La Vision d'Endymion

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Summary

Du rêve à la réalité, un poil de bouc nous sépare ! À l'aube d'une étrange journée, une douce mélodie s'élevait du mont Cithéron, une montagne de la belle Grèce ; Endymion, un jeune chevrier, décida de percer l'origine de cette musique ensorcelante... "La vision d'Endymion" est une libre adaptation du mythe de "Endymion et Séléné"

Genre
Fantasy
Author
Patrice
Status
Complete
Chapters
1
Rating
n/a
Age Rating
16+

La vision d'Endymion

Patrice Martinez

La vision d’Endymion

Histoire courte

Libre adaptation du mythe de Endymion et Séléné

Phanès-éditions

ISBN : 979-10-91877-50-3

illustration : Ubaldo Gandolfi - Séléné et Endymion -

Propriété intellectuelle © janvier 2016 nouvelle édition de Phanès-éditions

Martinez Patrice

01, allée des Monts d’Olmes 31770 Colomiers (France)



Issue de la mer Égée, une fougueuse brise d’Éole remontait le flanc nord du mont Cithéron. Des baies, accrochées aux pieds des conifères, frissonnaient devant l’ardeur du seigneur du vent. Les rafales louvoyaient entre les blocs rocheux et glissaient sur les pâturages, avant de s’essouffler, freinées par le Parnasse, un pic du Cithéron. Mes pieds s’ancraient sur une ondoyante prairie, d’où je savourais cette fraîcheur printanière. Le pétulant Dionysos Maimonénos, Dionysos le Fou, se cachait au sein de notre fertile Béotie. Un panorama à vous couper le souffle se dressait devant moi : cernée au Ponant par le mont Hélicon et au Septentrion par le lac Copaïs, la plaine thébaine dévoilait sa splendeur. Enveloppé d’une bruine matinale, le bassin de Cadmos révélait pudiquement sa glèbe fertile ; la féconde déesse Déméter bénissait ces lieux. À quelques stades de là, deux sombres pythons ondulaient entre les champs de blé : les fleuves Oéroé et Asopos amendaient les labours de la Cadmée.

Soudain je sentis une caresse moite effleurer mon cou. Je me retournai et découvris la truffe humide de Pasiphaé, ma douce chienne hellénique. Je caressai son poil ras, à la robe noire et feu. Je perçus des chevrotements vigoureux, suivis d’une bataille à coups de cornes : à quelques pas de là, deux chèvres réglaient leurs désaccords d’une manière belliqueuse. Leur joute orchestrait un ballet ; les bêtes s’intimidaient, se cabraient afin d’impressionner la rivale, et achevaient cette chorégraphie sauvage par un combat de cornes. J’ordonnai à la fougueuse Pasiphaé de régler au plus vite ce litige de caprins. La chienne bondit, mordilla les pattes des chevrettes, et en moins de deux respirations rétablit le calme au sein du troupeau.

Au Levant, le bouclier solaire montait à l’assaut de la voûte céleste. Par la grâce d’un Hélios flamboyant, les ombres allaient en décroissant. Les écharpes nuageuses nimbaient l’âtre astral : Néphélé, la déesse des nuées, prenait soin de son rayonnant protégé.

Devant cette émergence ardente je m’assoupis, laissant le troupeau au bon soin de ma chienne Pasiphaé…

***

Une mélodie envoûtante perturba mon sommeil ; tel l’envol d’un papillon, mon âme fut troublée. Le son magique d’un syrinx flotta au-dessus des conifères, et des éclats de rire fusèrent des sous-bois : les Hyléores, les nymphes des sapins, décidèrent de me séduire. Le corps imprégné des dernières vapeurs de Morphée, la divinité des songes, je me levai, déterminé à éclaircir ce mystère. J’escaladais le versant ; des arbustes soumis à la vigueur du vent penchaient leurs ramilles vers les eaux capricieuses d’un torrent. Durant mon ascension, le chant mélodieux du ruisseau m’accompagnait ; ses eaux limpides s’écoulaient vers le plateau béotien, embrumé des dernières vapeurs matinales. Sur la crête du Cithéron, les trois pics du Têtes du Chêne se drapaient d’un manteau nuageux.

Sous l’ivresse de la flûte de Pan et des gloussements des nymphes des bois, je grimpais vers l’inconnu, comblé par le spectacle de la création…

Entre la frondaison des grands arbres, l’éclat de l’impétueux coursier solaire Phaéton perturbait mon allure. Les galets laissaient place à des rochers imposants ; le minéral recouvrait les flancs du Cithéron, tel le drapé rugueux des statues grecques, réalisées par d’habiles ciseleurs. Après quelques gouttes de clepsydre, le terrain dévoila son derme rocailleux. Le sentier escarpé se jouait de mes pas. Le chant des sirènes devenait ensorcelant, la mélodie s’agriffait à mes entrailles. Engourdi par les voix suaves des mystérieuses magiciennes, je poursuivais ma quête, inconscient du drame qui allait s’y jouer…

