Dans l'Ombre de ta Lumière

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Summary

Une espionne meurtrie, une tueuse farouche et une prisonnière bloquée par son passé, verront leur destin lié, alors qu'une ancienne prophétie plane sur la couronne d'Irenya. Un peuple oublié sème le trouble dans les trois Royaumes, contraignant leurs souverains d'unir leurs forces malgré leurs différends afin de lutter contre le chaos... Et si le seul moyen de rétablir la paix était... d'anéantir la magie ?

Genre
Fantasy
Author
Léana
Status
Ongoing
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue

Ilyrion n'avait jamais été aussi bruyante. Les enfants, habillés comme les jours de prières, jouaient aux chevaliers et à la guerre. Dérangeant les boulangers, qui étalaient leurs meilleures pâtisseries. Troublant les forgerons, prêt à présenter les lames les plus fraîches. Agaçant les couturiers qui avaient soigneusement plier leurs capes et leurs tissus.

C'était la première fois depuis plusieurs décennies que la capitale n'avait pas eu pareille visite, alors les enfants aussi, souhaitaient en profiter.

A l'intérieur du palais, cette énergie émanait dans chaque pièce.

En cuisine, la vapeur des viandes réchauffait les cœurs, les épices volaient comme de la poudre de fée, et les marmites en ébullition grondaient comme un Dieu en colère.

Sous les voûtes des chambres, les servantes préparaient les lits et lavaient le sol. Au cœur de la salle de réception, les tables étaient montées et la vaisselle était déjà disposée, au cas où ils voudraient manger tout de suite.

Et au centre de la salle du trône, les gardes laissaient entrer les nobles et quelques villageois chanceux pour assister à ce spectacle.

Au sommet du château d'Ilyrion, dans ses appartements, le Roi Zevaran, entouré de ses conseillers Kaspian et Kayn, ainsi que de sa couturière Imelda, de son écuyer Rolland et du barde silencieux, se préparait à recevoir ces invités tant attendus.

La jeune couturière effleura la main du Roi en enfilant ces manchettes, la chaleur se répandant sur ses joues comme une fièvre fulgurante. Ne lui accordant aucun regard, Zevaran tendit l'oreille vers l'extérieur.

- Ils ne doivent plus être très loin... Devina le Roi.

- Oui votre majesté, confirma son plus fidèle conseiller Kaspian.

Ce jeune homme d'une trentaine d'années, avait été fidèle au Roi depuis leur victoire à la Guerre des Frontières. Il avait été chevalier, puis conseiller personnel du Roi, suite à ces prouesses.

Kayn qui avait toujours valu une grande jalousie à Kaspian s'égosilla :

- Allons-nous commencer par la réunion, votre majesté ?

- Nous ? Répondit le Roi d'une voix bien trop calme.

Dans le reflet du miroir il lança un regard noir à Kayn, qui s'étaient placé en retrait par rapport à Kaspian. Le Roi se tourna face à lui.

- Pensez-vous avoir une place auprès de deux autres Roi ? Demanda-t-il avec dédain.

Kayn baissa la tête, son cœur se serrait chaque jour de plus en plus, lorsqu'il réalisait que son Roi ne lui accordait plus autant d'importance.

- Je m'occupe des alliances établies dans le Royaume je pensais que... commença-t-il.

- Vous pensiez que, quoi, Kayn ? Vous vous chargez des alliances ici à Irenya, pas à Poldrac ni même à Theris, trancha le Roi en reportant son attention à son reflet.

Un grand silence s'installa dans la pièce, avec comme seul bruit, le crissement de la plume sur le parchemin.

- Personne n'assistera à la réunion messires ? Demanda le barde.

- Personne, les Roi respectifs de Poldrac et Theris garderont simplement leurs capitaines de garde, mais derrière la porte, conclut le Roi Zevaran.

Une fois le dernier détail de sa tenue en place, il se leva et scruta son reflet. Son allure lui donnait un sourire espiègle. Zevaran était un homme de grande taille,musclé, rasé de près pour marquer sa jeunesse qui charmait les femmes.

Son col d'officier échancré lui donnait un air hautain.

Chaque détail était réfléchi et analysé. Lui et sa couturière avaient passé leur journée - depuis l'envoi de la missive - à concocter la tenue parfaite. Si bien que sa femme, la Reine Serenya, pensait qu'ils entretenaient une relation privilégiée.

Lorsqu'elle partait le soir, le Roi lui demandait de dessiner des nouvelles versions de tenues pour le lendemain matin. Imelda n'avait donc pas beaucoup dormi ces derniers temps.

La tenue était essentiellement en cuir noir, avec sur les extrémités, des décorations dorés. Une ceinture brune entourait sa taille imposante. A droite de son épaule, reposait une plaque d'or avec des décorations précises de feuilles et de fruits typique d'Irenya. A gauche, une majestueuse cape rouge reliait les deux parties en une fibolle au symbole du Royaume; un soleil.

Rolland, son écuyer, lui apportait la touche finale à son allure ; son épée, qu'il s'empressa de ranger dans son fourreau, attaché à sa ceinture.

