Ring around the rosies
Dans la ville d’Étherglen, se dresse le sanatorium de Dreadmoor. Autrefois un refuge pour les malades, ce bâtiment a rapidement acquis une réputation sinistre. Les patients accueillis auraient subi des traitements qu’aujourd’hui on pourrait cataloguer de torture. Ils entraient pour être soignés mais ils n’en ressortaient jamais. Les corps des patients étaient stockés dans un tunnel souterrain avant que le sanatorium puisse s’en débarrasser.
Depuis sa fermeture officielle en 1966, les habitants racontent que ceux qui osent franchir les portes du sanatorium ne sont jamais revus. La légende dit que l’esprit d’un patient erre dans les couloirs du sanatorium. Ceux qui ont le courage de s’approcher de l’hôpital disent avoir vu une silhouette à une fenêtre du troisième étage, semblant observer les curieux avec des yeux vides de toute humanité et que des voix semblent chanter :
À la ronde, jolie ronde,
Des bouquets plein la poche.
Cendres, cendres,
Nous tombons tous!
On écoute attentivement Samaël autour d’un feu de camp. Je vois ses sourcils froncés, l’air grave. Quand il termine son récit, tous le monde est silencieux. Je regarde mes amis, tous happés par les paroles de notre ami.
— Et donc ? Qui nous dit que tout cela est vrai ? demandé-je.
— Tu lis le journal ? Tu regardes les infos ? répond Samaël.
— Non, mes parents oui.
— Depuis sa fermeture, on compte 78 disparus et tu sais c’est quoi le pire ? Leur corps n’ont jamais été retrouvé !
— Le dernier en date c’est quand même un de notre lycée, hein ! nargue Lena.
— Sors de ta grotte Sanae… termine Samaël.
— Je suis là, précisé-je, donc je suis sorti de ma grotte.
— Bon, du coup, commence Luka, on y va ? C’est bien ce qui était prévu non ?
— Sérieux ? s’étonne Lena, tu veux vraiment y aller après avoir entendu le récit de Samaël ?
— C’était le but de notre sortie et je n’ai pas envie de faire marche arrière.
On se lève tous, je m’étire avant de regarder le groupe puis de leur tourner le dos en direction de notre objectif.
— En avant toute ! dis-je.
On vérifie qu’on a bien pris nos lampes torches avant de commencer à marcher jusqu’à l’établissement.
Après quelques minutes de marche, on finit par atteindre notre destination. On s’arrête quelques minutes pour l’observer. C’est un bâtiment ancien en béton, les fenêtres sont cassées. Des plantes grimpantes envahissent les murs extérieurs. Le toit, en partie effondré, laisse passer quelques rayons de lumière. L’entrée principale est barricadée, on va devoir trouver un moyen d’y accéder. L’établissement semble figé dans le temps, il n’y a aucun bruit hormis le vent.
— Très accueillant le bougre, remarqué-je.
— Tu m’enlèves les mots de la bouche, rétorque Samaël, mais c’est d’autant plus excitant !
— Calme toi, maugrée Lena en croisant ses bras, on devrait se bouger, j’ai pas envie d’utiliser les lampes torches.
— Rabat-joie, siffle Luka.
— Arrêtez de vous chamailler ! m’exclamé-je.
Ils se tirent la langue, je lève les yeux au ciel en soupirant, de vrais gamins. On s’avance ensuite vers l’entrée, Samaël teste la solidité des planches pendant que moi ainsi que Luka, on vérifie si il n’y a pas une autre entrée.
— Comment les autres ont pu y entrer si l’entrée est condamnée ? demande Lena.
— Par la fenêtre, dis-je en la pointant du doigt.
Ils me rejoignent afin de l’observer, il y a encore des morceaux de verres accrochés à la fenêtre. Lena récupère son écharpe afin de l’enrouler autour de sa main et de retirer les morceaux restants.
— Maintenant, on peut y aller, annonce-t-elle.
— Pour quelqu’un qui ne voulait pas y aller, je te trouve très impliquée, balance Luka.
— Recommencez pas ! prévené-je.
Samaël est le premier à pénétrer dans le bâtiment, je le suis puis c’est au tour de Luka et enfin Léna.
— La galanterie, vous connaissez pas ? râle-t-elle.
— On s’en fout de la galanterie, c’est surfait, termine Luka.
On allume nos lampes torches vu que la lumière ne pénètre pas dans le bâtiment. On observe le hall en se rendant compte qu’on va mettre du temps à tout visiter.
