The Ellipse

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Summary

Lorsque Nora se réveille dans une chambre inconnue, son corps meurtri et sa mémoire en lambeaux, une seule certitude s'impose : sa vie ne sera plus jamais la même. Petit à petit, des fragments de la nuit précédente lui reviennent... du sang, une détonation, un visage qu'elle n'aurait jamais dû voir. Elle est un témoin dans un monde où les secrets se règlent par des balles. Mais au lieu de la faire taire définitivement, Kahl Kirsanov, l'héritier redouté de la Bratva, qui l’a ramenée au manoir, lui propose une couverture en échange de son silence. Le problème ? Elle n'est pas certaine qu'il soit son sauveur. Et encore moins qu'elle en sortira indemne. Histoire terminée et complète sur Inkitt. Merci à la talentueuse @LoetiDerwn pour la réalisation de la cover.

Genre
Romance
Author
Lahe_Lys
Status
Ongoing
Chapters
49
Rating
5.0 4 reviews
Age Rating
18+

Prologue



À toutes celles qui pensaient repartir avec le Prince charmant… désolée, mais c’est raté.



Kahl


6 millions, lance le commissaire-priseur dans un micro crépitant, posté sur l’estrade en bois.

Sa voix marquée par les années de clopes, résonne entre ces murs de béton du sous-sol clos dépourvu de fenêtre, attirant ainsi les regards vers son physique chétif au crâne dégarni. Ses lunettes en plastique noir glissent sur le bout de son nez alors qu’il scrute un à un les enchérisseurs.

La vente commence à peine que déjà six millions de roubles sont atteints ! Je devine aisément que cette soirée risque de me coûter bien plus que prévu, cela n’a aucune importance – les Kirsanov ont les moyens. La faute à Ivane Rovska, ce photographe de génie, dont je n’avais pas mesuré l’ampleur de son succès, de son ascension… jusqu’à maintenant. La salle aux odeurs de transpiration pleine à craquer en est témoin.

Dans ma ligne de mire, au milieu de la scène, l’objet de mon avidité est dissimulé sous un drap en satin rouge écarlate, laissant planer le mystère quant au cliché, mais pas les convoitises, bien au contraire. Une technique maîtrisée, même les curieux ne souhaitant pas investir se sentent comme obligés de participer, pour savoir ce qui se cache en dessous.

7 millions 2

Au fur et à mesure que les enchères montent à une allure folle, accompagnées du bruit du froissement des costumes hors de prix à chaque dressement de pancarte, la tension grimpe. Les hommes se dandinent nerveusement sur leurs chaises inconfortables qui grincent sous leur poids, espérant une seule chose : qu’enfin le drap se lève pour révéler l’œuvre d’art illuminée par le néon jaunâtre.

8 millions 6

Contrairement à eux, mon visage demeure figé, impassible, tel un joueur de poker attendant d’abattre ses dernières cartes. Je reste en retrait – pour le moment – pas question de trahir ma véritable intention, car, si c’est elle sur la photo, elle ne finira pas dans les mains de l’un de ces lascars. Je suis venu uniquement pour elle, pour compléter ma collection. Rien ni personne ne pourra me détacher de mon but. Je les laisse ainsi se battre, leur donnant l’impression encore quelques minutes qu’ils pourraient avoir une chance de la posséder.

9 millions 3

On y est presque… Je réprime mon envie de malmener mon bouton de manchette qui dévoilerait mon impatience.

Dans le fond, du mouvement attire mon attention, deux assistants en smoking noir sortent de derrière un paravent en bois pour se poster de part et d’autre du chevalet, prêts à faire glisser le tissu dès que les enchères atteindront le fameux palier. Le commissaire-priseur ajuste sa monture noire, sonde la foule qui est en apnée. Immobile, mon visage revêt un masque de neutralité, pourtant mon cœur, lui, tambourine dans ma poitrine jusqu’à ce qu’un énième bras se lève.

10 millions !

D’un hochement de tête vers les deux pingouins, le chef d’orchestre leur intime l’ordre silencieux. Leurs gants blancs glissent sur le satin à la teinte sanguine pour le soulever partiellement, révélant le bas du cliché tant convoité. À partir de maintenant, chaque million supplémentaire dévoilera deux centimètres de celui-ci, une stratégie perverse qui alimente l’appétit des individus présents.

