Les Résilients

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Summary

Lucas, jeune étudiant franco-américain en astrophysique à l'Université de Chicago, est à la tête d'une petite association visant à faciliter le quotidien de camarades Asperger, dyslexiques, ou dyspraxiques comme lui. Au sortir de l'adolescence, il commence à peine à prendre confiance en lui et se sent de mieux en mieux au sein de ce campus où il mène une vie tranquille. Quand un énigmatique « Dr X » le contacte, Lucas va alors être entraîné dans une passionnante enquête sous forme de jeu de piste, et se confronter à deux des plus grandes énigmes contemporaines : le mystère des OVNIs et la question « Sommes-nous seuls dans l'univers ? ». Il pourra compter sur l'aide de Joshua, son meilleur ami, et d'Olivia, nouvelle venue sur le campus, portant en elle les blessures d'un lourd passé. Afin de percer le mystère des OVNIs, ils rencontreront des personnages hors du commun, exploreront des contrées reculées, affronteront des dangers insoupçonnés, et prendront conscience de la mainmise sans cesse plus destructrice de la "civilisation" sur la nature et les peuples natifs qui en sont restés proches. Abandonnant définitivement l'insouciance de leur jeunesse, ils changeront à jamais leur perception du monde et de la place qu'ils pourraient y occuper à l'avenir. Ce qu'ils vont découvrir dépasse en effet l'entendement, et ne manquera pas de bouleverser l'humanité toute entière...

Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue

Jeudi 24 Octobre 2013, Quelque part, dans la jungle

Du gibier. Du gibier rabattu par une meute de chiens vers les chasseurs. Sans échappatoire. C’est la sensation qu’éprouve Sean Bailey, tandis qu’il se fraie un chemin à travers la végétation inextricable. Il ne les a pas vues tout de suite. Il faut dire qu’elles sont parfaitement silencieuses, et que la pâle lueur qu’elles émettent n’attire pas l’œil dans le clair-obscur qui règne sous la canopée. Mais il aurait dû les repérer plus tôt, malgré tout. Ses années d’entraînement et de pratique ont fait de lui l’un des meilleurs agents de terrain, tous services confondus. Peut-être même le meilleur… Rien ne lui échappe, habituellement... Mais, habituellement, il a un minimum de maîtrise de la situation. Or, depuis qu’il a repris ses esprits en pleine jungle, il doit bien admettre qu’il ne contrôle plus grand chose. Le stress. C’est à cause de lui qu’il n’a pas remarqué plus tôt ces petites sphères métalliques, de sinistre augure. Elles volent autour de lui sans un bruit, le suivent parfois, mais le précèdent la plupart du temps.

Elles ne sont pas bien grosses – la taille d’une balle de baseball, ou à peine plus – et sont capables d’accélérations prodigieuses, ou de trajectoires défiant les lois de la physique. Elles restent généralement à plusieurs mètres de hauteur, excepté les deux fois où elles ont foncé sur lui pour l’obliger à changer de direction. Il aurait pu rester immobile et voir si elles iraient jusqu’à le percuter. Mais, après tout, au point où il en était, autant aller là où elles semblaient vouloir le conduire, et découvrir de quoi il en retourne…

Il progresse déjà depuis un petit moment. Ses fonctions motrices, ses réflexes et son conditionnement de super-soldat sont revenus les premiers. Maintenant qu’il a totalement recouvré ses esprits, il peut commencer à raisonner. Il a manifestement été drogué. Son dernier souvenir lui revient : il est descendu dans le sous-sol du bâtiment, pour récupérer le pick-up de location. L’employé lui avait donné les clefs dans le bureau à l’étage, puis il n’a croisé personne en se dirigeant vers le véhicule. Il y a ensuite eu cette légère sensation de chaleur dans le cou, au moment où il ouvrait la portière. Et le voilà à présent seul et désarmé, dans cet enfer vert. Où peut-il bien être ? Dans la forêt amazonienne, très probablement. Cela semble logique, puisqu’il se trouvait au Brésil avant d’être enlevé.

