Chapter 1: L'enlèvement
La pluie martelait les toits de la cité basse avec une régularité presque obsédante, une cadence qui se mêlait au cris lointains de la taverne du port et au cliquetis des sabots sur les pavés luisants. Elias rabattit la capuche de son manteau râpé, grognant contre l'humidité qui lui collait aux cheveux et aux tempes. Il venait de finir son service à l'auberge de Coin Gris, au lieu où les hommes buvaient pour oublier qu'ils vivaient, et où le personnel travaillait pour ne pas se rapeler qu'ils survivaient à peine.
La nuit était tombée plus tôt que d'habitude, étouffant les ruelles dans un manteau de ténèbres. Des lanternes à l'huile pendaient ici et là, mais leur lumière semblait absorbée par la brume.
Une odeur de poisson, de metal rouillé et de fumée traînait dans l'air. Elias accéléra le pas.
Il connaissait ce quartier. Il savait quels coins éviter, à quelles fenêtres ne jamais regarder. Mais ce soir-là, quelques chose clochait. Une sensation étrange, comme un picotement à la base de la nuque, comme un regard planté entre ses omoplates.
Il se retourna brusquement. Rien. Juste l'ombre des bâtiments, les bruits diffus de la ville. Il se remit à marcher, plus vite cette fois.
Puis ce fut le silence absolue.
Les sons du port s'étaient tus, étouffé comme par un couvercle invisible. Même la pluie semblait suspendu.
Elias s'arrêta, le cœur battant, les yeux cherchant un mouvement, un signe de vie.
Et alors, il le vit.
Une silhouette. Non... une ombre sortie littéralement du mur. Elle s'avança sans bruits, comme glissant plutôt que marchant. Elias recula, mais son dos heurta une poutre en saillie. Il voulut crier, mais déjà, deux mains froides et gantée se refermaient sur lui. L'une le bâillonna, l'autre le soulevat sans effort.
« chut, humain... ça ne durera qu'un instant »
La voix, basse et grave vibrait comme un murmure dans son dos. Puis, tout devint noir.
Il se reveilla en sursaut, le souffle court. Le plafond au-dessus de lui était haut, orné de moulures gothiques et de fresques anciennes. La lumière était tamisée, diffusée par des chandeliers montés sur des murs en pierre noire.
Elias se redressa brutalement, mais son corps protesta. Une lourdeur étrange pesait sur ses members. Il se découvrit vêtu d'une tunique de lin fine et propre, allongé dans un lit qui semblait avoir été sorti d'un rêve de noble dégénéré. Bois sculpté, draps de soie noire, coussins bordées de fil d'or.
Il panique. Ses yeux cherchaient une sortie, une arme, n'importe quoi. Il bondit hors du lit, pieds nus sur un tapis d'un rouge sombre, mais à peine eut il fait deux pas que la porte s'ouvrit.
Il entra, le vampire.
Elias su immédiatement que ce n'était pas un homme. Trop grand, trop parfait. Des traits sculptés, un regard rouge sang, une peau plus pâle que la lune. Il portait une cape longue et sobre, comme s'il venait d'un autre siècle. Il n'avait pas besoin de parler pour imposer le silence.
Et pourtant, il parla.
«tu es réveillé plus tôt que prévu. Impressionnant. » Il s'approcha lentement, ses bottes ne faisant aucun bruit sur le tapis.
Elias recula d'instinct
«Qui êtes-vous? Où suis-je?»
Le vampire l'observa avec un calme inhumain «Tu es au château de
sombrelune
, et je suis le prince héritier, tu peux m'appeler
Asrael»
Il inclina légèrement la tête, comme s'il s'attendait à des remerciements. Elias écarquilla les yeux.
«Le... prince? Sombrelune? C'est une plaisanterie? Vous m'avez enlevé!» Il se rua vers la porte.
Mais Asrael fut plus rapide. En un instant, il lui barra la route, sans que'Elias ne l'ait vu bouger.
«Je t'ai choisi, humain. Cela devrait être un honneur»
«Un honneur!? Je ne suis pas un chien! Vous n'avez pas le droit!»
Le vampire leva un sourcil. «Je suis un prince, j'ai tout les droits.»
Le silence tomba. Elias sentait une rage froide monter en lui. Mais il ne pouvait rien faire. Son poignet le brûlait. Il y jeta un coup d'œil. Une rune brillante s'y était imprimé, comme gravée dans la chair.
«une
sceau de servitude,» expliqua Asrael en s'éloignant lentement. «rien de douloureux. Juste... contraignant.»
Elias voulut hurler. Il n'était pas seulement prisonnier. Il était un objet, une possession.
Les jours suivants furent une torture. On lui ordonna de rester dans une partie précise du château. Des domestiques silencieux lui apportaient à manger. Il ne croisait presque personne. Sauf lui, Asrael.
Le vampire apparaissait à toute heure. Parfois pour lui parler, parfois juste pour l'observer. Elias essayait de l'ignorer, de l'insulter même. Rien n'y faisait. Asrael restait calme. Patient. Presque amusé.
Mais un soir, quelque chose changea.
Alors que Elias déversait sa colère sur lui, Asrael s'approcha lentement.
«Tu m'intrigue, humain. Tu ne courbe pas l'échine. Tu refuse la peur. Tu refuse... moi»
Asrael tendit la main. Mais Elias recula, me feu aux yeux. «t'approche pas.»
Un sourire en coin. Asrael le regarda «même tes menaces sont belles.»
Elias, surpris par l'étrangeté du compliment, resta figé. Asrael s'éloigna, mais une nouvelle tensoin flottait dans l'air. Quelque chose de fragile, d'indéfinisable. Ni haine, ni desir. Un debut, in fracture. Une faille dans le masque du monstre.