Le pire des Noëls !

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Summary

Bonjour, je m'appelle Noëlle, j'ai 27 ans et je suis photographe pour Vogue. J'aime l'été, les belles choses, les fringues, les piña coladas et les coups d'un soir. Je déteste ma belle-sœur, les brocolis, la cannelle, mais surtout Noël ! Bordel, Noël... Quelle merde. Et bien évidemment, il a fallu que ma mère veuille rendre hommage à sa vieille marraine adorée et me refile son prénom de merde. Je ne vous fais pas de dessin, vous êtes déjà en train d'imaginer tout ce que je me suis pris dans la tête depuis mon enfance. Je pensais avoir, chaque année, passé le pires Noël de ma vie, jusqu'au suivant. Mais là, on bat tous les records ! Veille de Noël 2024, j'ai failli écraser un père Noël de centre commercial à la con dans un parking. Cela ne s'est pas passé sans heurt. Et je me retrouve à me geler les miches dans un putain de traîneau volant au-dessus de je ne sais quel continent, à je ne sais quelle hauteur. Santa Claus la main sur ma cuisse. Je voulais juste rentrer chez moi, et me voilà kidnappée par un vieux libidineux . Bordel, je déteste Noël. On va revenir quelques heures en arrière pour que vous ayez toutes les données.

Status
Complete
Chapters
1
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 4

Doucement j’ouvre les yeux, je me rends compte que quelqu’un m’a habillée durant mon sommeil. La petite horloge affiche quatorze heures. Ce qui explique que j’ai le ventre qui gargouille. J’appuie sur le bouton en espérant tomber sur Jackie plutôt que le lutin Barnabé, vu la conversation que j’ai plus ou moins entendu. Je ne sais pas comment je réagirais face à lui.

Je suis assez étonnée que l’on m’ait laissée dormir. Jackie débarque avec un plateau, suivie de… Barnabé ! Évidemment, cela aurait été trop beau pour être vrai que mon souhait soit entendu.

— Comment vous sentez-vous ?

— Bien.

Contre toute attente, je suis reposée. Et je me sens plus en forme que j’ai pu l’être ces derniers jours. C’est bien la première fois que je me redresse sans difficulté et que je m’assois sur le bord du lit sans trembler. Jackie approche le plateau roulant avec un repas appétissant. J’ai le droit à un Ham with Pinneapple[1] avec de la patate douce en purée. En dessert une gaufre, ce n’est pas pour me déplaire. Mais depuis que je suis ici, j’ai le droit à tous mes repas préférés sans que j’ai eu à dire quoi que ce soit. On peut dire : Comme par Magie ?

Mon ventre gronde. Pendant que le doc prends mon pouls et vérifie mes constantes, je suis déjà en train de picorer mon assiette. J’ai l’impression d’avoir retrouvé le goût ou de découvrir le goût de mes aliments. C’est jouissif pourtant le plat n’est pas exceptionnel mais les saveurs sont toutes plus subtiles les unes que les autres. Les constantes prises, les elfes quittent tous deux la chambre, et je me jette comme une vorace sur le plat. Je ne peux m’empêcher de fermer les yeux à chaque bouchée. En rouvrant, je tombe nez à nez avec… Nikolaï ! Il est assis sur le bout de mon lit de manière décontractée et me fixe amusé. Aux diables les convenances, je ne m’embarrasse pas et lui réponds la bouche pleine :

— Qu’est-ce tu me veux ?

— Bien dormi, ma Chérie ?

— Comme si tu en avais quelque chose à faire ? Tu veux que j’écarte les cuisses ? Laisse-moi dix minutes pour finir. T’as qu’as commencé les choses tout seul pendant que je savoure le plat. Et ta règle qui stipule que je dois me reposer ? T’en fais quoi ?

Il éclate de rire. Un rire simple qui aurait pu m’être communicatif si je n’étais pas trop occupée à dévorer.

— Je t’imaginais juste savourer autre chose de la même manière. Prends ton temps. Je n’ai rien à faire aujourd’hui.

— Étonnant !

— C’est-à-dire ?

— Le Santa pervers sait faire preuve d’humour.

