Quand l'amitié flirte avec l'amour LUI TOME 2

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Summary

Yann est un roc qui s’effrite, prêt à tout pour elle, mais prisonnier d’un feu qu’il ne peut éteindre. Rosalie est à terre, brisée par une vie qui l’a trahie, son corps cloué à une chaise, son âme hurlant dans le silence. Leur amour est une guerre, un brasier qui les lie et les consume. Mais un spectre resurgit, un homme au sourire cruel qui veut tout reprendre – elle, leur passé, leur futur. La ruine s’abat, un coup qui les fracasse, les sépare. Lui, perdu dans sa rage. Elle, perdue dans ses ombres. Un mot, un cri, et tout pourrait s’effondrer.

Status
Complete
Chapters
42
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Chapitre 1

YANN

Le hall de l’hôpital est un tombeau de silence, un purgatoire où chaque souffle est une prière étouffée. Je suis là, appuyé contre le mur, le café renversé sur mes doigts, brûlant ma peau sans que je le sente. Laura est à côté de moi, ses larmes roulant encore, ses yeux bleus noyés dans un océan de douleur. Hervé tient Dorothée dans ses bras, ses petites mains potelées serrant une poupée usée, ses yeux verts – ceux de Rosalie – me transperçant comme des lames. Le distributeur ronronne dans un coin, un bourdonnement mécanique qui me vrille les tempes, mais je l’entends à peine. Tout ce que j’entends, c’est l’écho des bips dans ma tête, ces pulsations qui me tiennent en vie autant qu’elles me tuent. Rosalie est là-haut, suspendue entre deux mondes, et je suis ici, cloué au sol, à attendre un verdict que je redoute plus que tout.

Laura renifle, essuie son nez d’un revers de manche, et murmure : « Elle est forte, Yann. Elle va s’en sortir, hein ? » Sa voix tremble, un fil prêt à se briser, et je veux lui répondre, lui dire oui, la rassurer, mais les mots s’étranglent dans ma gorge. Je hoche la tête, un geste mécanique, parce que si je parle, je vais craquer, et je peux pas me le permettre. Pas maintenant.

Hervé soupire, ajuste Dorothée contre son épaule, et marmonne : « Faut y croire. » Mais ses yeux cernés trahissent son doute, et je sens le même poison qui me ronge, une peur gluante qui s’infiltre dans mes veines. Et si elle ne revient pas ? Et si elle choisit l’autre côté, ce vide noir que je sens planer au-dessus de nous ? Je ferme les yeux, mes poings se serrent, et je murmure son nom dans ma tête, encore et encore, comme un mantra pour la retenir : Rosalie, Rosalie, reviens-moi.

Des pas précipités résonnent dans le couloir, un claquement sec qui me fait rouvrir les yeux d’un coup. C’est une infirmière, la même qui nous a virés de la chambre, son visage fermé comme une porte d’acier. Elle s’arrête devant nous, essoufflée, et ses yeux passent de Laura à moi, une lueur étrange dans son regard. Mon cœur s’arrête, un bloc de glace dans ma poitrine, et je me redresse, le mur grinçant sous mes paumes.

— Elle s’est réveillée, lâche-t-elle, sa voix froide mais tremblante. Mais… venez vite.

Réveillée. Le mot me frappe comme un coup de massue, et pendant une seconde, je respire, un souffle rauque qui déchire ma gorge. Elle est vivante. Elle est revenue. Mais le « mais » de l’infirmière me glace, une ombre qui s’étend sur cette lueur d’espoir. Laura hoquette, un son entre joie et terreur, et Hervé resserre son étreinte sur Dorothée, ses yeux écarquillés. Je ne perds pas une seconde – mes boots claquent sur le linoléum, et je cours, Laura sur mes talons, l’infirmière nous guidant à travers les couloirs blancs qui puent le désinfectant et la mort.

On arrive à la chambre, et je pousse la porte d’un coup d’épaule, le bois claquant contre le mur. Claire est là, penchée sur le lit, ses sanglots suspendus, ses mains tremblantes planant au-dessus de Rosalie. Clément se tient derrière, figé, ses poings serrés, ses yeux bruns exorbités. Et elle… Rosalie. Elle est là, les yeux ouverts, ses prunelles vertes brillant dans la lumière crue, mais ils sont vides, fixes, perdus dans un néant que je comprends pas. Le masque à oxygène est retiré, son visage pâle exposé, cette entaille rouge sur sa joue hurlant contre sa peau blême. Elle respire, sa poitrine se soulève, faiblement, mais elle respire.

Je m’avance, mes jambes tremblantes, et je tombe à genoux près du lit, saisissant sa main. « Rosalie, » murmuré-je, ma voix rauque, brisée, un cri étouffé. « Tu es là. Tu es revenue. » Mais elle ne bouge pas, ne tourne pas la tête, ne me regarde pas. Ses doigts restent mous dans les miens, froids, sans vie, et une terreur sourde monte en moi, un serpent qui s’enroule autour de ma gorge.

— Elle… elle parle pas, murmure Claire, sa voix tremblante, ses larmes roulant sur ses joues. Elle a ouvert les yeux, mais elle réagit pas.

