Fabio, Enzo Et Le Monde

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Summary

Dans le sud de l'Italie, Fabio et Enzo sont enfermés dans le même internat pour garçons où ils ont cours et dorment durant toute l'année scolaire. Alors que l'un est homosexuel et s'assume, l'autre est hétérosexuel et a une petite amie. Ces deux jeunes hommes vont devoir partager la même chambre et vivre ensemble au quotidien. Mais quand on se lie d'amitié avec quelqu'un et qu'on passe tout son temps avec lui, il y a-t-il des limites qui se franchissent même sans le vouloir ?

Status
Complete
Chapters
25
Rating
4.4 9 reviews
Age Rating
18+

Chapter 1

- J'y crois pas ! Comment peux-tu me faire ça, maman ? C'est à cause de ton crétin de mec, je le sais bien !

- Aligi n'y est pour rien, Fabio, c'est ton comportement de garçon pourri gâté qui en est la cause ! Tu peux n'en vouloir qu'à toi même ! Maintenant, tu prends tes affaires et on y va, c'est quoi ce cirque ?

- Tu me le paieras ! Vraiment, t'as toujours préféré ta chatte à ton gosse ! Tu sais quoi, je suis content de partir, je pouvais plus te supporter de toute façon !

Une claque, voilà ce qu'avait mérité Fabio et Paola n'avait pas manqué cette occasion. Le voilà qui tenait sa joue rosie en la regardant comme on regarde son pire ennemi. Un regard rempli de haine, de désespoir aussi.

Depuis qu'elle s'était séparée de son père, elle faisait n'importe quoi et ne pensait qu'à elle, il n'était peut-être pas plus mal qu'elle le mette à l'internat, même si celui qu'elle avait choisi était le pire de tous : le Mazarello P. Collegio.

On disait partout que celui-ci était le plus stricte de la région, qu'après les cours, les étudiants n'avaient pas le droit de regarder la télévision ni même d'avoir un smartphone, ni rien d'autre pour s'occuper l'esprit, d'ailleurs.

Si Paola avait décidé de le mettre au Mazarello Collegio, c'était avant tout parce que c'était le plus proche et aussi le moins cher de tout Molise et pour eux qui habitaient au sud de Campobasso, c'était l'endroit idéal. De surcroît, l'internat était uniquement réservé aux garçons, ce qu'elle trouvait parfait.

Son fils cachait très bien ses relations et ne disait rien là-dessus, mais elle avait pu découvrir à plusieurs reprises des préservatifs dans ses pantalons. À l'internat, il devrait donc se concentrer sur ses cours et rien d'autre. Pour sûr, cela ne lui ferait pas de mal.

Dans la voiture - cette petite Mazda rouge cabossée plus vieille encore que le jeune homme - en ce magnifique premier septembre ensoleillé, Paola et l'adolescent ne se dirent pas un mot, de toute façon, ces derniers temps, ils ne faisaient rien d'autre que se disputer, pour tout comme pour rien, ils trouvaient toujours une raison valable.

Une fois arrivés devant l'imposante grille du Mazarello P. Collegio, Paola dû prévenir via l'interphone l'arrivée de son fils et c'est Marco Mazanlis, le directeur du lieu en personne qui vint les rejoindre devant la grille, le regard aussi noir et froid que celui d'un gorille affamé.

- Bonjour, mon fils est inscrit ici pour cette année... Fabio Manual... Tout a déjà été réglé plus tôt cette semaine. Je...

- Bien, prends tes valises mon garçon, l'a coupa-t-il, l'air pressé. Merci, madame. Au revoir.

La dame, sonnée et émue, dit rapidement au revoir à son fils mais celui-ci ne lui répondit pas. C'est avec un pincement au cœur qu'elle retourna dans sa voiture, en se demandant si elle ne risquait pas de regretter son choix. Bien sûr qu'il allait lui manquer, mais avait-elle eu le choix ? Il était infernal à la maison et faisait tout pour la faire sortir de ses gonds. Elle n'avait strictement aucune idée ce qui avait pu arriver, elle avait certainement failli à certain égard dans son éducation et le savait. Tout n'était pas de sa faute à lui, non...

Fabio, lui, suivit le directeur avec une certaine appréhension. Il allait donc passer une dizaine de mois ici, jusqu'aux vacances d'été, puisque sa mère n'avait pas trouvé bon de le faire revenir pour les fêtes de Noël. Dieu qu'il la détestait...

- Ta chambre se trouve au quatrième étage. Voici la clé de celle-ci. La porte doit toujours être fermée à clé lorsque vous quitter votre chambre.

Les cours débutent à neuf heures précises. Tâche d'être à l'heure et de mettre l'uniforme de l'établissement. Des questions ? Lui dit plutôt froidement l'homme à la moustache.

- Non, monsieur, ça me semble clair, répondit-il en regardant autour de lui, certain de déjà détester le lieu et accessoirement cet homme.

