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Rules Of (Fake) Attraction

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Summary

Quand May Wilson, une boule d'énergie incapable de rester discrète plus de trois secondes, découvre que son ex participe à un concours de couples parfaits organisé par leur fac, elle fait la seule chose logique (selon elle) : convaincre Ethan Blake, le mec le plus grognon et antisocial du campus, de prétendre être son petit ami. Sauf qu'Ethan déteste les plans, les gens, et encore plus les filles bruyantes avec des pulls à paillettes. Et May, elle, déteste les gens trop sûrs d'eux, coincés, et qui n'ont jamais ri d'un mème de leur vie. Mais face à un prix qui pourrait changer leur semestre (et accessoirement sauver le dossier scolaire d'Ethan), ils signent un accord : un faux couple, des règles strictes, et surtout aucun sentiment. Spoiler : c'est évidemment la seule règle qu'ils vont briser.

Genre
Romance
Author
emmhrv
Status
Complete
Chapters
30
Rating
4.7 6 reviews
Age Rating
16+

Règle N° 01 : Ne jamais recruter ton plan B un lundi matin.

Le lundi matin a une odeur.

Pour moi, May Wilson, cette odeur est un mélange complexe de café trop infusé, de gazon fraîchement coupé par les jardiniers du campus, et de la laque “Fleur de cerisier et Paillettes” que je vaporise en nuage toxique dans mon appartement chaque matin. Normalement, c’est une odeur d’opportunité. Une nouvelle semaine, de nouveaux algorithmes sur Instagram, de nouveaux défis marketing à relever, et peut-être, si les dieux de la caféine sont cléments, une note passable à mon cours de statistiques avancées. Mais ce lundi-là, l’odeur est différente. L’air est lourd, imprégné d’une quatrième note olfactive, bien plus sinistre : la panique pure. Je suis plantée là, figée au milieu de l’allée principale du campus de Willow Creek University. Autour de moi, la vie universitaire bat son plein. Des étudiants en pyjama courent pour attraper leur cours de 8h, des groupes de la fraternité Delta Chi lancent un frisbee avec une énergie agressivement matinale, et le son lointain d’une fanfare massacrant Don’t Stop Believin’ flotte dans l’air. Je ne vois rien de tout cela. Ma vision est verrouillée sur l’épicentre du tremblement de terre qui vient de dévaster mon équilibre mental : le panneau d’affichage principal, juste à côté de l’entrée de la bibliothèque. Il n’était pas là vendredi. Il est là, maintenant. Un poster gigantesque, d’un rose si vif qu’il en est presque violent, plastifié et brillant sous le soleil d’automne. En lettres bouclées dorées, il proclame :

LE GRAND CONCOURS ANNUEL DU COUPLE PARFAIT DE WILLOW CREEK ! Vous pensez avoir l’alchimie ultime ? Prouvez-le ! Un prix de 5000$ et la couverture du magazine des anciens élèves à gagner !

Cinq mille dollars, je murmure, mes yeux s’écarquillant. C’est le montant exact dont j’ai besoin pour financer mon stage d’été à New York.

C’est ma chance de prouver à mes parents que mon diplôme de marketing avec une mineure en “Stratégie des médias sociaux” n’est pas une blague. Et puis, je vois la photo. Ce n’est pas une photo générique. C’est une photo d’eux. Enfin, pas nous. C’est lui. Alex. Mon ex-petit-ami depuis exactement quatre mois, trois semaines et deux jours. Alex, avec ses cheveux blonds parfaitement décoiffés, son sourire de publicité pour dentifrice et son pull en cachemire (que je lui ai offert). Et à côté de lui, ce n’est pas moi. C’est Serena. Serena Vane. La fille qui non seulement m’a volé le poste de présidente du club de débat l’année dernière, mais qui a aussi, apparemment, volé mon petit ami. Et maintenant, ils sont là, souriant, enlacés, leurs têtes inclinées l’une vers l’autre dans une démonstration écœurante de bonheur conjugal. Ils sont le “couple exemple” de l’affiche. Mon sang se glace, puis se met à bouillir, le tout en moins de trois secondes.

