Le coffret du crépuscule Dispo en AE

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Summary

Après six années passées à étudier les mythes et légendes de la culture vaudou à Haïti et en pays Cajun, Magali, jeune doctorante en anthropologie, s’apprête à rentrer en France. Avant de partir, elle se rend à La Nouvelle-Orléans pour célébrer les 150 ans du carnaval et rendre hommage à James, son ancien amour disparu lors de l’ouragan Katrina. Dans l’euphorie du carnaval, une vieille femme lui propose un étrange pendentif en forme de clef, sculpté dans l’os. Sitôt passé à son cou, Magali est transportée dans le bayou, où les Lwa, les esprits du panthéon vaudou, lui confient une mission : aider l’un des leurs à mettre fin à un sombre pacte. De retour à Paris, où elle prépare une exposition sur le vaudou, elle croise Justine Lafleur, l’assistante d’un excentrique collectionneur. Dans la boutique du mécène, les deux femmes découvrent une boîte scellée de mystères, gravée de vévés, les symboles vaudous, et qui pourrait bien être la clef de la quête de Magali. Les signes s’accumulent, les esprits s’éveillent… Au cours de ses aventures, Magali rencontrera Luc, cavalier de la Garde Républicaine qui ne la laisse pas indifférente. Mais son cœur peut-il s’abandonner alors qu’une force divine attend son salut ? De plus, Luc n'est peut-être pas l'homme qu'il prétend être. Et si les Lwas l'avaient mis sur son chemin pour la mettre à l’épreuve ? Entre passion, secrets, rencontres spectrales et rituels oubliés, Magali devra choisir entre l’amour d’un homme et le destin confié par les dieux…

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10
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n/a
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18+

LA PARADE DE CARNAVAL

— Non, n’insiste pas Hawk, je ne viendrai pas, dit Magali.

Elle écouta son correspondant, silencieuse tout en entourant son doigt avec le fil du téléphone. Marie-Adeline, sa logeuse, faisait semblant de ne pas entendre depuis son rocking-chair.

— Je sais bien que Liv sera là aussi, mais comprends-moi, ce n’est pas toi qui as accompagné le Shérif pour annoncer à sa famille qu’il était mort! Cela a été dur pour eux de procéder à une cérémonie funéraire sans le corps de leur fils! répondit-elle. Je ne ferai pas le déplacement!

Elle raccrocha et monta dans sa chambre finir d’empaqueter l’ensemble de ses bagages, en vue de son retour en France. Elle aperçut et attrapa le sac tactique qui était au fond de l’armoire. Elle en sortit le contenu afin de le répartir dans ses différentes valises. Elle se saisit de la photographie d’elle et James devant une maison qu’ils avaient aidé à évacuer.

— James…, souffla-t-elle sentant les larmes arriver.

— Tu repenses encore à lui? demanda une voix derrière elle.

— Oui, répondit-elle à Marie-Adeline qui venait d’entrer dans sa chambre.

Magali s’était toujours demandé comment l’Afro-américaine de quatre-vingts ans, rendue aveugle suite à tir de grenade d’un policier dans les années cinquante, arrivait à se déplacer sans risque dans sa maison.

— Il est en paix, où qu’il se trouve, lui dit Marie-Adeline d’une voix réconfortante.

— Oui, mais il me manque. Nous n’aurions jamais dû aller aider les habitants de La Nouvelle-Orléans. Tout est de ma faute, c’est moi qui l’ai poussé à se porter volontaire.

— Il connaissait les risques. Vous avez, avec votre groupe de l’université d’État de Pensacola, sauvé un grand nombre de gens qui était dans le besoin suite au passage de l’ouragan Katrina.

Marie-Adeline approcha et la prit dans ses bras. Magali pleura.

— Hawk a raison, il faut que tu ailles au défilé. Si tu ne veux pas participer à la parade, il comprendra, mais c’est important que tu y sois. Les autorités ont tout fait pour que le cent-cinquantième anniversaire ait lieu.

— C’est trop dur, je ne peux pas y aller, sanglota-t-elle. J’ai peur de ne pas être à la hauteur et de craquer.

— Marie-Adeline tourna la tête vers la porte.

— Kate! appela-t-elle. Peux-tu m’apporter l’adresse de ton cousin? Melvin t’hébergera, il est dans le Garden District. Je l’ai prévenu de ton arrivée, il t’attend.

Kate, la petite fille de Marie-Adeline, arriva avec la carte et prit Magali à son tour dans ses bras pour la consoler.

— Prends la Dodge de Rubbens dans le garage, suggéra Marie-Adeline.

