Rien a perdre

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Summary

Lina ne cherche pas à avancer : elle cherche à fuir. Son passé, ses blessures, les nuits qu’elle préfère brouiller, les souvenirs qu’elle étouffe… Elle n’a appris qu’une chose : rester seule fait moins mal que de regarder en arrière. Ses habitudes ne la sauvent pas, mais elles lui permettent d’oublier — un peu, assez pour tenir. Puis Adrian surgit dans sa vie. Calme, attentif, presque trop posé. Il ne lui pose pas de questions, mais ses yeux semblent déjà connaître les réponses qu’elle refuse d’affronter. Avec lui, Lina perd ses repères : il la rassure sans l’étouffer, l’observe sans la juger, s’approche sans jamais forcer. Sa présence devient un refuge qu’elle n’a jamais demandé, et pourtant, elle n’arrive plus à s’en détacher. Mais Adrian cache quelque chose. Ce n’est ni un mensonge criant ni une menace évidente. C’est un secret silencieux, soigneusement contenu, protégé derrière chaque mot mesuré, chaque sourire trop maîtrisé. Lina ne sait pas si ce qu’il lui offre est une chance… ou un piège qui l’attend au tournant. Elle pensait fuir son passé. Elle ne se doute pas encore que le danger pourrait venir de ce qui semble enfin la comprendre.

Genre
Romance
Author
okyiana
Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

chapitre 1

"Le monde n'est pas une scène, et je ne suis pas une actrice."

C'était ma devise, mon mantra. Ou du moins, c'était ce que je me disais chaque fois que je me retrouvais face à l'une de ces discussions où tout le monde se donne des airs. Moi, je n'étais pas du genre à jouer un rôle. J'étais juste... moi. Et ça, ça suffisait.

Comme tous les matins, j'avais failli rater mon réveil. Le téléphone posé sur la table de chevet, je l'avais regardé clignoter, me signifiant que je devais déjà être en train de courir pour allez à mon cours de sociologie. Je m'étais levée d'un coup, balayant la pièce d'un regard blasé. Mon appartement était un désordre contrôlé, un peu comme moi. Le lit défait, les vêtements éparpillés un peu partout et un tas de livres en vrac qui me rappelaient que j'étais censée étudier pour un contrôle, même si je n'en avais pas vraiment envie.

Le café - trop fort, comme toujours - avait été ma première et dernière priorité. À peine bouclé, je me dirigeai vers l'université. Je n'avais pas de grandes attentes pour cette journée, comme d'habitude. La routine de l'université, c'était un peu comme un fond sonore, presque une sorte de bruit de fond que je n'écoutais plus vraiment.

Dans le tram, il faisait encore sombre, un ciel lourd de pluie menaçante, et la lumière artificielle des néons me donnait un air encore plus fatigué. Les étudiants autour de moi parlaient de leurs projets et de leurs plans pour le week-end, et moi, je me contentais de fixer mon reflet dans la vitre, me demandant pourquoi je me forçais à continuer de participer à cette comédie sociale.

Arrivée à l'université, je traversai le campus sans grand enthousiasme. À vrai dire, je n'avais jamais été vraiment en phase avec ce lieu. Les bruits des pas précipités, les groupes d'étudiants discutant de sujets futiles, tout cela me donnait l'impression que le monde continuait de tourner sans moi. Il fallait que je fasse acte de présence, alors je l'avais fait. Une absence prolongée, une vie sociale inexistante, une pression constante... À l'extérieur, tout semblait se dérouler normalement, mais au fond de moi, tout se sentait décalé.

Les premiers cours se passèrent sans grand intérêt. Le professeur parlait de l'influence des médias sur la société, et les étudiants s'enthousiasmaient pour chaque exemple qu'il donnait, comme si cela allait changer quelque chose dans leur vie. Je jetais un œil à mes voisins, surtout à Sophie, qui semblait me lancer des regards insistants. Sophie, c'était la personne que je voyais presque tous les jours, mais avec qui je n'avais jamais cherché à me lier vraiment. Une amitié de surface, dictée par les circonstances de l'université, pas un lien profond.

Après la première heure, j'avais commencé à m'endormir discrètement sur mon cahier, les yeux fixés sur les notes, mais mon esprit déjà loin. C'est là que Sophie m'interpella, comme toujours, avec un grand sourire. Elle se pencha vers moi, en chuchotant pour ne pas déranger les autres.

- "Tu viens à la soirée ce soir ? Je t'ai réservée une place dans le taxi."

Je soufflai discrètement, essayant de cacher mon agacement derrière un sourire sarcastique.

- "Tu ne t'arrêtes jamais, hein ?" Je haussai les épaules. "Tu sais, ma soirée idéale, c'est de m'enrouler dans ma couverture et regarder des séries en faisant semblant de m'intéresser à des gens fictifs."

Elle roula des yeux, un petit sourire qui trahissait une touche de compréhension, mais elle insista :

- "Allez, Lina, tu as besoin de te détendre un peu, de sortir, de... t'amuser."

