HUVARSHTA

All Rights Reserved ©

Summary

Dans un lointain futur où l’Humanité a essaimé à travers la galaxie, l’Empire règne en maître, puissant, riche et envié de tous. Pourtant, sous cette façade de prospérité, des forces obscures se préparent à bouleverser l’ordre établi. Au cœur de cette conspiration se trouve le Mahar Anuvah Sargon IX, un patriarche charismatique à la tête de l’Omni Sanctorum, une religion tentaculaire qui fédère toutes les croyances. Rongé par l’ambition et assoiffé de pouvoir, Sargon IX ourdit un plan audacieux pour détrôner l’Empire et asseoir sa domination sur la galaxie. Sa stratégie : provoquer une guerre à l’échelle cosmique, afin de détourner l’attention de l’Empire et de mettre en œuvre un projet secret aux enjeux incommensurables. Pendant que les flottes s’affrontent dans les étoiles, Sargon IX envoie des agents en mission à travers le temps. Leur objectif : remonter aux sources de l’Humanité, afin de percer le secret de la longévité et d’acquérir le pouvoir ultime. Mais leur quête va les entraîner bien plus loin qu’ils ne l’imaginaient, les confrontant à des forces obscures et à des vérités terrifiantes. Dans cette saga intergalactique où se mêlent ambition, trahison et manipulations temporelles, le destin de l’Humanité est en jeu. Car le passé, le présent et le futur sont inextricablement liés, et la vérité pourrait bien être la plus dangereuse des armes.

Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue - CONDAMNATION

CONDAMNATION

Codex Verben — section religions,

Livre des Âges (extrait), auteur inconnu.

Chapitre 12 — Les tribulations d’Eylan


« As-tu entendu la voix de tes dieux, quand ton frère marchait seul et dévêtu sur le sol de tes ancêtres ?

Es-tu venu te prosterner devant eux pour implorer leur clémence afin qu’il soit délivré de ses tribulations ?

En vérité, tu es resté tapi dans l’ombre, souhaitant sa déchéance, le cœur empli de malveillance, cachant l’espoir secret de ravir les paroles sacrées aux yeux des vivants.

Tes armées n’ont point découvert le lieu de ses jours, elles ne le trouveront point. Tu retourneras le sol, tu sonderas les cieux, mais la demeure de mon Seigneur a été dérobée à ton regard. Car il est écrit, tel un aiguillon, un fer rougi dans ton flanc, sans cesse il te rappellera ces heures où tu as trahi les tiens, où tu as renié la vérité pour assouvir ta soif. Je suis l’esprit, l’envoyé que mon Seigneur a choisi pour préserver sa parole. Lui, ses enfants, les enfants de ses enfants et leur postérité jusqu’à la fin des temps scelleront la marque de ton infamie. »

Planète : Terre

Étoile : Soleil

Date : 18-07-2057 AD

« Voilà, on y est, pensa Naël. Quatre mots seulement, quatre tout petits mots pour résumer cet instant. Sincèrement, ça manque de panache », se dit-il en se creusant la tête pour ajouter une pensée plus spectaculaire.

Il laissa son regard flâner sur la pièce, poussa un soupir de contrariété.Ce n’était pas un de ces endroits à l’aspect aseptisé, couverts de couleurs ennuyeuses ou en apparence joyeuses. Est-ce qu’on avait le temps de déprimer dans un pareil lieu ? Le local baignait dans une douce lueur bleutée, sans doute pour apaiser le stress, un éclairage spécialement adapté à ce qu’il allait vivre, ou plutôt advenir. Il tenta de corriger sa position, mais de larges sangles le maintenaient fermement plaqué contre la couche.Tout bien considéré, il préférait cette fin planifiée, même si ce n’était pas de cette manière qu’il avait imaginé finir sa vie. En fait, il n’avait jamais rien imaginé à ce propos. Quel luxe de connaître l’heure et le jour de sa mort, un grand privilège, sans surprise ! Aujourd’hui, près de 200 000 personnes se lèveraient sur Terre sans savoir qu’ils allaient vivre leur dernière journée. Lui savait comment et quand : par injection, et maintenant. Malgré cela, rien ne répondait à la question qui le taraudait depuis quelques minutes : est-ce que mourir était la bonne option ? La mort, l’ordre logique des choses pour le vivant. Une pénible perspective, inéluctable, et tout le monde s’y résignait lentement, comme une bile toxique et létale, un venin silencieux pour lequel chacun appliquait ses propres contrepoisons pour en oublier l’échéance. Mourir était la meilleure solution… après tout.

