Le cliché de l'été

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Summary

Pauline est une jeune femme de vingt ans qui a du mal à accepter son deuil. Sa grand-mère June, son seul phare de douceur dans cette mer de requins n'est plus là pour l'aimer et l'orienter. Mais elle n'est pas seule pour autant : l'aide-soignant de June, Angie et la famille Ondeggiare sont là pour elle dans ce moment difficile. Et si cet été était l'été de tous les non-dits et des amours misent aux placards ? Envie d'en savoir plus : lisez la suite !

Genre
Romance
Author
NekoYokai
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

‘’ C’est une maison bleue _ Adossée à la colline _ On y vient à pied, on ne frappe pas _ Ceux qui vivent là, ont jeté la clé…’’ San Francisco de Maxime LeForestier

~~~~~~

~ Pauline ~


Samedi XX Juillet 2034

L’été prochain sera mieux que cette année.

Tu me manques…

A l’année prochaine.


Ce n’était qu’un fichu sms.

Mais je ne l’ai jamais effacé.

J’aurais dû mais une partie de moi si opposait.

Quel merdier !

Habituellement, « la nana qui n’en a rien à faire » n’aurait eu aucun mal à appuyer avec prolongation sur une simple touche… surtout venant d’un gars qu’elle ne croise qu’à la période festive, c’est-à-dire, les 3 mois les plus intenses pour une petite commune de pêcheur ; là où l’un de mes illustres ancêtres à construit sa maison sur une île, dans un petit village qui est aujourd’hui ancestrale.

Le village en lui-même est d’un ennuis… si l’été c’est la fête au village, le reste de l’année, il fait concurrence à ces nombreuses villes fantômes des USA. Mais dès le milieu de Juin, il retrouve sa splendeur d’antan comme dise les 4 petites dames qui s’assoient sur le même banc et que l’on surnommes entre nous « les sénatrices ». Rien ne leurs échappent. Elles sont même plus efficaces que les trentaines de caméras de sécurités installées dans le village. Voyeurisme, cambriolage, infidélité, enfants sans surveillance, animaux en cavales ou écrasés, bateau volé, etc. Rien ne leur échappe. Même les touristes Juilletistes et Aoutiens qui tentent de se mélanger sans faire de vague avec les résidents à l’année ou partiellement, sont jugés de la même manière.

Mais je divague un peu.

Il y a aussi la famille Ondeggiare, celle de Marius. Elle possède depuis des générations la grande maison et restaurant accroché au bout de l’île. Spécialité de la maison est restée inchangé : que des produits de la mer, du potager ou des maraichers environnants. Zéro viandes ou autres produits de malbouffes.

Je scrolle sur mon portable la page dédier à ce qu’il se passe sur l’île. Je suis notamment le blog de Angie : Vance est rentré récemment d’Australie et est revenu aider son oncle et son père dans les parcs à huitres. Je souris en voyant les messages peut conventionnel de M. Lacamoire. Ce promoteur est bien connu ici sur l’île, il rachète pour un croûton de pain les morceaux de plages rattachées à des terrains pour y construire des Airbnb parfois non conforme et peu respectueux de la biodiversité, ainsi que des voisins qui perdent leurs intimités à cause d’une trop grande proximité. Et comme vous vous en doutez : la famille Ondeggiare est l’une dernière à de pas céder à ce requin.

Vance et Marius sont la dernière génération. Je les connais depuis toute petite. Leurs grands-parents les emmènent avec eux au marché pour vendre leurs étalages de pêches, je les ai aussi vu dans leur restaurant familiale mais la vrai rencontre a eu lieu quand je devais avoir, 8 ans à peu près. La chaine de mon vélo a déraillé et mes doigts étant tout fripé et lisse à force d’avoir prolongé ma baignade m’empêche de la remettre en place. En plus de cela, j’était en paréo et maillot de plage ; et après m’être bien vautrée, difficile à dire à quoi je ressemblais. Certainement pas à grand-chose. Je sais juste que mes genoux étaient douloureux et que ma langue me fait mal car j’ai croqué dedans. Je me souviens avoir tracté mon vélo sur la piste cyclable déserte avant de croiser une camionnette avec un logo de monstre-marin sur l’une des portières passer à l’allée et revenir 5min après pour rouler au pas sur ma gauche.

« Hey, gamine ! ça va ? » demande le conducteur.

« Tout baigne ! » répondis-je sans lui prêter un regard.

« Sacré chute ! Mais tu sais : la mer est dans l’autre sens ! » me lance-t-il amusé.

« Je sais : j’en viens, » répondis-je soupirante.

« Laisse-moi te raccompagner… » commence-t-il a dire.

« Grand-mère June me rappelle à chaque fois que je ne dois pas monter dans la voiture d’inconnus. Donc merci et au revoir ! » dis-je en plantant mon regard droit dans ses yeux.

