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Summary

Un butin libyen volé par la mafia turque, un avion détourné par des pilotes de ligne pour le compte de la DGSE, un appel d’offre de Bichkek convoité par les services russes, un terrible complot iranien s’appuyant sur la Corée du Nord…Ce roman d’espionnage s’appuyant sur un fait réel est le fruit de plusieurs mois de recherches. Tous les éléments techniques sont issus de la réalité et de nombreux personnages sont dévoilés : militaires, ministres, membres de gangs mafieux, officiers de renseignements, escortes féminines opérant pour des états…Deux des lignes directrices de l’ouvrage furent le dépaysement du lecteur et l’insertion d’éléments véridiques peu connus du grand public…

Genre
Action
Author
Briskel
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
18+

L'argent de Mouammar Kadhafi

Lundi vingt-sept novembre deux mille dix-sept.

Sur une plage libyenne située à quatre-vingt-cinq kilomètres au sud de Benghazi, le commandant Ellafi Mabrouk de la brigade cent six de l’armée nationale libyenne scrutait l’horizon avec attention. Un vent d’ouest particulièrement agréable, léger et régulier lui fit prendre une profonde inspiration afin d’emplir ses poumons de cet air salin iodé si particulier et propre aux côtes méditerranéennes, exacerbant ainsi tout son sens olfactif. De nombreux palmiers de petites tailles parsemaient cette plage et les alentours, quasi-unique manifestation du règne végétal au milieu de cet environnement désertique et plat n’offrant qu’un sable de couleur jaune terne à ocre à perte de vue. Il ne se lassait jamais de ce spectacle qu’offrait le contraste singulier d’une eau totalement translucide se dégradant vers le bleu profond avec ce littoral aride.

Détendu et confiant, il se retourna brièvement vers le petit groupe de neuf soldats venus avec lui pour accomplir cette mission des plus illégale et, en guise d’encouragement, leur adressa un clin d’oeil chaleureux. Chacun appréhendait qu’il serait inévitable de patienter ainsi, à découvert et un temps indéfini. Vu le montant financier inconnu mais forcément considérable qu’impliquait ce transfert de fond illicite, toutes les précautions furent prises durant la phase de préparation. Le commandant pointa de nouveau ses jumelles vers l’horizon en direction du nord-est et ne perçut toujours rien. Sa montre indiqua alors dix heures du matin. Son expérience militaire conséquente lui avait appris à gérer son stress et aucun sentiment d’appréhension ne l’envahissait. Il éprouvait en effet une confiance inébranlable envers le fils du général Jadeed qui lui promit une part du butin dérobé à la banque centrale de Benghazi. Il n’ignorait pas qu’une partie importante des billets de banque récupérés serait échangée au Qatar contre des armes et des mercenaires. Mais il savait aussi que lui et d’autre hauts gradés fidèles au fils du général seraient récompensés et que cette promesse serait honorée. Soudain un nuage de poussière se distingua clairement au travers de ses objectifs.

Au vu de la force et de la direction du vent, du secteur sud, qui soufflait régulièrement et qui lui caressait le crâne de la manière la plus agréable qui soit, il comprit en un clin d’oeil que ce nuage poussiéreux peu élevé et s’écrasant vers le sud trahissait le convoi des quatre véhicules attendus et se retourna vers ses hommes en leur annonçant calmement :

- Ils seront ici dans huit minutes, positionnez les trois canots. J’avertis le capitaine du « Pedasi » de se tenir prêt à lever l’ancre et à nous recevoir.

Puis il ajouta :

- Soyez concentrés, je vous promets que je ne serai pas ingrat avec vous. Comme vous le savez j’ignore encore quelle somme nous sera concédée mais croyez-moi, dans un avenir proche, vous recevrez un virement conséquent sur un compte offshore. Largement de quoi améliorer votre quotidien pour plusieurs années…

