Nés à écart X / Partie II : Jusqu’à la dernière vérité

All Rights Reserved ©

Summary

Ils ont appris à coopérer. Maintenant, il leur faut survivre à ce qu’on attend d’eux. À T.E.S.S.A., les entraînements ne sont plus des simulations. Les missions réelles s’enchaînent, les tests deviennent des choix moraux. Ce qu’on leur avait vendu comme une formation ressemble de plus en plus à un tri. Jade, Soren, Léna, Élodie et Lysandre voient les lignes bouger : les amitiés craquent, les amours s’imposent, les secrets éclatent. Entre la loyauté et la conscience, chacun doit décider ce qu’il veut sauver : le monde, ou lui-même. Et quand la rumeur des Cendres Blanches commence à se propager — un groupe décidé à “libérer” l’humanité en effaçant les N.E.X. —, la confiance devient une arme aussi dangereuse que la peur. Parce qu’à T.E.S.S.A., on ne forme pas des héros. On fabrique des survivants.

Status
Complete
Chapters
57
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Changer la fin

📍 Élodie – 3 janvier – 10h58 – Institut TESSA – Salle tactique, couloir

Je pousse la porte automatique et l’air filtré de TESSA me cueille. Propre. Stable.Comme une respiration après des jours trop lourds.

Élyseum. J’y étais encore hier.

Leurs voix résonnent encore dans ma tête : promesses de grandeur, calculs froids, logique implacable.Des N.E.X. qui parlent d’avenir comme d’un tableau mathématique où seuls les plus puissants comptent.Et moi… moi qui me suis surprise à penser : non.

Parce qu’au réveillon, en les voyant Jade, Soren, Léna, Maxence, même Lysandre dans son rôle de parasite lumineux je me suis dit que je ne voulais pas d’une société froide, hiérarchisée. Je voulais eux.Eux, avec leurs contradictions, leurs disputes, leurs rires trop bruyants.Je voulais une famille.

Alors ce matin, revenir ici… c’est un soulagement.Mes pas sont plus légers que d’habitude.

La salle tactique n’est pas encore en ordre. Les sacs traînent, les vestes pendent à moitié des chaises, Soren chipote déjà un écran secondaire, et Léna mâchonne un fil électrique comme si c’était du réglisse.Le chaos ordinaire.Et ça m’arrache presque un sourire.

Je m’avance vers Jade.Elle est à part, comme toujours, légèrement en retrait. Mais ses doigts trahissent quelque chose : ils effleurent un pendentif argenté, posé juste sous sa gorge.

Je le remarque immédiatement.« Nouveau. »

Elle lève les yeux, impassible.« Observation correcte. »

Je m’autorise un mince sourire.« Joyeux anniversaire, Jade. »

Elle fronce à peine les sourcils.« Comment… ? »

« Les dossiers, » je réponds simplement. « Tu peux les cacher aux autres, pas à moi. »

Un silence. Puis elle incline légèrement la tête, comme si admettre ce fait n’était pas une faiblesse.

Je sors alors une petite boîte de ma poche.Sobre. Métallique.

« Je ne savais pas quoi t’offrir. Alors j’ai fait simple. »

Elle l’ouvre.À l’intérieur : un marqueur personnalisé. Noir mat, gravé de son initiale discrète.Un outil. Pas un bijou. Pas un fardeau.

Ses yeux s’attardent dessus plus longtemps que prévu.Et pour Jade, c’est déjà énorme.

« Merci. »

Le mot est sec, tranchant. Mais je le sais sincère.

Elle relève son pendentif du bout des doigts.Et je comprends sans qu’elle me le dise : celui-ci compte autrement.

« C’est Soren ? » je demande doucement.

Elle détourne les yeux. Son silence est une réponse.Une confirmation.

Je ne la pousse pas plus loin.Je me contente d’ajouter :« Tu le porteras en mission ? »

« Oui. »

Un souffle. Puis :

« Pour la première fois. »

Je hoche la tête. Et, contre toute logique, je suis heureuse pour elle.Parce que moi aussi, depuis le premier janvier, j’ai décidé de les choisir. Eux. Pas Élyseum.

Alors je change de sujet.

« Concernant la mission… »

Elle se redresse, sérieuse immédiatement.« Novastem. Haute ceinture Baltique. CryX. »

Elle me résume en deux phrases ce qu’on va bientôt développer devant les autres. L’identité, les recoupements, les données fractales. Son analyse est chirurgicale, implacable.Mais moi, je la coupe :

« Ça va être dangereux. Tu le sais. »

Ses yeux gris se posent sur moi.

« Tout est dangereux. Mais cette fois, on n’y va pas seuls. »

Et ce « on » me frappe. Pas « je ». Pas « moi ». On.

