Prologue
La Terre est morte depuis longtemps, un souvenir pâle, une ombre brûlée aux confins d'une galaxie qui ne voulait pas de nous. J'ai grandi dans ce mythe : la planète mère, paradis perdu des livres anciens, ravagée par ceux qui n'avaient jamais su en être dignes. Les anciens, ces imbéciles orgueilleux, avaient joué avec la planète comme on joue avec un jouet cassé, jusqu'à la briser définitivement. Alors, dans un sursaut d'arrogance teinté de panique, ils étaient partis conquérir les étoiles, fuyant leurs crimes dans l'espace infini.
C'était vers 2300, plus ou moins. Peu importait vraiment, personne n'avait gardé les comptes. Aujourd'hui, en 2477, la vérité historique avait été sacrifiée sur l'autel de la survie. Il restait quelques bribes d'informations incertaines, des légendes à peine vérifiables, et un nombre incalculable de regrets. Le passé se réduisait à ces fragments, des murmures transmis à voix basse entre ceux assez lucides ou fous pour s'en soucier.
Quant à moi, j'observais ce désastre perpétuel depuis les frontières glacées d'une étoile sans nom, enfermé dans une armure de combat modulaire héritée de jours meilleurs. L’exosquelette, capable de résister au vide spatial, aux atmosphères toxiques et aux températures extrêmes, était marqué par les stigmates d'innombrables affrontements. À ma ceinture, une arme énergétique polyvalente, relique d'une époque où mon nom suffisait à débloquer des fonds sans fin, me rappelait constamment ce que j'avais été autrefois.
Je poursuivais ceux qui fuyaient les règles des corporations, ces entités tentaculaires qui régnaient sans partage sur chaque parcelle habitable. Chaque jour, je marchais sur la frontière ténue entre justice et corruption, entre devoir et désillusion. J'avais été éduqué pour comprendre, pour ressentir, mais rien ne m'avait préparé au vide immense laissé par l'échec collectif de mon espèce.
Ainsi étions-nous : errants éternels, princes autoproclamés d'un univers qui se fichait de notre grandeur prétentieuse. Chaque étoile colonisée n'était rien d'autre qu'une nouvelle page où nous réécrivions toujours la même tragédie, incapables de tirer les leçons d'un monde que nous avions pourtant tué de nos propres mains.