Acte 1
Je fixai mon reflet dans le miroir pleine longueur de ma chambre, un sourire mi-satisfait, mi-las aux lèvres. Ma robe rouge moulante épousait mes courbes, le décolleté audacieux prêt à capter les regards, un éclat écarlate qui hurlait passion et assurance.
À vingt ans, j’avais de quoi faire des envieuses : populaire à l’université, avec des selfies Instagram qui récoltaient des centaines de likes et des vidéos TikTok où je dansais comme si le monde m’appartenait.
Mes escarpins noirs à talons aiguilles vernis et mon parfum floral musqué complétaient mon armure de séduction. Mais ce soir, comme souvent, je sentais un vide. Les compliments en ligne me flattaient, d’accord, mais ils ne comblaient pas ce creux en moi, ce besoin de quelque chose de plus... primal. Un truc qui me ferait vibrer, pas juste briller.
Mes parents étaient sortis pour un dîner. Ma chambre était un mélange typique : des peluches d’enfance sur une étagère, des posters fanés d’Ariana Grande et BTS, mais mon bureau débordait de palettes de maquillage, de bijoux scintillants, et d’une ring light pour mes lives. Les murs pastel criaient ado, mais mon miroir et mes LED roses hurlaient TikTokeuse.
J’ajustai mes escarpins noirs, sentant leurs talons me donner ce petit boost d’assurance. Mes boucles d’oreilles pendantes en argent scintillaient à chaque mouvement, mon bracelet jonc argenté glissait sur mon poignet droit, et un collier argenté soulignait mon décolleté. Un look simple, mais assez glamour pour faire tourner les têtes.
Jake devait passer me chercher avec ses potes pour aller en boîte. Jake, mon mec, était le genre de gars que toutes les meufs convoitaient : blond, cheveux ébouriffés, yeux bleus perçants, un corps musclé taillé par des années de foot à l’université. À vingt-et-un ans, il avait ce charisme arrogant qui m’avait fait craquer au début. Il adorait m’exhiber comme un trophée, sa “belle brune” qui flattait son ego.
Mais sa possessivité me pesait. Il surveillait mes DM, commentait mes posts avec des cœurs un peu trop insistants, et ses regards jaloux en boîte me suivaient comme une ombre. Ce soir, je savais comment ça se passerait : je danserais, attirant les regards, et Jake oscillerait entre fierté (“C’est ma meuf”) et jalousie (“Pourquoi ce type te mate ?"). Excitant, au début. Maintenant, ça me gavait.
Son appel arriva alors que je vaporisais mon parfum. “Bébé, on sera un peu en retard,” dit-il, sa voix nonchalante. “Les gars traînent, mais je viens bientôt. T’es prête ?” Je roulai des yeux. “Ouais, comme toujours.” Il rit, de ce rire confiant qui me rappelait pourquoi je l’avais choisi. Mais Jake était un paradoxe : fier de ma beauté, il me paradait, mais sa jalousie m’étouffait. Nos nuits étaient tendres, trop tendres, et j’en avais marre. Je voulais être prise sauvagement, pas câlinée comme une poupée.
Je retirai mes escarpins, les laissant tomber près du lit, et m’installai confortablement avant de lancer Wattpad sur mon ordi. Mon petit vice : des histoires smut et kink qui me faisaient vibrer. Je cliquai sur la première, une nouvelle où une fille se faisait gang-banguer par des satyres mi-hommes, mi-boucs.
Les mots défilaient : leurs cornes frôlant sa peau, leurs mains griffues la plaquant au sol, leurs queues épaisses la remplissant sans pitié. Putain, je sentis une chaleur traîtresse s’allumer entre mes cuisses, mon pouls s’emballant. Ces bêtes la prenaient comme une proie, et je me tortillai, imaginant leurs grognements bestiaux, leur force brute me dominant.
La seconde histoire m’acheva : une meuf voyageant dans le temps, emportée par des hommes des cavernes, leurs corps massifs et velus la baisant tour à tour, la remplissant jusqu’à l’extase. Je mordis ma lèvre, sentant mon string s’humidifier. Ces mâles primitifs, avec leur faim animale, étaient tout ce que Jake ne serait jamais. Je voulais être baisée comme ça, sauvagement, jusqu’à en perdre la tête. J’avais besoin de ça – d’être prise, utilisée, sans baratin.
En scrollant sur Youtube pour me calmer, une pub surgit pour Pleistocena Pulse, un jeu de plateforme où une héroïne sexy courait dans une savane sauvage, sur une planète évoquant le Pléistocène terrestre. Elle évitait des fauves, collectait des ressources, et négociait avec des « australopithèques » (ils étaient ainsi désignés) pour leur protection – en échange de noix ou d’outils. Rien d’érotique en surface, juste un jeu d’aventure classique avec des graphismes vifs et une héroïne glamour.
Mais ces australopithèques... Leurs muscles saillants, leurs regards primitifs, leur allure brute me firent frissonner. Influencée par l’histoire des hommes des cavernes, je les imaginai tout de suite comme des amants sauvages, leurs corps durs contre le mien, me prenant sans ménagement. Mon imagination s’emballa, et je cliquai sur le lien.
Le site proposait une version gratuite. Je lançai une partie pour tuer le temps. Première tentative : mon héroïne se fit bouffer par un tigre à dents de sabre. Merde.
Après cet échec, je me redressai sur mon lit et, après avoir enfilé à nouveau mes escarpins pour anticiper l’arrivée imminente de Jake, j’étais prête à retenter ma chance. Je recommençai, plus concentrée. Cette fois, je m’en sortis mieux, négociant des noix avec les australopithèques. Un fauve me coursa et je me réfugiai dans une grotte.
Mais alors que je cliquai, l’écran scintilla, un grondement sourd vibra dans mon ordi, et une chaleur bizarre irradia de l’écran. Mes doigts tremblèrent sur la souris. « C’est quoi ce bordel ? » murmurai-je, un peu moqueuse, mais troublée.
Un vertige me saisit, comme si le sol s’effondrait sous moi. Mes paupières devinrent lourdes, ma vision floue. Tout devint noir.
Je me réveillai allongée sur un talus, la tête lourde, ne sachant pas combien de temps j’avais dormi. Ma robe rouge moulante collait à ma peau, encore intacte, et mes cheveux, miraculeusement, tenaient toujours leur brushing. J’étais assez propre, juste un peu de poussière rouge sur mes bras. Donc j’ai pas dormi longtemps, pensai-je, en me passant une main dans les cheveux. Putain, je suis encore canon, même ici.
Je me levai, chancelante, mes escarpins s’enfonçant dans la terre rouge. Autour de moi, une savane brûlante s’étendait sous un ciel violet, des herbes hautes frôlant mes cuisses, des arbres tordus au loin. L’air moite pesait sur ma peau. C’était irréel, sauvage, comme dans le jeu, mais en bien plus vrai.
Puis, un mouvement attira mon regard. Au loin, un fauve énorme, crocs luisants, me fixait de ses yeux jaunes. Mon cœur s’emballa. Il se mit à courir droit sur moi, ses pattes martelant le sol. « Merde ! » criai-je, paniquée, me lançant en contrebas du talus. Mes talons me gênaient, s’enfonçant à chaque pas, manquant de me faire trébucher.
En bas, je vis des silhouettes trapues – des espèces d’australopithèques, tenant des outils grossiers, comme dans Pleistocena Pulse. Leurs regards brûlants me transpercèrent, et je compris, le souffle court : j’étais à Pléistocena.