Oh, non, je lâche, ma voix un couinement étranglé.

Non, non, non, non. Je sors mon téléphone, mes doigts tremblants glissant sur l’écran déverrouillé. J’ouvre mon groupe de discussion avec ma colocataire, Zoe.

Moi (08:17) : CODE ROUGE. CODE ROUGE ÉCARLATE.

Moi (08:17) : ILS L’ONT FAIT.

Moi (08:18) : ALEX-LE-TRAÎTRE ET SERENA-LA-VIPÈRE SONT L’IMAGE DU CONCOURS DE COUPLES.

Moi (08:18) : JE RÉPÈTE. ILS SONT LE VISAGE DE L’AMOUR SUR LE CAMPUS.

Moi (08:19) : Je vais vomir des paillettes.

La réponse de Zoe est immédiate.

Zoe (08:19) : Quoi ? L’affiche est sortie ?

Zoe (08:19) : Attends, ils vont participer ?!

Moi (08:20) : Bien sûr qu’ils vont participer ! Ils sont l’affiche ! Ils vont gagner ces 5000$ et ils vont rire de moi depuis la couverture du magazine des anciens, pendant que je serai coincée ici à vendre des smoothies au café du campus l’été prochain !

Zoe (08:21) : Respire, May. C’est juste un concours stupide.

Moi (08:21) : C’EST MON AVENIR, ZOE. ET MON HONNEUR.

Je range mon téléphone, la poitrine oppressée. Ce n’est pas juste le stage. C’est l’humiliation. Alex, qui m’a quittée parce que j’étais “un peu trop chaotique” (ses mots), va maintenant gagner un prix pour être “parfait” avec quelqu’un d’autre.

Je ne panique pas, je me dis à voix haute, une phrase qui est devenue mon mantra personnel. J’improvise avec style.

Sauf que mon style vient de prendre une claque monumentale. J’ai besoin d’un plan. Et j’en ai besoin maintenant. L’ironie, c’est que j’ai passé tout le week-end à chercher un plan. La panique de ce lundi matin n’est que le point culminant d’un week-end désastreux. L’idée m’avait germé vendredi soir. Après avoir vu la première story Instagram de Serena mentionnant “un grand projet” avec Alex, j’avais eu un pressentiment. J’avais décidé qu’il me fallait un “plus un” pour la soirée de la fraternité Sigma Chi, juste au cas où. Mon premier choix, Ben “le Mignon” de mon cours de statistiques, avait été un échec. Je l’avais abordé après le cours, avec ce que je pensais être un sourire charmeur.

Hey, Ben ! Tu aimes les… soirées ? Ben, qui ressemble à un golden retriever humain, avait cligné des yeux.

Les soirées ? Comme… les fêtes ?

Oui ! Et si, hypothétiquement, tu voulais venir à celle de Sigma Chi avec moi demain ? Juste pour… tu sais, être là ? Ben avait ri. Un rire sincère et amical.

Oh, May. T’es marrante. J’ai un groupe d’étude demain. On révise le chapitre 4.

Je n’étais pas marrante. J’étais désespérée. Échec numéro un.

Le samedi soir, j’avais mis le paquet. Robe à paillettes, maquillage impeccable, et une détermination de fer. La soirée Sigma Chi était bondée, sentait la bière bon marché et les mauvaises décisions. J’avais passé deux heures à essayer d’engager la conversation avec n’importe quel être humain masculin, célibataire et respirant. J’avais repéré Liam, le capitaine de l’équipe de football. Il était grand, musclé, et avait l’air… disponible.

Salut ! avais-je crié par-dessus la musique.

Tu t’amuses ? Liam m’avait regardé, puis avait regardé son verre.

Tu veux une bière ?

Non, merci, je…

C’est à ce moment-là qu’un type m’avait bousculée par-derrière. Mon verre (un soda au gingembre, je ne bois pas en mission) s’était envolé et avait atterri directement sur le t-shirt blanc immaculé de Liam. Il y avait eu un silence, puis un long soupir.