Il prit le temps d'observer l'allure qu'il renvoyait une dernière fois, un sourire en coin.

Les fenêtres grandes ouvertes par ce temps d'été, la douce brise entrait dans l'espace caressant les visages comme une mère aimante. On sentait d'ici le pain chaud des boulangers. Zevaran ferma les yeux et profita de cette odeur réconfortante.

Soudain de grands rires nerveux se firent entendre, les bruits de pas précipités des villageois résonnaient comme le bruit des sabots. Les trompettes retentirent, annonçant l'arrivée du Roi de Theris.

Zevaran descendis de son piédestal, et fit claquer ses talons sur le sol, s'éloignant peu à peu de ces appartements il dit d'une voix lointaine :

- Je vous paierai très vite Imelda.

Il descendit les marches de son palais plus vite qu'il ne l'avait jamais fait.

- La reine est-elle prête ? Demanda-t-il.

- Oui votre majesté, elle vous attend dans la salle du trône, répondit Kaspian.

Les jours de fête, des dizaines de mètres de tables surplombent la salle pour asseoir les nobles et les villageois, devant les deux trônes. Sa femme, la Reine, adorait particulièrement ces évènements. On faisait venir des dramaturges exposant leur pièces de théâtre, au milieu des tables, de la musique s'élevait, l'on buvait et chantait. Les villageois mangeaient à leur faim, même les enfants y étaient invités. Ils étaient évidemment excusés à l'école le lendemain.

Zevaran s'approcha de sa femme, d'une beautée éclatante. Ces cheveux étaient relevés en un demi-chignon haut laissant tomber tout autour de ces épaules ces longs cheveux bruns. Ces yeux verts scrutaient son mari qui déposa un baiser sur son front. Sa robe assortie aux couleurs de son Roi laissait apparaître un ventre arrondie y posant une main protectrice. Ils échangèrent un regard bref, passant du vert au bleu, et Zevaran alla s'asseoir sur son trône orné d'or.

L'instant d'après, les grandes portes s'ouvraient, les trompettes vibraient dans l'air, et une première bannière entrait, représentant un arbre, pour le Roi de Theris. Flegmatique et théâtrale, il balayait de son œil clair et méprisant les petit-gens de la cour. Sa couronne d'argent reposait sur une touffe de cheveux usée. La tension sur son front accentuait son mépris et lui donnait un air constamment énervé. Son nez aquilin assurait sa sévérité, et les rides autour, ainsi que sa barbe blanchissante marquait un âge avancé. Parfois une ombre de sarcasme se dessinait au coin de ces lèvres.

Il s'approcha des trônes et gravit les quelques marches pour se diriger vers la main de la Reine.

- Votre majesté, dit-il après un baise-main digne de ces contrés.

S'éloignant, il fit un signe de tête à Zevaran qui ne daigna répondre. Edvaron de Theris descendait les marches royales, se plaçant juste devant Zevaran.

Il n'avait jamais entretenu de réel amitié avec ce Roi, il ne le détestait pas cependant, car ils étaient souvent en accord sur certains sujets.

Les trompettes se stoppèrent pour laisser entrer les tambour menaçants accompagné de maracas pour représenter le bruit des serpents, que Poldrac tenait en bannière. Et au milieu de ces gardes armés jusqu'au cou, pique pointu vers le haut, le Roi Varek de son regard malin avançait, accompagné d'une jeune fille.

Varek était un homme charmeur. A l'inverse d'Edvaron, il souriait aux gens du peuple, plus précisément aux femmes. De son vêtement beige et léger, Varek avançait nonchalamment jusqu'aux marches où il se planta là.

- Tu ne daignes plus descendre de ton piédestal Zevaran, la couronne est-elle trop lourde ? Demanda le Roi de Poldrac plein de sarcasme.

Edvaron scruta Varek d'une drôle de façon. Il n'aimait pas particulièrement le dirigeant de Poldrac, il le trouvait trop familier pour un Roi et trop nonchalant.

- Heureux de te revoir aussi, mon ami, répondit Zevaran en se levant de son trône.

- Ah je t'en prie, ne prétends pas que nous sommes ici pour des réjouissances ! Dit Varek de son regard brun prêt à défier le Roi d'Irenya.

Ces paroles animèrent la salle de chuchotements stridents, faisant l'effet de mille serpents. Le barde dans son coin grattait la scène se déroulant sous ses yeux, sur le papier.

Zevaran soupira, il ne voulait rien dire au peuple pour le moment. Contrôlant au maximum son expression faciale, il descendait les marches pour saluer Varek. Son regard croisa celui de la fillette, de petite taille, avec déjà une mine froide et maligne...

- Qui est la jeune personne qui t'accompagne ? Demanda Zevaran, se doutant de la réponse.

- Ma deuxième fille, Kaya, princesse et héritière du trône de Poldrac, répondit-il ces iris envoyant des éclairs à Zevaran.

Après dix années, cette bataille chauffait toujours le sang du Roi de Poldrac, il avait perdu des terres, mais pas seulement ; sa fille aînée, qui savait se battre, à l'âge de onze ans, comme n'importe quel chevalier. Depuis Zevaran soupçonnait Varek de manigancer une nouvelle attaque pour reprendre ce qu'il eut perdu.