Clément grogne, un son guttural, et ses poings cognent le dossier du lit, faisant trembler le métal. « Qu’est-ce qui se passe, putain ? » rugit-il, ses yeux plantés dans ceux de l’infirmière, qui recule d’un pas.

— On sait pas encore, dit-elle, les mains levées comme pour se protéger. Le médecin arrive. Elle est sortie du coma, mais… il y a des dommages. On doit évaluer.

Des dommages. Le mot me percute, un éclat de verre dans mon crâne, et je fixe Rosalie, cherchant un signe, n’importe quoi. « Rosalie, » répété-je, plus fort, ma voix montant, désespérée. « Regarde-moi. Dis quelque chose. N’importe quoi. » Mais ses yeux restent perdus, rivés au plafond, et sa bouche, entrouverte, ne laisse échapper qu’un souffle faible, un murmure sans mots. Je serre sa main plus fort, mes ongles s’enfonçant dans sa peau, et je sens les larmes monter, brûlantes, acides, roulant sur mes joues sans que je puisse les arrêter.

Laura entre derrière moi, un sanglot étouffé dans la gorge, et elle s’approche, posant une main sur mon épaule. « Elle est vivante, Yann, » murmure-t-elle, mais sa voix tremble, et je sais qu’elle voit la même chose que moi – ce corps réveillé, mais cette âme absente. Hervé reste près de la porte, Dorothée dans ses bras, et la petite tend les mains vers le lit, babillant un « Tata » qui me déchire les entrailles.

Le médecin arrive enfin, un type maigre aux lunettes épaisses, son dossier serré contre lui comme un bouclier. Il s’approche du lit, ses yeux passant sur Rosalie, puis sur nous, et son visage reste impassible, clinique, ce qui me donne envie de lui arracher ce masque de froideur. « Elle est consciente, » dit-il, sa voix plate. « Mais il y a des lésions cérébrales. On doit faire des tests. Elle pourrait ne pas parler, ne pas marcher, ou… ne pas se souvenir. C’est trop tôt pour savoir. »

Lésions cérébrales. Les mots s’enfoncent en moi comme des clous, et je me lève d’un bond, mes poings serrés, ma respiration hachée. « Trop tôt ? » grogné-je, ma voix montant, un grondement sourd. « Elle est là, elle respire, et vous me dites que vous savez pas ? Faites quelque chose, putain ! »

Clément fait un pas vers le médecin, menaçant, mais Claire le retient, ses mains tremblantes agrippant son bras. « Yann, » murmure-t-elle, suppliante, mais je l’entends à peine. Je me tourne vers Rosalie, m’agenouille encore, et je prends son visage entre mes mains, mes doigts rugueux contre sa peau douce, froide.

— Tu m’entends, Rosalie ? dis-je, ma voix cassée, un cri qui déchire le silence. C’est moi. Yann. Reviens-moi. Bats-toi. Je t’en supplie.

Ses yeux bougent, un léger tremblement, et pendant une seconde, une étincelle passe, un éclat vert qui me coupe le souffle. Mais elle s’éteint, et son regard retombe dans le vide, ses lèvres frémissant sans un son. Je m’effondre, mon front contre le bord du lit, mes larmes trempant les draps, et je murmure : « Je t’aime. Je t’aime, putain. Reviens-moi, entière ou brisée, je m’en fous. »

Laura sanglote derrière moi, ses mains couvrant sa bouche, et Claire s’approche, caressant les cheveux de Rosalie, ses prières reprenant dans un souffle faible. Clément reste figé, ses poings tremblants, et Hervé berce Dorothée, qui commence à pleurer, un son aigu qui perce le chaos. Le médecin marmonne quelque chose sur des scans, des tests, mais je l’entends pas. Tout ce que j’entends, c’est ce silence dans ses yeux, ce vide qui me hurle qu’elle est là, mais pas vraiment.

Je me redresse, essuie mes larmes d’un revers de manche, et je fixe le médecin, ma voix basse, dangereuse. « Vous la sauvez. Vous la ramenez. Peu importe ce qu’il faut faire. » Il hoche la tête, mal à l’aise, et sort, suivi de l’infirmière. Je me rassieds, reprends sa main, et je reste là, mes yeux rivés sur elle, sur cette coquille qui abrite encore ma Rosalie, quelque part, prisonnière.

Laura s’approche, s’assied à côté de moi, et murmure : « Elle est toujours là, Yann. Faut qu’on y croie. » Mais ses mots sonnent creux, et je vois la peur dans ses yeux, la même qui me bouffe. Claire et Clément se tiennent près du lit, statues brisées, et Dorothée pleure encore, un écho de notre désespoir.

Les bips continuent, réguliers, implacables, mais ils ne me disent rien. Elle est réveillée, mais à quel prix ? Je serre sa main, mes doigts tremblants, et je jure en silence : Je te ramènerai, Rosalie. Peu importe ce qu’il reste de toi, je te ramènerai. Parce que sans elle, je suis rien, et ce vide dans ses yeux, c’est une guerre que je refuse de perdre.