Il lui faudrait aller dans l’une des grandes surfaces en ruines pour en trouver. Ou peut-être un surplus de l’armée.

Le jeune homme franco-allemand était vêtu d’un large trenchcoat avec des motifs de camouflage blanc. Une capuche était rabattue sur sa tête, ses yeux étaient protégés par un masque de ski et le bas de son visage par une large écharpe.

En se tenant immobile, il n’avait eu aucun mal à se fondre dans la neige. Une seule balle en pleine tête avait suffi pour tuer le cervidé. « Un tir parfait à plus de cent mètres, et pas un seul » se dit Marius en rangeant imposant dans son holster à sa ceinture. La crosse et le canon de l’arme étaient couverts de runes. En plus de son revolver, le jeune homme portait une longue épée fixée dans son dos.

Marius devait à présent transporter sa prise jusqu’à son abri. Cependant alors qu’il attachait les pieds de l’animal, le jeune homme réalisa que son sortilège de silence se dissipait. Il se mit alors à psalmodier dans une langue depuis longtemps oublie du monde. Marius laissa l’énergie occulte se fondre en lui alors que l’enchantement formait autour de lui une carapace étouffant jusqu’au son de sa respiration.

Finalement l’étrange chasseur chargea l’élan sur ses épaules, l’abdomen de l’animal contre sa tête. Usant de sa force, il porta l’animal comme s’il ne pesait pas plus que celui d’un sac de pommes de terre. Chargé comme une mule, Marius se mit en route à grandes enjambées.

Une heure plus tard, il franchissait l’entrée de son refuge : une petite butte creuse. Plusieurs effigies sculptées et couvertes de runes entouraient la caverne. Ces étranges piquets étaient imprégnés de magie, protégeant le camp de base de toutes les menaces, naturelles ou surnaturelles. Dès qu’il franchit le cercle mystique, Marius devint invisible et inodore.

En sueur, Marius retira son lourd manteau, puis ses rangers et entreprit de faire sécher ses vêtements imbibés de neige fondue. La peau de Marius était écarlate, ses yeux étaient jaunes et ses longs cheveux noirs étaient coiffés en catogan. Deux cornes recourbées jaillissaient de cette toison. Son bras gauche cependant était noir comme du charbon et couvert de runes flamboyantes. Une queue fourchue sortait à l’arrière de son pantalon.

Si quelqu’un avait demandé à Marius ce qu’il était lui-même n’aurait sur le dire. Autrefois il était un humain comme les autres, mais cela faisait cinq ans maintenant qu’il n’était plus sûr de ce qu’il était. Cinq ans depuis la mort de son père et son…changement. Quand d’autres humains l’avaient vu ainsi pour la première fois, ils l’avaient traité de démon. Et depuis lors il pensait en être un. Après tout il ne craignait pas le feu et pouvait lancer des sortilèges, pourtant aussi loin qu’il s’en souvenait, il avait toujours vécu sur terre.

Le jeune « démon » inspecta ses pieds et fut ravi de constater qu’ils ne comportaient pas d’engelure. Certes, sa nature infernale lui apportait une certaine protection, mais il préférait économiser ses forces pour des affaires plus graves, dont le combat. Pourquoi, en effet, gaspiller de l’énergie et de la magie pour une chose que l’on peut accomplir soi-même de façon tout aussi efficace ? Non pour Marius, ses pouvoirs étaient destinés à se protéger contre les menaces surnaturelles. Une chose qui en cette ère de chaos et d’incertitude ne manquait pas.

Marius pendit son gibier par les pattes arrière à un trépan qu’il avait fabriqué lui-même. Puis il dégaina un couteau de chasse, et dépeça méticuleusement l’élan. De longues minutes plus tard, plusieurs pièces de viande étaient empilées dans la grotte et la peau de la proie séchait, tendue devant un feu bien nourri.

En fixant les flammes, Marius laissa son esprit errer dans les brumes du passé. Il se souvint de sa vie avec son père Alexander, en France dans l’une des rares colonies humaine encore debout. Les leçons de survie, d’histoire, les rires. Mais surtout les enseignants secrets de la magie ancienne et des diverses techniques d’exorcisme et de chasse aux créatures occultes. Alexander se définissait comme un occultiste et un exorciste selon ses dires. En pensant à cette époque heureuse, Marius sentit un nœud de tristesse et d’angoisse se former dans ses entrailles. Le « démon » grogna et s’arracha à cette époque.

