La Guerre Ordinaire de Sébastien Milan (lgbtq+)

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Summary

Ce sont de ces guerres qu'on nous sert entre le sport et la météo tous les soirs à la télévision, monsieur Milan est un quinqua lambda qui s'y retrouve au coeur du conflit, sous le regard des caméras d'un journaliste italien il cherche a y survivre sans perdre son âme ni renoncer à son humanité.

Genre
Action
Author
BenTen
Status
Complete
Chapters
32
Rating
n/a
Age Rating
18+

Le Crash

Sébastien Milan s’est retrouvé dans un appart-hotel avec quatre médecins et un journaliste italien a faire des crêpes en chantant sur de la musique pop allemande la veille de monter dans un bi moteur a hélices a destination d’un aérodrome dans une région récemment pacifiée d'Europe orientale. 

Le matin du départ la ville de Berlin s'éveille à peine sous un fin film de gel quand ils montent dans un taxi van Transporter Volkswagen et filent jusqu'à l'aéroport militaire américain ou leur avion lui semble minuscule entre les hercules et les bombardiers, les rideaux obliques de pluie froide traverse l’immensité vide du tarmac d'un bout à l'autre de l'ouverture gigantesque du hangar. Le pilote et son équipage sont roumains charmant et jovial, ils connaissent bien leur destination et ont reçut toutes les accréditations des diverses autorités pour survoler les zones contestées.

Dans la cabine le confort est relatif et la place est comptée, mais s’ils valident leur site de destination un pont aérien sera déclenché avec des plus gros volumes, docteur Girardin explique les détails en s’installant, les convois ne seront pas possible tant que la zone tampons sera le lieu de combats qui à l'heure actuelle augmente et en fréquence et en intensité.

Dès le sol du Brandebourg dissimulé sous la couverture nuageuse uniforme Sébastien s'endort d’un sommeil de plomb. Il a toujours très bien dormi dans les transports, voiture beaucoup, bateaux un peu, avions plus rarement. C’est la tension dans les voix qui le réveille, il est conscient depuis un petit moment d'échanges sottovoce a l’autre bout de l’avion, Dario Altatorre est assit à côté de lui sur les deux derniers sièges dans la queue de l’appareil, il tient sur ses genoux son sac avec le matériel de capture d’image qu’il a apporté, ses phalanges sont blanches. En posant une main qu’il veut rassurante sur la cuisse du jeune homme, il attire son attention sur lui et hoche la tête comme pour demander ce qu’il se passe. Dario Altatorre garde pourtant les yeux sur le petit rideau ouvert qui donne sur la cabine de pilotage ou la docteur Girardin se penche au-dessus de l’épaule du copilote.

“È un ente locale che dà fastidio, vogliono che facciamo una deviazione.”

“C’est probablement un problème administratif, ne t'inquiète pas.”

La voix de l’italien est blanche, celle de Sébastien encore enrouée par le sommeil.

Dans la terreur absolue des minutes qui suivent, le pilote fait descendre brutalement  l’avion en dessous du plafond nuageux pour rechercher un lieu d’atterrissage d’urgence qu’il n’aura pas trouvé quand la roquette de fabrication suédoise atteint leur avion et explose juste au-dessus de leur moteur gauche. Ils feront un ricochet sur la terre meuble avant que le cockpit ne soit oblitéré et que le reste de la carlingue ne vienne s'échouer lamentablement à la fin d’un trop petit champs vallonné contre un bosquet d’arbrisseaux faméliques qui se font un temps hacher par les moignons de leur dernière hélice.

Sur la vidéo que Dario Altatorre avait commencé au moment de leur descente folle pour y faire ses adieux à sa famille, après une longue coupure noire ce sont des mains qu’on voit juste après avoir entendu une voix sourde demandant:

“Tu es blessé, est-ce que tu saigne, puoi alzarti?”

La réponse se perds dans les bruit de friction de textiles et de moteurs en surchauffe catastrophique et enfin une lumière s’avance spasmodique vers l’objectif puis c’est un blanc a brûler les rétines et finalement quand les bruits de mouvement s'arrêtent un pouce nettoie la lentille et on peut voir Sébastien Milan de dos, silhouette sombre sur un fond de blanc neige abrasif éclaboussé ici et là de boue brune, il  se dirige vers l’appareil alors que Dario murmure rageusement:

“Torna cazzo! Torna stronzo! Non lasciarmi solo.”

La caméra s’inverse et focus sur le visage maculé de coulures noires et rouges de Dario, il sanglote un instant et bafouille qu’il aurait préféré mourir dans le crash plutôt que d'être abandonné dans la neige. Puis après un long silence il retourne la caméra qui focus au loin sur la carcasse lamentable de l’avion et là encore la silhouette de Sébastien qui traine quelque-chose, la séquence pendant laquelle le moteur cesse de vrombir et fini de faire tourner un moyeux auquel plus rien n’est attaché dure quelques neuf minutes puis l’homme se dirige vers l’objectif deux sacs sur l'épaule droite pendant qu’il fait des mouvements d'étirements avec la gauche.