Cool, avait dit Liam, avant de me tourner le dos pour trouver des serviettes.

Échec numéro deux.

Le dimanche avait été consacré à la solution moderne : les applications de rencontre. Assise sur mon canapé, enroulée dans un plaid, j’avais “swipé” avec une frénésie de fin du monde. J’avais baissé mes standards de « Grand, brun et spirituel » à « Possède une voiture et ne vit pas chez ses parents ».

Après une heure, j’avais obtenu un « match ».

Tim, 23 ans.

Spécialité : Histoire.

Biographie : « J’aime les longues promenades à la bibliothèque »

Pas terrible, mais ça fera l’affaire, pensai-je.

J’ai envoyé un message : « Hey Tim ! Fan d’histoire, hein ? Tu savais que… » Il répondit instantanément. « Salut May ! C’est Tata Jeanine qui t’a dit de t’inscrire là-dessus ? Dis à ta mère que j’apporterai la salade de pommes de terre dimanche. »

C’était mon cousin.

Mon cousin Tim.

J’avais jeté mon téléphone sur le canapé et j’avais crié dans un coussin.

Échecs numéros trois, quatre et la totalité de l’alphabet.

Et maintenant, ce lundi matin, l’affiche.

L’univers ne se contentait pas de me dire que j’étais seule ; il l’imprimait en format A0 et le plastifiait.

Non, je répète, ma voix plus ferme cette fois.

Je regarde de nouveau l’affiche, les sourires satisfaits d’Alex et Serena.

Vous n’allez pas gagner. Ni le concours, ni le stage, ni mon honneur.

J’ai besoin de quelqu’un. Pas d’un “match” Tinder. Pas d’un sportif maladroit. J’ai besoin de quelqu’un de fiable. Quelqu’un qui comprendrait que c’est une transaction. Une mission. J’ai besoin de quelqu’un qui n’a aucune chance de développer des sentiments.

J’ai besoin d’un plan B.

Un plan C.

Un plan Z.

Mon regard balaie le campus. Et puis, l’idée me vient. Il n’y a qu’une seule personne sur ce campus qui déteste les gens, les concours et les couples parfaits encore plus que moi en ce moment. Une personne qui est l’antithèse totale d’Alex. Une personne qui est mon opposé polaire. Je me mets en marche, ma panique se transformant en une nouvelle énergie, plus tranchante. Une énergie alimentée par la caféine, le désespoir et une très, très mauvaise idée. Ma destination : le « Perk Up », le café du campus, seul endroit ouvert avant 9h qui sert du café noir assez fort pour décaper de la peinture. C’est aussi le repaire connu de ma cible.

Le Perk Up est exactement comme dans mes souvenirs : une douce cacophonie. Le sifflement de la machine à expresso, le bourdonnement de dizaines de conversations, et l’odeur de grains brûlés et de muffins aux myrtilles. La file d’attente serpente jusqu’à la porte.

Heureusement, grâce à mon statut d’influenceuse amateur (et à quelques critiques élogieuses sur mon blog ‘MayWilson_MKTG’), je connais la barmaid, qui me fait un clin d’œil et prépare ma commande habituelle. Un grand latte glacé vanille-fraise avec supplément de crème fouettée et paillettes comestibles roses. C’est mon carburant de combat.

Je paie, j’attrape ma boisson aux couleurs d’une licorne, et je scanne la salle. Et je le vois. Dans le coin le plus sombre du café, à la table la plus isolée, dos au mur, se trouve Ethan Blake.

Ethan Blake est une énigme.

Un mythe.

Une légende de campus dont personne ne connaît vraiment l’histoire.

