Chapitre 1
Tout se déroulait harmonieusement dans le meilleur des mondes pour Aïsha, une jeune métisse de dix-sept ans résidant à Madrid. Mi-espagnole, mi-africaine, Aïsha était capitaine de l'équipe féminine de volley-ball de son lycée. Elle se distinguait par sa beauté, son charisme, sa popularité et son intelligence. Elle n'avait rien à envier à quiconque et ne revêtait jamais la même tenue deux fois. Son petit ami, Alejandro Sánchez, était l'un des garçons les plus séduisants de l'établissement, président du bureau des élèves (BDE) et souvent le centre de toutes les attentions.
Aujourd'hui, Aïsha était de bonne humeur, ayant brillamment remporté le championnat inter-écoles de volley-ball la veille. En quittant le lycée, elle sentit une atmosphère étrange. Les regards des élèves étaient rivés sur elle, mais cette fois, ils étaient teintés de pitié, de dégoût et de murmures malveillants. Bien qu'accoutumée à l'attention, elle ne comprenait pas cette hostilité soudaine. Elle serra les poings sur les manches de son sac, déterminée à ignorer les commérages.
En arrivant au parking, elle aperçut ses deux meilleures amies, Manuela et Ana, qui la fixaient intensément, chuchotant des choses qu'elle préférait ignorer. Elle leur fit un signe de la main, mais elles détournèrent le regard, la laissant perplexe. Trop pressée de rentrer chez elle, elle n'eut pas le temps de s'attarder sur leur attitude.
À son arrivée, un choc l'attendait : des policiers encerclaient sa villa, et sa mère, Marie, ainsi que ses petites sœurs, Nora et Victoria, étaient en larmes.
- Maman, que faites-vous dehors ? Et que signifient tous ces policiers autour de la maison ? l'interrogea-t-elle.
- Aisha, sanglota sa mère, avant de reprendre la parole. Ton père est impliqué dans une affaire de trafic d'organes humains et, de surcroît, il est endetté jusqu'aux yeux. La maison a été saisie par l'État, nous n'avons donc plus de domicile.
Aisha se demandait désormais d'où provenait tout cet argent dont elle jouissait si aisément. Elle n'en croyait pas ses yeux ; elle pouvait comprendre l'origine de certaines dettes, mais le trafic d'organes humains était tout simplement inacceptable, impardonnable même. Pendant tout ce temps, elle avait utilisé de l'argent sale, et s'en était même vantée, ce qui était écœurant. C'est à cet instant dramatique qu'elle se remémora les regards de pitié, de mépris et de dégoût que les gens lui lançaient dans les couloirs du lycée. Tout défilait devant ses yeux comme dans un film.
- Je comprends à présent le comportement étrange de Manuela et Ana, murmura-t-elle en se tenant le menton.
- Maman, que deviendrons-nous ? demanda la benjamine, Victoria, en tenant fermement la robe de sa mère.
Pauvre enfant, elle n'a que sept ans ; cette épreuve la marquera à jamais.
- Je ne pourrai pas veiller sur vous trois ici. Je manque de ressources financières, et mes économies s'amenuisent. Il me reste uniquement de quoi acquitter des billets d'avion et deux chambres d'hôtel pour cette nuit. Nous allons retourner dans votre ville natale en Afrique ; j'y ai fait édifier une magnifique demeure.
- Pardon ! Jamais ! s'exclama Nora.
- Mais ma chérie, c'est toi qui aspirais un jour à visiter ta ville natale, n'est-ce pas ?
- Oui, mais pas dans de telles circonstances, répondit-elle avant de laisser éclater son chagrin.
Aisha était bien trop absorbée par ses réflexions pour répliquer. Elle qui avait si souvent été fière de porter le nom de Martinez. Toutes ces années consacrées à forger une réputation, tout était désormais réduit en cendres ; elle avait tout perdu : ses ami(e)s, son petit ami...
- Ah oui, Alejandro ! s'exclama-t-elle, un sourire aux lèvres.
Il pourra nous aider. Il ne me laissera jamais tomber.








