Premiers pas (1)
Il y a quelques années, j'ai déjà publié des textes, ailleurs, la plupart inspirées de mes histoires donc un peu romancées mais qui ne le fait pas, hein? ici ce sera différent.
Je racontais surtout ces histoires pour en cacher une autre et quelque part pour essayer de tourner une page qu'on arrive jamais vraiment à tourner. Le chapitre d'une vie qu'on oubliera jamais, tatoué en moi, au plus profond de mes chairs avec une encre faite d'un mélange de larmes cachées, de sueur, de pisse, de sperme et de squirt. Une histoire sale, bestiale même, qui aura duré un an, tombé à dix neuf ans sous l'emprise d'un couple pervers, calculateur, manipulateur, vicieux à l'extrême et moi au milieu d'eux, avec mon assurance de jeune con qui croit tout savoir, mais qui n'a compris vraiment sa douleur que quand le piège s'est refermé.
Certes il m'ont sali, souillé, humilié, utilisé, je n'étais même pas un jouet, j'étais un outil, un moyen, une chose qu'ils exhibaient fièrement avant de m'offrir à n'importe qui. Mais ils ne m'ont pas détruit, je suis plus fort que ça, j'ai fini par réussir à m'extirper de leurs griffes et j'ai recommencé à avancer. Seulement, des dizaines d'années plus tard, je me rappelle encore en détail de cette lente descente aux enfers, de ces mois, de ces semaines et même de ces jours et ces nuits où j'ai beaucoup et intensément joui c'est vrai, mais où j'ai aussi beaucoup pleuré, pas de honte ou de dégout, je recherchais ces sensations pour aller sans cesse plus loin, je ne regrette rien de tout ça parce que c'est ce que je suis. Non, j'ai beaucoup pleuré à cause des ces déceptions, de ces trahisons, quand moi je donnais tout de moi même pour jouer le jeu sincèrement.
Il m'a quand même fallu du temps, je n'avais plus de travail, juste quelques maigres économies, alors j'ai vendu ma belle voiture que j'aimais tant, j'ai pris un train et je suis retourné au fin fond de ma Bretagne chérie, au calme, pour essayer de soigner ces blessures qui en fait ne guériront jamais vraiment. Je n'en ai jamais parlé à mes parents. Ils étaient bien trop "old school" pour comprendre des choses comme ça. Eux, ce qu'ils voulaient, c'était me voir casé, avec un boulot, une femme et des enfants. Paix à leur âme mais un boulot oui, c'est la seule case que j'ai coché parce que pour le reste, ils n'ont jamais rien pu voir de tout ça.
Quelques années plus tard, je commençais à aller mieux, je choisissais soigneusement et surtout prudemment les amies et amis avec lesquels je partageais des soirées ou des sorties. J'ai eu quelques aventures, principalement avec des filles du coin, elles avaient toutes à peu près mon âge, on approchait la trentaine et certaines voulaient impérativement se caser. Quand tout ça devenait trop encombrant à mon goût, je coupais immédiatement les liens à chaque fois. Et puis un soir, alors que je sirotais tranquillement un demi bien frais au comptoir d'un bar du bord de mer, je l'ai vu Elle et Elle m'a remarqué moi.
Deux regards qui se croisent et qui se font soudain plus intenses. Alors, je me rapproche, je la salue en me présentant. Elle me répond avec un sourire et en me regardant. Ambiance cool, on s'assoit à une table et la conversation démarre naturellement. J'apprendrai vite qu'Elle est ici en vacances, seule, Elle vient de divorcer, un mariage conclu trop vite, trop jeunes, ils n'étaient pas prêts. Comme je la comprends. Mais ça a quand même duré longtemps, trop longtemps, au début de la passion, qui cède vite sa place à la routine bien vite remplacée par une indifférence assassine quand on est pas vraiment faits l'un pour l'autre. Mais on reste quand même peut-être par peur de se retrouver seul, peur de tout recommencer à zéro. Et puis un jour, quand on a vraiment plus rien à se dire, à partager, trouver tout de même la force de signer et de lui faire signer les papiers du divorce et s'en aller. Au fur et à mesure que la discussion avançait, je la sentais un peu cassée, mais forte et déterminée, ce genre de personnalité qui me met en admiration. Elle parle beaucoup, me dit qu'Elle aime bien ce petit hôtel dans lequel Elle séjourne, que la Bretagne lui plait. Elle est du centre de la France. A chaque fois que s'ajoute un élément à la conversation, on s'aperçoit qu'on est sur la même longueur d'onde. Mais la soirée s'avance, je ne suis pas en vacances, la route m'attend demain même si en période estivale, on a un peu moins de travail, beaucoup d'entreprises sont fermées. Je lui propose de la retrouver ici demain soir pour l'emmener découvrir une des meilleures crêperies du Finistère et terminer notre conversation. Avec un large sourire, Elle me répond qu'Elle sera là à l'heure dite.
