Le Manoir et l’Échappée

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Summary

Et si s’évader n’était pas fuir un lieu, mais un destin ? Elle se réveille toujours au même endroit. Toujours derrière lui. Toujours piégée dans ce manoir où chaque tentative de fuite se solde par une aiguille, une brume noire… et l’oubli. Mais un jour, un détail change. Le roi envoie des musiciens. Et dans l’ombre, la brèche s’ouvre. Prisonnière d’un rêve qui pourrait être le sien ou celui d’un autre, elle s’élance. Vers la porte. Vers l’inconnu. Vers l’Échappée. Dans ce roman où le réel vacille, où les cœurs battent derrière des murs d’illusions, la magie n’est jamais loin. Et l’amour, même lié à la tragédie, trouve toujours son chemin.

Status
Complete
Chapters
34
Rating
3.0 1 review
Age Rating
16+

Chapter 1 le manoir et l’échappée

Ce n’était pas un roi.

Pas un noble. Juste un homme du peuple.

Mais c’est lui qui m’avait enfermée.


Ils disaient qu’il avait été “choisi” pour me garder, pour veiller sur moi. Mais il n’était ni doux, ni bienveillant. Il exécutait des ordres. Des ordres qui ne venaient pas de lui. Je ne l’entendais presque jamais parler. Il agissait. Comme un pion à qui on avait confié un rôle qu’il prenait trop à cœur.


Il vivait dans ce manoir comme s’il en était le maître. Mais il n’était qu’un masque, un relais. Un serviteur déguisé en geôlier.

Et quand il ne pouvait pas agir seul, il envoyait son homme de main.

Un être muet, rapide, efficace. Sans regard. Sans mots. Seulement des gestes précis, répétés, inhumains.


Comment puis-je m’échapper, alors qu’ils semblent toujours savoir à l’avance ce que je vais faire ? Chaque tentative ressemble à une scène répétée, une boucle soigneusement orchestrée dans laquelle je suis toujours perdante. Il surgit derrière moi avec une précision terrifiante, son homme de main toujours à ses côtés — silencieux, rapide, méthodique. Et avant même que je ne puisse crier, l’aiguille est là.


Le produit. Froid. Traître.

Il coule dans mes veines, glisse sous ma peau, m’emporte aussitôt dans une brume noire.

Un poison d’oubli.


Mais je finis toujours par revenir. Toujours.

Et à chaque réveil, tout recommence. Je suis là, de nouveau enfermée dans le même manoir, comme si rien ne s’était passé. Comme si je n’avais jamais fui. Je me sens comme une marionnette prise au piège dans un rêve qui ne m’appartient pas. Mais malgré tout, je résiste. Je guette. Je cherche la faille. Et à la moindre ouverture, je tente de fuir.


Inévitablement, ils me retrouvent. L’un agit, l’autre exécute.


Pourtant, ce jour-là, quelque chose avait changé.

Il y avait une agitation inhabituelle dans le manoir. L’homme — mon geôlier — recevait des invités. Des garçons, jeunes, beaux, musiciens disait-on, envoyés par le roi. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ici ? Cela aurait pu être une chance. Une diversion. Un signe.


Mais il m’avait devancée. Encore.

L’aiguille. Le froid. La chute dans le vide.


Quand j’ai rouvert les yeux, je flottais entre deux mondes. Mon corps me paraissait étranger, engourdi, presque irréel. Mais il y avait une différence : cette fois, il m’avait oubliée. Ou peut-être négligée. Trop occupé par ses visiteurs.


C’était maintenant. Ma dernière chance.


Ma vision tremblait, les murs du manoir ondulaient comme dans un rêve malade. Chaque pas que je faisais résonnait trop fort. Mais j’ai avancé. J’ai franchi la grande porte. Celle que je n’avais jamais osé toucher. Et j’ai couru. Mon cœur battait si fort que j’avais l’impression qu’il voulait s’échapper, lui aussi. Mon souffle était un cri dans ma poitrine. Je ne voyais presque rien. Mais j’avançais.


Puis je l’ai senti.


La présence.


Derrière moi. L’ombre.

L’homme de main.

Toujours silencieux. Toujours rapide. Il ne parle jamais. Il ne crie jamais. Il ne pense pas. Il agit. Comme s’il était né pour ça. Comme s’il ne vivait que pour me ramener.


Mon corps criait d’abandonner. Mais je refusais. Je ne voulais pas redevenir une prisonnière. Pas cette fois. Je voulais comprendre qui j’étais. Pourquoi j’étais ici. Ce qu’ils me voulaient.


Mais le monde tournait trop. Les arbres devenaient flous. Les chemins se dérobaient. Et mes jambes ont cédé. Je suis tombée. Je me suis éteinte.


Quand j’ai rouvert les yeux, tout était flou. Comme à travers une vitre trempée de pluie. Je reconnaissais ce plafond. Celui du manoir. Et le silence, toujours aussi lourd.


Mais dans ce brouillard, je les ai vus.


Les garçons.


Ils étaient là. Dispersés dans la pièce, comme des fragments d’un rêve oublié. Chacun semblait venir d’un monde différent. Ils étaient beaux. Trop beaux. Leurs regards, absents. Leurs visages, figés. Comme s’ils étaient piégés dans le même cauchemar que moi.


Une part de moi espérait. Qu’ils me voient. Qu’ils me parlent. Qu’ils m’aident.


Mais je le savais déjà.


Ils étaient prisonniers, eux aussi.