Les pantoufles de Monsieur Petchot

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Summary

Laurine habite dans un village breton peuplé de personnages haut en couleurs. Un chat facétieux va y créer, sans le savoir, un conflit aux conséquences funestes.

Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

La quête irréalisable

Dong. Dong. La cloche de l’Église résonnait dans tout le village. 11h venait de sonner.

”Il est temps d’y aller! ”  se dit Laurine, pleine de détermination. “Il est temps d’aller acheter des poissons frais, pêchés ce matin, pour le repas de ce soir.”

Elle tenait à offrir le meilleur à ses invités, en veillant à ce que les produits soient à la hauteur de ses attentes.

Elle sera une hôtesse parfaite. Elle présentera une table magnifiquement décorée, digne des pages d’un magazine de décoration, des mets dignes d’un chef étoilé, ainsi qu'une ambiance enchanteresse. Si elle participait à l’émission Un dîner presque parfait, elle en sortirait sans nul doute victorieuse, remportant la première place et une pluie de 10/10.

Avec une confiance inébranlable en elle, en la vie, mais surtout en elle, Laurine enfila ses bottes et son K-way, juste au cas où le ciel, capricieux comme la veille, déciderait de devenir subitement gris et de lâcher des trombes d’eau sur elle.

“C’est peu probable que ça se reproduise !” s’exclama-t-elle en franchissant le seuil de sa maison. Le ciel était d’un bleu azur parfait, sans le moindre nuage à l’horizon. L’océan, visible au loin, était d’un calme olympien, ses eaux scintillant sous les rayons du soleil.

Ce spectacle insuffla à Laurine une énergie nouvelle, renforçant son enthousiasme pour réaliser son ambition.

Elle se dirigea vers la place du village, marchant ainsi dos à la mer et face au clocher de l'église.  Elle passa,avec assurance, devant la maison de Madame Aladie, une retraitée un peu excentrique, propriétaire d’un chat grincheux nommé Mimolette, qui avait la fâcheuse manie de chaparder les affaires des voisins.

Cette semaine, il lui avait  volé une chaussette jaune, ainsi qu’un drap-housse vert d’eau et un drap plat jaune safran qu’elle avait étendus sur la corde à linge. Elle se demandait comment ce petit félin avait trouvé la force de les décrocher. Dans tout le village, les nains de jardin disparaissaient régulièrement, pour réapparaître quelques jours plus tard, dans les bras de Madame Aladie, venue s’excuser, toute confuse, pour les larcins de Mimolette.

Jusqu’à présent, elle avait toujours été pardonnée. Les habitants s'étant pris d'affection pour le petit félin. On apercevait de temps en temps sa silhouette rousse, filer à travers les jardins  avec toutes sortes d'objets incongrus dans sa gueule. On le regardait généralement avec attendrissement et on se demandait comment il pouvait déplacer des objets beaucoup plus lourd que lui. On haussait alors les épaules et on se disait avec philosophie que les objets finiraient bien par réapparaître un jour.

Mais Monsieur Petchot, qui n’avait jamais retrouvé sa paire de pantoufles préférées, un cadeau de Noël de ses petits-enfants, nourrissait une rancœur tenace. Depuis six mois, il accusait sans preuve le chat et tentait de rallier les autres villageois à sa cause. Son obstination ne fléchissait pas avec le temps, au grand damme des habitants les plus pacifistes.

Laurine faisait partie de ceux-ci. Elle rejetait l’idée d’user de toute forme de violence qu’elle soit verbale ou physique. À l’encontre des êtres humains comme des animaux. Elle pensait qu'il fallait faire preuve d'indulgence à leurs égards, surtout s'ils avait développé des troubles obsessionnels compulsifs comme la cleptomanie.

Tandis qu’elle approchait de la maison de Mr Petchot, elle décida de s’accroupir pour ne pas être repérée à travers la fenêtre de l’ habitation. Elle ne souhaitait pas qu’il la harangue et qu’il tente une nouvelle fois de l'entraîner dans ses projets hostiles.

Elle souhaitait rester fidèle à ses valeurs en ne prenant pas part aux conflits. Pas plus tard qu'hier, alors qu'elle revenait d'une promenade à la plage, elle l'avait salué et lui avait demandé avec compassion comment il allait. Il s'était mis dans une rage folle et lui avait présenté ses arguments, durant ce qui lui sembla une éternité.

Elle tourna ensuite à gauche de la boulangerie et longea la petite église. Enfin, elle aperçut la fontaine qui trônait au centre de la place du village. Elle était enfin arrivée pour faire le marché.

À son grand désarroi, elle comprit que sa résolution allait être difficile à tenir.