Prologue ?
Les deux enfants, qui ne semblaient pas avoir plus de cinq ans, couraient en se tenant la main. Les herbes, presque aussi grandes qu’eux, leur chatouillaient les joues.
— Allez ! Didi ! s’exclamait la petite fille en riant de voir l’autre avoir du mal à suivre la cadence.
— Mais Luce, tu vas trop vite ! lui répondait le garçon haletant.
— Je veux arriver avant ol, pour pouvoir le surprendre, expliquait Luce sans ralentir l’allure.
Le blond gardait pour lui ses réserves, il ne voulait pas briser ses espérances. Il se laissait toujours mener à la baguette pour lui faire plaisir. Didi la suivait donc en silence, regardant les perles multicolores de ses tresses s’entrechoquer dans sa course.
Ils finirent par arriver sur les berges d’une rivière. En face d’eux se déployait une forêt de sapins. Ils ne s’en approchèrent pas.
Personne n’était encore là. Luce attira donc de nouveau le garçon dans les hautes herbes et le fit s’accroupir, un doigt sur la bouche.
Ils n’attendirent pas longtemps, une silhouette apparut près de l’eau. Retenant un rire, la petite fille se jeta hors de sa cachette en criant :
— Bouuuuh !
Le blond l’avait suivie avec moins d’entrain, mais souriait quand même de leur forfait. Pourtant, la silhouette ne broncha pas. Et lorsqu’elle parla, on entendait de l’amusement dans sa voix :
— Bonjour, je vois que vous étiez en avance.
— Je t’avais dit qu’on ne pouvait pas surprendre Cellui-Qui-Sait, chuchota Didi à Luce.
La petite fit la moue, les bras croisés.
— Ce n’est pas votre faute, vous étiez très discret, mais je sais toujours où vous êtes, dit Cellui-Qui-Sait avant de changer de sujet. Alors, quelque chose de nouveau aujourd’hui ?
— Oui ! Luce a les yeux qui changent de couleur quand elle s’énerve, s’exclama le petit garçon.
— Maieuuuh ! C’était à moi de le dire ! cria la fillette.
Ses yeux jusqu’alors noirs virèrent au violet, prouvant par la même occasion les dires du blond.
— Très intéressant. Et toi, Didi, rien ?
— Non, répondit-il en baissant les yeux.
Cellui-Qui-Sait posa sa main sombre sur la tête du petit et le rassura d’une voix chaleureuse :
— Ce n’est pas grave, peut-être demain. Bon, passons à la leçon du jour.
Ol fit un geste de la main et la terre se souleva pour former deux petites assises pour les enfants.
— Biologie aujourd’hui et ce soir, nous étudierons les étoiles.
Les deux enfants se réjouirent du programme, ils n’allaient pas s’ennuyer. Et ils ne s’ennuyèrent pas ainsi pendant si longtemps que bientôt, leur complicité s’étiola. Rien ne comptait plus que d’apprendre le plus possible et, surtout, d’être lae meilleur·e.
Un jour, Cellui-Qui-Sait ne commença pas son cours comme à l’accoutumée :
— Comme vous avez pu le remarquer, nos cours s’espacent et je vous laisse travailler et réviser seuls depuis quelque temps.
Les deux enfants qui n’en étaient plus acquiescèrent.
— Je pense qu’il est temps de vous laisser prendre votre envol. Découvrez l’univers par vous-même, apprenez, faites des erreurs et apprenez encore. Vous n’avez qu’une seule règle à respecter : ne détruisez rien.
— Maintenant ? demandait Didi.
— Partez quand vous voulez, lui répondait la silhouette qui était ce qui ressemblait le plus à une figure parentale à ses yeux.
Alors les oisillons quittèrent le nid.
Chacun de leur côté.

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