Un visage lumineux et sincère ponctua cette dernière déclaration et tous les hommes s’attelèrent à leurs tâches respectives, plus motivés et ambitieux que jamais. Ils savaient que de l’argent liquide sous forme de billets de cent et deux cents euros serait à convoyer vers le « Pedasi » sous forme de caisses mais ils ignoraient totalement la teneur du plan projeté par leur leader pour écouler ces billets et pouvoir prochainement en disposer. Après avoir vécus ensemble de nombreux combats contre des ennemis aussi impitoyables que jusqu’au-boutistes, ils cernaient et appréciaient leur chef à sa juste valeur. Ils ne seraient pas trahis par leur leader et ressentaient cette mission comme une récompense méritée. Chacun des trois groupes de trois hommes positionna le canot dont il avait la responsabilité face aux vagues et jusqu’à une profondeur suffisante pour que les deux hélices des moteurs de trois cents chevaux puissent tourner librement. Ils basculèrent les moteurs dans l’eau, actionnèrent le démarreur et attendirent que leurs camarades de la division cent six menée par le fils du général Jadeed en personne viennent charger leurs embarcations des caisses d’argent liquide.

Le commandant supervisa ces actions préparatoires à distance et, tout en écoutant les bruits des moteurs des canots afin de détecter un éventuel dysfonctionnement imprévu, resta tourné vers le nord-est, là d’où devaient arriver les véhicules. Il avisa le capitaine de la frégate démilitarisée positionnée au large avec sa radio portative et respira de nouveau profondément. Cet odeur saline qu’il appréciait tant lui remémorait des moments précieux de son enfance passée en famille, avec ses parents et ses frères, à l’époque où la vie dans sa Libye natale s’avérait moins chaotique. Il songea alors aux jours prochains qui, après validation de sa démission lui garantissaient un avenir aussi radicalement différent que paisible. Toujours très amoureux et respectueux de son épouse qui lui donna trois fils, il lui laissa le choix du lieu de leur future vie, dans les limites de sa capacité à obtenir des visas par le biais de l’entourage du fils du général. Cette contrainte excluait l’Europe et les États Unis mais laissait tout de même de nombreuses alternatives incluant une palette importante de pays comprenant ceux d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie du sud-est et d’Amérique du sud. Etant professeur d’anglais à Tripoli au bénéfice de clients privés, elle opta après longue réflexion pour la Thaïlande. Elle lui assura qu’il s’agissait d’un pays facile à vivre, au climat et aux paysages variés, qu’ils pourraient tout aussi bien profiter d’un cadre forestier que balnéaire ou montagneux tout en vivant au milieu d’un peuple aussi paisible que respectueux et leur permettant de pratiquer leur religion dans le sud du pays, au vu de la présence de quelques mosquées. Ayant confiance en son jugement il accepta cette perspective qui réjouit toute la famille, ses trois fils et lui même pratiquant l’anglais convenablement.

Le pick-up en tête du convoi se fit entendre en approchant de la plage et tira le commandant de ses pensées. A présent tout allait se dérouler rapidement. Il éveilla tous ses sens et profita de sa stature imposante pour se figer au côté du pick-up arrêté et surveiller la venue de la suite du convoi. Il reconnut Malek, le fils du général, à son visage frêle, à son teint naturellement pâle et à ses invariables et reconnaissables lunettes de soleil à travers le pare-brise du deuxième véhicule qui précédait de peu les deux derniers. Porteur du grade de colonel, Malek éprouvait toujours du respect et de l’admiration pour le commandant Ellafi Mabrouk. Du temps de sa jeunesse, une relation amicale forte s’instaura entre Mabrouk et son père, le général Jadeed, qui appréciait sincèrement et profondément sa personnalité et sa vivacité d’esprit. Une trentaine d’années séparait Mabrouk et le jeune Malek qui se plaisait à se remémorer fréquemment l’instruction militaire qu’il reçut sous les ordres du commandant. C’est en raison de cet attachement qu’il prit sur lui d’approuver la démission imminente de Mabrouk, lui permettant ainsi de prendre une retraite anticipée et de quitter le pays avec de lourds secrets en sa possession. Et ceci sans en avertir son père qu’il préférera mettre devant le fait accompli tant il est certain qu’une telle faveur aurait été rejetée avec force et risquait même d’impliquer une exécution du commandant, par peur de fuites d’informations compromettantes dont les conséquences aussi dramatiques qu’incalculables pèseraient bien plus lourd dans la balance que les liens amicaux, aussi profonds étaient-ils. Cependant, Malek connaissait parfaitement bien les réactions de son père qui lui pardonnerait cette décision unilatérale.

