⏳ Yellowstone - L'Ombre des Cendres

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Summary

Dans un futur proche, l’éruption du Yellowstone plonge les États-Unis dans le chaos. Kristina Johnson, 17 ans, et sa famille fuient Denver pour survivre, mais sont vite séparés. Seule dans un monde en ruine, Kristina doit affronter catastrophes naturelles, violences et secrets gouvernementaux pour espérer s’en sortir.

Status
Complete
Chapters
42
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1

Les quatre grands écrans affichaient tous la même chose, bien à l’abri derrière leur grande vitrine de ce marchand d’électronique. Chacun d’un angle de vue distinct, relayé par les différentes chaînes télévisées du pays, c’était la même chose, jour après jour, depuis des mois et les gens n’y prêtaient même plus attention.

Kristina Johnson, les mains dans les poches de sa veste en jean, regardait les images filmées depuis un hélicoptère sans vraiment les voir. Elle ne se souvenait pas à quel moment les catastrophes naturelles avaient commencées à être aussi nombreuses et violentes, mais les journaux de chaque chaîne du pays ne faisaient que les relater encore et encore, parfois en boucle toute la journée et la nuit jusqu’à ce qu’elles soient remplacées par une nouvelle catastrophe. S’en était devenu le sujet principal et si les plus jeunes semblaient ne pas s’y intéresser, les adultes, eux, commençaient à être inquiets.

Avec un soupir, Kristina remarqua que le programme venait de changer et que le bandeau « Dernières Nouvelles » défilait en bas des écrans. La jeune femme se redressa quand une présentatrice apparut, l’air grave.

— Mesdames et Messieurs bonsoir, triste nouvelle que nous apprenons encore ce soir. Pour la quatrième fois en six mois, une vague géante a ravagé la côte est des États-Unis, n’épargnant rien sur son passage, du moins, pour ce qu’il en reste… La vague a balayé le centre de la ville d’Augusta, dans le Maine, ce matin très tôt. Des centaines de personnes sont portées disparues, des centaines de milliers sont sans abri.

— La planète est en colère, c’était à prévoir !

Kristina sursauta et tourna la tête pour découvrir une vieille femme appuyée sur une canne. Elle ne dit rien, serra les lèvres et se détourna pour rentrer chez elle. Voir le monde se dégrader de la sorte lui donnait la nausée et de partout, les gens se creusaient des abris sous leurs maisons et commençaient à stocker de la nourriture non périssable.

Installée avec sa famille dans l’état du Colorado, en plein milieu des Etats-Unis, Kristina avait toujours entendu dire que c’était un état sûr, qu’il n’y avait aucune crainte à avoir si un jour la planète s’emballait, mais dans la liste des catastrophes naturelles pouvant peut-être frapper le Colorado, s’il n’y avait pas de tsunamis, il y avait les séismes, les tornades, le feu...

Dans son souvenir, du haut de ses dix-sept ans, elle en avait vécu quelques-unes, un gigantesque incendie qui avait épargné son quartier alors qu’elle devait avoir quatre ans, des secousses telluriques peu après son dixième anniversaire, et plus récemment, une tornade rugissante qui avait tracé son chemin dans la forêt voisine, arrangeant les promoteurs qui avaient profité du passage créé pour y poser une autoroute l’année suivante…

Mais depuis quelques années, c’était de pire en pire, le climat s’emballait, et ce qui inquiétait le plus, c’était les tremblements de terre un peu partout dans le monde.

Lassée des nouvelles catastrophiques, et après avoir fait un tour en ville, ayant fini de travailler plus tôt que d’habitude à cause de son patron absent, Kristina rentra chez elle et retrouva Nina, sa petite sœur de dix ans, dans le salon en train de jouer à la console avec trois de ses copines de classe.

— Maman et papa sont là ? demanda Kristina en déposant sa veste.

Elle suspendit son sac à une patère et déposa ses baskets.

— Non, papa n’est pas encore rentré et maman est allée faire des courses, répondit Nina sans décrocher son regard du téléviseur. T’étais où toi, tu ne devais pas nous surveiller, par hasard ?

Kristina haussa un sourcil. Les paroles de sa mère lui revinrent alors en mémoire et elle serra les lèvres. En effet, elle lui avait vaguement dit de rentrer tôt après son travail pour s’occuper de sa sœur et de ses amies ; mais si elle en jugeait le tas de paquets de biscuits et les cannettes de soda sur la table basse du salon, les fillettes s’étaient très bien occupées d’elles-mêmes...

— Je monte, si y a besoin vous criez, dit alors Kristina en s’engageant dans l’escalier.

