First Trial - Chapitre 1
La dernière soirée dans le terrier de tous les plaisirs a éveillé votre curiosité ? Des questions telles que : “Qui est le Lapin Blanc ?“, ” Que s’est-il passé pendant cette ellipse ? ” ou encore “Qu’y a-t-il entre lui et la Reine de Cœur ?” vous brûlent les lèvres ?
Bande de petits coquins curieux. Vous êtes vraiment incorrigibles. Vous savez ce que l’on dit de la curiosité, hein ? Mais c’est plus fort que vous, pas vrai ? Vous avez de la chance, je suis d’humeur charitable. Installez-vous confortablement, mais tenez-vous à carreau, car je me pique facilement. Et j’ai à cœur de raconter mon histoire sans interruption, autrement c’est votre tête que je ferai rouler.
Je plaisante ! Quoi que...
Tout a commencé lors de notre première visite au club. Je dois vous avouer que je ne suis pas plus que cela fan de l’univers de Carroll. Bien sûr, j’en connais les grandes lignes, comme tout le monde, mais plonger à l’intérieur et surtout dans la peau de la Reine de Cœur a été comme une révélation.
Alicia vous l’a sans doute expliqué, nous sommes de parfaits opposés. Elle est plutôt le genre ingénue, naïve. La parfaite Alice, en somme. D’ailleurs son élection ne m’a absolument pas surprise.
Alors que, pour ma part, j’aime nager à contre-courant. Voir les choses sous un angle inédit. Depuis toute petite, je me suis appliquée à cultiver cet état d’esprit. En grandissant, j’ai compris l’importance de rester dans le moule de la société. Mais comment faire sans me renier ? J’ai fini par réaliser qu’en ce bas monde, tout n’est qu’apparences et mascarades. J’ai donc choisi un métier banal, mais que j’aime et qui a le mérite de m’asseoir dans la société. Une couverture, en somme. Une fois cette apparence convenable établie, il me tenait à cœur de pouvoir assouvir mes penchants libertins et rencontrer d’autres personnes comme moi.
Passé l’effet waouh lorsque l’on pénètre ce club fabuleux, une question n’a cessé de me tarauder : Qui est le Lapin Blanc ? Et surtout : où est-il ? Lui qui est omniprésent dans le roman de Carroll, pourquoi se cache-t-il ? Qu’a-t-il à cacher ?
Je me suis mise en quête de réponses dès ma seconde visite, le lundi suivant. J’ai commencé par arpenter le club de long en large, histoire de mieux m’y repérer.
J’avoue, j’ai eu une petite pensée pour Alicia quand je suis passée à côté de la chaumière/glory hole. La simple évocation de ce que nous y avons expérimenté suffit à faire naître un feu qui me rend toute chose.
J’ai rapidement découvert la piste de danse, qui a plus tard servi pour dresser le podium de l’élection d’Alice. Un espace un peu en retrait, qui n’était pas suffisamment animé la première fois pour que nous le remarquions. J’en ai largement profité les fois suivantes. Dans ces ténèbres déchirées par les LED de couleur et les stroboscopes, je laisse mon corps s’exprimer, crier ses envies et jeter son dévolu sur de parfaits inconnus.
C’est l’avantage de ce genre d’endroit : multiplier les rencontres sans jamais perdre le contrôle. Car dans le monde libertin, les femmes sont des reines. Ce sont elles qui choisissent leurs partenaires et disposent d’eux comme elles l’entendent. Bien malines celles qui savent faire la différence entre la baise à sens unique et le partage orgasmique. Pour le deviner, il suffit de savoir déchiffrer les intentions et les non-dits. Il n’y a que les pros de la mascarade qui savent démasquer les imposteurs.
Incarner la Reine de Cœur me confère de nombreux privilèges indéniables. Une stature, qui inspire naturellement la crainte et me permet d’abuser de mon autorité sans qu’on puisse me le reprocher. Une prestance, qui attire le regard et me rend unique.
On ne snobe pas la Reine de Cœur. Quand elle parle, on se tait pour l’écouter. Et quand elle questionne, on se presse de lui apporter des réponses. Néanmoins, il aurait été trop naïf de ma part d’imaginer un seul instant qu’il me suffirait de claquer des doigts pour les voir arriver sur un plateau. Même si, en raison de mon statut, je dois bien avouer que l’idée m’a traversé l’esprit.
Et c’est bien la réalité qui m’a remise à ma place. Ou plutôt les nombreux quidams que j’ai pu interroger sur la piste ou autour d’un verre.
Avec l’ouverture du bar, je pensais que je tenais ma chance, mais c’était peine perdue. Il y avait une foule monstre et pas encore de tables pour s’isoler avec ses consommations. Félicia encaissait le coup de feu seule sans se départir de son large sourire. Résultat : on aurait dit que les gens tenaient le bar comme s’ils avaient peur qu’il se fasse la malle. Avec l’univers de Carroll, tout est possible, me direz-vous. Mais quand-même, c’était surréaliste.
La plupart des clients se sont contenté de botter en touche, de changer de sujet ou encore de hausser les épaules. Le plus hardi m’a rétorqué : ” Je suis le seul et unique lapin que tu trouveras ici, ma jolie. “. À ce moment, nous étions en plein action dans la forêt en levrette et il me faisait plus penser à un chien qu’à un lapin. Sur le coup, je n’ai pu m’empêcher de rire. Il a alors voulu faire le malin en augmentant la cadence. Je me suis dégagée devant son air ahuri et je l’ai fait basculer sur le dos. Je me suis alors placée sur lui et me suis empalée d’un coup sec.
– Oh, doucement si tu veux que ça dure.
– Doucement ou pas, tu atteindras ta limite bien avant moi, petit lapinou.
Là-dessous, je lui ai envoyé un baiser virtuel avant de me relever et détaler sans demander mon reste. J’avais ma réponse, mais absolument plus l’envie de me rabaisser davantage à ses côtés.
Ce soir-là, j’ai quitté le club en restant sur ma faim. Ma quête aurait très bien pu s’arrêter là, mais je n’aurais alors guère valu mieux qu’un Humpty Dumpty. Éclatée en mille morceaux en bas du mur que je me serais mangé à défaut d’en être tombée. Et cela aurait été mal me connaître. Cette frustration a eu le don de décupler ma curiosité, le carburant de ma persévérance.
En me lançant à la recherche du Lapin Blanc, je ne pensais pas découvrir un autre univers de plaisirs. Et j’ignorais que cette quête me ferait puiser au fond de moi pour repousser mes limites.
J’espère que vous êtes prêts à repousser les vôtres, car ce sera qu’à ce prix que vous obtiendrez des réponses.