Pour la plupart des gens, les souvenirs sont liés au temps, à leur chronologie, selon un rythme immuable. Il n’y avait pas prêté attention, mais cette mort imminente lui donnait conscience de la nécessité de refermer cette porte qu’il n’avait jamais vraiment close. Les souvenirs, l’implacable succession d’événements qui l’avaient mené jusqu’ici. Sa mémoire était intacte, rayonnante, nette, précise, sans fioritures, mais il se garda bien d’en franchir le seuil. Les rares minutes qui lui restaient n’auraient pas été suffisantes pour parcourir le chemin de sa naissance à aujourd’hui. Il se rappelait tout, pourtant il craignait que le doute ne s’y engouffre aussi. Pour la première fois, seul l’instant présent lui importait. Il voulait vivre cet instant final sans se préoccuper du reste. Cette remarque le fit sourire, il était résolu à accepter ce terme, il était prêt, qu’on en finisse une bonne fois pour toutes.

— C’est long, déclara-t-il franchement agacé.

— Désolée, lui répondit doucement une voix féminine. Il n’est pas possible d’accélérer le processus.

Il ferma les yeux quelques secondes. Au seuil de la mort, beaucoup racontaient avoir vu défiler leur vie. Lui avait décidé de laisser ces bagages encombrants là où ils s’entassaient. Il n’y aurait rien. Rien, pas de films, pas de visions ni de souvenirs bons ou mauvais, pas de tunnel noir ni de lumière blanche, rien. Tant mieux ! Il haussa mentalement les épaules. Ça aurait pu faire rire, mais pour un mourant, il se portait plutôt bien. Il s’était levé très tôt le matin même, dans une forme resplendissante, il avait pris de temps de savourer une tasse de Da Hong Pao, le vrai, celui dont le gouvernement chinois avait interdit la cueillette et…

Son attention fut accaparée, quelques secondes par les écrans de contrôle qui, d’une froideur toute médicale, affichaient et enregistraient une multitude d’informations sur ses fonctions biologiques : activité cérébrale, température corporelle, taux d’oxygène, cinquante-huit pulsations minute. Pas d’emballement cardiaque en vue pourtant son cœur allait s’arrêter, c’était pro-gram-mé. Combien de temps lui restait-il avant que l’injection — qu’il venait de recevoir — n’agisse, et que son corps cesse de vivre ? Il patientait comme certains attendaient leur avion ou leur train sauf qu’il n’était ni sur un quai ni dans un hall d’aéroport. Il était 8 h 37. À son réveil, quelques heures plus tôt, les infos avaient toutes annoncé une météo splendide pour la journée. Il y avait de quoi être surpris parce que depuis des années juillet était devenu synonyme de pluies, d’inondations, de grêle, d’orages, d’ouragans entrecoupés de coups de chaleur. Il ne manquait plus que les grenouilles, les sauterelles, la peste et le feu pour rivaliser avec les dix plaies d’Égypte. Les pires choses arrivent souvent sans bruit.

Et pourtant, si ta mort était une erreur… sembla murmurer une voix lointaine. Naël évacua cette question d’une pichenette mentale. Mais elle revint comme une vague dans un ressac. Il se demanda, si l’interrogation n’en cachait pas une autre, la peur de mourir, par exemple. Il fouilla son esprit, tenta d’y déceler, reclus dans un coin de ses émotions, des sentiments qui auraient pu s’en approcher. Il ressentait de la curiosité, pas d’angoisse, non. Il s’en moquait.