— L’étage qui nous intéresse, c’est le troisième, informe Luka. Là où les gens auraient vu une silhouette.
— D’entrée, tu fonces dans le tas ? s’étonne Lena.
— Alors on y va ? propose Samaël.
On acquiesce tous même si Lena regrette déjà d’être venue. On cherche les escaliers menant à l’étage. On marche sur des documents disséminés un peu partout sur le sol, on passe au-dessus de certains meubles qui bloquent le chemin pour arriver enfin aux escaliers. On regarde les panneaux, le troisième étage informe que c’est le service psychiatrique de catégorie 3.
— Ça annonce la couleur, souffle Lena, ça signifie quoi cette catégorie ?
— Tu es sûre de vouloir le savoir ? demandé-je.
— Vu le ton que tu emploie, non.
Je souris avant qu’on monte tous dans le secteur voulu. Arrivés, on reprend notre respiration car les escaliers sont raides.
— Ils auraient pu mettre un ascenseur, râle Luka.
— Pourquoi faire ? Il n’aurait pas fonctionné ! rappelé-je, tu vois bien qu’il n’y a plus d’électricité…
Il soupire avant qu’on passe une double porte afin d’accéder au service. On observe l’accueil, tout est en bordel. Les meubles sont retournés, des papiers jonchent le sol. Les tubes néons tiennent à peine sur le plafond. Il y a également de la poussière mais aucune toile d’araignée.
— On se sépare, annonce Samaël.
— Ce n’est pas ce qui est conseillé dans un film d’horreur, maugrée Lena.
— On est pas dans un film, ça tombe bien.
Je fais équipe avec Luka, on se dirige dans l’aile droite alors que les deux autres s’engouffre dans l’aile gauche. Au bout d’un moment, Luka brise le silence.
— Tu y crois à cette histoire de silhouette ?
— Non, des histoires à faire peur, répondé-je
— Et les personnes disparues alors ?
— Pourquoi tout de suite dans l’asile ? Elles auraient pu se perdre dans la forêt aux alentours du bâtiment.
— Pas faux, avoue t-il.
On continue de regarder dans chaque chambre mais rien ne saute aux yeux.
— On a le numéro de la chambre correspondant à l’apparition de la silhouette ? demande t-il
— Samaël ne l’a pas dit dans son récit. Ça peut être dans cette aile, comme dans l’autre.
On arrive au bout du couloir sans avoir vu ou entendu quoi que ce soit. On se regarde, limite déçus de n’avoir rien trouvé. On commence à faire marche arrière quand on entend comme un chuchotement.
À la ronde, jolie ronde,
— Tu as entendu ? me demande t-il.
— Oui, ça doit sûrement être Samaël qui joue avec nous. Rien de grave, commence pas à être parano.
On reprend notre marche avant d’entendre une autre phrase. On s’arrête pour écouter.
Des fleurs plein la poche.
— Samaël, arrête tes conneries, crié-je.
Aucune réponse. Luka et moi on se regarde, il doit vraiment nous faire une blague. Je soupire en recommençant à marcher.
Cendres, cendres,
La voix est plus claire que tout à l’heure et ce n’est clairement pas celle de Samaël et encore moins de Lena.
— Ok, là, c’est bizarre, souffle Luka.
— On ne doit pas être seuls, sûrement des squatteurs.
Il me regarde en arquant un sourcil.
— Ça ne t’inquiète pas plus que ça ?
— Non, répondé-je, ça devrait ?
Au même moment, on entend un hurlement provenant de l’autre côté du bâtiment. Luka et moi on se regarde avant de courir hors de l’aile droite. On se dépêche de rejoindre celle de Samaël et Lena. On les appelle en fouillant toutes les pièces mais ils sont introuvables.
— Arrêtez vos conneries ! m’énervé-je.
J’entends crier derrière moi, je me retourne rapidement en voyant Luka se faire tirer violemment en arrière. Il heurte le sol et il tente de revenir vers moi. Je cours vers lui mais je n’ai pas le temps de le rattraper qu’il est de nouveau tiré par une force invisible.
— Luka ! hurlé-je en me mettant à courir dans sa direction.
Il ne cesse de crier et de supplier quelqu’un de ne pas le tuer. Je me fige sur place quand je l’entends hurler puis le silence s’installe jusqu’à ce qu’une voix chuchote à mon oreille.
Vous tomberez tous!