« Comme tu veux, gamine. Passe une bonne journée, » lance-t-il.

La camionnette repart doucement. J’attends qu’elle soit repassée dans l’autre sens et hors de ma vue pour reprendre mon chemin. Une fois que la voie est libre : je me remet à tracter mon vélo. Le soleil tape sur mon chapeau de paille, mes mains suintes sur mon guidon et mon maillot colle comme une seconde peau. Il faut que je vérifie à chaque fois qu’une épine de pomme de pain de s’est pas logée dans mes nu-pieds pour que mon paréo soit toujours autour de ma taille, ainsi que mon petit panier en osier sur le porte-bagage où se trouve ma crème solaire et ma serviette de plage. Mon petit manège durent quelques minutes avant que je ne tombe de nouveau en avant. J’ai de nouvelles égratignures sur les mains et mes genoux se sont mis à saigner abondamment. De plus, mon panier s’est renversé. La raison de ma chute ? Un p*tain de nid de poule. Je ne pleure pas facilement mais en mon for intérieur : je pense que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Vaincue, je me suis assise à côté de mon vélo renversé ; les genoux repliés vers moi avec les bras repliés autour en faisant attention au sang et j’ai glissé ma tête dans le creux prévu à cet effet pour pleurer. Pleurer jusqu’à tremper mon paréo. Quand je me suis calmée, je réhausse la tête et vois que le soleil tape moins fort au-dessus de moi. Je ne dis pas que c’est le crépuscule mais il me semblait moins haut dans le ciel. Je replonge la tête épuisée dans mon creux.

« Hey ! Tu vas bien ? » demande une voix d’un jeune garçon.

En relevant doucement la tête, mes yeux tombent d’abord sur des méduses transparentes ; un bermuda dégradé de l’orange au jaune ; un marcel vert pale et en remontant encore plus vers le haut je m’attarde plus sur ces yeux océans orageux dans lesquels je me noie complètement. J’ai vu une fraction de seconde, une ligne verticale traverser ses yeux. C’était rapide mais je m’en souviens encore. J’ai échangé avec les deux garçons pendant qu’un monsieur chargé à l’arrière de sa camionnette mon vélo. Le plus grand dont j’ai appris qu’il s’appelle Vance prit mon panier en osier et monte à l’arrière avec mon vélo. Celui qui m’a abordé en premier, se nomme Marius et me porte sur son dos pour m’amener en douceur sur les sièges aux côtés de l’homme pendant qu’il monte à l’arrière avec son frère. Me voilà parti jusqu’à la maison restaurant. Sur le pas de la porte, une femme nous attend.

« Alors ? Vous l’avez trouvé ? » demande-t-elle en s’essuyant les mains sur son tablier.

« Va falloir sortir ta trousse à pharmacie, Maria : la p’tiote s’est mise mal, » commente l’homme en sortant après avoir coupé le moteur.

« Nom de Érasme ! » cri de surprise Maria.

« Maria ! C’est trois fois rien, n’en fait pas tout un drame, » ricane son mari en passant à côté d’elle et l’embrassant sur la joue.

« Faut que t’arrête de penser au pire, M’man ! » s’exclame Vance en riant.

Je tente de descendre moi-même de mon siège mais au moment où j’actionne la poignée intérieure de la portière, Marius m’en empêche et me revoilà sur son dos.

En entrant dans la première pièce de la maison, mon regard s’attarde sur la mosaïque au plafond des fonds marins avec son lustre en verre fin d’une conque. L’entrée est simple mais accueillante avec son buffet haut sans portes où l’on a accroché les côtés les épuisettes de l’autre les pièges à crabes et à l’intérieur trône les chapeaux de saisons. On retrouve sur le côté droite de la porte d’entrée un bidon à lait ancien où l’on a planté des parapluies pour être à porté de main. Son horloge fait de bois flottés parsemé de coquillages et sur la gauche de l’entrée, son bureau de secrétaire d’où certaines lettres importantes dépassent du tiroir.

Mes yeux ne savent plus où donner de la tête. Quand Maria entre dans mon champ de vision, elle tapote l’épaule de son fils pour la suivre dans la cuisine. On me dépose en douceur sur le long banc en bois. J’appuie mon dos contre la longue table façonnée dans le tronc d’un arbre. Marius s’assoit à mes côtés. Sa main est posée sur la mienne et son pouce fait parfois des petits cercles. Ça me soulage étrangement. Entre alors l’homme de tout à l’heure.

« Tiens : v’là la gamine de tout à l’heure ! » ricane-t-il en croquant dans un brugnon.

« Éric ! Au lieu de buller : va aider ton frère dans l’atelier ! » gronde Maria les mains sur les hanches.

« Tsk ! » répond-il en repartant.

« A nous deux, jeune fille, » gazouille Maria en s’assaillant en face de moi puis ouvrant sa boite à pharmacie.

« Ne t’inquiète pas : maman est très douce, » chuchote Marius.