Il était arrivé à peine trois jours plus tôt à Salvador de Bahia, avec Vanessa et leur fille, Joan, sous leurs nouvelles identités. Ils emménageaient dans leur villa nichée dans un domaine sécurisé, en banlieue de la riche métropole, et il était allé récupérer le véhicule utilitaire qu’ils avaient réservé. Il connaît la musique, il a tout fait dans les règles. Comment ont-ils pu le retrouver ? Il a beau se remémorer toutes les étapes de leur fuite organisée, il est certain de ne pas avoir commis d’erreur. Il n’a pas non plus d’implant qui leur aurait permis de le localiser. Il en était déjà convaincu, mais avait tout de même opté pour une IRM complète, afin de s’en assurer à cent pour cent.

Il réalise qu’il n’a aucun moyen de savoir si Vanessa et Joan vont bien. Auraient-ils pu s’en prendre à elles également ? Cette pensée déclenche en lui une poussée de rage et de détresse, qu’il parvient difficilement à juguler. Il n’aurait pas dû. Pas dû fonder une famille. Il savait bien que ce n’était pas recommandé quand on exerce ce type d’activité pour l’Intelligence de son pays. Mais il n’en a fait qu’à sa tête, il est tombé amoureux et s’est figuré qu’il saurait gérer en toutes circonstances. Il n’aurait pas dû parler puis tenter de fuir non plus…

Il a certes connu son lot de désillusions en tant qu’agent de terrain de la CIA, n’étant parfois plus tout à fait persuadé de travailler pour la bonne cause. Mais il n’aurait jamais trompé ses employeurs et son pays, jamais. Être un agent double, un pion pour le compte d’une organisation secrète, ne figurait pas au programme de son plan de carrière. Il n’a rien demandé, il n’a pas eu le choix, il a été contraint de trahir. Et pas seulement les États-Unis, mais l’humanité toute entière. Aussi, lorsqu’il a compris qu’ils n’avaient pas réussi à le museler, que quelque chose n’avait pas fonctionné avec lui, qu’il était libre de penser et surtout de parler et d’agir comme il le souhaitait, quand il en a été absolument certain, il n’a de nouveau pas eu le choix. Il s’en est du moins convaincu.

Il a élaboré son plan d’évasion, construit sa nouvelle identité, préparé sa nouvelle vie, en y incluant sa femme et sa fille. Il a ensuite tout raconté à Phil. À propos des Résilients – dont il avait rejoint les rangs contre sa volonté – et de leurs commanditaires, même s’il en savait en réalité fort peu au sujet de ces derniers. Phil reporte directement auprès du Chef d’État-major des armées et, surtout, Sean l’estime digne de confiance. Phil l’a cru, ces informations étant en parfaite cohérence avec les éléments dont il disposait déjà. Quelques pièces de plus apportées au puzzle. Sean a enclenché son plan d’auto-exfiltration vers le Brésil le jour même.

Peu après son réveil, il s’était demandé qui avait bien pu l’enlever… Et pourquoi ? Une demande de rançon ? Non, il n’aurait pas pu se faire piéger par ce type de crapule, il aurait senti venir de loin des ravisseurs aussi basiques. Et pourquoi le laisser seul en pleine jungle ? Restaient deux possibilités. Soit Phil – ou l’un de ceux auxquels il aura rapporté ses révélations – l’a vendu, soit ce sont Eux. « Pourvu que ce soit Phil ! » s’était-il dit. Mais son espoir avait été de courte durée : dès qu’il avait repéré les sphères métalliques, il avait compris que ce ne pouvait être qu’Eux.

Une nouvelle et désagréable sensation s’est alors imposée à lui, avant de s’amplifier : de la peur, peut-être même de la terreur. Non pas pour son sort, peu l’importe, mais pour ses deux amours. Les avoir peut-être mises en danger est impardonnable, ne pas avoir la certitude qu’elles ne sont pas menacées est insupportable. Mais l’est-ce autant que cette frustration qui le ronge ? La frustration de se sentir manipulé, impuissant, dominé, sans doute pour la première fois ? Pas sûr…

On ne se refait pas, pas vrai ? Je suis un chat, pas une souris, bordel de merde !

