Dans le silence des pensées
Six amis assis sur un banc, côté jardin Livia, côté cour Léo. Les amis discutent, Livia regarde Léo. Lumières sur Livia, silence.
LIVIA
Que tu es beau… en es-tu au moins conscient ?
Sais-tu à quel point tes boucles noires me plaisent ?
Combien j’imagine que tes lèvres se taisent,
Pour venir se poser sur ma peau attendant
De retrouver ta bouche et ses douces caresses ?
J’ai encore le souvenir de cette nuit,
Il y a deux ans, où nous n’avions pas dormi.
Je me rappelle de toi et de la tendresse,
J’ai dans mes pensées parfois l’image fugace
D’un instant ce soir-là, de ton corps, de tes mains
Une image un peu floue, une odeur, un parfum
Et en ces moments là mon esprit m'escagasse.
Que tu es beau… tu n’as pas changé de beaucoup
Je t’ai reconnu vite, trop vite, tu sais
Mon coeur se souvenait, même deux ans après,
De ton sourire, de tes fossettes, de ton cou.
Pas de doute, tu étais bien Léo lui-même
Et pourtant tu n’as pas semblé me reconnaître
Ou alors c’est que tu n’as rien laissé paraître
Je me suis sentie si naïve, mon Je t’aime
Sur le bout des lèvres, retenu de justesse
Juste une nuit m’avait suffit pour m’enflammer
Tu m’avais tellement plu, qu’en une soirée
Tu t’es faufilé en mon cœur avec prestesse.
Que tu es beau... j'ai essayé de te séduire
D'être comme ces femmes si belles, si tout
Et comme ces poupées que l'on voit de partout
Avec leur si pâle et faux visage de cire.
Mais tu n'en avais cure, comme indifférent
Tu t'es détourné de moi, enfin rire ironique, détourné,
Encore faudrait-il que tu m'aies regardée
Et rien qu'un unique jour, regardé vraiment.
Sauf que toi tu as préféré ces autres femmes
Ces coups d'un soir, l'aurais-je aussi été pour toi ?
Ne suis-je qu'un de ces cailloux sans nul éclat
Similaire aux pierres ? Il semblerait, infâme.
Un soupir Et pourtant, que tu es beau.
Les lumières éclairent les amis qui continuent de discuter, Livia regarde dans le vide, face au public. Léo la regarde. Silence, lumières sur Léo.
LEO
Tu as changé… tu n’es plus cette Livia
Que j’ai rencontré une douce nuit d’été
Cette Livia que j’ai tant appréciée
Cette fille pleine d’entrain, d’idées, de joie,
Que je n’ai pas vraiment su oublier d’ailleurs
Je t’ai cherché le lendemain, mais hors ton nom
Ta peau, tes reins, ta bouche et de ta voix le son,
Je ne savais rien de toi, malheureuse erreur.
Mais depuis ces deux mois que je t’ai retrouvée
Dans ce groupe d’amis à l’université
Je comprend que celle, pour qui je suis tombé
N’existe plus vraiment, a été remplacée
Tu as changé... tu es plus gommée et discrète
Tu as perdue cette étincelle qui m'a plu
Ça doit être la vie qui fait qu'on évolue
Car tu n'es plus celle que je gardais en tête.
Te revoir a été tel des montagnes russes
J’ai eu la surprise et l'anticipation
Désir de vivre ces folles émotions
D'avoir à nouveau cette fièvre, ce virus.
Mais mes pieds sont vite revenus sur la Terre
L'incompréhension a pris place en mon cœur.
J'ai voulu t'oublier en allant voir ailleurs
Mais il n'y a que toi, juste toi pour me plaire.
Tu as changé... te souviens tu au moins de moi ?
Suis-je dans tes pensées comme toi dans les miennes ?
Ressens-tu aussi au plus profond de tes veines
Cette attirance, cette envie et cet émoi ?
C’est comme si j’aimais une image d’un soir
Comme une parenthèse où tu t’es déguisée
Un lâcher prise que j'ai idéalisé
Un caractère que je voudrais te revoir.
Sais-tu que j’ai tant pensé à toi que j’ai même
Fini par nous imaginer des retrouvailles ?
Tu rentrais dans le restaurant où je travaille
Puis tu me regardais et me sortais “Je t’aime”
Soupir Mais tu as changé.
Les lumières sur Livia, Livia et Léo se regardent, ont un sourire gêné puis baissent les yeux. Lumières sur les amis qui continuent de parler.