Un vague marmonnement lui répondit et la jeune femme s’enferma dans sa chambre en soupirant. Depuis le début des vacances d’été, elle avait déniché un petit travail qu’elle aimait plutôt bien, en ville, dans un bar, car il lui permettait d’être indépendante financièrement et de s’acheter ce dont elle avait envie quand elle en avait envie. Le reste de l’année, elle continuait à aller au lycée en semaine et travaillait le week-end, et à la maison, elle avait des responsabilités, surtout envers sa petite sœur, cette punaise non prévue qui avait ramené son père à la maison alors qu’une procédure de divorce avait été engagée, dix ans plus tôt. Dès que Lilian Johnson s’était découverte enceinte, Daniel avait rappliqué et depuis, ils ne se quittaient plus et s’entendaient encore mieux que dans les souvenirs de Kristina, même s’ils avaient, comme tout le monde, leurs hauts et leurs bas.

Sortant de ses pensées, la jeune femme regarda par la fenêtre. Une bien plus terrifiante menace que des parents divorcés faisait passer les tsunamis pour de simples vaguelettes, en effet, bien loin au nord-ouest de Denver, dans l’état du Wyoming, le Parc National du Yellowstone était un grand sujet d’inquiétude ces derniers temps, qu’on soit vulcanologue ou pas. Quelques solides secousses sismiques avaient ébranlé la réserve et les grands de ce pays craignaient qu’elles ne finissent un jour par réveiller ce vieux grand-père à l’odeur d’œuf pourri… Cependant, si jamais il en venait à ouvrir un œil, pis, à se mettre à rugir, le monde aurait du souci à se faire... et les Etats-Unis en premier.

Et Kristina était bien loin de se douter que toutes les craintes des gens allaient être exaucées…


Daniel Johnson observait la télévision en silence, debout au milieu du salon. Quand Lilian apparut en lui tendant un verre d’alcool, il la remercia du bout des lèvres et la femme s’assit sur l’accoudoir du canapé.

— Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda-t-elle, le regard rivé sur l’écran.

— Rien, il n’y a rien à faire, il faut attendre, répondit son mari. Ils l’avaient dit, ils l’avaient tous dit, si les secousses continuaient, alors le Stone pourrait se réveiller…

— Et les filles, on leur dit quoi ?

Daniel soupira et coupa le son de la télévision avant de pivoter vers Lilian avec un haussement d’épaule.

— Tu veux qu’on leur dise quoi ? On ne peut pas leur mentir, elles ont dix et dix-sept ans, elles comprennent parfaitement la situation.

— Oui, mais… Danny, nous allons devoir partir bientôt, il faut que nous trouvions des places dans un abri souterrain public puisque nous n’en avons pas et…

— Je pense qu’il n’y a déjà plus de places, tu vois, répondit l’homme en avalant le liquide ambré dans son verre. Je vais appeler Martin, mon ami qui vit à Québec, il aura peut-être des places, ou des tuyaux, mais je…

L’homme n’ajouta rien, haussa les épaules puis s’excusa et disparut dans son bureau. Lilian baissa le nez, grimaçant, et reporta ensuite son attention sur la télévision en sourdine qui diffusait des images impressionnantes du Yellowstone, le plus vieux volcan du monde, certes endormi, mais actif.

Des hélicoptères filmaient au-dessus du parc naturel d’où s’échappaient des colonnes de fumées blanche, de la vapeur, comme indiqué dans le sous-titrage, et selon les vulcanologues, s’il y avait d’autres secousses telluriques comme la dernière en date ressentie, d’une magnitude d’un peu plus de cinq sur l’échelle de Richter, le volcan risquerait de se réveiller et là, ce serait vraiment dangereux.

— Ce truc a une surface de près de quatre mille kilomètres carrés, soupira Lilian en portant ses mains à son visage, les coudes sur les genoux. Si le couvercle saute, on est dans la merde…

Avec un juron, elle coupa la télévision et décida d’aller préparer le dîner. Ses filles n’allaient pas tarder à rentrer de leur journée d’école et elle n’aurait pas le temps pendant que Nina ferait ses devoirs.


Assise dans le bus, Kristina regardait la CNN sur son téléphone. Près d’elle, Andrew Caleb, son meilleur ami, regardait avec elle et ils étaient silencieux, tout comme la majorité du bus, d’ailleurs.

— Vous allez partir ? demanda soudain Kris.

— Si mon père est appelé, ouais…

— Il va sûrement l’être, les militaires sont toujours sur tous les fronts quand il y a une catastrophe.

— Il fait partie de la Garde Nationale, hein, ce n’est pas un vrai militaire, sourit Andrew. Mais ouais, s’il y a besoin, il sera mobilisé, et ma mère aussi.