Assis sur un vieux matelas de camping, Marius posa son regard sur une carte fixée au mur de la caverne. Sur ce plan, il avait écrit une foule de notes et d’informations à l’encre rouge.

« Premier contact, éclaireurs, traces vers le nord-nord-ouest… » et autres indications avaient été notés. Tout cela se regroupait finalement en un point précis. Cet emplacement se nommait splesk krovi (pic de sang en ukrainien). Cette montagne avait eu un nom différent autrefois, mais la nouvelle faune que le cataclysme avait apportée lui avait valu cette sinistre nomination. C’était ce genre de faune qui avait attiré l’occultiste si loin à l’ouest de sa France natale. Alors qu’il contemplait son plan dans la lumière tamisée de son foyer, Marius marmonna :

— Attendez, attendez-moi suceur de sang. L’Enfer n’attend que vous et j’arrive.

Colonie de « La louve blanche » à 80 km de la frontière russo-ukrainienne plus tard dans la nuit

La pleine lune se levait dans le ciel. Assise juste devant la porte principale de la colonie, Zoya Boyko fixait le disque d’argent de ses grands yeux bleus. La jeune femme avait défait ses longs cheveux roux les laissant tomber en cascade jusqu’à sa ceinture. Elle n’avait pas de temps à perdre, déjà la louve-garou en elle sentait l’influence de la lune faire son effet.

Sans plus attendre, elle retira sa lourde veste, son débardeur et le reste de ses vêtements en toute hâte. Son corps de guerrière mis à nue, elle embrassa toute la puissance de l’astre lunaire. Sa peau se couvrit d’une épaisse fourrure, ses muscles enflèrent, ses yeux saphir devinrent des joyaux ambrés, son visage prit une forme lupine et ses ongles devinrent des griffes acérées.

En quelques secondes la jeune femme d’un mètre quatre-vingt était devenue une louve-garou de deux mètres dix. La créature était un hybride et non pas un énorme loup.

Les hurlements des membres de la meute se firent entendre tout autour de Zoya. La chasse avait commencé, et les loups étaient de sortie. Zoya la louve bondit et cavala à quatre pattes en direction de l’épaisse forêt entourant la colonie. Déjà plusieurs de ses congénères s’y trouvaient et y célébraient leur nature avec toute la joie et la fureur bestiale qu’ils pouvaient exprimer.

Tous ses sens déployés, Zoya percevait chaque forme de vie dans un large périmètre, très vite elle trouva sa proie : un troupeau de daims.

« Parfait » songea la louve et sans perdre de temps elle fonça dans leur direction. Zoya fondit sur un vieux mâle grassouillet et en un éclair lui brisa la nuque d’un coup de dent. Les cervidés ne commencèrent à fuir que quelques secondes après l’attaque, réalisant tardivement la présence de l’imposante prédatrice de deux mètres de haut.

Le troupeau se dispersa dans une cacophonie de sabots et un feu d’artifice de poudreuse. En un instant Zoya fut seule dans la clairière avec sa proie. Ce fut donc sous une lune éclatante que festoya Zoya Boyko, fille de Tamara Boyko alpha de la colonie de « la louve blanche ».

***

— Zoya… disait une voix… Zoya… puis ce fut un cri sec et impérieux, jeune louve réveilles toi ! Le porteur des flammes infernales est proche !

La louve-garou fut brutalement arrachée à son sommeil. Assise dans la neige et nue, elle suait abondamment. Elle jura en se relevant. La jeune femme détestait la façon dont l’esprit des anciens loups s’immisçait dans ses rêves. Certes la plupart du temps c’était pour la prévenir d’un grave problème, mais la sensation que cela lui procurait était insupportable.

Zoya regarda le ciel et constata que l’aube s’était levée. Il devait être neuf heures du matin. Elle était nue comme un ver et couverte du sang séché de sa proie de la nuit passée. En pestant, Zoya revint à la colonie au pas de course. Sur le chemin, elle croisa plusieurs de ses concitoyens et semblables qui s’en revenaient eux aussi de leur nuit à la belle étoile.

Après s’être rhabillée en toute hâte, la jeune femme s’empressa de regagner l’enceinte de la colonie. Elle devait parler à ses parents de ce nouveau songe : quelque chose de grave approchait. Enfin ça tout le monde le savait. À l’ouest, derrière la frontière russe, les vampires et leurs alliés de l’Alliance de la nuit ne cessaient de multiplier leurs assauts et incursions pour atteindre les terres de l’est de l’Europe.