Il me regarde de travers. Une ombre passe sur son visage. Il se redresse et son attitude change. Je commence à prendre ma gaufre au chocolat dans les mains quand il se lève brusquement et s’empare de la combinaison rouge de ce matin puis la claque sur le lit. Je sursaute et manque de renverser ma gaufre sur le lit, je me mets du chocolat autour de la bouche et sur les doigts. Il a à peine le temps d’ouvrir la bouche que je le coupe dans son élan :

— Dépêch…

— NON MAIS TU TE PRENDS POUR QUI ? Je suis pas ta fichue chose ! Je mange ! Comprendo ? Tu m’as dit de prendre mon temps, JE prends mon temps. Si t’es vexé parle, mais ne réagis pas comme un gosse. T’as quel âge ? T’es pas censé avoir des putains de centaines d’années ? Même des hommes de cinquante ans réagissent mieux que toi.

Je me suis mise à hurler sans savoir pourquoi. Il reste la bouche grande ouverte. Nikolaï ne s’attendait visiblement pas à être remis à sa place. J’en ai marre qu’il m’impose ses trucs à la con et ma gaufre … C’est sacré !

Au moment où je prends la serviette pour me nettoyer, il s’approche de moi et passe son pouce à la commissure de mes lèvres, là où il y avait du chocolat, tandis que son regard se plonge dans le mien, il lèche son doigt. Mais qu’est-ce qui ne va pas chez cet homme ? Je fini de m’essuyer et reprends la dégustation de ma gaufre. Nikolaï regarde dans le vide mais ne bouge pas pour autant. Une fois mon dessert fini, je désire sortir du lit afin d’aller aux toilettes, malheureusement il est positionné du côté où, il n’y a pas la barre d’appuie et n’a pas l’air de vouloir bouger. Mais qu’est-ce qu’il m’emmerde celui-là ! Deux solutions s’offrent à moi : lui demander poliment de bouger son petit cul bombé ou le pousser du pied pour lui faire comprendre. La deuxième me plaît bien, étant donné que je viens littéralement de lui hurler dessus, je doute que ce soit la solution la plus conseillée. Dans ces cas-là, certaines diraient : “ Je ravale ma fierté ”. J’ai plutôt tendance à dire : “ Je ravale ma conassatitude ”. Bordel, ça me brûle la gorge, la langue, tout ce que vous voulez, mais je vais lui formuler la demande la plus polie possible dont je suis capable :

— Excuse-moi, pourrais-tu te lever, j’aimerais sortir du lit. Pardon ?!

Pas de réaction…

— MAIS TU VAS LE BOUGER TON PETIT CUL TOUT BIEN FOUTU ? Y en a une qui doit pisser ! MERCI !

Que l’on ne me juge pas. C’était au-delà de mes forces. La désagréable impression qu’il fait tout pour provoquer la connasse en moi ne me quitte pas. Et si je ne réponds pas à la hauteur de ses espérances, il n’a qu’à me ramener chez moi.

Il me scrute du regard puis se lève et je ne sais que penser de son attitude. À mon tour, je me lève doucement et me dirige vers les toilettes. Je suis encore chancelante dans mes pas mais ça va mieux. Il me fixe et je le sens dans mon dos. Je claque la porte. Tandis que je me soulage je l’entends marmonner de l’autre côté :

— Mais qui m’a refourgué une emmerdeuse pareille ? ...gueule tout le temps ! … rendre fou ! Par les astres !

Visiblement, il n’est pas content le Père Noël. Maintenant que je vais mieux, il va me déposer chez moi, illico presto. Je ne le lâcherai pas tant que je n’aurai pas gain de cause ! Il s’est revêtu pour sortir et me tend la combinaison de ski, cela veut certainement dire que c’est le jour de l’emménagement. A t il prévu une crémaillère avec le lapin de pâque en invité ? Je souffle un bon coup et enfile le vêtement :

— Hey beau gosse, maintenant que je vais mieux et que l’on s’est bien amusé. C’est possible de retourner chez moi ?

— Non.

Cela a le mérite d’être clair, un rire nerveux m’ échappe et je ne compte pas le laisser s’en tirer aussi facilement :

— Non quoi ? “Non , ce n’est pas possible” ou “non , je ne veux pas” ?