Il a soudain la nette impression d’être observé. Il prend conscience de sa vulnérabilité vis-à-vis de la faune de cette jungle, dans laquelle il progresse sans prendre de véritables précautions. Il n’est décidément pas dans son état normal... Jaguars, anacondas, serpents venimeux, les dangers ne doivent pas manquer ! Il trouve une branche, à la fois massive et pointue, avec laquelle il se met à battre le sol devant ses pas. Il jette un regard vers les boules de métal qui continuent à l’escorter et réalise qu’elles sont peut-être responsables de sa sensation d’être épié. Un minuscule point sombre, généralement dirigé vers lui, se trouve au centre de chacune d’entre elles. Cela pourrait très bien être l’objectif d’une caméra… Il imagine aussitôt ce que cela pourrait impliquer.

Je vais servir d’exemple…

Ce sont leurs méthodes. Le souvenir de la scène qu’Ils l’ont contraint à regarder, lorsqu’il a été embrigadé, est resté gravé dans sa mémoire : ils avaient mis leur menace à exécution. Le Résilient qui avait voulu trahir la cause n’avait pas fait legrand voyageseul, les siens l’avaient accompagné. Un vent glacial pénètre son cœur et son âme, malgré la moiteur étouffante qui règne sous les épaisses frondaisons. En pensant faire ce qui était juste, il a probablement scellé le sort de celles qu’il se doit de protéger, et qu’il aime plus que tout.

Impardonnable…

Deux heures qu’il avance, sans véritable but, au sein de cette végétation incroyablement dense. Il n’est désormais guère plus qu’un zombi, un mort-vivant déambulant dans une forêt grouillante de vie. La luminosité commence à faiblir, le crépuscule approche. C’est à ce moment qu’un hurlement contraint subitement la forêt au silence : « Sean !!! »

Il se fige ; il a reconnu la voix – emplie de terreur – qui a hurlé son prénom. L’adrénaline investit aussitôt ses muscles, il est prêt à l’action. Il se garde bien de répondre, se dirigeant vers l’origine du cri, ce qui correspond à la direction qu’il suivait déjà. L’appel retentit de nouveau, beaucoup moins puissant. Il est désormais implorant, comme si tout espoir s’était envolé en l’espace d’un instant. Une fois qu’il estime s’être suffisamment rapproché de la zone d’où provenait la voix, il brandit son bâton et se tient prêt. Il ne tarde pas à trouver l’arbre au tronc duquel la victime, à genoux, est ligotée par une simple liane. Sa chemise blanche est imbibée du sang qui continue de s’écouler de sa gorge déchirée.

Sean, sur ses gardes, rejoint le mourant. Il semble n’y avoir personne, en dehors des boules de métal qui virevoltent autour de la scène.

« Phil… Je suis désolé, tellement désolé. Je n’aurais jamais dû t’impliquer dans cette histoire… »

Il s’est agenouillé au côté de son ami pour le lui chuchoter à l’oreille. Il n’en est pas certain, mais il a l’impression que celui-ci a rendu son dernier souffle au moment où il prononçait ces mots d’excuse, totalement dérisoires. Il ne peut plus rien pour lui, il évacue le sujet et redevient un soldat d’élite. Il tente d’analyser la situation, scrutant les alentours, écoutant les bruits de la forêt, particulièrement étouffés en cet instant. Il n’est pas coutumier de ce type d’environnement. Il a pratiqué le désert et les forêts tempérées, mais il évolue surtout en milieu urbain. Ici, il n’est pas du tout dans son élément.

De toute façon, cela ne changerait probablement rien à l’issue qu’il redoute. Pourtant, une pensée fugace lui traverse l’esprit : et s’Ils se contentaient de l’exécution des deux personnes coupables à leurs yeux : Phil et lui-même ? Et si Vanessa et Joan étaient toujours à la maison, s’inquiétant de ne pas le voir revenir avec le pick-up, mais saines et sauves ? Une douche glacée se déverse aussitôt sur son élan d’optimisme. La vision du corps sans vie à ses pieds lui rappelle la nature de ceux à qui il a affaire.