Les communautés de loups-garous et d’humains comme celle de Zoya s’étaient alliées aux esprits de la nature et autres faes dans le but de les stopper. Pour l’instant, les troupes des deux camps étaient bloquées dans une guerre de positions. Mais les commandos de l’Alliance de la nuit s’aventurant au-delà de la ligne de front se faisaient de plus en plus nombreux.

Et maintenant en plus de tous ces problèmes, les loups des temps passés parlaient à Zoya de ce chasseur. Était-ce une menace ou un espoir ? Telle était la question.

La jeune femme franchit la porte et remonta la rue principale de la colonie à toute allure. Les passants s’écartaient sur son passage et les commerçants qui entamaient leur journée la saluaient avec respect. Elle n’était pas la fille de l’alpha pour rien et tous connaissaient ses compétences de guerrière et de meneuse que sa mère Tamara et son père Demyan lui avaient transmises.

Après avoir franchi un dernier carrefour, Zoya se trouva finalement devant le centre des opérations de la colonie. Elle y entra, sans oublier de saluer les deux sentinelles postées à l’entrée. L’instant d’après la louve-garou débarqua en trombe dans la pièce principale. À son entrée, sa mère et son père la dévisagèrent.

— Zoya, demanda Tamara, que nous vaut cette arrivée en catastrophe ?

Demyan observa sa fille pendant quelques secondes, puis il plissa les yeux et prit la parole :

— Tu as fait un autre rêve, ma fille ?

Zoya acquiesça, son père n’avait pas la force bestiale de sa compagne, mais il était bien plus avancé que cette dernière sur le plan spirituel et il avait transmis ce don à sa progéniture. Il avait donc appris à repérer les signes annonciateurs des visions oniriques de sa fille. Les contacts avec les esprits des ancêtres s’étaient raréfiés durant les longues années de guerre, cela ne faisait qu’une décennie environ que les lycanthropes avaient commencé à retrouver ce pouvoir.

Nul ne connaissait la véritable raison de ce long silence, mais beaucoup soupçonnaient les vampires ou un de leurs alliés d’avoir usé de magie noire. Dans tous les cas, les messages que Zoya percevait étaient systématiquement avérés. Cela leur avait permis à plusieurs occasions de prévenir une attaque-surprise.

La jeune femme exposa son rêve à ses parents. Les deux leaders écoutèrent attentivement. Lorsque Zoya eut terminé, Tamara dit :

— C’est un peu maigre comme message, les ancêtres nous ont habitués à plus d’informations.

Elle avait dit cela sur un ton fort déçu, mais il fallait reconnaître que les quelques mots des esprits étaient bien maigres par rapport aux visions habituelles. La plupart du temps, les loups d’autrefois transmettaient des images de lieux à Zoya, mais là rien de tout cela.

— Navrée, maman, répondit Zoya, il faut espérer qu’ils me donneront plus de renseignements plus tard.

— Il faut déjà déterminer qui est ce « fils de l’Enfer et de la Terre ».

Alors que les trois loups commençaient à théoriser, des bruits de pas pressés se firent entendre dans le couloir. Ils se retournèrent tous avant que l’intrus n’entre dans la pièce. C’était un responsable des communications, un humain dont le souffle court et le visage rouge indiquaient qu’il avait couru longtemps.

— Que se passe-t-il ? demanda Tamara d’un ton légèrement agacé.

Le soldat reprit son souffle et répondit très vite :

— Pardonnez mon intrusion madame Boyko, mais c’est une urgence, l’escouade six a atteint Splesk Krovi au nord de la colonie et il y a un problème : un nid de vampires s’y est formé et…

— Quoi ?! s’exclamèrent les trois Boyko de concert.

— Combien sont-ils ? demanda Tamara paniquée.

— Mère faite passé le mot, je me rends sur place ! s’exclama Zoya alors qu’elle se dirigeait vers l’armurerie.

— Il est inutile d’envoyer des troupes ! les coupa le jeune soldat, les vampires ont déjà été tués.

Tous se figèrent. Un nid entier de vampires éliminé, avec une seule escouade d’une dizaine d’hommes ? Impossible. Mais le responsable des communications les détrompa :

— Vous m’avez mal compris, mesdames et monsieur, lorsque notre escouade a atteint le lieu où le nid avait été établi, tous les vampires étaient déjà morts.

— Par qui ? demanda Tamara avec impatience.