Des souffrances, il en avait eu plus que son compte, une de plus n’éveillait aucune inquiétude. Au cours de sa vie, il avait croisé souvent l’ombre de la mort, trop souvent. Avec ses amis ou des inconnus sur les champs de bataille, partout, il avait vu la Grande Faucheuse — et elle fauchait bien — sous toutes ses formes, laide, ignoble, dramatique, répugnante, voire stupide, elle ne manquait jamais d’imagination. La Mort, avec une majuscule, s’était transformée en une sorte de compagne incontournable, une curieuse fiancée qui, à force de le fréquenter, avait fini par lui laisser croire qu’il était hors d’atteinte, immortel. L’époque où elle lui faisait peur était révolue depuis très longtemps. Résigné face à cette fin planifiée, les secondes égrenaient leur morbide destinée, plus rien ne pouvait l’y soustraire. Il s’y était préparé, il n’avait pas d’autres options ni d’autres choix. Depuis une éternité, il avait abandonné l’idée de dresser la liste des actions qui l’avaient mené ici, pour cette issue inévitable. Avait-il eu des alternatives, au regard de tout ce qu’il savait aujourd’hui ?

Il jeta un regard distrait sur la salle dans laquelle il était allongé. Tout paraissait… déjà mort. Dans un glissement doux presque rassurant, la vitre blindée du compartiment coulissa pour fermer hermétiquement le « cercueil » où il reposerait. Il entendit l’arrivée d’oxygène pressuriser l’habitacle. Il reconnut que tout semblait programmé avec une précision mortelle, où le hasard était exclu. Les écrans de contrôles muraux cessèrent leur activité, ceux qui s’étalaient désormais en surimpression sur les parois transparentes du caisson prirent naturellement le relais. Il se demanda s’il n’y avait pas un peu de sadisme à être informé sur ses paramètres biologiques. En quoi cela pouvait-il lui être utile ?

Naël dressa plusieurs fois mentalement la liste des affaires déterminantes effectuées ces derniers mois. Avait-il oublié quelque chose ? Il désirait partir, partir avec la certitude que tout ce qui devait être accompli le serait. C’était son ultime souhait.

Les semaines précédentes — une véritable course contre le temps — ne lui avaient laissé aucun repos. Tout d’abord, il avait revu Romain, afin de s’assurer que tout serait en place le moment voulu. Il avait porté toute sa vigilance à la supervision de chaque site, une tâche quasi surhumaine dont Romain s’acquitterait bientôt sans faillir. Ça aussi, il le savait. Tout était prêt. Contrôler chaque détail s’était transformé en une sorte d’obsession, pour ne laisser aucun terrain à ce fichu impondérable qui s’invitait régulièrement. Ensuite, il en avait profité pour éliminer les derniers sbires en vie de l’autre taré fanatique qui s’acharnait toujours. Bientôt, il ne pourrait plus agir. Ce « bientôt » était encore une donnée relative. Cette pensée le fit sourire, accompagnée d’une certaine satisfaction plaisante. Combien de mois lui avait-il fallu pour retrouver la trace de ces assassins ? Quel gâchis de temps à un moment où chaque heure à vivre s’apparentait au luxe ! Le dernier, il l’avait égorgé dans l’appartement où il se terrait comme un lâche, se croyant en sécurité. Dans l’urgence et dans l’obligation d’être silencieux, Naël reconnut avoir un peu bâclé le travail, parce qu’en se débattant cet abruti avait arrosé les murs de son sang. Il y en avait partout, c’était immonde, écœurant ; lui qui aimait le travail bien fait. Puis il s’était douché, vêtu de manière appropriée, pour rendre une dernière visite à la vieille Sarah. En accomplissant chaque tâche, Naël avait lentement pris conscience que c’était aussi ses adieux qu’il réalisait. Autrefois, il regardait les gens s’en aller, cette fois-ci c’est lui qui partait. Masquant sa peine derrière une froideur qu’il avait apprise à manier à la perfection, il avait retrouvé la vieille femme chaudement installée dans sa caravane défraîchie par les saisons. Il ne s’était pas préoccupé de l’avertir de sa venue, pourtant elle l’attendait, emmitouflée sous des tonnes de châles laineux aux couleurs criardes, en savourant un thé russe, sombre et très parfumé. L’odeur de la bergamote l’avait assailli en entrant. Sarah avait esquissé un tendre sourire, illuminant son visage parcheminé, et d’un léger mouvement de la tête, elle avait désigné, en face d’elle, l’autre tasse de thé fumante qui patientait. Pendant de longues minutes, ils étaient restés assis sans prononcer un mot. Ce fragile silence, empreint de respect et d’affection, résumait, sans aucun doute, toutes ces années où elle l’avait servi sans relâche. Elle avait accompli la tâche qu’il lui avait confiée. Ce devoir était le point presque final de tout ce qu’il avait organisé avec une obstination quasi maladive. Sans elle, Naël aurait perdu tellement d’années à chercher celui dont il avait besoin pour l’assister. L’invraisemblance tenait dans ce bilan redoutable : chaque année vécue avait été essentielle à son projet, néanmoins le hasard, qu’il détestait par-dessus tout, y avait eu largement sa place.