La lourde portière du véhicule intégralement blindé s’ouvrit avec force et Malek sauta promptement de son siège en s’adressant au commandant:

- Tout est ok Mabrouk, je t’expliquerai les détails plus tard. Voilà pour toi six caisses remplies du cash de Kadhafi ,douze millions d’euros au total mais tu en tireras moins que ça sur le marché noir, une bonne partie est imbibée d’eau.

- Imbibée d’eau ?

- Le système de sécurité anti-vol était une piscine dont le fond dissimulait un compartiment qui gardait les billets au sec. On a pu aller assez vite pour protéger la moitié des liasses lorsqu’il s’est déclenché. C’est pour ça qu’au téléphone je t’ai annoncé que j’ai décidé de partager une partie du butin avec toi et mes autres commandants.

- Ce sont des liasses de cent et deux cents euros comme prévu ?

- Cent euros uniquement pour toi. Même mouillés, tu pourras en tirer un bon prix quand même. Ta nouvelle vie est sur le point de commencer. Tu vas me manquer. Je respecte ton choix mais si un jour tu voulais reprendre du service avec moi, je t’accueillerais les bras ouverts.

- Je connais les gens qu’il faut pour revendre ça, imbibés d’eau ou pas.

- Je n’en doute pas, vu ton impressionnant réseau de connaissances.

- Tu vas me manquer aussi, sois prudent, lui répondit le commandant d’un air reconnaissant qui, tout en surveillant le déchargement des caisses d’aluminum tint à exprimer son immense gratitude.

Il ajouta:

- Merci à toi de me permettre de changer de vie avec ma famille. Tu seras toujours le bienvenu, toi et tes proches, où que je m’installe.

Le téléphone du jeune Malek sonna et priva ce dernier de poursuivre cet échange de gratitude et d’estime mutuelle. Il contourna le pick-up afin de se s’abriter du vent. Le commandant l’accompagna à distance afin de pouvoir répondre au moindre signal de Malek tout en observant la douzaine d ‘hommes affairés à diriger les six caisses vers les canots. Il ne lui échappa pas que le visage de Malek se referma et se tendit d’un coup. Il perçut qu’une certaine tension envahissait le jeune colonel, signe évident d’une contrariété imprévue trahie par la posture de Malek qui s’appuyait alors sur le véhicule blindé et commença à nerveusement taper le sol de son pied gauche de manière continuelle. Plus frappant encore, l’absence de réponse de Malek à son interlocuteur impliquait qu’il n’osait pas couper la parole à son correspondant ou bien qu’il ne voulait pas qu’il fusse entendu. Le commandant eut alors un sentiment emprunt d’un mélange de doute et d’insécurité et comme à son habitude en de telles circonstances, il procéda à une analyse globale de sa situation. Environnement immédiat : sécurisé et exempt de signes suspects. Bilan des effectifs et de leurs positions: lui même et ses hommes, évaluées à une dizaine et ceux du colonel à une douzaine. Dès lors que ses hommes et les caisses seraient à bord des canots puis acheminés vers le « Pedasi », ils seraient à la merci des militaires opérant pour le fils du général. Bilan des risques potentiels : élevés selon cette configuration. Prise de décision au vu de cette analyse : utiliser la persuasion verbale pour résoudre un éventuel conflit, seule arme crédible au vu du contexte. Il dû se résigner à accepter le fait que si son jeune élève d’antan prenait la décision de le trahir, il serait totalement impuissant pendant la manoeuvre maritime qu’exécuterait ses hommes puisqu’ils seraient bien trop éloignés pour lui porter secours. Son unique arme de poing s’avèrerait un moyen de défense bien illusoire….

Il pensa alors à sa merveilleuse épouse et ressentit intensément ce sentiment d’attachement indéfectible et indéracinable si particulier que seuls des couples unis par un amour sincère et inexplicable pouvaient éprouver.