Mais il n'y avait plus de temps pour bataillé, il fallait unir les trois Royaume contre la menace grandissante.

- Ravi de faire votre connaissance princesse, dit Zevaran en s'obligeant une révérence.

- De même, votre majesté, répondit-elle.

- J'avais espoir de la marier à ton fils... Dit Varek toujours avec cet air désinvolte.

- Mon fils n'est pas encore né, ricana Zevaran, et puis qui sait ? Ce sera peut-être une petite fille ?

- C'est pourtant ce que tu voudrais non ? Un fils ? Demanda t-il d'un air provocateur.

- Avoir été fait Roi ne me donne pas la certitude que les Dieux m'accordent un fils...

- Surtout quand ce Roi l'est devenu par la force, lança Varek d'un ton cinglant.

Le silence résonna comme un hoquet de sanglot dans la salle du trône. Les nobles et les villageois s'échangèrent des regards discrets remplis d'un souvenir qu'ils auraient préféré oublier.

Le seuil de tolérance du Roi d'Irenya chutait, ces poings se recroquevillent dans ces mains. Il reprit sa respiration afin de la ramener au calme.

Zevaran croisa le regard d'un villageois qui baissa la tête instinctivement. Faisant naître au cœur du Roi un demi-remord.

- Venez, dit-il d'un ton autoritaire à l'adresse des deux Rois.

Il valait mieux arrêter Varek dans son petit jeu dès maintenant, avant de déclencher une nouvelle guerre entre Irenya et Poldrac.

Les deux Rois s'échangèrent un regard, Edvaron, hésitant, laissa passer Varek abandonnant sa fille derrière lui.

Les trois dirigeants traversèrent le château en compagnie de leurs gardes personnels, en direction de la salle des guerres, où ils prirent soin de fermer chaque fenêtre.

- Maintenant que nous sommes seuls nous allons pouvoir discuter sans sous-entendu, dit Zevaran échangeant un regard à Varek.

- Ca c'est toi qui le dit, répondit Varek.

- Tu nous as fait venir pour une alliance pas vrai ? Demanda Edvaron qui voulait en venir aux faits rapidement.

- Oui, répondit Zevaran heureux du sérieux du dirigeant de Theris.

- A propos du peuple de l'ombre ? Demanda Varek, c'est trop tard j'en ai peur...

Edvaron et Zevaran l'observèrent décontenancé.

- Et pourquoi ça ? Demanda Edvaron en haussant un sourcil de mépris.

- Vous devez le voir pour le croire...

Le Roi de Poldrac se leva, se dirigeant vers la porte, il fit entrer ces deux gardes qui maintenaient fermement un corps encapuchonné. Mains et bras liés.

Zevaran fit un mouvement sur sa chaise, et Edvaron avança son corps en avant.

Varek attrapa le corps pour le faire tomber violemment sur les genoux, dans un clac. Il le contourna, et retira d'un coup sec le capuchon de son visage.

C'était une fille, avec un corps de femme, mais son visage... Son visage n'avait rien d'humain.

Son menton était pointu, ses lèvres pulpeuses et rosées, des pommettes saillantes surplombait son visage, son nez était fin, presque plat avec des fentes à la place des narines, et des écailles naissantes remontant jusqu'à son front élargis s'ajoutant à une tignasse d'écailles ressemblant plus à une énorme queue de serpent. Des oreilles fines et pointues étaient dissimulées parmis cette chevelure écailleuse Ces yeux semblables à des fentes vertes, comme la couleur de ces écailles, restait fixé sur Zevaran.

- Le peuple de l'Ombre c'est reformé, annonça d'un ton grave Varek.

Le Roi d'Irenya était effrayé mais intrigué, il se leva et s'approcha de la chose, qui ne le quittait pas des yeux.

- Vous êtes née comme ça, pas vrai ? Demanda-t-il.

Mais la prisonnière se contenta de le regarder de ces deux fentes vertes en clignant des yeux.

- Il y en a d'autres comme vous ?

Après l'attente de sa réponse, Zevaran observa son ami Varek.

- Elle parle notre langue, affirma Varek qui devina la question du Roi d'Irenya, je l'ai entendu la nuit dernière, réciter un poème de Poldrac.

Varek envoya un puissant coup de pied dans le dos de sa prisonnière, qui toussa de douleur.

- Réponds ! Hurla Varek à la chose.

Elle releva le menton lentement, fixant de ces deux yeux Zevaran.

- Non, répondit-elle avec un accent étrange.

Zevaran ne put s'empêcher de lui envoyer une grande gifle.

- Menteuse, dit-il.

Elle le regarda à nouveau, d'un regard meurtrier, et cracha de sa langue fendue, puis sans rien voir venir, sa queue écailleuse lui servant de chevelure s'éleva dans les airs, elle frappa Zevaran d'un grand coup, le propulsant jusqu'au fond de la pièce. Sous le rire gras de Varek.

- Je crois qu'on va s'amuser, déclara Zevaran en touchant du doigt sa lèvre sanglante.