“Je n’ai trouvé ni Girardin, ni les pilotes. Tout le nez a disparu. Tiens c’est ton sac. Tu as une jambe cassée?”

Altatorre fait non de la tête.

“Alors lève ton cul, il faut qu’on bouge de là, c’est la zone de guerre active. On est dans la merde. Et les réservoirs de kérosène sifflent comme des bouilloires sur le point de déborder, je préférerais ne pas être là quand ça arrivera.

Les deux hommes commencent à marcher dans la neige et on entend seulement le bruit de la respiration de Dario et le bruit de leur pas. Après un long moment la voix blanche celui-ci demande:

“Il sont tous morts?”

“Oui.”

“C’était comment?”

“Tu tiens vraiment à savoir le quel a été décapité et le quel a été saigné par l’amputation de ses deux jambes?”

“Cazzo, non. Je voulais pas…”

“Alors demande pas, mieux vaut qu’un seul d’entre nous fasse des cauchemars.”

“Tu sais où on est?”

“Quand je me suis réveillé et que les roquettes ont été détectées le pilote a dit a Girardin qu’on avait franchi la zone de front ou les combats sont les plus intenses. On est dans le no-man's-land, là où les mercenaires font des maraudes pour y chasser les fédéraux et s’entretuer.”

“Siamo fregati…”

“On est pas bien c’est clair mais on va s’en sortir, t'inquiète.”

“Je ne sais rien faire moi. Je n’ai jamais quitté les capitales de l'Europe riche, seulement la campagne civilisée du nord de l’Italie. Je suis jamais allé dans le sud, trop peur de me faire racketter ou kidnapper.”

“C’est dommage d’avoir peur comme ça. j’ai fait les Pouilles et la Sicile, c’est magnifique et les gens sont adorables.”

“On vas où là?”

“A l’est.”

“Mais c’est l’autre direction. Il y a rien pour nous là bas.”

“L’ouest c’est la guerre, ça veut dire que tous les champs, les bosquets, les ruines, le moindre bout de bois ou carcasse de bestioles sera miné et les bâtiments seront truffés de snipers qui se feront une joie malsaine de dégommer deux gugusses qui marchent en plein jour sans armes et sans camouflage.”

“Cosa intendi?”

“Que je suis habillé en noir sur de la neige très blanche et que tu porte un pantalon orange et une veste bleu Turquoise.”

“Indigo, c’est du bleu indigo…”

Sébastien éclate de rire et s'arrête de marcher pour finir penché en avant les mains sur les genoux. Quand il se redresse, son visage est baigné de larmes mais il sourit à l’italien avec bienveillance.

“Franchement, y a que toi pour trouver que c’est de l’indigo mais je ne pense pas que l'argument fasse de différence pour celui qui voudra mettre une balle dedans.”

“Ne dis pas ça, tu vas me porter le mauvais oeil… Tu t'appelles comment Français?”

“Sébastien Milan, toi c’est Dario Altatorre c’est ça?”

“Oui, Milan comme la ville chez moi, Milano?”

“Non Milan comme le prédateur,” Il semble chercher un instant un mot qui lui échappe, “Falco Pescatore.”

“Oh, je vois.”

“ Et je sais pas si t’a remarqué mais notre avion s’est écrasé tuant six personnes. Le mauvais œil est déjà venu et il a décidé qu’on ne l’intéressait pas.” Sébastien semble regarder un instant directement dans l’objectif de la caméra et il ajoute:

“Ta cam est toujours allumée.” Dario passe sa main devant l’objectif et la vidéo se coupe.


Cette caméra couplée à un streamer satellite à travers l'application du smartphone de Dario diffusera la séquence la nuit suivante quand le chapelet de satellites passeront trente six mille kilomètres au-dessus des deux hommes qui dorment dans la paille d’une grange à demie écroulée. Cette séquence fera le tour des médias annonçant à qui veut l’entendre que quatre médecins de l’organisation mondiale de la santé mandatés par l’ONU ont été tués par des belligérants d'une guerre aussi improbable que viciseuse. Que deux ressortissants Roumains, pères de famille, furent assassinés. Qu’un ressortissants italien et un français ont besoin de secours dans une des zones les plus dangereuses de la planète. Les spécialistes et leurs détracteurs encombreront les plateaux de journalistes ineptes pendant des semaines jusqu'au scandale politique suivant et ils seront oubliés exactement douze jours après que leur avion ne se soit écrasé. Elena Moracchi, ingénieur multimédia pour la RAI internationale continuera de recevoir, a chaque fois qu’il allumera sa caméra, les up-stream de Dario Altatorre et de Sébastien Milan. Son directeur d’antenne refusera la diffusion encore et encore, il y a déjà trop d'actualités gardons les pour des temps morts, il y a le match, il y a noël, il y a les élections. Jours après jours Elena travaillera sur les longues heures de vidéo pour les transformer en clips qui puissent retenir l’attention du rédac chef et du public en vain.