Chapitre 1 - Le Poids des Rapaces
Ce texte contient des scènes susceptibles de choquer. Destiné aux lecteurs avertis.
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L’aube et le crépuscule se ressemblaient ici. Une lumière grisâtre teintait l’horizon, les cendres et les véhicules en ruine. Les immeubles des villes d’autrefois, devenus des cimetières de béton, perçaient le ciel, griffant les nuages. Le vent sifflait à travers
Le véhicule électrique avançait péniblement sur une route alternant entre la terre et le macadam, les pneus craquant sous les débris. C’était un modèle fatigué, bricolé à l’extrême, son moteur n'étant plus qu'un souffle mourant. À l’intérieur, l’air était aussi lourd qu’à l’extérieur. Les respirations étaient lentes, mesurées, comme si parler trop fort risquait d’attirer l’attention de quelque chose tapi dans l’ombre.
Max, concentré sur la route, fixait l'obscurité devant eux. Sa barbe de quelques jours cachait la crispation de ses traits, mais ses yeux trahissaient une vigilance constante. Il conduisait avec des gestes sûrs, précis, comme s’il pouvait contrôler cet enfer d’un simple coup de volant. La vérité, il le savait, c’est qu’ils n’étaient que des proies sur une route condamnée. Il gardait le silence, mais la sueur perlait dans le creux de son cou.
À l’arrière, Alice s’était recroquevillée contre sa grande sœur, le visage enfoui dans ses bras. Maggie, la sœur aînée, fixait la fenêtre, ses paupières lourdes et ses yeux rougis par la fatigue. Ses bras enserraient fermement le corps frêle d’Alice, un geste presque mécanique, comme si lâcher prise même une seconde risquait d’exposer l’enfant aux griffes de ce monde. Elle caressait doucement les cheveux d’Alice d’une main tremblante, murmurant des paroles inaudibles. Elles n’étaient pas pour sa sœur, mais pour elle-même. Des mots comme un rituel : “Ça va aller… Ça va aller…”
- Si tu restes près de moi, rien ne t'arrivera. Je te le promets, fait-elle à Alice qui serra le bracelet qu'elle lui avait donné quelques jours plus tôt.
Assis juste derrière Max, Connor bougeait sans cesse. Un poing tambourinait frénétiquement sur son genou et, de l'autre main, il faisait tourner une petite photo plastifiée de sa famille entre ses doigts. Son regard oscillait entre le pare-brise et les quatre côtés de la route, là où les rapaces pouvaient surgir. On les voyait, parfois. Des ombres floues dans le ciel, des ailes déployées, planant comme des rapaces. Leur cri rauque résonnait dans les airs, mêlant animalité et quelque chose de plus dérangeant, presque monstrueux.
Connor murmura :
- Ils nous suivent… Ils nous suivent encore.
Max ne répondit pas. Ses doigts tapotèrent machinalement le volant, comme pour calmer sa nervosité. Il jeta un regard furtif dans le rétroviseur.
- Calme-toi, Connor. Essaie de les ignorer, fait Ellen assise juste à côté de Max, sans le regarder.
Connor étouffa un rire mauvais. Ses yeux cernés étaient grands ouverts, injectés de rouge.
- Oui, c'est ça. «De les ignorer»…? Comment faire, hein ? On tourne en rond... On le trouvera jamais... jamais...
Ellen lança un coup d’œil à Max. Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi laissait-il Connor continuer son délire ? Pour elle, son silence pesait plus lourd que ses mots. Cela durait depuis des jours.
Maggie leva la tête, regardant froidement Connor.
- La ferme. Alice dort.
- Je ne dors pas, corrige la petite. J'essaie de ne pas entendre ces pleurs horribles venant des bâtiments.
Un cri, cette fois plus proche, coupa leur échange. Tous se figèrent. Max appuya légèrement sur l’accélérateur, mais le moteur toussota, fatigué. Ils regardèrent dehors, les yeux rivés vers le ciel. Les rapaces étaient là. Une demi-douzaine d’entre eux planaient à faible altitude, leurs formes décharnées découpées contre l’horizon gris. Ils tournaient, lentement, méthodiques, leurs ailes battant l’air comme des voiles usées. L’un plongea soudainement, frôlant le véhicule. Alice se redressa en sursaut, poussant un cri aigu qui lui déchira la gorge. Maggie la serra contre elle, les larmes aux yeux.
- Chut, chut, chut… tout va bien…
Mais même Max ne croyait plus à ces mots. Il sentait leur présence, oppressante, comme si les rapaces absorbaient l’air autour d’eux, rendant chaque respiration plus laborieuse que la précédente. Ils savaient. Ils suivaient. Patients. Carnassiers.
Il murmura pour lui-même, presque trop bas pour être entendu.
- On n’a plus le choix. On continue. Jusqu’à la fin.
La voiture reprit sa lente progression, tandis que le ciel s'assombrissait encore un peu plus, les rapaces tournoyant au-dessus d’eux surveillant leurs proies.