J’ai hoché la tête et laissez Maria me soigner.

Je ne me rappelle plus des discussions mais je me souviens de la boite à pharmacie pleine à craquer ; de Léon (le père de Vance et Marius) et son frère Éric qui m’ont donné un cours d’ouverture des huitres ; de Giulia (la grand-mère) qui m’a requestionné pour couper les légumes pour le repas auquel j’étais conviée ; d’Alberto qui a prit 5min pour appeler ma grand-mère pour ne pas l’inquiéter ; Vance et Marius qui ont mis le couvert avec moi sur une table à l’extérieur de la maison avec pour seule compagnie : le ciel étoilé et les vagues se fracassant sur les rochers plus bas. Quand je me suis réveillée le lendemain, j’étais de nouveau dans mon lit et Grand-mère June m’a accueilli chaleureusement avec un petit déjeuner fumant.

Par la suite Vance, Marius et moi ; ont se retrouver pour jouer sur la plage, partions à l’aventure dans la forêt de pins, ou encore explorons les grottes et crevasses immergées. Vers nous 12 ans, Angie s’est jointe à notre groupe. Sa mère et elle sont venues refaire leurs vies loin des problèmes. Depuis nous sommes amis.

Même si je suis la seule à repartir à chaque fin d’été : nous restons en contact.

Cette année encore ne fait pas exception à la règle : me voilà dans le train arrivant à son terminus. Mais pour arriver sur l’île, il faut prendre le train de mer. Ce train est unique en son genre : c’est le seul en son genre qui roule sur un chemin de rail semi-immergé. A part quand la houle est trop forte. Je laisse descendre les voyageurs avant de m’engager puis je suis le flux pour sortir de la gare et longée le hall vétuste avant de m’engouffrer dans celui de la gare côtière. Sur une dizaine de guichets, il n’y en a plus que quatre ouverts. M. Pirail est toujours en poste, à croire que l’air marin retarde la vieillesse. Je m’avance vers lui souriante.

« Tiens, tiens : voilà une tête bien familière ! Quel bon vent t’amène par ici, Pauline ? » dit-il avec amusement.

« Bonjour M. Pirail. Comme d’habitude, » répondis-je en déposant ma monnaie.

« Tu ne fuis pas un homme transit d’amour, au moins ? » demande-t-il en scrutant ma tête alors qu’il recalcule la somme.

« Malheureusement non : pas d’histoires d’amours à se mettre sous la dent, » dis-je soupirante en regardant sur le côté après avoir rangé mon porte-monnaie.

« Tant pis pour le jules : il rate la meilleure glacière avec ses glaces à réveiller le saint des marins ! » déclare-t-il en poinçonnant mon ticket.

« Vous exagérez comme à chaque fois, » dis-je en riant de bon cœur.

« Est-ce que à tout hasard ? » demande-t-il en me tendant le ticket poinçonné.

« Oui : les parfums pins et ananas sont de retour cette année, » dis-je avec un petit clin d’œil en prenant possession de mon ticket.

« A la bonne heure ! Bonnes vacances, Mlle. Pauline, » dit-il en répondant à mon clin d’œil.

« Merci beaucoup monsieur. Au plaisir de vous revoir à mon comptoir, » dis-je en partant vers le seul quai.

Ticket poinçonné en ma possession, me voilà partie en direction de ma voiture afin de prendre ma place. Une fois la valise rangée dans son compartiment, je m’installe à mon siège proche d’une fenêtre. La voiture se remplit doucement. Jusqu’à ce que le sifflet retentisse, le siège à côté de moi est désespérément vide. Tant pis pour l’autre voyageur : mon sac à dos remplit son absence et cela me permet d’apprécier le paysage qui n’est jamais le même. Mes yeux s’attardent sur tout : les bateaux de plaisance et ceux pour la pêche, les oiseaux marins, les reflets du soleil et bien sur la pièce maitresse de ce décor : la mer. Aujourd’hui, elle est calme mais elle peut être colérique. Je pose mon menton sur mes bras appuyés sur le rebord de la fenêtre. Un soupire de soulagement s’échappe de moi. Je suis enfin loin des problèmes, du stress et des emmerdeurs. Je vais changer d’air et retrouver des têtes que je connais et qui me connaisse.

« Je me demande qui va venir me chercher ? Angie ? Barbosse (l’aide-soignant de grand-mère June) ? Vance ? Léon peut-être ? Bah, on verra bien, » dis-je en fermant les yeux.

Je suis tirée de ma rêverie par des éclats de joie venant des touristes. Tous pointent quelque chose en direction de la mer. Intriguée, je regarde à mon tour.

« Look ! Look ! Mom ! »

« Oh ! It’s dauphin ! »

« Magnifico ! »

Je les regarde avec un sourcil relevé. Un dauphin ? Ici ? Nan pas possible.

C’est sans doute un poisson volant.

L’animal bien que mystérieux est majestueux, léger, saute gaiement au-dessus des flots. Ayant le soleil dans les yeux, je le distingue assez mal. Puis le calme revient. Tant mieux.