Ni la pitié, ni la mansuétude ne font partie de leurs valeurs…

Ses pas le mènent encore un peu plus loin, sans doute vers le dénouement qu’il craint plus que tout. Au détour d’un tronc particulièrement massif, il aperçoit une clairière, quelques dizaines de mètres plus loin à peine. Il s’en approche avec prudence, restant à couvert, juste aux abords de la lisière. Cette trouée dans l’épaisse jungle semble tout sauf naturelle. Pourtant, la végétation n’est ni coupée ni brûlée, mais comme totalement flétrie, réduite à l’état de lamelles d’un vert sombre, tapissant le sol de cet espace parfaitement circulaire. Son œil exercé n’a pu s’empêcher de remarquer ce phénomène alors que c’est pourtant le cadet de ses soucis. Ce qui monopolise son attention, lui glace le cœur, le laissant partagé entre un dernier espoir – celui qu’Ils lui laissent en fin de compte une chance, même infime, de les sauver – et l’anéantissement le plus complet, c’est la vision des deux femmes de sa vie. Elles sont côte à côte, à l’autre extrémité de la petite clairière, à une trentaine de mètres de lui. À genoux, les mains ligotées dans le dos, un bâillon sur la bouche, mais pas sur les yeux, baignés de larmes.

Le ventre noué, refoulant une irrépressible envie de vomir, il s’avance afin qu’elles puissent le voir. Il leur adresse un geste d’apaisement pour tenter de les rassurer, ne serait-ce qu’un tout petit peu. Leurs regards se croisent, mais il n’y lit aucun soulagement, pas même un appel à l’aide, seulement de l’épouvante. Toute trace de raison semble s’être déjà envolée. Son cœur se noue douloureusement, ses jambes tremblent, semblant hésiter à se dérober sous lui.

Il faut que je me reprenne !

La partie centrale de la clairière pourrait être piégée. Malgré sa pulsion viscérale, son conditionnement de super-soldat lui interdit de courir vers elles. Il entreprend donc de s’approcher en longeant le pourtour du cercle décrit par la lisière. Il les a quittées des yeux un instant à peine, pour assurer sa progression sous le couvert végétal. Il n’a fait que quelques pas et tout est déjà fini. Elles ne poussent pas un cri, se raidissent subitement, comme foudroyées, pour s’effondrer telles des poupées de chiffon l’instant d’après, un filet de sang s’écoulant de leur tempe. Quelque chose leur a transpercé le crâne mais il n’a rien vu. Sean titube dans leur direction, un cri de désespoir bloqué dans la gorge, ne parvenant plus à respirer. Ils apparaissent alors, surgissant de toute part, marchant vers lui ; il tombe à genoux.

Sean est capable de venir à bout de n’importe quel adversaire à mains nues, même s’il est attaqué à l’arme blanche. Il tient toujours son solide bâton à la main ce qui, en temps normal, lui donnerait l’avantage sur tout un groupe. Mais il ne tente pas le moindre geste de défense, restant prostré. Il sait que lutter serait totalement inutile, perdu d’avance et, de toute façon, il n’en éprouve plus la moindre envie. L’adrénaline qui le porte habituellement en situation de danger l’a abandonné, de même que tout désir de continuer à vivre. À vivre sans elles…

Tandis que son corps, fidèle serviteur de sa volonté en toutes circonstances, est mis en pièces et projeté vers le firmament en traînées de chair et de sang, son esprit parvient à se déconnecter de son enveloppe charnelle et de la brève agonie qu’elle endure. Il s’accorde une trêve. Le temps semble vouloir reprendre son souffle, lui offrant un ultime répit. Un répit pour repenser à toutes les erreurs qu’il a commises durant son existence, à celles dont il s’est rendu coupable plus récemment, aboutissant à cette tragédie. Il souhaite de tout son cœur pouvoir réparer l’une d’entre elles. Il voudrait demander pardon, une dernière fois. Ensuite il pourra partir, et – qui sait ? – peut-être les rejoindre.

Aussi, ce qu’il reste de lui parvient-il à projeter quelques mots vers les cieux, avant que le grand projectionniste n’éteigne définitivement la lumière.

Pardon !

Pardon Vanessa.

Pardon Joan.

Pardon…



Quand la réalité rattrape la fiction... à moins que ce ne soit le contraire...

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