— Elle est à la retraite…

— Mais ça ne compte pas dans ce genre d’événement. Et puis hein, on ne craint rien ici, si ce truc saute, on ne craint rien, ne t’en fais pas !

— Ouais… T’as sans doute raison.

Kristina passa une main dans ses longs cheveux blonds et soupira. Andrew avait une année de moins qu’elle, du moins, il était né six mois avant elle, en octobre, et elle en avril de l’année suivante. Ils étaient dans la même classe, mais il était clairement moins mature qu’elle et rigolait de beaucoup de choses que la jeune femme trouvait débile ; il ne prenait également pas grand-chose au sérieux et parfois, cela agaçait Kristina.

Le bus scolaire déposa Kristina devant sa maison une dizaine de minutes plus tard et alors qu’elle posait le pied sur le trottoir, le nuage de vapeur blanche qui montait dans le ciel, au loin sur l’horizon, capta son regard. Ils se trouvaient à Denver, à près de mille kilomètres de la Caldeira du Mont Yellowstone, et pourtant, elle pouvait voir ce panache de fumée…

— Ça doit être gigantesque… souffla-t-elle.

Elle se détourna en entendant du bruit dans son dos et remarqua sa mère sur le pas de la porte. Elle la rejoignit et l’embrassa sur la joue en guise de bonjour.

— Tu as vu les infos ? demanda la femme.

— Ouais, qui ne les a pas vues…

— Ça t’inquiète, ma chérie ?

— Pas plus que ça, c’est que de la vapeur d’eau pour le moment, mais je pense qu’on devrait peut-être commencer à mettre nos affaires en ordre…

Lilian pinça les lèvres.

— Ton père a dit que les abris publics sont certainement déjà tous pleins, alors il va appeler Martin, son ami qui habite à Québec.

— Alors on va partir ?

Lilian et Kristina se retournèrent et Nina entra dans la maison.

— Tu me suis depuis quand, la punaise ? demanda Kris, surprise.

— Euh, je te suivais pas hein, je rentre juste de l’école, crétine.

— Oh, oh, les filles, on se calme, tempéra aussitôt leur mère. Rangez vos affaires, Kris, va t’occuper du jardin, et Nina, commence tes devoirs.

Kristina fronça les sourcils. Elle détestait s’occuper du potager que sa mère s’ingéniait à fait pousser chaque année malgré le fait qu’à Denver, il faisait souvent trop chaud et sec pour que quoi que ce soit pousse hormis si on y passait des heures.

Obéissant toutefois, la jeune femme sortit dans le jardin et s’approcha des plants bien alignés en enfilant des gants de toile grise, mais pendant les vingt minutes qu’elle passa à désherber ce bout de terre, le Yellowstone ne quitta pas ses pensées et son esprit pessimiste se mit à tourner à toute vitesse en imaginant les pires scenarii possibles.


Les jours qui suivirent furent compliqués pour tout le monde. Même si Denver était bien loin du Wyoming et relativement en sécurité concernant le Stone, à la télévision, les mouvements de panique et les gens qui pliaient bagage et s’enfuyaient vers l’est, le Canada ou le Mexique, étaient de plus en plus fréquents.

— Tu as des nouvelles de ton ami, papa ?

— Non, pas encore, mais il m’a dit qu’il allait se renseigner et qu’il m’enverra un mail pour me fournir les conditions d’accès.

— Vous croyez vraiment que les gens ont raison de partir et paniquer comme ça ?

Lilian et Daniel regardèrent leur fille aînée qui semblait plutôt perplexe quant à la conduite à tenir.

— Tu n’as pas peur ? Même pas un peu ? demanda sa mère.

— On est loin du Stone, tu n’arrêtes pas de le répéter, alors pourquoi on aurait peur ? Okay, je sais, si la caldera saute, on aura des gros problèmes de climat dans les prochains mois, mais on s’habituera, on a l’habitude des grosses chaleurs, ici.

— C’est vrai, admit Lilian. Mais je ne pense pas que le thermomètre se contentera de grimper de quelques degrés… J’ai vu sur internet que si le bouchon saute et que le magma est à découvert, ça sera plus de vingt degrés qu’on prendra d’un coup dans les dents et ça risque de détruire toutes les récoltes et de déglinguer complètement le climat.

— Ils disent que des conneries, sur internet, grommela Daniel. Mangeons, on va être en retard à la messe.

Lilian opina puis rapporta les œufs et le bacon sur la table pour le petit-déjeuner pendant que Kristina apportait les boissons de chacun. Cependant, pendant tout le repas, son esprit fut perturbé par les paroles de sa mère et elle se demanda si les Etats-Unis survivraient à une telle hausse des températures…