Comme toutes les photos de charme prises par Ivane Rovska, on devine que celle-ci sera aussi en noir et blanc. Ce sont des chefs-d’œuvre dans lesquels les modèles divulguent des fragments de leur corps, mais jamais leur visage ; l’anonymat érigé en signature. L’élégance est toujours au rendez-vous, suscitant mon engouement, néanmoins, je ne suis attiré que par elle.

13 millions

Huit centimètres. Un premier jeu d’ombres et de lumières révèle une courbe gracieuse : une cuisse au grain de peau parfait, autant délicate que sensuelle. J’humecte mes lèvres tandis que ma respiration maîtrisée ralentie, tel un sniper dans l’obscurité, patientant avant de tirer le coup fatal.

Mon paddle, sur lequel mon numéro fétiche 100 est gravé dans le bois, fermement saisi à m’en faire pâlir les jointures, me brûlerait presque les doigts. Je mord alors ma langue pour goûter au célèbre goût du sang que j’aime tant. Ce cocktail addictif de souffrance et d’adrénaline m’enivre lorsqu’il envahit ma bouche.

Chaque palier franchi enflamme ma détermination, m’arrache un frémissement d’excitation. Jusqu’au moment où son tatouage sur la fesse gauche commence à apparaître, le premier tracé d’encre de son maelström* ; ce tourbillon noir déjà présent sur mes deux anciennes acquisitions que je reconnaitrais entre mille. C’est elle, cette fille… Je ne peux pas laisser quelqu’un d’autre la posséder ni même poser davantage les yeux sur ce cliché. Je défais un bouton de col de ma chemise cherchant à libérer cette tension qui m’étrangle. Je parcours l’assistance de mes pupilles. Les oeillades avides qui ne faiblissent pas me dégoûtent. À l’idée que ces hommes puissent fantasmer sur sa silhouette me rend malade. Ma mâchoire se contracte, il faut que ça s’arrête maintenant. Son image m’appartient, hors de question qu’on aille plus loin. Je lève ma pancarte d’un bras tendu qui ne tremble pas. J’écrase toute concurrence d’un coup en criant :

23 MILLIONS !

La tension explose. Un silence brutal enveloppe les lieux. Aucun ne bouge, seules leurs têtes se tournent vers moi, incrédules. Personne ne peut – enfin n’ose rivaliser – avec un Kirsanov.

— 1 fois, 2 fois, 3 fois… Adjugé, vendu.

Le marteau s’abat dans un bruit sec, le monde entier se fige. Les assistants s’apprêtent à enlever le tissu du chevalet obéissant machinalement à leur routine.

— Ne soulevez pas le drap ou vous aurez affaire à moi, les stoppé-je de ma voix rauque qui tranche l’air comme la lame de poignard qui est accrochée à ma cheville.

Mon regard à lui seul est un avertissement suffisant, les hommes se clouent sur place devant ma menace. Cette photo est mienne. Hors de question que quelqu’un d’autre voit ce qui se cache sous l’étoffe. L’idée me consume, m’envahit tout entier. Une rage sourde palpite dans mes veines. Chaque prunelle qui oserait se poser sur son corps, se verrait crever les yeux sans détour.

Ayant obtenu ce que je souhaite, je me lève le torse bombé dans une sérénité, ajustant au passage ma veste de costume de mes deux mains afin de récupérer mon dû dans une arrière-salle. Je rejoins mon frère Kyrill près de la porte de sortie entouré par deux de nos hommes. Nos iris d’un bleu glacial se croisent et un hochement de tête suffit à sceller notre satisfaction mutuelle.

Alors que je quitte la pièce, un frisson me traverse : je le sais, je ne dois jamais découvrir l’identité de cette femme. Sinon, elle pourrait bien être mon unique faiblesse.

Putain cette fille va devenir mon obsession.




NB : Le rouble est la monnaie Russe, pour vous donner un ordre d’idée : 23 millions de rouble équivaut à environ 250 000 euros. Cela reste néanmoins une belle somme ;)

* Un maelström est un puissant tourbillon qui se forme dans une étendue d’eau.