— Ce n’est pas possible…

Je lui réponds en riant comme une folle en agitant mes bras comme si j’étais en représentation :

— Ce n’est pas possible ? Ce n’est pas possible ? TU sais ce qui n’est pas PUTAIN de possible ? Des putains d’elfes ados multicentenaires, habitant un village de boule de neige, et toi qui est le Père Noël. Un foutu Père Noël qui fond comme neige au soleil, et tu vas…

Il m’attrape brusquement le poignet, je suis surprise toutefois il ne me fait pas mal. Je me retrouve face à lui, je suis loin d’être petite avec mon mètre soixante-dix-huit, néanmoins il me surplombe largement. Ses yeux plongés dans les miens et son visage à l’air grave, me font entrevoir qu’il n’a plus de patience. Il mouille ses lèvres charnue et me répond le plus calmement possible :

— Écoute-moi bien, Noëlle. Je n’ai pas plus le choix que toi pour ce qui est de quitter ces lieux. Et crois-moi qu’en cet instant, si je le pouvais, je ferais autrement mais je n’ai pas d’autre choix que de rester cloitrer ici et toi aussi. Alors on va établir quelques règles pour que tout roule entre nous, compris ?

L’envie de rétorquer me passe lorsqu’il met son index sur mes lèvres pour m’intimer de me taire. Je le laisse continuer :

— Règle numéro une : Tu as interdiction de m’appeler autrement que Nikolaï.

Règle numéro deux : Tu es libre de te balader où tu veux dans la ville, excepté seule dans les entrepôts de jouets ou à l’usine. Je t’accompagnerai pour la visite si tu le souhaites.

Règle numéro trois qui a déjà été établie : Tu ne baises plus avec les elfes ! Sauf si un jour, je l’autorise parce que je n’arriverai plus à supporter ton comportement de connasse.

— Alors là ! Je n’ai pas encore “BAISÉ” avec les elfes ! Et si j’en ai envie, tu n’as pas ton putain de mot à dire !

Il tient toujours mon poignet et me tire vers lui. Il colle son front au mien.

— Tu ne sourcilles même pas au fait que je te définisse comme une connasse mais ma sémantique te fait bondir ! Et je te remercie, tu viens de m’inspirer une nouvelle règle, chérie. Et au bon sang ! Ça va me simplifier la vie.

Règle numéro quatre : à chaque fois que tu diras plus d’une fois le mot “putain” dans la journée…

Il me regarde avec un sourire carnassier, j’ai peur de ce qui m’attends.

— Je me réserve le droit de te punir comme je le souhaite !

— Mais ça va pas ! T’es un put…

— Hahaha ! Ma règle est dictée. Elle s’applique dès maintenant. Fais bien gaffe à ce que tu vas dire Noëlle… Ma maison, MES régles ! Que tu les acceptes ou non.

Règle numéro cinq : tu ne parles plus de rentrer chez toi avant noël prochain. Il n’y a que là que je pourrai voir si c’est possible.

Règle numéro six : tu m’appartiens tant que tu es ici. Tu dormiras dans mon lit et quand je t’appelle tu te pointes.

— Quoi ? Tu me prends pour une poupée gonflable ? Ma voix flanche, des larmes de colère me montent aux yeux . Je dois fermer ma pu… ma bouche et ne rien dire ? Je te rappelle NIKOLAÏ que je n’ai pas le choix d’être coincée ici, que TU m’as kidnappée !

Il se redresse légèrement. Il essaye de reprendre contenance. Visiblement, il n’apprécie pas d’être mis face à ses vérités, ça le fait cogiter. Oh mon salaud, je ne t’ai montré qu’un échantillon de mon attitude exécrable, je vais me donner à coeur joie de performer au quotidien ! Je ne prends pas la peine d’essuyer les larmes qui trempent mes joues et je pousse mon front contre le sien, je ne le lâche pas du regard :

— J’ai aucune raison de suivre ton PU-TAIN de règlement à la con ! Tu m’entends Nikolaï ? Je vais te pourrir ta putain de vie. Oui, je vais accourir à chaque fois que tu m’appelleras, j’apprendrai à prononcer le putain de mot P U T A I N dans toutes les putains de langues de cette putain de terre pour te les réciter dès que je te verrai ! Je te ferai passer les pires PUTAIN de nuit de ton éternelle existance merdique ! Je…

Il se penche et murmure de sa voix suave dans mon oreille :