Un fracas derrière nous interrompt la bulle.Soren a fait tomber une tablette en essayant de pirater un canal.Léna se marre, la bouche pleine de fil.Lysandre commente déjà d’un ton prétentieux.Maxence soupire, bras croisés, le regard fatigué.

Le chaos reprend ses droits.

Jade ne bronche pas.Elle glisse son marqueur dans sa poche, son pendentif entre ses doigts, et s’avance vers la table centrale.

Moi, je la suis.

Parce que je viens de prendre ma décision :peu importe ce que veut Élyseum, peu importe leurs discours logiques.

Ma famille est ici.

Dans ce bordel.

Et c’est eux que je protégerai, coûte que coûte.

📍 Lysandre – 3 janvier – 11h18 – Institut TESSA – Salle tactique

À peine arrivés.

Les sacs ne sont même pas entièrement déballés. Mon écharpe est encore dans ma manche.Et pourtant, bam : retour en salle de briefing.

TESSA n’attend jamais. Ni pour les conflits, ni pour les révélations explosives.

Nous sommes là, les six Jade, Soren, Léna, Élodie, Maxence et moi rassemblés devant l’écran central.

Et au centre, Élodie. Droite. Froide. Brillante.

Elle parle sans note. Sans trembler.

« Le 5 décembre, nous avons été piégés dans un simulateur. Une boucle cognitive, calibrée pour cibler nos peurs spécifiques. Ce type d’attaque n’a été utilisée que trois fois en dix ans. Et toujours… par Cryx. »

Un silence.

Elle continue.

« Depuis, j’ai remonté le signal d’entrée dans la base de données. C’était complexe, caché dans des couches d’algorithmes parasites. Mais il y avait une signature. Une empreinte. »

Elle tourne la tête vers Jade.

Celle-ci prend le relais sans pause.

« Le 2 janvier, Élodie et moi avons passé la journée à croiser les données. Vecteurs d’infiltration, schémas comportementaux, fragments codés. »

Elle s’avance d’un pas. Frappe une commande.

Un visage figé s’affiche à l’écran.

Pas réel. Un masque numérique. Expression neutre. Regard vide.

Zéero.

Et Jade lâche :

« On a son identité. »

Un silence absolu tombe sur la pièce.

Même moi, j’arrête de jouer avec ma bague.

Parce que ce nom-là… ce masque-là… c’est le cœur de Cryx.

Le noyau.

Le virus.

Elle continue, implacable :

« On ne parle pas d’un agent isolé. On parle du fondateur. Du concepteur. Du cerveau derrière toutes les distorsions de réalité. »

Soren, à côté de moi, se redresse un peu.Léna croise les bras, les mâchoires serrées.

Jade conclut, regard fixe :

« Mettre fin à Cryx, c’est arrêter Zéero. Et maintenant… on sait qui il est. »

Je ne dis rien.

Mais intérieurement, je frémis.

Parce que j’ai joué des rôles, menti pour survivre, manipulé les apparences.

Mais ce masque-là… il dépasse tout.

Et pour la première fois depuis longtemps, je sens que le jeu vient de changer de camp.

📍 Maxence – 3 janvier – 11h21 – Institut TESSA – Salle tactique

Je regarde l’écran.

Et malgré moi, je doute.

Pas par orgueil. Pas parce que je ne leur fais pas confiance.

Mais parce que ce nom Zéero c’est une chimère.

Un mythe codé.

Quelque chose qu’on murmure dans les briefings classés top secret.Une ombre dont aucune agence n’a réussi à tirer un visage, un lieu, un mot tangible.

Alors quand Jade dit : « On a son identité », je me redresse, les bras croisés, sceptique.

« Tu sais que des gouvernements entiers ont échoué sur ce dossier depuis des années. »

Elle hoche la tête, tranquille.

« Je sais. Mais ces agences n’avaient pas nous. »

Elle regarde Élodie. Et pour la première fois, je vois quelque chose de rare : une reconnaissance frontale.

Jade reprend, voix basse mais posée :

« J’étudie les schémas d’attaque de CryX depuis deux ans. En silence. En marge de mes dossiers officiels. »

Elle projette une série de cartes, de réseaux neuronaux, de données croisées. Chaque point est un choc sensoriel, une attaque mentale, une boucle comportementale.

« Il y avait une signature. Pas technique. Comportementale. Une manière spécifique de viser les gens, d’orchestrer les peurs. Toujours sur des figures d’ancrage. Toujours dans des boucles à motif fractal. »

Je fronce les sourcils. L’analyse est fine. Trop fine pour être le fruit du hasard.