Eh oui Mesdames et Messieurs, certains gardent un souvenir extrêmement précis de leur première rencontre avec en ce qui me concerne, celle qui allait devenir mon âme sœur.
Le lendemain soir, je l'emmène donc diner dans ma crêperie préférée. Je ne l'avais pas vraiment détaillée hier soir mais là, Elle porte une robe légère et courte à bretelles dans les tons écru, boutonnée sur le devant, des sandales plates à lanières croisées, Elle mesure un mètre soixante dix, des formes assez généreuses, de longues jambes fuselées, un visage très doux sans pour autant paraitre si vulnérable que ça, des yeux noisettes dont Elle sait si bien plisser les paupières quand Elle te fixe un peu comme une star devant un objectif et une longue chevelure brune ondulée comme j'adore. Durant le périple d'une trentaine de minutes, nous parlons de tout et de rien gaiement puis arrivons à cette crêperie, entrons et nous nous installons à une table libre. Nous sommes détendus tous les deux. J'aime bien sa compagnie, on se parle maintenant comme si on se connaissait depuis des années. C'est un pur bonheur de la voir se régaler de ces crêpes sophistiquées que nous avons commandé. Le patron qui sert lui même ses clients, voyant que nous nous amusons bien, nous dit à un moment que notre couple fait plaisir à voir. On ne répond rien mais nous partons tous les deux dans un grand éclat de rire complice, déjà. Il n'a pas compris mais nous a tout de même offert un lambig en digestif. Je règle ensuite l'addition et nous reprenons la route en sens inverse, m'apprêtant à la raccompagner à son hôtel.
C'est là qu'elle s'enhardit un peu plus, me disant qu'elle apprécie vraiment pleinement la soirée qu'elle passe en ma compagnie et qu'elle aimerait bien que je lui montre ce penty que j'habite et dont je lui ai déjà parlé. Je prend donc la direction de mon chez moi. Ce penty que je loue pour pas cher, un peu à l'écart de mon village a été construit comme la plupart des habitations de ce type, dos à la mer avec toutes les ouvertures dirigées vers le Sud. Il se situe au milieu d'une lande assez verdoyante en été à cinq cents mètres à vol d'oiseau des rochers de la côte. Cette technique de construction permet de rester abrité en cas de tempête, parce que chez nous, même si on se croit assez loin du bord, quand l'océan se met en colère, il a tôt fait de nous rappeler qui est le patron et qu'on est en fait que de bien petites choses. L'intérieur est accueillant avec ses murs blancs, ses poutres apparentes et ces tomettes anciennes au sol. On y trouve une grande pièce à vivre avec une cheminée en granit et un coin cuisine, deux chambres, une salle de bain et un petit cellier qui me sert de buanderie. Vivant seul, la seconde chambre me sert de bureau avec un ordinateur acheté récemment, sur lequel je fait mes premiers pas sur le net malgré une connection des plus chaotiques à ce moment là.