— C’est bon ! Je laisse la dernière règle de côté. Maintenant, ouvre ta combi. Tu n’as pas obéi à la règle numéro quatre. Je ferai très soft pour cette première fois. Et vu ce qu’il s’est passé ce matin…

J’obéis. Nikolaï se met à me sucer légèrement mon lobe d’oreille, il passe sa main de libre sur mes seins et me les malaxe généreusement. Il prend la main qu’il me tient, ouvre sa combi avec, il baisse son pantalon et son caleçon. Il pose ma main sur son sexe en érection. Je comprends que je dois le masturber et je m’exécute. Pendant mes mouvements de va-et-vient, il m’embrasse et me touche à sa guise. Quand j’accélère, il pousse un léger râle et me mord la lèvre du bas. Je viens à onduler vers lui dans l’espoir qu’il me claque sur le lit et me prenne. Ça le fait rire. Il se recule et passe une main dans mes cheveux :

— Tu n’auras rien ma petite chérie. Maintenant à genoux, ouvre grand ta bouche et t’avale bien.

L’enfoiré, il est pas prêt, je continue de le masturber de plus en plus vite tout en m’agenouillant. Mes lèvres se placent sur le bord de son gland, il ne s’y attendait visiblement pas. On va vite en finir ! Je commence à passer des coups de langue dessus qui se veulent de plus en plus insistants. Il empoigne légèrement mes cheveux. Je me mets à le sucer et je continue de jouer avec ma langue sur le long de son chibre et il grogne :

— Bordel Noëlle, je t’ai pas dit de me sucer ! Arre… Noëlle !

Il n’a pas le temps de finir sa phrase qu’il est déjà en train d’éjaculer dans ma bouche. Vu la quantité qu’il a libérée ce matin, je suis bien heureuse d’en avoir peu. S’il y a bien une chose dont je ne suis pas fan, c’est d’avaler. Contre toute attente, son sperme a un goût étonnamment sucré et agréable, je pourrais le comparer à un sucre d’orge. Il frémit lorsque je finis par lécher les dernières gouttes qui perlent sur son gland.. Je me retiens de rire, il pensait dicter ses règles jusqu’au bout… Il va vite découvrir que je n’en fait qu’à ma tête. D’un claquement de doigt comme par magie, il est de nouveau habillé. Il me tend la main pour m’aider à me relever. Il m’attrape par les hanches et m’embrasse avec fougue, ce qui a le don de me détourner de l’odeur de cannelle.

— Oh, petite chose! La prochaine fois que tu me désobéiras, ce sera à tes risques et périls.

Le regard qui me lance est emprunt d’envie. Ces yeux noisettes ont, selon la luminosité, de jolis reflets verts me rendent dingue. Cet homme me rend dingue , je le déteste autant qu’il m’attire. C’est magnétique ce qu’il y a entre nous. Avec toutes ces conneries, j’ai complètement oublié l’étrange conversation que j’ai surprise ce matin. Il me sort de mes réflexions :

— Allez, on y va !

Ma main dans la sienne, nous traversons le petit hôpital de cette manière, une calèche nous attend. Comme la dernière fois , il y a d’énormes plaids, à peine installée je m’emmitoufle dedans, ils sont doux et chauds. Pas chaud, dans le sens que cela tient chaud, plutôt comme s’ils avaient été chauffés, ce qui m’arrache un geignement de satisfaction. Nikolaï ne peut s’empêcher de me coller, cela doit être les effets de la testostérone, de l’endorphine ou de la dopamine ? Peut-être les trois à la fois ?

Sa chaleur corporelle n’est pas désagréable. Nous empruntons la même route que celle faite à pied lors de ma balade avec Domitille. Le cocher nous arrête sur la petite place et là, une magnifique enfant elfe nous tend un petit sachet. Elle me regarde de manière curieuse avec ses grands yeux noirs, elle me sourit timidement.

— Merci Alina, lui dit Nikolaï.

— Oui, merci beaucoup.

La gamine pique un phare et court à toute vitesse vers la boulangerie. Notre moyen de transport repart aussitôt . Je décide de combler le silence :

— Dis moi Nikolaï, j’ai deux questions, tu connais tout le monde dans ta ville ? Et il y a des enfants elfes ?