***

Je pénétrais dans un antre, dont la gueule ténébreuse en aurait fait reculer plus d’un. Chants, rires et musique s’étaient tus ; un silence austère prit ses aises, une invisible Harpie prête à vous consumer d’images oniriques. Le bruit de mes pas se répercutait dans le ventre de Gaïa, la Terre-Mère. Parvenu du sommet d’une faille, un mince rai de lumière perçait cette sombre cavité et rayonnait sur quelques rochers, accrochés à même une terre meuble ; juste de quoi révéler la dimension géologique de dame Nature. Malgré le peu de clarté, je m’enfonçais dans un clair-obscur. Au fur et à mesure de ma progression, mes yeux s’acclimatèrent à la lumière ambiante. La cavité baignait dans une lueur bleutée, m’offrant une vision lugubre du domaine des Hadès. La caverne s’enchâssait dans les entrailles de la montagne sur une vingtaine de pas. Je ne discernais aucune preuve d’une quelconque présence humaine ou animale, et pourtant des chuchotis s’élevèrent du sol et ricochèrent sur la voûte de la grotte. Les murmures prirent de l’ampleur ; j’entendis des éclats de rire fuser de toutes parts. Le son envoûtant de la flûte reprit son envol et s’accoupla à l’allégresse des invisibles conspiratrices. Je me tournais et me retournais sans cesse afin de dévoiler le repaire des malicieuses oréades1.

Au détour d’un gros rocher, j’eus enfin la réponse que j’attendais : assis à même la terre, un mystérieux Faune jouait du syrinx. À l’image de Pan, le grand satyre, un duvet platine recouvrait son corps d’éphèbe, surmonté par deux superbes cornes de bouc à l’impressionnante cambrure. À ses côtés, deux splendides jeunes filles dodelinaient de la tête. Le menton blotti contre le bloc minéral, je restais captivé par cette surprenante chorale. Le Sylvain bombait le torse et jouait une mélodie lancinante. Le son se fit crescendo, et le rythme s’accentua. Telles les mèches serpentiformes de la terrible Gorgone Méduse, la chevelure des jouvencelles ondoyaient dans l’air ambiant ; deux sublimes créatures immergées dans un halo bleu Améthyste.

La plus jeune des nymphes surprit mon regard et m’invita à cette surprenante festivité. Empli d’ardeur rythmique, le satyre poursuivait sa représentation musicale. Je me suis donc uni à ce joyeux trio faunique, le cœur et l’âme assoiffés de poèmes et de chants…

Nous nous lançâmes sur des péans2 en l’honneur d’Apollon et de Dionysos Zagreus. Tels les Corybantes3 dansant autour du berceau de Zeus, ont dansé et s’égosillaient jusqu’à en perdre la voix. Oublieux de ses fonctions, le seigneur Chronos avait suspendu sa clepsydre : les gouttes d’eau se figèrent au cœur de l’ingénieux système hydraulique…

***

Un grand coup de langue vint m’arracher du domaine des Oneiroi, les divinités des rêves. Au-dessus de ma chienne Pasiphaé, les rais du Titan Hypérion, le soleil, perçaient la frondaison du bosquet où je m’étais réfugié, en proie à une immense léthargie ; l’astre flamboyant arrivait à son zénith. Le corps reposé et l’esprit léger, je me relevai et rejoignis le troupeau. Les chèvres broutaient le vert pâturage en toute placidité. L’œil vif et la patte fougueuse, Pasiphaé fonça vers une biquette indocile. L’intrépide chienne réussit en quelques gouttes de clepsydre à ramener l’insoumise au sein du troupeau.

Pendant que mes dernières chimères me revinrent en mémoire, je me grattouillai le front, d’où deux petites cornes commençaient déjà à pointer. Sous ma tunique, une insolite queue de caprin frétillait : manifestation d’un bien-être pastoral. Je tournai mon regard vers le mont Cithéron ; les trois pics du Têtes du Chêne s’enveloppaient d’une pelisse neigeuse. Je restais bouche bée devant tant de beauté de notre dame Nature…

***

La nuit tombait et le firmament exhibait sa rivière de diamants : les étoiles scintillaient sur le velours sombre du ciel, offrant une céleste parure à la pleine lune Séléné.

Soudain j’entendis le chant envoûtant des cithéronides, les nymphes de la majestueuse éminence rocheuse, leur mélodie me décontenançait et me désorientait ; en proie à d’ardentes pulsions, je raclai mon sabot sur le derme de la verdoyante Gaïa, notre terre-Mère. De la plus profonde grotte du Cithéron, les nymphes m’invitaient à un fastueux banquet.

Depuis ce jour, les Dionysies n’ont eu de cesse de me hanter…



DOCUMENTATION

- Le dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio, numérisé sur le site Internet de l’Université de Toulouse le Mirail, France ;

- Le site Gallica ;

- La revue Kernos ;

- Le réseau Internet ;

1. Nymphes des montagnes et des bois

2. Poèmes

3. Divinités crétoises protectrices du berceau de Zeus