Prologue
La nuit était tombée sur la 23e Base de l'Aviation de Transport près de Rzeszów, dans le sud-est de la Pologne. Les projecteurs illuminaient les bâtiments massifs de béton, jetant de longues ombres sur le tarmac désert. Les soldats du Groupe de Reconnaissance et d’Intervention Spéciale (GRIS), une unité spéciale française, revenaient d'une longue journée d'exercices conjoints avec les troupes polonaises et américaines. Malgré l'épuisement, ils restaient attentifs, mais ne s'attendaient pas à ce qu'ils allaient trouver à leur retour.
En s'approchant du poste de garde, ils furent surpris de voir un agent de sécurité civil, une mitraillette en bandoulière, leur barrer la route. Le visage fermé, il leur fit signe de s'arrêter.
– Vos laissez-passer et vos papiers d'identité, déclara-t-il d'une voix sèche.
Le capitaine Lefèvre, à la tête de l'unité, fronça les sourcils en avançant.
– Depuis quand des civils contrôlent l'accès à une base militaire ? demanda-t-il, visiblement contrarié.
L'agent resta impassible, tendant la main pour vérifier les documents. Un soldat polonais, posté à côté du garde, s'approcha pour expliquer la situation.
– Le ministère de la Défense a récemment autorisé des sociétés privées à sécuriser certaines bases. Ils disent que c'est pour renforcer la sécurité nationale, expliqua le soldat polonais avec un sourire crispé.
Le lieutenant Renard observa attentivement l'agent civil.
– Vous étiez déjà là ce matin, non ? Vous n'avez pas eu de pause ? demanda-t-il, suspicieux.
Le garde haussa les épaules, évitant son regard.
– Pas de pause pour les braves, répondit-il avec un sourire forcé.
Un autre soldat polonais, visiblement plus détendu, ajouta en plaisantant :
– Pour eux, tout le travail, c'est une grande pause !
Les Français échangèrent des sourires discrets, mais une certaine inquiétude persistait. Après la vérification des papiers, l'agent de sécurité leur permit enfin d'entrer. Ils se dirigèrent vers le mess pour dîner, puis regagnèrent leurs casernes pour une nuit de repos bien méritée.
À une heure du matin, un coup de feu retentit, déchirant le silence de la nuit.
Le commandant Valois fut immédiatement sur pied, réveillant ses hommes avec une efficacité militaire. En quelques minutes, les soldats du GRIS étaient debout, armés et prêts à intervenir. Une unité de reconnaissance, dirigée par le sergent Dale, fut envoyée sur les lieux.
En approchant du poste de garde, ils virent des gyrophares rouges et bleus clignoter. Des véhicules de la police militaire polonaise bloquaient l'entrée, et plusieurs officiers se tenaient devant, tendus.
– Retournez à vos casernes, ordonna l'un des officiers polonais, le ton autoritaire.
Le sergent Dale ne se laissa pas démonter.
– Nous devons savoir ce qui s'est passé, répliqua-t-il fermement.
Un pas de plus vers le poste de garde, et les gendarmes polonais déverrouillèrent leurs armes, pointant leurs canons vers les éclaireurs français. Les soldats français réagirent immédiatement, déverrouillant les leurs. La situation devint tendue, chaque côté prêt à dégainer.
Un officier supérieur sortit précipitamment du poste de garde.
– Calmez-vous, ordonna-t-il en polonais à ses hommes. Laissez entrer un des leurs.
Le sergent Dale fut désigné pour entrer. À l'intérieur, il découvrit une scène macabre. Le corps d'un des gardes civils gisait au sol, la tête éclatée, une mitraillette abandonnée à ses côtés. Dale déglutit, sous le choc.
– Qu'est-ce qui s'est passé ici ? demanda-t-il d'une voix tremblante à l'officier de la police militaire.
L'officier, visiblement mal à l'aise, répondit :
– Il s'est suicidé. Des problèmes familiaux, probablement...
Escorté à l'extérieur, Dale rejoignit ses camarades. L'officier polonais tenta de minimiser la situation.
– Dites à vos supérieurs que tout est sous contrôle. Rassurez-les et reposez-vous, ajouta-t-il.
Dale secoua la tête, déterminé.
– Je dois faire un rapport sur cet incident, répondit-il avec fermeté.
L'officier de la police militaire insista.
– Rien de tel ne s'est passé, affirma-t-il catégoriquement.
Dale le fixa froidement.
– La gravité de la situation sera évaluée par nos supérieurs, conclut-il.
L'unité de reconnaissance se replia vers les casernes, la tension toujours palpable.
Le lendemain matin, un ordre soudain tomba : l'unité spéciale française devait quitter la 23e Base de l'Aviation de Transport en urgence, sans explication.