Nikolaï me regarde éberlué avant d’éclater de rire. Sympa…

— Me dit pas que tu crois qu’il sortent de terre directement adulte ?

— Bien sûr que non ! Tu me prends pour une débile ? Je ne me suis juste pas posé la question. C’est bon ? On peut arrêter de rire ?

Il me tend le paquet. Je le remerci aussi tôt et reprends son sérieux :

— Et vu leur libido… Mange, ce sont les mêmes que la dernière fois. Il me semble que tu les avais appréciés. Sinon pour la première question: oui. Et plus globalement, je connais les noms de tous ceux qui croient en moi ou ont un jour cru en moi.

Les roues commencent à s’espacer, un léger brouhaha se fait entendre. Nous pénétrons de plus en plus dans le centre de la ville. Les commerces paraissent plus luxueux, une école, des restaurants, des marchands de marrons sur certaines intersections.

Quand nous passons à côté d’eux, je me penche pour humer l’odeur. Mon père, chaque année après avoir installé les décorations de Noël, cuisinait des marrons, c’était sa récompense disait il. Par contre maman déteste ça, mon frère et moi nous nous mettions à deux sur elle et mon père essayait de lui en faire goûter un. Cela finissait en bataille d’oreillers et de chatouilles. J’ai toujours un pincement au cœur quand je sens l’odeur, quant à ma mère, elle fond en larme.

La calèche débouche sur un boulevard avec des maisons plus imposantes. Des enfants sortant de l’école s’agitent sur les trottoirs. Ils ont l’air encore plus jeunes que la petite de tout à l’heure. Ils sont tous aussi beaux les uns que les autres. Tout est beau ici. Tout est bon. À croire que ce n’était pas la réalité. Sûrement la commotion cérébrale qui me joue des tours. Cet endroit me laisse songeuse, souvent ce qui est trop beau ne peut être vrai. Quand on gratte le vernis, on trouve souvent de la pourriture en dessous. Lorsque je me retourne vers mon compagnon de voyage, il affiche une mine renfrognée en pianotant sur un téléphone portable dernier cri. Depuis mon arrivée, je n’ai vu personne en posséder pareil pour les téléphones fixes. Un coup d’œil rapide et j’aperçois le prénom d’un certain Jack. Il croise mon regard, pour ne pas paraître curieuse je sors la première chose qui me vienne à l’esprit :

— Tu as un portable ?

Il est abasourdi :

— T’en as beaucoup des questions idiotes ? Les enfants, le téléphone après ce sera quoi ?

— Pu…rée ! Ravale ta condescendance !

Le chapelet de jurons est évité bien que son sourire victorieux me donne envie d’hurler… Il n’attend que cela que je me fourvoie. Hors de question que je lui donne satisfaction.

— Merde Nikolaï ! Je n’ai vu aucun moyen de communication depuis que je suis là. J’ai déduit que vous n’aviez peut-être pas de réseau.

Cet abruti continue de me sourir tout triomphant. Qu’est-ce qu’il a derrière la tête ce tordu ?

— Dommage de ne pas avoir entendu ton mot préféré. Tu sais au Japon, on pense que les mots et les noms ont des pouvoirs. Ils appellent ça le Kotodama, “âme du langage”. On pourrait dire que le Kotodama de “Putain” est la punition que je peux déchaîner à ton encontre. Mais si tu remplaces, ton mot préféré par un autre, je changerai la règle quatre pour l’ajouter sans hésitation. J’ai horreur de ce genre de grossièreté. Et toi aussi, enfant, tu les détestais. Tu étais toujours sur la liste des enfants sages.

Un sentiment d’indignation monte en moi, il ne vient pas du fait qu’il puisse retourner mes sales habitudes contre moi, non… Mais plus du fait que j’ai l’impression que notre rencontre n’était pas dû au hasard et que je me rends compte qu’il connait beaucoup plus de chose que mon simple nom et prénom, je voulais en avoir le coeur net :

— Tu savais qui j’étais quand tu t’es positionné derrière ma voiture ? Je veux dire… j’ai des souvenirs flous néanmoins je suis persuadée que tu m’as appelée par mon prénom et mon nom. Ce n’était pas un hasard ?

— Quand je t’ai vue, j’ai su...