~~~~~~

Quand je sors de la gare, je me dirige vers le hall d’entrée. Les roulettes de ma valise font un bruit d’enfer sur les dalles octogonales vieillies qui s’entendent jusqu’à l’extérieur. En sortant, je suis accueillie par les cris énergique d’Angie qui secoue ses bras au-dessus de sa tête. A côté d’elle, se tient Vance adossé, contraint, à la nouvelle camionnette 2.0 de l’affaire de famille. Je m’avance vers eux. Angie accoure vers moi ne tenant plus et Vance retrouve comme par magie le sourire.

« Bienvenue à la maison ! » hurle Angie euphorique.

« Bon retour à la maison, citadine, » ricane Vance.

« Salut les gars, » répondis-je en souriant.

« Prête pour un nouvel été glacé ?! » demande-t-elle avec un large sourire.

« Tu vas me faire la même blague tous les ans ? » demande-je penchant la tête et cherchant auprès de Vance qui ne me le rend pas.

« Que veux-tu : j’aime être rayée comme un vieux vinyle, » glousse Angie.

« Aller les mouettes : en voiture ! Direction : le pays imaginaire ! » lance Vance en prenant ma valise et l’attachant avec des sangles à l’arrière.

Nous rions en cœur à son commentaire enfantin. Je découvre que la camionnette à une banquette arrière et elle est toute à moi. Vance attend que nous nous attachions pour démarrer. Sur la longue route droite et parfois sinueuse, nous discutons de tout et de rien. De temps en temps, je vois Vance me lancer des regards dans le rétro intérieur ; comme le grand-frère qu’il est, il s’inquiète pour chacun de nous.

« Tu es sûr que ça va aller ? » demande Angie en se tournant vers moi.

« Mais oui maman, ne t’inquiète pas, » répondis-je avec un petit sourire.

« Tu sais, ça ne nous dérange pas de rester, » déclare Vance en relevant la tête et croisant mes yeux dans le rétro.

« Merci de vous inquiéter les parents poules : mais ça va, » réplique-je sans broncher.