Puis il se remémora la dernière entrevue avec Malek deux semaines auparavant afin de tenter d’y déceler un détail pouvant l’aider dans son analyse de la situation. Les deux hommes s’étaient en effet retrouvés dans un restaurant à l’ambiance feutrée et calme du centre-ville de Benghazi. Malek venait alors d’être chargé par son père de mettre la main sur de l’argent liquide commandé à l’Allemagne en l’année deux-mille-dix par Mouammar Kadhafi, le leader de l’ancien régime. La lutte armée contre le gouvernement officiellement en place depuis peu générait des dépenses conséquentes. Le général anticipait l’achat d’armes, de munitions, d’hélicoptères de combat, de véhicules blindés et de frégates modifiées pour recevoir des mitrailleuses lourdes. Tout le monde savait que cent soixante millions d’euros furent imprimés par une banque allemande, exclusivement en billets de cent et deux cents euros mais personne n’a jamais su dans quel but précis. Le commanditaire a emporté ce secret avec lui. Cet argent serait donc le bienvenu et permettrait de réaliser quelques transactions avec le Qatar, pays allié de prédilection du général qui lui conférait un accès à tous les marchés de son choix en plus de la détention de comptes bancaires auprès de banques qataries. Malek lui fit part de son intention de s’emparer de cet argent liquide toujours intact et gardé au sein de la banque centrale de Benghazi.

Etant à la tête de la division cent-six, il pourrait aisément organiser une opération de transfert de fonds non approuvée. Une telle somme ne suffirait pas à couvrir tous les besoins opérationnels mais permettrait d’ordonner une première commande sous de brefs délais. Mabrouk approuva le principe de cette opération et lui prodigua quelques conseils techniques concernant l’intrusion de ses troupes et la surveillance du périmètre de la banque centrale.


En re-songeant à cette entrevue Mabrouk n’avait souvenir d’aucun indice dans le comportement et les mots de Malek laissant apparaitre une tension ou un doute. Ils convinrent que Mabrouk ne participerait pas à cette opération, le colonel disposant d’assez de soldats expérimentés pour l’accomplissement de cette exfiltration de fonds illicite.

Mabrouk continua de décortiquer mentalement la suite de cet échange passé dans ce restaurant tout en épiant Malek qui semblait toujours extrêmement embarrassé par cet appel et en observant le chargement des canots, sur le point de se terminer :

Le jour du transfert tout se déroula comme prévu et le colonel ordonna de stocker les dizaines de caisses d’argent liquide en sécurité, dans un bunker sous-terrain parfaitement dissimulé dans le désert libyen. Cependant Malek dû prendre une décision au vu du nombre important de billets qui furent imbibés d’eau et c’est à ce moment là qu’il contacta Mabrouk pour l’informer qu’il comptait partager une partie du butin, sans préciser pourquoi et il lui fixa le rendez-vous sur cette plage en lui indiquant qu’il devrait prendre en charge six à neuf caisses en aluminium, chacune d’entre-elles pesant une vingtaine de kilos et mesurant soixante-dix centimètres de long sur vingt-cinq centimètres de large et trente centimètres de haut, caractéristiques adaptées au transport de billets de cent euros et constituant ainsi une caisse contenant deux millions d’euros.

La séquence de ces évènements passés était claire et Mabrouk ne distinguait pas d’éléments incohérents. Il a certes été mis au pied du mur en apprenant que tous les billets furent souillés durant l’opération mais cela ne pouvait pas être à l’origine du malaise manifeste de Malek au téléphone. Il en déduit que seul le père de Malek, le général Jadeed, détenait la capacité de faire pâlir ainsi son fils. Tout ce cheminement mental ayant été exécuté quasiment instantanément, Mabrouk n’avait pas bougé de sa position, proche de Malek. Il évalua ses chances de fuite et en conclut que même s’il parvenait à saisir le volant du véhicule le plus en arrière, il serait de toute façon retrouvé à son domicile auprès de sa famille. Alternative inenvisageable à ses yeux. Il devait absolument parvenir à raisonner Malek car, il le sentait, la situation risquait de basculer en quelques secondes. La seule explication possible restait une fuite involontaire d’un de ses hommes sur sa proche démission qui serait parvenue aux oreilles du général.

Enfin, Malek termina sa conversation et, sans prêter attention à Mabrouk, se dirigea auprès de ses hommes affairés autour de la dernière caisse. Grâce au vent soufflant du sud, les vagues formées présentaient l’allure typique d’une plage méditerranéenne par temps calme, peu déstabilisantes et régulières. Tous les hommes de Mabrouk se trouvaient à bord. Leur commandant leur fit alors signe, pour leur ordonner de se diriger vers la frégate qui patientait quatre cents mètres plus au large. Dans le même temps le colonel Malek alla parler à voix basse à l’un de ses hommes et retourna vers Mabrouk en lui annonçant:

- Changement de programme. Donne moi ta radio pour parler au capitaine du bateau.