- Bien. Je préfère que cela le soit, en effet.

Tout était bien trop carré, bien trop propre, bien trop gris, bien trop en pierre. Oui, Fabio haïssait déjà cet endroit, autant de l'intérieur que de l'extérieur, il y faisait froid malgré la chaleur de l'été et ça sentait le renfermé.

Il monta néanmoins les escaliers avec ses deux valises et lorsqu'il fût enfin arrivé à bout de souffle devant sa chambre, se laissa tomber sur le sol quelques instants afin de se reprendre, le dos contre la porte.

Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il ne serait pas seul dans cette pièce. Personne n'avait jugé bon de le prévenir du fait que les chambres étaient toujours occupées par deux étudiants.

Il l'apprit lorsqu'un garçon décida d'ouvrir brusquement la porte, ce qui le fit tomber sur le dos, les yeux subitement fixé sur la personne avec laquelle il allait devoir partager sa vie de prisonnier, du moins, c'était comme ça qu'il se voyait depuis son entrée dans ce soi disant internat.

- Oh putain ! S'exclama-t-il, honteux de se retrouver dans cette position.

- T'es qui toi ? Demanda le garçon, étonné de le voir coucher sur le sol, surtout qu'il ne l'avait jamais vu auparavant.

- Je suis nouveau, je viens d'arriver... Répondit Fabio en se relevant.

- Tu es supposé être dans cette chambre ? Dis moi que je me trompe et que tu dormais juste devant ma porte par pur hasard...

- C'est bien dans cette chambre que je vais souffrir pendant dix mois, oui... Vive l'accueil.

Ce garçon était vraiment supposé être son colocataire, sérieusement ? Fabio se demandait déjà pour qui il se prenait. Non seulement il l'avait clairement fait tomber, mais en plus il se plaignait déjà presque de sa présence. Quel culot.

- Fais chier, pour une fois que j'avais l'espoir d'avoir une chambre seul ! Merde, j'en ai marre d'avoir des colocataires qui viennent gâcher ma tranquillité !

- Tu es ici depuis longtemps ?

- Je suis arrivé il y a une heure, mais je suis dans l'internat depuis mes douze ans... Répondit l'ancien en s'asseyant sur son lit.

- Merde, on dirait l'Enfer ici... La chambre est toute petite en plus.

- Tu n'as encore rien vu. Bref, à droite, c'est mon lit et tu n'as pas intérêt à toucher à mes affaires. Si tu me voles quoi que ce soit, je te tue.

Fabio décida de sourire face à cette menace. Franchement, il ne lui faisait pas peur, au contraire. Le garçon ressemblait davantage à un mannequin qu'à un truand, clairement.

- Enchanté, moi aussi... Excuse-moi mais où est la salle de bain ? J'aimerais me changer.

- Au fond du couloir, on en a pas dans la chambre. La salle de bain est commune. On a juste des toilettes ici dans la chambre et ta franchement pas intérêt à laisser ta merde dedans... Répondit son nouveau colocataire avec une froideur imparable.

- Tu pourrais peut-être cesser de me menacer, non ? Tu t'appelles comment ?

- Enzo.

- Moi c'est Fabio...

- Tu veux une médaille ? Je m'en fou de comment tu t'appelles. Je suis pas ton pote et je ne compte pas l'être.

Fabio décida de ne plus parler à l'autre jeune homme, bien trop antipathique pour lui. Il préféra mettre l'uniforme de l'internat ou plutôt l'immonde ensemble gris et bordeaux qu'il allait devoir porter chaque jour.

Enzo, son camarade de chambre ne lui inspirait rien de bon. Il n'était franchement pas accueillant, même si ce garçon était délicieusement beau et que si les circonstances avaient été différentes, il n'aurait pas été contre le fait d'en apprendre plus sur lui ou sur son anatomie. C'était clairement pas de chance.

Mais ce personnage peu sympathique était forcément hétérosexuel, on ne faisait pas plus "straight" que ce type là. Lui, par contre, assumait totalement son homosexualité, sauf avec sa famille, à qui il n'avait jamais rien dit sur le sujet. Cela ne l'avait pas empêché d'avoir trois petits amis en une année et maintenant qu'il était célibataire et qu'il était enfermé en "prison", il allait devoir se rabattre sur... Personne et cela le déprimait déjà.

Fabio avait ce besoin de plaire, d'être aimé et ce n'était certainement pas dans cet internat pour garçons difficiles qu'il allait trouver son bonheur. Certains ici étaient là pour corriger leur comportements dangereux...

- Au fait, Cendrillon, il va falloir que tu enlèves le fond de teint que tu as sur la tronche si tu veux pas que les autres te fassent des ennuis... Lui dit Enzo, l'air moqueur, avant de sortir de la chambre.

- C'est pas du fond de teint, c'est de la crème de jour qui donne un effet bonne mine et...

- La ferme, c'était juste un conseil, sourit le bellâtre en le laissant seul.