Elle poursuit :

« Comparer ce profil à toute la population mondiale aurait été inutile. Trop vaste. Mais grâce au travail d’Élodie, on a pu isoler la zone d’émission du dernier signal. »

Élodie, droite comme un radar humain, complète :

« La source est localisée dans les hautes strates de Novastem, une enclave autonome de la ceinture technologique, à l’Est de l’ex-Baltique. Ville obscure, spécialisée en IA cognitive. Interdite d’accès civil. »

Jade reprend, sobre :

« En croisant les marqueurs de syntaxe trouvés dans le code avec le comportement récurrent, un nom a fini par ressortir. »

Elle appuie sur la dernière commande.

L’écran s’éclaire.

Dorian Keiss.

Je reste interdit.

Elle précise, regard fixe :

« Ancien chercheur en neurolinguistique, spécialiste des IA auto-évolutives. Disparu officiellement en 2238 après l’explosion de son laboratoire. Aucune trace depuis. »

Élodie ajoute :

« Mais en analysant les logs profonds des couches réseau, on a trouvé des échos. Une structure de code identique. Un accent numérique. Toujours relié à Novastem. »

Et là, Jade conclut :

« Zéero, c’est lui. Dorian Keiss. Et maintenant qu’on le sait… on peut le traquer. »

Un silence épais tombe sur la salle.

Personne ne parle.

Parce que tout le monde comprend : on vient de changer d’échelle.

📍 Léna – 3 janvier – 11h34 – Institut TESSA – Salle tactique

Je la regarde.

Et d’un coup, tout s’aligne.

Pourquoi elle a disparu le 2.Pourquoi elle n’était pas là au petit-déj.Pourquoi même en dormant sous le même toit, je ne l’ai pas vue.

Jade, la stratège. Jade, l’acharnée.Elle et Élodie ont bossé non-stop pour nous amener jusqu’ici.Remonter la trace de Zéero, identifier l’intrus ultime, révéler l’invisible.

C’est colossal.

Je me tourne vers elle, les bras croisés mais le cœur battant.

Et je souris.

« Bon… c’est quoi le plan, petit lynx ? »

Elle lève les yeux vers moi. Un éclat amusé dans le regard.

Et elle répond. Posée. Maîtresse du jeu.

« Cette fois, Élodie sera sur le terrain. »

Je fronce les sourcils, intriguée.

Elle développe :

« Novastem est une ville ultra-technique. Le langage, la posture, le code… tout y est structuré. Élodie est née pour ça. C’est son terrain. Elle parlera leur langue. »

Élodie incline doucement la tête, presque surprise d’être nommée si directement. Mais je vois l’ombre d’un accord dans ses yeux.

Jade continue :

« Soren et toi serez ses gardes du corps. Là-bas, c’est courant. Les profils haut placés se déplacent toujours escortés. »

Je hoche la tête. Classique.Et puis… être le mur humain d’Élodie, c’est un défi que je prends avec fierté.

« Moi, » ajoute Jade, « je serai là en tant qu’associée d’Élodie. L’interface officielle. Elle, le cerveau. Moi, le portefeuille. »

Soren ricane doucement. Moi aussi.

Mais c’est cohérent.

« Maxence sera notre point d’extraction. Silencieux, rapide. Prêt à surgir si ça dérape. »

Il acquiesce sans commentaire. Simple. Clair.

Et enfin, Jade se tourne vers Lysandre.

« Et toi… tu seras notre voix. Celui qui lie. »

Il hausse un sourcil, faussement blasé.

« Tu veux dire la voix dans l’oreillette ? »

Elle hoche la tête.

« Oui. Et l’œil. Tu suivras toutes les caméras qu’Élodie connectera à distance. Tu nous guideras, tu nous alerteras. Et surtout… »

Elle marque une pause. Puis, avec un sourire presque tendre :

« …quand ce sera fini… quand on aura capturé Zéero vivant… on diffusera un dernier message. Celui de CryX. »

Elle se tourne vers lui, lentement.

« Un message d’espoir. Une fracture dans le masque. Un signal clair que la vérité ne se cache plus. »

Elle sourit.

« Et j’aimerais que ce soit toi qui l’écrive. Que tu leur composes une chanson pour l’occasion. Une vraie. Une belle. Une qui reste. »

Lysandre reste interdit une seconde.

Et moi, je le regarde.Parce que je sais ce que ça veut dire, pour lui.Et parce que je sais ce que ça dit, de Jade, de laisser une touche finale aussi humaine à un plan aussi chirurgical.

Je souris.

Et je sais qu’on est prêts.

Pas juste pour la mission.

Mais pour ce que ça représente.

Changer la fin.