Je la regardai en coin, légèrement amusée. "M'amuser ? Comment, exactement ? M'amuser à feindre de m'intéresser à des gens que je connais à peine ? Non merci, j'ai passé l'âge."

Elle soupira mais ne persista pas. Elle savait que je répondrais toujours comme ça. Pourtant, elle ne semblait jamais vraiment déçue. Après tout, Sophie était probablement l'une des rares personnes à qui je laissais toujours une petite place. Mais même elle, parfois, m'épuisait. Elle croyait sincèrement que j'avais besoin de socialiser, mais la vérité, c'était que je n'avais pas l'énergie pour ça. Pas aujourd'hui, pas demain. Et encore moins dans un endroit comme celui-ci.

À la fin du cours, je croisais Marc, un autre étudiant de ma promo. Je ne savais même pas pourquoi il venait me parler à chaque fois. Son air un peu perdu, ses yeux trop curieux... Peut-être qu'il avait besoin de quelqu'un pour combler ses propres absences de sens. Comme moi. Il s'arrêta devant moi, ses mains serrant son sac comme s'il avait peur que je l'attaque en lui posant une question.

- "Tu viens à la soirée ? Sophie m'a dit que tu pourrais être là..."

Je le fixai pendant une seconde. C'était drôle, en un sens. Pourquoi devrais-je lui donner une explication ? Je n'étais même pas sûre d'avoir envie de lui parler. Mais bon, je me devais d'être polie. Enfin, un minimum.

- "Tu sais, Marc, je suis vraiment désolée, mais ce soir, je vais devoir refuser." Je lui lançai un regard amusé. "Je suis un peu trop cool pour ça."

Je savais qu'il ne comprenait pas, mais ce n'était pas grave. Il hochait la tête, gêné.

- "Ok, pas de problème..."

Il s'éloigna un peu trop vite, et je sentis un pincement dans ma poitrine. Pourquoi ce malaise ? Je n'avais pas de raisons d'être mal à l'aise. Mais chaque fois que je rejetais quelqu'un comme ça, il y avait toujours une petite voix dans ma tête qui me reprochait de ne pas leur donner une chance.

Les heures s'étiraient après ça. Chaque minute semblait plus longue que la précédente. La bibliothèque m'attendait, mais je n'avais pas l'envie d'y aller. C'était à peu près comme mes études : je les faisais par nécessité, mais je n'étais jamais vraiment investie. La pression, les attentes, tout ça me pesait comme un poids. Et même si je n'en parlais à personne, je savais que mes parents étaient inquiets. Mon père, surtout, lui qui avait toujours voulu que je sois parfaite. Il était médecin, il avait cette vie ordonnée, ses ambitions claires. Et moi, je n'étais que la fille qui vivait dans son ombre, sans savoir comment m'en sortir.

Ma mère, elle, était différente. Plus douce, plus émotive. Mais même elle avait fini par me laisser faire ce que je voulais. C'était comme si, au fond, j'avais toujours su que je serais seule à gérer ma vie. Et ça m'allait, d'une certaine manière. Mais parfois, surtout dans les moments où je me retrouvais à repenser à eux, à leur déception silencieuse, une petite question persistait dans ma tête : est-ce que je faisais ça pour eux, ou pour moi ?

De retour chez moi, je m'assis dans mon canapé, je me servie un verre d'alcool pas trop fort mais pas trop doux non plus, je laissai ma tête reposer contre le coussin, fixant le plafond. Pourquoi avais-je accepté cette invitation ? Pourquoi avais-je encore l'impression qu'il me manquait quelque chose ? Une étincelle de folie, peut-être ? Mais à quoi bon ? De toute façon, tout ça finirait par être une autre soirée de petites conversations sans importance.

Je pris une grande inspiration. Une petite folie ne ferait pas de mal. Peut-être. Mais, au fond, je savais que je serais là, à faire semblant. Comme toujours.

Le message de Sophie sonna, comme une cloche de vérité. "Je t'attends en bas dans 20 minutes. Habille-toi, et viens me rejoindre. Si tu n'es pas là, je viens te chercher."

Je n'avais plus d'excuses, plus de raison de dire non. La vérité, c'était que j'avais peur de rester seule ce soir. Peut-être que la soirée, cette simple soirée entre étudiants, serait différente. Ou peut-être que je m'éloignerais à nouveau, laissant la fête derrière moi, comme je l'avais toujours fait.

Je jetai un coup d'œil à ma garde-robe, m'arrêtant sur une robe noire simple, mais élégante, qui m'avait été offerte par ma mère il y a quelques mois. Je n'avais jamais vraiment eu l'occasion de la porter, et la vue de cette robe m'évoqua quelque chose d'autre, un côté de moi que j'avais mis de côté. C'était peut-être le moment de le raviver, juste pour une soirée.

Je me levai, le cœur battant un peu plus vite que d'habitude. Cette soirée allait peut-être m'apporter plus que je ne l'imaginais.