« Je passerais qu’en même demain matin pour m’en assurer, » réplique Angie en reprenant sa place.

« Bien maman, » répondis-je en levant les yeux au ciel avant de soupirer.

« Je t’avais dit que c’était illusoire comme proposition, » glousse Vance en tournant au premier virage.

« En parlant d’illusion, durant la traversée ; les voyageurs et moi-même, on a pu apercevoir une sorte de dauphin. Toi qui a travaillé avec l’office du tourisme et la réserve littorale, tu dois avoir des infos s’il est possible qu’il y est des dauphins, non ? » demande-je curieuse.

En regardant Vance, je vois deux choses qui m’intrigues. Premièrement, c’est sa mâchoire qui se contracte anormalement et deuxièmement, ce sont les jointures de ses mains qui blanchisses sur son volant. Je le vois lancer des regards à Angie à chaque virages. Elle qui est d’habitude bavarde ayant toujours réponse à tout : peine à trouver les bons termes.

« Euh… tu es sûr que c’était un dauphin ? » demande-t-elle après réflexion.

« Un dauphin ou un poisson volant, qu’importe… tout ce que j’ai vu : c’est une sorte d’animal sauter hors des eaux, » répondis-je en haussant les épaules.

Après mon explication, Angie semble en accord avec mes propos. Même Vance se joint à elle avec un hochement de tête. Je comprends que je n’aurai pas le fin mot de cette demande alors je les laisse dans leur bulle de jeune couple. Mes yeux en profitent pour parcourir les façades des premières maisons, les halles couvertes du marché et sa place verdoyante d’arbres ombrageux, la presse et son tabac, la pizzeria tenue par la famille à Barbosse, la quincaillerie, le moulin et sa boulangerie attenante, l’office du tourisme et sa grange restaurée et aménagée en réserve littorale.

Tout semble embrumé et encore endormi alors qu’il n’est que 5h du soir.

Au carrefour, notre véhicule tourne à gauche et roule dans une rue avant d’emprunter une route cahoteuse et secouante comme si nous étions dans un manège à pleine vitesse. J’aperçois la maison aux volets bleus, toujours adossée à sa colline qui surplombe la mer. La route qui nous amène à ce lieux sécurisant est sinueuse et est plus praticable à pied. Les touristes chantonnent, tous sans exception, ‘’San Francisco de M. LeForestier’’. Oui c’est une belle maison et c’est ma maison de vacances. Mon foyer. Mon cocon sécurisant. Plus nous nous en rapprochons, plus les émotions contradictoires se mélangent dans ma tête : plénitude, soulagement, peur, mélancolie et tristesse.

Vance se gare entre le dernier olivier encore debout et la souche de son prédécesseur tombé lors de la dernière tempête. En descendant, je suis submergée par les souvenirs : rien n’a bougé. On s’attendrait presque à ce que grand-mère June ouvre la porte et nous accueille comme à son habitude en disant : ‘’Pile à l’heure pour l’apéro !’’

Mais ce n’est pas le cas.

Grand-mère June nous a quitté en début d’année ; un glioblastome* (cancer du cerveau) l’a emporté dans ses derniers instant. Mon dernier phare de douceur dans cet océan de requins.

Quand Barbosse m’a appelé au travail : je me suis effondrée de chagrins. J’ai enchainé les mois entre dépression et fausse acceptation mettant fin trop vite à mon deuil. Ni Angie, ni la famille de Vance et Marius, en faite personne ne le sait : mais j’ai tout quitté pour prendre un très long congé sabbatique. Je le pense encore : mais j’en ai besoin.

Je n’arrivais plus à photographier puis rendre sur toile mes clichés.

La planche de fortune de Rose et Jack dans Titanic était au-dessus de moi alors que je me noyais profondément dans l’océan.

Les mains réconfortantes de Vance et Angie sur mes épaules me sortent de ma torpeur et me ramène instantanément au présent. J’apprécie leurs chaleurs respectives.

« Laisse-nous nous occuper de toi. Je vais t’aider à ouvrir la maison, préparer les lits et pendant que tu te reposes : Vance et moi allons chercher un repas puis revenir. D’accord, Pauline ? » demande Angie.

Je hoche simplement la tête…

C’est tout ce que je peux faire dans l’immédiat.