— Aucune idée madame, mais l’assaillant maniait visiblement un revolver, mais plus étonnant c’est qu’il y a des traces de feu partout c’est infernal.

Le cerveau de Zoya fut comme frappé par la foudre.

— Le porteur des flammes infernales, murmura-t-elle.

Splesk krovi environ trois heures plus tôt

Du haut de sa branche, Marius observait sa proie. Ses grands yeux de jaunes lui donnaient une vision aussi claire qu’en plein jour. De sa position il apercevait sans peine le moindre mouvement provenant de Splesk Krovi. Cette montagne avait reçu ce sinistre nom depuis que des vampires en avaient fait une tête de pont de leurs incursions sur le sol ukrainien. L’occultiste avait beau être un étranger sur ces terres, il était un ennemi des vampires et des monstres rôdant dans les ombres. Sa colère bouillonnait à la simple pensée de cette bande de suceurs de sang. Eux qui avaient ravagé la terre et avaient altéré l’avenir du monde et le cours du temps.

Marius s’arracha à ses ruminations et reporta son attention sur l’instant présent. Il consulta sa montre : six heures cinquante du matin, le soleil commençait à poindre et le ciel se teignait des pâles couleurs de l’aurore.

Le jeune « démon » voyait distinctement les vampires amorcer le repli vers les galeries de la montagne solitaire plantée au milieu de la forêt. L’heure était à l’action.

Marius se concentra et laissa la magie affluer dans son être. Il tissa à nouveau un sort de silence, suivis d’un enchantement de perception. Puis se concentra sur son bras gauche. Ce dernier se mit à chauffer, les runes sur la peau noire charbon pulsèrent alors qu’une force infernale se répandait dans les muscles de l’occultiste.

Fin prêt, Marius s’élança vers sa cible. Il bondit de son perchoir puis tel un bulldozer fonça entre les arbres. En quelques enjambées il fut à portée de sa première proie. Prenant soin de rester sous le vent le « démon » se glissa dans l’angle mort du vampire.

Ce dernier, une femme de petit gabarit, n’était pas sur ses gardes. Tout du moins jusqu’à ce que ses sens aiguisés ne lui renvoient l’odeur d’une créature inconnue.

Elle se retourna en un éclair, ses yeux rouges sang luisaient dans la pénombre alors qu’elle montrait les crocs, prête à en découdre. Elle n’eut même pas le temps ou l’occasion de crier ou riposter. Dans un même mouvement qui avait duré, moins d’un battement de cils Marius avait dégainé son épée et l’avait abattu sur la nuque de la vampire. Un sang noirâtre se répandit sur la neige, alors que la tête de la créature roulait sur le sol.

« Et une de moins ! » se dit Marius. Mais il n’avait pas le temps de se jeter des fleurs. Il ne faudrait pas longtemps avant que les autres vampires ne sentent l’odeur du sang de leur consœur. Le chasseur de monstre reprit sa course effrénée. Il devait faire vite s’il voulait couper la route à la horde qui regagnait les galeries pour se protéger des rayons du soleil.

Marius ne mit pas longtemps à repérer les autres sentinelles qui couvraient la retraite du gros des vampires. Ils étaient cinq, et eux non plus n’eurent pas le temps de crier avant de mourir.

Fondant depuis les arbres, l’occultiste décapita les deux premiers vampires en deux coups secs. Puis il brisa la nuque du troisième, transperça le cœur du quatrième de son sabre avant d’abattre le dernier d’une balle dans le crâne.

Il n’y avait plus de gardes, Marius avait le champ libre. Prenant toujours garde de ne pas laisser le vent charrier son odeur jusqu’aux vampires, le « démon » fila vers le pic à toute allure. Sa magie de perception lui permit de localiser la nuée de suceurs de sang à un peu plus d’un kilomètre de lui se hâtant de regagner l’obscurité des cavernes. En tout, il y avait une quarantaine de cibles, en plus des sentinelles placées à proximité de la caverne. Un sourire carnassier fendit le faciès carmin de l’occultiste. Seulement cinq sentinelles…les vampires présumaient vraiment de leur force ou bien de leur discrétion, et cela allait leur être fatal.

Marius atteint la base de Splesk Krovi une bonne dizaine de minutes avant la troupe de vampires. Après s’être assuré qu’aucun autre vampire ne montait la garde, il rengaina son épée. Le chasseur saisit son revolver, tout allait se jouer à distance, à présent. Grâce à son agilité, Marius escalada aisément la paroi rocheuse. Il ne mit guère longtemps à trouver l’endroit parfait pour abattre ses proies.