Sa phrase reste en suspens comme s’il triait les informations qu’ils pouvaient me révéler :

— Comme je l’ai dit précédemment, comme pour n’importe quel adulte que je croise qui a cru un jour en moi. Je peux te dire le cadeau qui t’as le plus enthousiasmé : ton premier appareil photo argentique en 2005. Tu avais dix ans. Ton père t’en avait trouvé un bleu et gris, tu en étais si fière que tu le trimballais partout. Je t’avais offert l’album photo bleu métallisé. Ce fut mon dernier cadeau.

— Ha ! Mais c’était donc toi ? Mes parents ne savaient pas d’où cela sortait. Mon grand frère en a profité pour s’en attribuer les mérites.

Nikolaï en tire une certaine satisfaction bien que je ne peux m’ empêcher de trouver un côté glauque à tout ça. On parle de mon kidnappeur qui connait mon enfance, il n’y a rien de mignon là dedans! Ses yeux plantés dans les miens, il me sourit.Ce sourire traduit une certaine nostalgie, j’ai dû mal à y répondre, des petits tremblements certainement dûs au froid me traversent, un véritable grelot.

Son bras m’enveloppe, bizarrement il n’a pas froid. Je l’envie !

Complètement collés l’un contre l’autre, il m’observe langoureusement, je ne le comprends pas, il se fout littéralement de moi, sort les violons puis me réchauffe amoureusement. Tout ça après avoir joué au salop de tyran avec ses règles à la con ! Du grand n’importe quoi! Ce gars est tellement versatile que cela en devient risible. Il me souffle :

— Noëlle, on est arrivé chez ton nouveau chez toi.

A la place du manoir énorme auquel je m’attendais, il y a un très grand chalet comme on peut en trouver au Canada. La demeure se trouve sur une jolie place décorée d’un magnifique sapin et d’une vieille horloge avec de la dorure sur le cadran. Tout le nécessaire du village pour le Père Noël s’y trouve : un centre de télécommunications, mais aussi de tri de courrier, un réfectoire, une écurie.Il est à l’écart de la ville. C’est plus calme, du moins, en fin d’après- midi.

La calèche s’arrête pile devant l’habitation, Nikolaï m’aide à descendre. Une fois le cocher remercié, on se précipite à l’intérieur.

À peine la porte ouverte, la chaleur m’envahit. C’est de soulagement que j’essaye d’ouvrir la combi avec mes doigts complètement gelés. Quelle galère, j’ai l’impression qu’un de mes doigts va se briser net si je force. L’image en tête, je ne peux me résoudre à grimacer comme une gosse devant une assiette d’épinards et l’odeur de cette maudite épice me pique au nez et n’arrange rien. La commotion doit jouer dans le fait que je sens constamment la cannelle tout au long de la journée, où quelqu’un me torture avec. Les soupçons se dirigent vers mon ravisseur qui, apparemment, semble amusé par mon air écoeuré. Lui, s’est visiblement changé en un claquement de doigts magique, il est vêtu d’un simple col en V noir et un jogging de la même couleur. Simple et efficace.

— Tu n’arrives pas à ouvrir ta fermeture ? Les doigts sont trop froids?

— Oui. Je vais attendre qu’ils se réchauffent.

Je commence à me frictionner les mains et à souffler dessus en espérant les réchauffer. Mes mains sont rouges et douloureuses. Figé face à moi, il se penche les mains dans le dos :

— Demande-moi.

— Pardon ? Demander quoi ?

— Ne fais pas l’idiote, demande-moi.

— Peux-tu, s’il te plaît, claquer des doigts pour me dévêtir ?

— Au risque de me répéter Noëlle, j’ai dit: “ne fait pas l’idiote.”

— Mais va te faire foutre avec tes…

Je n’ai pas le temps de finir qu’il m’attrappe par les cheveux et me plante un baiser. J’essaye de me dégager pour parler, mais il ne me laisse pas le choix ce connard ! Il s’éloigne et reprend :

— Crois-tu que je vais me priver du plaisir de le faire moi même ? Maintenant, demande-moi de retirer ta combi.

— Non. Je sais le faire toute seule. Merci.

J’essaye de nouveau mais il m’attrape les poignets et les lève au-dessus de ma tête.

— Arrête de jouer à l’emmerdeuse et demande moi de te déshabiller. Maintenant Noëlle !