Il est dans le même cours de “Littérature et Société” que moi, mais c’est la seule chose qu’on a en commun. Là où je suis Paillettes et Marketing, Ethan est Encre et Sarcasme. Il porte son uniforme habituel : un sweat à capuche gris anthracite si usé qu’il en est presque doux, un jean noir délavé et des bottes de combat qui semblent avoir, eh bien, combattu. Ses cheveux, d’un noir corbeau, sont une masse indisciplinée qui tombe constamment devant ses yeux. Il a des écouteurs surdimensionnés, agissant comme un bouclier anti-social. Et, bien sûr, il lit. Pas un téléphone. Pas une tablette. Un livre. Un vrai livre en papier, avec une couverture usée et des pages cornées. Je plisse les yeux. L’Étranger de Camus.

Super.

Ethan Blake est mon plan Z. Le “en cas d’apocalypse, briser la glace”. Il est grognon, antisocial et, selon la rumeur, il vit avec un chat noir nommé Poe, ce qui en dit long. Il déteste les gens bruyants (comme moi), les boissons colorées (comme la mienne) et les conventions sociales (comme les concours de couples).

Il est parfait.

Je prends une profonde inspiration, aspirant une bouffée de crème fouettée.

Je ne panique pas. J’improvise avec style.

Je m’avance, mes bottines à talons (probablement une erreur) claquant légèrement sur le carrelage. Je traverse la salle, sentant les regards curieux. May Wilson, la boule d’énergie sociale, s’approchant de la tanière d’Ethan “Ne-m’adressez-pas-la-parole” Blake ? C’est un événement.

J’arrive à sa table. Il ne lève pas les yeux. Il est complètement absorbé, une main tenant son livre, l’autre enroulée autour d’un mug noir d’où s’échappe de la vapeur.

Salut ! je lance, ma voix sortant un peu trop fort, un peu trop aiguë.

Rien. Je me racle la gorge.

Ethan ? Ethan Blake ? Il tressaillit.

Pas un grand mouvement, juste une tension dans son épaule. Lentement, comme s’il sortait d’une transe profonde, il lève la tête. Ses yeux rencontrent les miens. Ils sont d’un gris orageux, intenses, et pour le moment, remplis d’une profonde et pure irritation.

Il me regarde, moi, puis ma boisson rose fluo, puis de nouveau moi. Il retire un écouteur, le laissant pendre sur son sweat. Le son qui s’en échappe est un rock lourd et agressif.

Quoi, dit-il.

Ce n’est pas une question. C’est un mur. Je sens ma confiance vaciller. Mon sourire, habituellement mon arme la plus puissante, se fige sur mon visage.

Euh, salut ! On est dans le même cours de Littérature, tu sais, avec le professeur Henderson ? Celui qui sent la naphtaline ?

Mauvaise approche. Trop familière. Ethan se contente de me fixer. Son regard est si intense que j’ai l’impression qu’il analyse la structure moléculaire de mon gloss.

D’accord, mauvais départ, dis-je en riant nerveusement.

Je pose ma boisson sur la table, un contraste criard avec son livre sombre et son café noir.

Écoute, je sais que c’est bizarre, moi qui viens te parler comme ça, un lundi matin, mais j’ai une… une proposition.

Un de ses sourcils noirs s’arque.

Une proposition ?

Oui ! Une sorte… d’opportunité commerciale. Un partenariat stratégique, si tu veux. Mutuellement bénéfique.

Je retombe sur mon jargon marketing, mon filet de sécurité. Ethan Blake pose son livre. Il le pose avec une lenteur délibérée, en marquant sa page. Le son du livre se fermant résonne comme un coup de feu dans mon esprit.

— Je n’achète rien, dit-il, sa voix grave et un peu rauque, comme s’il ne l’utilisait pas souvent.

Oh, non ! Non, je ne vends rien ! m’exclamé-je.

Enfin, si. Une idée. Écoute, tu as vu les affiches pour le concours du couple parfait ?

Une lueur de compréhension – ou peut-être juste de dégoût – passe dans ses yeux.

Le truc rose et doré.

Exactement ! Celui-là ! Ridicule, non ? Tellement superficiel et… et… commercial !

Bien joué, May, utilise des mots qu’il pourrait détester.