Il fouilla dans son ceinturon, s’assurant d’avoir toutes ses munitions à portée de main. Chacune des balles était recouverte de runes occultes, lesquelles renfermaient des effets et pouvoirs aussi variés que terrifiants. Le pouvoir que ces runes canalisaient était aussi sombre qu’ancien, mais il avait le mérite de fonctionner contre toute forme de créature. Marius sélectionna avec précaution une vingtaine de balles, puis se concentra se représentant l’enchaînement qui allait suivre.

L’occultiste eut tout juste le temps de terminer ses préparatifs avant que les vampires ne soient à porter. Dissipant son sort de silence afin d’économiser son énergie, il se concentra sur son sort de perception. Puis sur son bras. Son membre s’embrasa alors comme une torche, alors qu’une douleur aiguë le transperçait.

Il y avait de grandes chances à présent que les vampires eurent compris qu’ils étaient attaqués, mais qu’ils aient réalisé que l’ennemi était devant eux, c’était peu probable.

Sans perdre davantage de temps, Marius se mit en joue, visa le vampire le plus proche et tira. La balle choisie était marquée par un symbole représentant un soleil. La rune se mit à irradier, donnant à la balle la forme une comète, avant que celle-ci explose ! Dans une détonation étonnamment faible, le projectile généra une sphère de lumière blanche bleue. À son contact, les vampires furent désintégrés comme s’il était frappé par un soleil d’été. La rune de la balle avait reproduit la lumière de l’astre diurne.

En un seul tir, quatre vampires avaient été tués. À la vue de leurs semblables réduits en cendres, les autres noctambules stoppèrent leur course pour localiser l’origine de l’attaque. Ce fut une grave erreur.

Marius avait déjà tiré une seconde balle solaire qui explosa à son tour et fit tomber cinq vampires supplémentaires. Les autres se dispersèrent aussitôt, courant dans toutes les directions pour échapper au tireur. Mais Marius ne comptait pas se faire avoir. Cette fois il se concentra sur son bras gauche. Les flammes de ce dernier s’intensifièrent. Puis il tendit la main vers ses proies et une langue de flammes jaillit de sa paume. Le feu coupa net la fuite des vampires. Marius tira une fois de plus, vaporisant un nouveau groupe d’ennemis. D’un nouveau geste de la main puis d’une incantation gutturale, Marius fit courir les flammes qui formèrent alors un mur mouvant. À chaque fois que la meute tentait de fuir, le feu les stoppait et l’occultiste faisait feu. Il ne restait cependant plus qu’une balle dans le revolver et l’occultiste passa à la seconde étape de son plan.

Le mur de feu changea à nouveau de forme : il se divisa en plusieurs orbes de flammes qui fondirent alors sur la meute avant d’exploser dans une déflagration tonitruante. Marius s’empressa d’empoigner ses munitions et de recharger son arme. La fumée dégagée par la déflagration ne ferait pas écran très longtemps. L’occultiste sentait son énergie lui manquer, il inspira profondément avant de fermer les yeux. Se concentrant sur son sortilège de perception, Marius resserra le périmètre de son enchantement sur la zone de la déflagration. À présent, il percevait à la perfection la présence de ses ennemis. Sans ouvrir les yeux, il visa et vida le chargeur de son revolver. Les six balles solaires explosèrent les unes à la suite des autres, réduisant en cendre les derniers vampires de Splesk Krovi.

Marius ouvrit lentement les yeux. Il était en sueur, son bras gauche le faisait terriblement souffrir, comme à chaque fois qu’il usait des flammes de l’enfer. Le « démon » soupira longuement. Il se serait bien reposé tout de suite, mais c’était hors de question. Il lui fallait s’éloigner du lieu du combat, s’isoler dans un lieu tranquille avant de regagner son abri. Il descendit de son perchoir et marcha aussi longtemps que ses forces le lui permirent. Quand il sentit sa limite atteinte, il trouva un grand arbre creux. Il sortit de l’une des innombrables poches de son trenchcoat un petit piquet de métal couvert de glyphes. Il planta l’artefact dans la base du tronc. Aussitôt une sphère de magie protectrice se déploya.

Puis il se glissa à l’intérieur du tronc. C’est seulement à cet instant qu’il lâcha prise et laissa l’épuisement le faire sombrer dans un sommeil profond.