PUTAIN ! Mon cerveau se retient de lui hurler à la figure le mot tabou, j’ai eu ma dose de jeu tordu pour aujourd’hui. Il commence à m’embrasser dans le cou, je tente d’esquiver comme je peux. Il me lèche jusqu’à l’oreille :

— Noëlle, je vois ton cerveau en ébullition. Je t’entends d’ici me hurler dessus. Je paris que tu te retiens de toutes tes forces de ne pas lâcher un énorme “Putain”. Vas y ! Dis-le ! Je t’autoriserais même à me dire: “Putain, Nikolaï, déshabille moi!”. Je n’attends que ça.

Je ne lui céderai rien ce soir. Cette balade dans le froid m’a usée. Je veux une douche bien chaude, et un lit.

— Merci Nikolaï, d’avoir réchauffé mes mains. Aurais-tu l’obligeance de me lâcher, ainsi que de m’orienter vers ma chambre ou ma geôle, tu serais bien aimable.

Je persifle mes mots avec une telle froideur que l’on pourrait me donner la palme de la méchante reine Disney de l’année ! Son emprise se desserre légèrement et il claque des doigts. Déboussolée, je manque encore de trébucher et je suis comme sonnée. Mon cerveau enregistre encore une odeur de cannelle, jamais je n’aurais la paix !

— L’oreille interne est perturbée à cause de la téléportation. Assieds-toi sur le lit.

Nikolaï m’aide à m’asseoir sur le lit queensize. On se trouve dans une suite meublée avec goût mais peu décorée. Elle est dans les couleurs beige, rose poudré et blanche, ce qui lui donne une ambiance calme et assez neutre. Sur ma gauche se trouve un petit salon avec une causeuse beige et un fauteuil crapaud rose poudré, accompagnés d’une petite table et d’une petite bibliothèque. Sur ma droite, il y a un dressing et une porte coulissante, je suppose que ce doit être la salle de bain. Sur le même mur où est posée la tête du lit, il y a une petite baie vitrée. La chambre est vraiment jolie. Je profite de cet instant de répit pour retirer ma combinaison.

— Bain ou douche ?

— Je vais m’en occuper seule, je te remercie.

— Tu es sure de toi ?

— Certaine.

Il claque des doigts et disparaît. Ces pouvoirs magiques me foutent la chair de poule. Enfin seule ! Bordel, ça fait du bien. Une fois la combinaison pliée, je la place dans un des nombreux casier vide du dressing. Il y a des pyjamas neufs qui ont l’air à ma taille et quelques vêtements des plus simples qui sont déjà pliés. Dont certains pour aller à l’extérieur. Les tiroirs sont pour la plupart vides, ceux qui sont remplis possèdent des sous-vêtements assez simples et un avec chaussons et tous types de chaussettes différentes. Sans réellement savoir pourquoi, je suis heureuse d’avoir enfin quelque chose à moi dans cet endroit.

Plusieurs jours avec des blouses d’hôpital et des pulls de Noël moches… Ça commençait à me dépiter. Mon choix s’arrête sur un petit ensemble de pyjama beige en coton avec un petit t-shirt et un gilet cache-cœur par-dessus. Je suis étonnée, de ne pas trouver des tenues affriolantes. Ce pervers n’y a pas pensé.

Le contenu de la penderie est très classique quand j’y pense. Même si cela n’est pas forcément mon style, je préfère crever que de lui demander des tenues à mon goût. Adieu, le monde de la mode… Bonjour, celui de la monotonie ! Un an… Un an à tirer dans ce trou, s’il ne m’a pas menti.

La porte coulissante ouverte laisse apercevoir une belle salle de bain. Double vasques, énorme miroir high-tech qui s’allume, énorme baignoire à pied de lion qui trône au milieu , et une magnifique douche à l’italienne. Je l’aime d’avance ! Il y a un panier à linge sale dans lequel, je balance mes vêtements qui disparaissent à la seconde. Ébahi, je me dirige sous la douche, j’ai finalement pas la patience d’attendre que la baignoire se remplisse. Les premiers jets d’eau chaude sur moi, je ne peux pas m’empêcher de lâcher à voix haute :

— Putain, ça fait du bien !

— Tu m’as appelé ?