Et alors ?

Je prends une grande inspiration. C’est le moment. Le grand saut. L’improvisation stylée.

Et alors, j’ai besoin d’y participer. Et j’ai besoin d’un partenaire.

Je fais une pause dramatique.

J’ai besoin d’un faux petit ami. Et j’ai pensé à toi.

Le silence qui s’ensuit est d’une qualité rare. Ce n’est pas un silence gêné ordinaire. C’est un silence dense, lourd, presque palpable. Je peux entendre le sifflement de la machine à expresso, le “clic-clic-clic” du clavier d’un étudiant à la table voisine, et le battement assourdissant de mon propre cœur dans mes oreilles.

Ethan me regarde. Il ne rit pas. Il n’a pas l’air confus. Il me regarde comme j’aurais regardé un problème de statistiques particulièrement absurde.

Il prend son mug noir, boit une gorgée de son café, sans me quitter des yeux. Puis, il parle. Un seul mot.

Non.

Je cligne des yeux.

Non ? Non, quoi ? Non, tu n’as pas compris, ou…

Non, répète-t-il, sa voix plate, dénuée de toute émotion.

Il prend une inspiration, et poursuit.

Non, je ne veux pas participer. Non, je ne veux pas être ton « partenariat stratégique », ajoute-t-il en mimant des guillets sur le dernier mot. Et non, je ne veux pas être ton « faux petit ami ».

Il remet son écouteur. Il reprend son livre. Il me tourne la page au nez. C’est tout. Rejetée. Fin de la conversation.

Sauf que… je suis May Wilson. Et je déteste perdre.

Surtout face à un type qui lit du Camus avant 9h du matin. Et encore plus face à Alex et Serena.

Attends, je dis, un peu plus fort.

Il m’ignore.

Attends !

Je tape ma main sur sa table. Assez fort pour faire vibrer son café.

Il lève les yeux, et cette fois, l’irritation s’est transformée en quelque chose de plus sombre. Du feu gris.

J’ai dit non, gronde-t-il.

Et j’ai entendu ! je réplique, ma propre frustration montant.

Mais tu n’as même pas écouté les termes de l’accord. Tu n’as pas entendu la partie « mutuellement bénéfique ».

Je m’en fiche.

Tu t’en ficheras moins quand tu sauras que le prix est de cinq mille dollars.

Je l’ai eu. Il n’a pas bougé, mais son regard s’est aiguisé. Il n’a pas retiré son écouteur, mais il s’est penché d’un millimètre en avant.

Cinq mille, répète-t-il, suspicieux.

Cinq. Mille. Dollars, j’articule, en m’asseyant en face de lui sans y être invitée.

Je repousse son livre (il grogne) et pose mes coudes sur la table.

Plus la couverture du magazine des anciens, mais ça, c’est pour moi. Toi, tu prends l’argent.

Il me dévisage.

Pourquoi moi ?

Parce que tu es l’opposé polaire d’Alex. Parce que tu détestes ça autant que moi. Parce qu’il n’y a aucune chance que ce soit crédible, ce qui le rend encore meilleur.

Et, j’ajoute, jouant le tout pour le tout :

Parce que tu es la seule personne sur ce campus qui a l’air de s’en foutre assez pour que ça marche.

Tu n’as aucun sens, dit-il.

Et toi, tu es impoli. On dirait qu’on est faits l’un pour l’autre, je dis avec un sourire éclatant qui ne touche pas mes yeux.

Il me regarde longuement. Il regarde mon café rose. Il regarde son livre. Puis il soupire. Un long soupir profond qui semble venir des profondeurs de son âme torturée de poète.

Tu me déranges, dit-il.

C’est un peu mon super-pouvoir, je réponds fièrement.

Il ferme son livre. Vraiment, cette fois.

Je ne sors pas avec des gens.

Parfait ! Moi non plus, je ne sors pas avec toi. C’est un faux couple. C’est du marketing. C’est une performance artistique. Pense à ça comme… une étude sociologique.