Quand il sortit de la caravane, Naël avait eu le sentiment que sa lutte n’était peut-être pas vaine. Cette Vénérable, la dernière d’une interminable lignée qui l’avait précédé, s’était montrée indispensable dans le combat qu’il avait mené. Elle allait vers son destin — chacun le sien — le même pour tous. Deux semaines après cette visite, il apprit que Sarah avait fermé définitivement les yeux, entourée des nombreux amis qu’elle comptait. Aujourd’hui, c’était son tour, mais personne à ses côtés pour cet acte final, aucune place pour une oraison funèbre.

« Va, serein, et traverse le temps… retourne aux étoiles puisque vient le moment d’aller vers ton destin », récita-t-il mentalement.

Sa tâche ultime, la plus chargée d’émotions, avait été de rédiger et d’enfouir un message à l’attention de son père, dans le seul endroit où il irait le chercher. Et il irait.

Cette dernière partie l’avait fait sourire ou grimacer — il ne savait plus très bien — esquissant une mimique où s’enchevêtraient l’amertume, les regrets, des tonnes de douleurs et de colères ensevelies depuis… depuis une éternité. Ce moment qu’il redoutait l’avait presque libéré. Il avait fouillé dans les replis les plus obscurs de sa mémoire, effectué une pénible plongée dans le passé pour en extirper les plus infimes souvenirs, retrouver sa langue maternelle, craignant un bref instant avoir tout oublié. La gorge nouée, il s’était risqué à prononcer quelques paroles, non sans difficulté. Quels mots étranges qui n’avaient rien de commun avec ceux qu’il employait aujourd’hui ! À haute voix, cette langue dégageait quelque chose de magique et d’irréel. Le choix du support avait été plus simple, une plaque en or pour résister au temps, pour que son père le découvre intact. Pendant qu’il traçait à grand-peine chaque mot, Naël s’était surpris plusieurs fois à hésiter, assit, le cœur battant, le regard dans le vide, empêchant chaque seconde ses larmes de le submerger. C’était le premier et le dernier message qu’il rédigeait à son père. De toute sa vie, jamais un instant n’avait été aussi chargé d’émotions. Lui, ici, en train d’écrire ces mots, ces mots qui allaient tout changer, ces mots qui allaient bousculer son monde si tranquille et si fragile, bouleverser son univers entier. Il avait résisté à la tentation d’ajouter d’autres renseignements qui auraient pu être utiles. Toutefois, il s’était ravisé, il devait s’en tenir à l’original, ne rien modifier, ce coup-ci était le bon. Il en était persuadé. Une fois déposé à l’endroit prévu, Naël était resté prostré de longues minutes, les joues brûlantes de larmes silencieuses. Cet acte, il en connaissait le poids et le prix. Il lui avait fallu tellement de temps, beaucoup trop de temps pour comprendre la véritable nature de sa tâche. Tuer, assassiner, éliminer, réduire au silence sans état d’âme, tant de meurtres anecdotiques qui masquaient une réalité plus insidieuse.