Je rêve ? Mais quelle merde. Je me retiens de fondre en larmes. Il m’a volé ce moment, cette intimité dont j’avais tant besoin. Et ce mot, ce foutu mot de merde, lâché dans un moment rien qu’à moi. La réalité m’explose en pleine face, ce n’est pas ma chambre mais celle de mon geôlier qui m’espionne contre mon grés. Les murs, les portes ne l’arrêteront pas. Les yeux fermés, je ne veux même pas me retourner, j’espère juste que si je l’ignore, il repartira comme il est venu.

— Dommage que ce soit encore sous la douche, on a donné tu ne penses pas ? Tu ne peux pas qu’on essaie plutôt dans la baignoire ?

— Va te faire foutre.

— Noëlle, chérie ! Tu m’as habitué à mieux comme répartie. Allez, fais un effort.

Son corps nu se colle au mien, je sens son sexe légerment dur, je n’ai qu’une envie, taper un bon coup dans ses bourses pour avoir la paix. Mais je ne suis pas en position de force et ne connaissant pas l’étendu de ses pouvoirs, je vais éviter, et lui répondre en essayant de garder mon calme :

— J’ai besoin de ce moment pour me ressourcer, je ne suis pas ton fichu sac à foutre. Tu n’as qu’à te construire une poupée robot taille adulte dans ton atelier pour assouvir ton besoin insatiable de sexe.

— En voilà de la répartie, tu vois quand tu veux, tu peux te surpasser. Sinon, mets-toi à quatre pattes dans la douche, c’est bien aussi.

— Non. Casse-toi, Nikolaï ! J’étais seule dans cette douche. Seule ! Tu n’es pas censé entendre à moins qu’il y ait des caméras ou une connerie de ce genre.

— Ici, les règles que j’impose sont magiques. Je sais à chaque instant qui les brise.

— C’est comme ça que tu as su pour Barnabé et Domitille ?

— Tout à fait.

Merde ! Des larmes se mettent à couler. Et elles ne s’arrêtent plus, ce qui à l’air de l’exaspérer :

— J’attends que tu te calmes ?

— Mais tu le fais exprès ? Le consentement, c’est une notion étrangère pour toi ! Je t’ai dit NON !

— J’en ai rien à foutre, Noëlle ! Règle numéro quatre ! Et la règle suprême: “MA maison, MES règles.”

Avec colère, je coupe l’eau et essaie en vain de sortir de cette douche. Il me bloque le passage. Je feinte comme je peux et manque de glisser. Mon impatience prend le dessus et je finis par le bousculer. Pris par la surprise, il glisse sur les fesses. J’en profite pour sortir me sécher. L’ espoir de pouvoir me rhabiller s’envole quand il est déjà en train de fondre sur moi. Trempée, j’enfile tout de même le bas de pyjama et prends mes jambes à mon cou. Arrivée à la porte de la chambre, il se matérialise devant moi. C’est peine perdue.

Il me porte comme pour rire et me balance sur le lit. Résignée, je ne bouge pas. A califourchon, il commence à m’embrasser entre les seins, puis descend sur mon ventre. Une envie irrépressible me prend de lui balancer mon pied à la gueule. Je fais tout pour éviter son regard. Mes yeux sont imbibés de larmes. D’un coup, il s’arrête :

— Noëlle ?

— C’est pas juste ! Je ne savais pas ! J’étais seule… T’as pas le droit !

— C’est vrai… Tu ne pouvais pas savoir. La prochaine fois, tu le sauras.

— Il n’y aura pas de prochaine fois ! Tu me laisses l’intimité de la chambre.

— Et ?

— C’est tout ce que je te demande. Juste ça. Si je dois rester encore un an ici. Laisse-moi cet espace. S’il te plaît !

Il me jette un regard de pitié, se rhabille en claquant des doigts. Debout face au lit et avec un ton distant, il marmonne :

— Le dîner est à dix-neuf heures trente.

Nikolaï disparaît en un claquement de doigt . De rage, j’attrape un oreiller décoratif et je le balance là où cette ordure était encore quelques secondes auparavant. Deuxième tentative infructueuse de lui balancer des objets au visage, mais le simple fait de faire l’action en l’imaginant le recevoir à un côté très cathartique. Impossible de calmer mes pleurs, je finis par tomber d’épuisement. Qu’il aille se faire foutre avec son dîner à la con!