Elle est calme, décontractée quand elle visite l'endroit, ouvrant une à une chaque porte et semblant apprécier ce qu'Elle voit. Pendant ce temps, je nous prépare un café, j'ai d'abord eu peur qu'Elle ne demande du thé, mais tout comme moi, Elle ne l'apprécie pas vraiment et c'est un bien parce que de toute façon je n'en ai pas. Je pose le petit plateau sur la table basse, puis nous prenons place sur le canapé. Tout à coup, on ne parle plus, nos regards se font plus intenses, se trouvent et ne se lâchent plus. Nous restons comme ça un moment a demi tournés l'un vers l'autre, comme figés. Je ne sais plus si c'est moi qui ai bougé en premier ou si c'est Elle, mais nous nous rapprochons lentement, irrésistiblement. Nos lèvres finissent enfin par se trouver. Ce baiser, je m'en rappelle comme si c'était hier. Nos langues se trouvent, nos salives se mélangent, elles tournent et s'enroulent dans une sorte de ballet d'une sensualité infinie. Elle se séparent quelques instants pour partir explorer nos cavités mais se retrouvent bien vite pour continuer leur danse des milles et une nuits. Et là, tout s'accélère, vêtements, sous vêtements s'envolent dans tous les sens. Quand je déboutonne sa robe légère, je libère du même coup une poitrine superbe, des seins fermes, lourds et magnifiquement bien dessinés avec leur tétons qui pointent de désir et de plaisir naissant. Nous sommes déjà nus tous les deux, je la prends dans mes bras et la porte jusqu'à mon lit dans ma chambre. Ses bras noués autour de mon cou, Elle a calé sa tête au creux de celui-ci. Elle sait déjà qu'Elle va être aimée comme ça ne lui était plus arrivé depuis une éternité. Je la dépose sur le lit. Elle est allongée sur le dos, sa chevelure brune étalée sur le drap, les bras le long du corps, les jambes légèrement repliées sur elle. Je reste là, un long moment à la contempler, le temps est comme suspendu. Mais Elle veut s'offrir. Elle écarte légèrement les jambes. Je ne veux rien brusquer, nous allons faire l'amour et je dis bien faire l'amour. Avec tout ce qui m'est arrivé jusque là, j'en avais oublié à quel point cet acte pouvait être beau et pur. Je la rejoins et s'en suivent mille caresses et mille baisers. Nous explorons chaque centimètre carré de nos corps. Nous allons faire l'amour longuement, intensément, vivant des moments de jouissance partagées complètement folles, d'aucun dirait que c'est l'accord parfait. Nos corps jusque là à la dérive avaient enfin trouvé un phare, une bouée, un port d'attache bien à l'abri où ils pourraient s'amarrer en toute sécurité. Dès la fin de ses vacances, trois semaines plus tard, n'ayant rien qui la retenait là où Elle était avant, Elle a tout envoyé balader pour venir s'installer avec moi. C'est une battante, elle ne mettra que peu de temps avant de trouver du travail sur Quimper.
S'en sont suivies sept années de pur bonheur dans une complicité de chaque instant. Dans n'importe quelle situation, nous pensions très souvent la même chose au même moment. Ca nous faisait rire. Un tel accord entre deux êtres suscitait même un peu de jalousie chez certains de nos amis éblouis par le couple que nous formions. J'étais fier, elle était heureuse, pas de mariage, pas d'enfant, juste pouvoir profiter pleinement l'un de l'autre, dans tous ces magnifiques moments offerts l'un à l'autre.
Mais cette garce de vie allait bientôt me la prendre. Ca a été violent, foudroyant. D'abord un diagnostique quasi impossible à poser plus tôt, puis un séjour à l'hôpital. Elle voulait savoir, ils ne voulaient rien lui dire et je n'en avais pas la force non plus. Elle ne comprenait pas, je faisais de mon mieux pour la rassurer, lui disant de faire confiance, que tout finirait par s'arranger, qu'il fallait garder espoir alors qu'Elle s'affaiblissait un peu plus chaque jour. Mon boss avait été cool, il comprenait mon désespoir, il avait accepté que je décale mes vacances pour pouvoir passer du temps avec Elle tant que c'était encore possible. Le personnel hospitalier avait aussi été gentil. J'essayais de ne pas trop abuser mais ils me laissaient arriver un peu plus tôt et partir un peu plus tard que les horaires autorisés. Jusqu'à ce soir là, où au moment pour moi de partir et bien qu'Elle soit si faible, considérant mes traits tirés alors que j'embrassais tendrement son front, Elle m'a dit dans un souffle:
- Il faut que tu prennes soin de toi. A demain amour.









Whaouuuuuuuu 🤩, magnifiquement bien décrit, j'avoue qu'à la dernière ligne, ma vue a été brouillée.
Si ces mots ont été prononcés, c'est pour...
Quelle belle écriture! J’ai été très émue. L’histoire est belle mais se termine trop vite et trop mal. Un tel amour, c’est rare. Et c’est beau…
Un texte qui enivre, qui donne envie de lire encore et encore, ce "Elle" qui interpelle à chaque ligne, cet amour de ta vie et ces dernières lignes sombres qui préparent à cette dernière ligne qui se trouble, je suis touché en plein cœur...