Il plisse les yeux.

Tu viens d’inventer ça.

Peut-être.

Je me penche plus près.

Écoute, Alex et Serena… l’ex et la vipère… ils vont gagner. Je ne peux pas laisser ça arriver. Tu m’aides, on gagne, tu prends l’argent, je prends la gloire. On ne se reparle plus jamais. C’est simple.

Ethan reste silencieux un long moment. Je peux presque voir les rouages tourner dans sa tête grognonne. Il calcule.

Je déteste les gens, dit-il enfin, comme un dernier avertissement.

Je sais.

Je déteste les concours.

Moi aussi, maintenant.

Et je te déteste particulièrement en ce moment parce que tu as ruiné mon chapitre.

Je t’offre deux mille cinq cents dollars pour t’en remettre, je rétorque.

Quoi ? Non. Si je fais ça, c’est cinq mille.

Pardon ? On partage ! C’est cinquante-cinq !

C’est mon prix, dit-il, son regard se durcissant.

Tu m’infliges ça, je prends le butin. Cinq mille dollars. Pour moi. Toi, tu as ta… « gloire ».

Il dit le mot « gloire » comme si c’était un déchet trouvé dans la rue. Je le regarde, abasourdie. Le culot. Le… le capitalisme !

Mais je vois son regard. Il est sérieux. Et je suis désespérée. Et 5000$… c’est beaucoup.

Tu as besoin de cet argent, n’est-ce pas ? je devine soudain.

Son visage se ferme d’un coup.

Ce n’est pas tes affaires.

Le séminaire de poésie avancée à Édimbourg, je lâche. J’ai entendu des gens en parler au cours de littérature.

Le professeur Henderson n’arrête pas de dire que personne ne peut se le payer. C’est ça, non ? Le prix couvre exactement les frais.

Le silence d’Ethan est assourdissant. Il ne dit rien, mais son immobilité est un aveu. Bingo.

Alors voilà, je dis doucement, mon ton changeant. Fini le marketing.

Tu m’aides à sauver la face, et je t’aide à financer tes rêves de poète torturé en Écosse. Tout le monde est gagnant.

Il me fixe, son regard gris orageux analysant chaque partie de mon visage. J’ai l’impression d’être disséquée.

Très bien, dit-il enfin, sa voix si basse que je dois me pencher pour l’entendre par-dessus le sifflement de l’expresso.

Très bien ? je couine.

C’est un oui ? Tu acceptes ?

Je vais le regretter, marmonne-t-il, plus pour lui-même que pour moi.

Je vais le regretter amèrement. Mais oui. J’accepte.

Je retiens un cri de victoire.

Génial ! Parfait ! Super ! Tu ne le regretteras pas !

Je le regrette déjà, dit-il en remettant son écouteur.

Maintenant, laisse-moi finir mon chapitre. J’ai besoin de calme avant de… il fait un geste vague vers moi. Avant ça.

Absolument ! D’accord ! On se voit après le cours de Henderson pour la stratégie ?

Va-t’en, Wilson.

Je m’en vais !

Je me lève, attrapant ma boisson rose, un sourire triomphant collé au visage. Je me retourne pour partir, et je ne peux pas m’en empêcher.

Hé, Ethan ? Il lève les yeux, l’air de souffrir mille morts. Règle numéro un : Ne jamais recruter ton plan B un lundi matin.

Il ne sourit pas. Il se contente de me regarder.

Règle numéro deux, répond-il, sa voix glaciale : Si ça commence par « j’ai une idée », cours.

Je lui fais mon sourire le plus éclatant, un sourire plein de paillettes et de chaos imminent.

Trop tard, je lance par-dessus mon épaule. Tu es déjà pris au piège.

En sortant du café, l’air sent toujours la panique. Mais maintenant, elle est mélangée à quelque chose de nouveau. L’odeur d’un plan absolument terrible. Et j’adore ça.

Chapters
1. Règle N° 01 : Ne jamais recruter ton plan B un lundi matin.
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