La pirate lesbienne et la sirène tatouée

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Summary

Jalena Cruz est Capitaine du Serpent-de-Mer et n'aspire à rien d'autre qu'à pirater tranquillement avec son équipage de bras cassés. Lorsqu'elle rencontre Viv, une sirène franchement désarmante, elle l'embarque avec elle dans un périple marin rempli de rebondissements et de soirées alcoolisées. La pirate au sale caractère et la sirène (pas si tatouée que ça) vous invitent à laisser votre cerveau à terre et à prendre le large avec elles pour une tranche de rigolade et un verre de rhum.

Status
Complete
Chapters
47
Rating
4.0 1 review
Age Rating
16+

Chapitre 1

Le soleil se levait tôt. Il jetait ses rayons sur la mer d’huile, réchauffait le pont principal, et se hissait paresseusement dans le ciel pour y régner.

La Capitaine Jalena Cruz était en général debout avant l’astre, et accueillait son ascension, mais ce jour-là, une sévère gueule de bois la retenait dans sa cabine. Sa seconde avait fêté son départ la veille, et tout l’équipage avait arrosé cette nouvelle plus ou moins heureuse avec du rhum.

Le départ de Zoe était un excellent prétexte pour se murger, car elle reviendrait en réalité bien assez tôt. C’était chaque fois pareil. Tous les trois ou quatre mois, elle trouvait l’amour, mettait toutes ses affaires dans un sac usé, et jurait de ne plus jamais reprendre la mer pour rester auprès du nouvel élu de son cœur. Elu qui se révélait la plupart du temps, infidèle, criblé de dettes, alcoolique. Ou gay pour le dernier. Zoe reprenait son sac et le chemin du Serpent-de-Mer. Et elles rebuvaient toutes pour fêter son retour.

Jalena ouvrit un œil, les contours de sa cabine se dessinant douloureusement sous œil torve.

— Bordel de cales sèches.

Elle roula sur le côté, sortit de son lit, et se dirigea vers le pont principal en espérant que la cuistot avait lancé le café matinal. Le soleil la prit par surprise et elle grimaça. Myro lui adressa un salut bien trop énergique depuis son poste d’observation. Jalena répondit par un grognement – elle détestait parler avant le premier café. Voire le second.

Elle s’accouda au bastingage et inspira profondément, remplissant ses poumons d’air marin. La mer roulait contre les flancs du bateau, troublée de vaguelettes crées par le vent. Le Serpent-de-Mer était amarré à quai, et l’envie de repartir la démangeait déjà. Dès que le reste de son équipage de feignasses se réveillerait, elles mettraient les voiles.

Jalena se dirigea vers l’arrière du bateau, où Sha avait déjà sorti plusieurs tasses de bric et de broc et commencé à servir le café. La cuisinière était debout depuis longtemps, mais le bandeau de travers et ses yeux plissés trahissaient son état tout aussi pitoyable que le reste de l’équipage.

— Salut, Cap’taine.

— Mmpf.

Toutes les filles savaient qu’il valait mieux ne pas parler à Jal avant sa deuxième tasse de café. La dernière qui s’y était risquée avait été de corvée vaisselle pendant deux semaines. Et l’équipage utilisaitbeaucoupde petites cuillères.

Jalena s’installa sur la grande table solide installée dans la cuisine. L’épaisse planche affichait encore les reliefs du festin de la veille. Zoe elle-même y était encore affalée, ronflant, la joue posée sur le plan de travail, et une chope de bière toujours à la main. Jal s’assit en face d’elle avec un grognement, l’odeur du café entêtante à deux doigts de la faire vomir.

— Plus jamais.

— Vous dites ça à chaque fois, fit remarquer Sha du fond de la cuisine.

Jal se retint de lui envoyer un tabouret dans les fesses.

— Zoe et ses fichues amourettes. Qu’est-ce qu’elle fait encore là, d’ailleurs ? Je croyais que son « fiancé » passait la prendre de bonne heure.

Sha grimaça.

— Oh. En fait il a préféré aller « prendre » quelqu’un d’autre. Si vous voyez ce que je veux dire.

Tout le monde voyait toujours ce que Sha voulait dire. Son deuxième prénom n’était pas Subtilité. En fait, c’était Prudence.

Jal sirota une gorgée trop chaude.

— J’imagine que ce n’est plus son fiancé du coup. Bien. On mettra peut-être les voiles plus tôt que prévu.

Zoe gigota. Elle releva la tête, sa chevelure rousse en pétard. L’œil torve et des trainées noires sur les joues, elle avait visiblement pleuré et bu tout son saoul.

— Jal, geignit-t-elle. Pourquoi ?

Jalena haussa un sourcil. Pourquoi les hommes ? Pourquoitousles hommes ? Excellente question. Qu’elle ne se posait plus depuis qu’une petite vendeuse d’orange lui avait roulé une pelle à quatorze ans. Mais Zoe ne croyait pas aux vertus du lesbianisme. Pas assez de barbe, disait-elle. C’était bien l’un des seuls sujets de discorde qui divisait la Capitaine et sa second.

— Pourquoi tu ne l’as pas quitté plus tôt, oui ?

— Mais parce qu’il était beau comme un dieu !

Zoe tapa du poing sur la table. Sha et Jal échangèrent un regard, retenant un fou rire. La jeune femme aux tresses noires tendit le bras pour tapoter l’épaule de son amie par-dessus la table.

— Tu sais ce qu’on dit : plus il est beau...

— ... plus il est con ! renchérit Sha.

Elle fit glisser un bol de café et des œufs brouillés jusqu’à Zoe.

— Mange, bois, jure, et ça ira mieux.

Zoe lui adressa un regard encore noyé dans les brumes de l’alcool.

— Promis ?

Sha leva le petit doigt en l’air et croisa les doigts de son autre main dans son dos.

— Promis.