L’arbre aux secrets
Léo scrutait l’horizon, son cœur battant plus vite que d’habitude. Le vent soufflait dans les feuilles, une brise légère qui n’arrivait pas à chasser la sensation d’oppression dans son esprit. C’était étrange, il le savait, mais cette fois-ci, le bois lui semblait presque menaçant. Il avait l’impression que tout allait déraper, que quelque chose allait changer à partir de ce moment. Il jeta un coup d’œil à ses amis, tous aussi tendus que lui, même si leurs visages en disaient peu.
— Allez, dépêche ! murmura Jade, les bras croisés, un léger sourire en coin, mais il n’échappa à personne que ses yeux brillaient d’impatience. Elle avait toujours été du genre à foncer sans réfléchir, à plonger tête baissée dans l’inconnu. Et c’était bien ce qui inquiétait Léo. Il n’était pas aussi sûr de lui.
— Ouais, mais pourquoi on creuse à cet endroit-là exactement ? demanda Enzo, le regard scrutant le sol, sa voix grave trahissant une pointe d’hésitation. Il savait que c’était une mauvaise idée, tout comme Léo. Mais une force invisible les poussait à agir.
Léo baissa les yeux, fixa le sol qu’il était en train de creuser. La terre était molle, humide, facile à manipuler. Il avait un mauvais pressentiment. Mais tout le monde semblait attendre que ce soit lui qui prenne la première pelle.
— C’est juste pour voir, répliqua-t-il, sans trop y croire lui-même. Ce n’est pas comme si on allait trouver quelque chose de... grave.
— Ouais, c’est ça, répondit Jade, un sourire ironique sur les lèvres. On va juste “voir”.
Un dernier coup de pelle, et le métal heurta un objet solide.
— Vous l’avez senti ? s’écria Maëlys, qui était restée en retrait, mais observait attentivement.
Léo arrêta de creuser. Il avait trouvé quelque chose. Son cœur se serra dans sa poitrine. Il posa les mains autour de l’objet, le tira doucement. C’était lourd, un peu déformé, mais clairement un objet qui n’aurait pas dû être enterré là. Un vieux téléphone portable, tout noir, marqué de rayures et d’usure.
— C’est quoi ce truc ? murmura Enzo, qui s’était approché à son tour, tout en fixant le téléphone d’un regard dubitatif.
Jade s’avança, les yeux brillants de curiosité. Elle tendit la main et Léo lui donna le téléphone. C’était l’objet parfait pour attiser sa curiosité, et elle le savait.
— On dirait un vieux modèle, dit-elle en appuyant sur le bouton d’allumage. Il doit avoir des années.
L’écran clignota une première fois, puis se stabilisa sur un fond noir. La batterie était rouge, presque vide. Mais, étrangement, le téléphone sembla reprendre vie après quelques secondes. Un message apparut, frappant, brutal :
“Ne dites à personne que vous l’avez trouvé. Ça vous coûtera cher.”
Le silence tomba comme une chape de plomb sur le groupe. Léo sentit son estomac se nouer.
— Mais… c’est quoi ce délire ? souffla Maëlys, ses yeux écarquillés. Elle semblait ne plus savoir si elle devait rire ou s’inquiéter.
— C’est juste un message, Jade, dit Enzo, d’un ton ferme, comme pour se convaincre lui-même. On s’en fiche. C’est probablement une vieille blague de quelqu’un.
Mais Jade n’écoutait pas. Elle était hypnotisée par l’écran du téléphone. Un autre message s’afficha presque immédiatement, comme si l’objet avait sa propre volonté.
“Effacez tout, ou il sera trop tard.”
Léo sentit la sueur perler sur son front. Il était sur le point de dire quelque chose, mais Jade s’empressa d’appuyer sur un bouton pour faire défiler les messages.
— Je... Je vais garder ça. On va voir ce que ça donne, dit Jade, un sourire victorieux sur le visage. Ce téléphone cache quelque chose, j’en suis sûre.
— Tu es folle, Jade, protesta Maëlys, une pointe de panique dans la voix. Et si c’était grave ? Si quelqu’un a laissé ce message pour nous empêcher de découvrir quelque chose ?
— Non, non, ne sois pas parano, Maëlys. Si on le cache, personne ne saura jamais. Et puis, peut-être que ce sont juste des conneries, répondit Jade avec un clin d’œil, presque excitée.
Léo observa ses amis. Il les voyait nerveux, mais leurs regards se tournaient tous vers Jade, comme si elle avait raison. Comme si une force invisible les poussait tous à faire ça, à ne pas écouter les alarmes dans leur tête. Il se sentait pris au piège. Mais il n’arrivait pas à dire non.
Ce fut Enzo qui brisa le silence, ses mots lourds de doute :
— Vous ne vous rendez pas compte, non ? On va regretter.
Mais Jade secoua la tête. Elle appuya une nouvelle fois sur l’écran, comme si ce simple geste allait résoudre tous leurs problèmes.
— Non, on verra bien. Ce n’est qu’un téléphone. Ce n’est pas comme si c’était un crime.
Et, comme pour apaiser leurs consciences, ils retournèrent chez eux ce jour-là, avec le téléphone entre les mains, une promesse tacite de ne rien dire à personne.
Mais chacun d’entre eux sentait qu’une partie de leur innocence venait de disparaître ce jour-là.