- C’était ton père au téléphone ? Que voulait-il ? Tu avais l’air préoccupé. Explique-moi tout, on va en discuter en prenant le temps de détailler la situation.

- On ne peut rien te cacher, ça ne me surprends pas remarque, tu me connais bien depuis le temps, répondit Malek en baissant les yeux et en s’arrêtant à bonne distance du commandant.

Après un silence, il se décida à confier le message de son père, le visage sombre et grave, gesticulant nerveusement :

- Mon père a appris pour ta démission ! J’ignore comment mais maintenant, il ne veut pas te laisser partir. Et il n’a plus confiance en toi car si tu restes en fonction sous la contrainte, tu seras animé d’un état d’esprit contradictoire qui nous mettrait en danger, tôt ou tard.

- Conclusion ? souleva brièvement Mabrouk.

En guise de réponse Malek dégaina son arme de poing. Au même instant deux de ses hommes l’encadrèrent et mirent également le commandant en joue.

- Tu vas donc m’abattre comme un chien sur cette plage ? Et après ça tu crois que ta femme te regardera comme avant ? Comme si rien n’était ? On peut trouver une solution, je peux quitter le pays avec ma famille discrètement, ton père n’en saura rien. Je sais par où passer pour éviter ses informateurs.

- Laisse ma femme en dehors de ça. Elle n’en saura rien, on lui dira que tu as été pris en tenaille par des extrémistes. Et ne me fais pas la morale, on a tous les deux du sang sur les mains tu le sais très bien. Je t’ai toujours énormément apprécié Mabrouk, tu es une référence pour moi mais je n’ai pas le choix. Je te promets de veiller à ce que ta famille ne manque de rien tu as ma parole.

- Ta parole m’est totalement …

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, les deux balles tirées par Malek ne lui laissèrent aucune chance en traversant la boite crânienne, entant par le nez et le front et sortant par la nuque.

- Emportez le corps on rentre au bunker, grommela le colonel à ses hommes.

- Que fait-on des hommes du commandant ? Ils ont forcément entendu ton arme. Ils savent déjà ce qu’il vient de se passer. Ils vont répéter ça autour d’eux. C’est néfaste pour ta crédibilité.

Le jeune sergent qui interrogeait Malek désigna d’un mouvement de tête les canots que l’on voyait atteindre la frégate immobile.

- On ne peut pas les abattre en plein jour ici. Ils ne se laisseront pas exécuter sans résistance, le combat risque d’être entendu et des témoins compromettant pourraient nous porter tort. Ils ne sont pas idiots ou suicidaires, tu verras, ils vont fuir avec leur embarcation. Mieux vaut les laisser libres pour le moment. Je vais m’arranger pour tous les menacer afin qu’ils ne parlent pas de cette journée, ne t’inquiète pas, assura le colonel.

Il ajouta à tous ses hommes qui l’avaient alors rejoint autour de lui en observant d’un air consterné le corps gisant du commandant Mabrouk :

- Aujourd’hui j’ai tué un excellent officier qui nous manquera et un ami intime que j’estimais. Nous avons tous choisis de lutter pour reprendre les rennes de ce pays et donner une vie plus sûre et plus confortable à nos compatriotes. Nous devons accepter des sacrifices et prendre des décisions difficiles. Chacun de nous sait cela et nous devons l’accepter. Dieu est grand !

Tous s’exclamèrent avec lui en guise de point final cette opération qui prit une tournure plus lourde que prévu:

- Dieu est grand! répétèrent-ils en coeur.

- Et l’argent ? interrogea un des hommes.

Malek répondit:

- Peu importe. J’ai voulu partager sincèrement avec les commandants l’argent souillé par l’eau et ne regrette pas mon choix. Tant pis si ces douze millions sont perdus. Je n’ai pas le temps de m’occuper d’engager des chimistes pour récupérer les billets, sans parler des risques de fuite en introduisant des éléments extérieurs et c’est pour cette raison que j’ai gardé uniquement ceux qui sont intacts. Rentrons !

Dans le même temps les hommes du commandant Mabrouk arrivèrent auprès du « Pedasi ». Tous avaient entendu les deux détonations et comprirent ce qu’il se produisit sur la plage. Le sergent-chef équipé de jumelles put immédiatement confirmer ses craintes en devinant le corps de son commandant allongé sur le sable. Le bruit des moteurs étant alors trop intense pour communiquer avec les deux autres canots, il leur fit donc signe de son doigt, en le passant le long de sa gorge pour leur indiquer que la mort avait frappée. Les trois canots venant tout juste d’être attachés aux barres transversales de la frégate, ils coupèrent les trois moteurs. Le sergent-chef s’adressa au capitaine de l’embarcation immatriculée sous pavillon panaméen qui justifiait le nom de Pedasi :

- Ils ont abattu notre commandant. Nous ignorons les instructions que vous aviez mais nous n’avons pas d’autre choix que de rester à bord. Nous sommes condamnés en Libye. Où le commandant Mabrouk vous-a-t-il demandé de vous rendre?

Le capitaine, visiblement embarrassé et contrarié préférait éviter d’être contraint de transporter neuf militaires armés. Cela pourrait lui valoir de la prison pour avoir violé l’embargo international interdisant l’import et l’export d’armes. Cependant, étant de toute manière chargé d’argent liquide, ce dont il était avisé, il craignait que le moindre arraisonnement en mer serait synonyme d’arrestation. De plus sans le commandant Mabrouk qui devait l’accompagner il appréhendait le rendez-vous fixé avec un gang mafieux turc, au large d’Antalya. L’argent lui importait peu. Il ne pouvait pas conserver une somme paraissant colossale au vu du nombre de caisses embarquées sans mettre sa vie en danger. Mabrouk ayant été tué, la situation devenait à présent radicalement différente. Il le connaissait depuis de nombreuses années et lui témoignait une confiance indiscutable. Il se dit donc que son objectif premier devait se limiter à être remboursé des frais engagés pour cette périlleuse navigation. Alternativement s’il parvenait à maintenir la rémunération négociée avec le commandant, cela lui permettrait de naviguer beaucoup moins qu’auparavant et de passer plus de temps avec sa famille. En espérant au fond de lui que ses interlocuteurs démontrent un sens de l’honneur identique à leur défunt officier, il répondit:

- Votre commandant, Mabrouk, que je connaissais amicalement depuis plus de vingt ans, a contacté le chef d’un clan mafieux turc pour leur vendre ces liasses de billets. Ne me demandez pas pourquoi il préférait agir ainsi à simplement placer ce liquide dans une banque, je ne sais pas. Toujours est-il que le point de contact prévu avec les turcs est une position en mer au large d’Antalya, à trois jours de navigation d’ici. Maintenant que Mabrouk n’est plus là, je préfère vous avoir avec moi. J’ignore totalement la réaction des turcs lorsqu’ils constateront que je suis seul. Ils pourraient croire que j’ai éliminé Mabrouk moi même pour exiger un pourcentage sur la somme remise allez savoir…Vous saurez leur expliquer les évènements. Quant à moi j’espère obtenir ce que Mabrouk m’a promis et pouvoir vous faire confiance sur ce point termina-t-il d’un air peiné et vulnérable.

- Assurément ! Tous les amis de Mabrouk nous sont précieux ! s’exclama vigoureusement le sergent-chef avec l’adhésion du groupe dont le visage de chaque homme affichait l’accord envers ce soutien franc et ajouta:

- Nous vous protégerons et nous vous paieront comme vous aviez convenu avec notre cher commandant. Nous verrons avec les turcs comment nous pourrons procéder. Espérons qu’il s’agira de personnes dignes de la confiance de Mabrouk. S’il a finalisé l’affaire avec eux, mon avis est qu’ils ne chercheront pas à nous nuire. D’autant plus que nous devrons leur payer des documents pour résider sur le territoire turc durant une période indéfinie. Nous devrons tous être sur nos gardes le moment venu, il s’agit tout de même d’un clan mafieux ! Capitaine, puisque nous sommes dix hommes à bord, voulez-vous que je contacte un ami de confiance pour qu’il nous rejoigne en haute mer et nous approvisionne en vivres et en eau potable ?

Le capitaine répliqua d’un air soulagé:

- J’allais y venir justement. Oui c’est parfait ainsi mais votre ami doit agir au plus vite, nous avons un rendez-vous à honorer.

Le segment-chef saisit aussitôt son téléphone…