— Mais, c’était celle de ton mari!

— Oui, et comme tu le vois, je ne peux conduire et lui ne s’en servira plus jamais.

— Merci, Marie-Adeline, je ne sais pas ce que j’aurais fait sans ton aide, dit-elle en séchant ses larmes.

Magali prit quelques affaires et attrapa les clefs de la Dodge Monaco. Elle ouvrit le garage. La voiture arborait encore les couleurs blanches et vertes de la police de Miami Dale où Rubbens avait travaillé. C’était son dernier véhicule de patrouille, offert comme cadeau de départ en retraite. Elle s’assit au volant et mit le contact. Le V8 démarra au second tour de clef. Elle fit signe aux voisins qui guettaient toute activité de police dans le quartier. Magali savait qu’il vendait tout un tas de produits pour être déjà allée acheter, auprès d’eux, un peu d’herbe pour les douleurs de Marie-Adeline. Elle prit la direction de l’Interstate-10 et alluma le radiocassette, ce dernier se mit à jouer de la musique country du célèbre Willie Nelson.

La route était bordée d’arbres masquant la vue des paysages environnants. Les quelques trouées permettaient d’apercevoir les terres maraîchères du nord de la Floride. Au bout de deux heures, Magali passa au-dessus de Mobile Bay avant d’arriver dans la ville du même nom. La circulation était fluide malgré les nombreux camions. Elle quitta l’Alabama pour entrer dans le Mississippi. Elle fit une courte pause après avoir franchi le fleuve Pascagoula. La route jusqu’en Louisiane montrait, à partir de là, encore les stigmates de l’ouragan Katrina. Elle sortit de l’Interstate et s’arrêta à la station Exxon de Slidell. Le gérant vint lui refaire le plein. Magali regardait dans le vague. Elle se revoyait il y a six mois dans le Bus jaune de l’école qui les avait conduits jusqu’en Louisiane depuis l’université. C’est ici qu’ils s’étaient arrêtés.

On leur avait procuré un sac tactique, à l’intérieur, ils avaient trouvé des médicaments, des bandages, une pelle, des gants. Ils s’étaient tous changés. La tenue militaire qu’on leur avait fournie était surtout pratique et avait servi d’uniforme pour les sauveteurs. Ils avaient pris place ensuite dans des camions de la Garde Nationale et avaient traversé le pont pour arriver dans la West Area de La Nouvelle-Orléans. Par endroits, le véhicule s’enfonçait dans plus d’un mètre d’eau. Ils furent assignés aux quartiers noirs qui avaient été les plus touchés. Avec James, Hawk et Liv, ils étaient en charge d’aider les familles à récupérer les quelques biens qui pouvaient être sauvés. Le désespoir affectait tous les habitants de La Nouvelle-Orléans.

Elle se souvint de la famille Legalle. Ils avaient tous quatre participé à leur évacuation. Elle les avait accompagnés dans le deuil de leur enfant en se servant de ses connaissances de la culture vaudoue. Elle avait ainsi conduit, à leur demande, un rite pour que son âme soit conduite vers le Baron Samedi[1]. Le lendemain, la nouvelle avait fait le tour du camp de réfugiés et nombreux furent ceux qui la sollicitèrent pour des offices similaires. Elle avait pris conscience du rôle de ses cérémonies afin d’aider les rescapés à accepter la disparition de proches. Très vite, les déplacés la surnommèrent la fille de Maman Brigitte, la femme du Baron Samedi, car elle ressemblait physiquement à la déesse vaudoue rousse à la peau blanche.

Alors que son regard se portait vers La Nouvelle-Orléans à seulement quelques kilomètres de là, une ombre sombre passa devant elle. Tout autour d’elle tourbillonna et elle se retrouva sur cette digue au moment où un arbre la percuta, elle et James s’étaient retrouvés au point d’impact et il l’avait poussé vers Liv et Hawk avant que la partie sur laquelle ils se trouvaient ne lâche. Lui n’avait pas eu cette chance et il était désormais balloté par les flots qui s’écoulaient de la trouée. L’arbre était encore bloqué et James remontait difficilement le tronc pour rejoindre ses camarades. Hawk lui avait lancé une corde, James la tenait d’une main. Tout à coup, Magali sentit le sol se dérober sous leur poids et ils durent se déplacer. L’arbre bougea, James touchait du bout des doigts la main de Magali qui s’était allongée pour essayer de l’agripper. Puis l’arbre céda. Magali lut la surprise et l’horreur dans les yeux de James, sa bouche forma une dernière phrase et il disparut dans les flots d’où il ne remonta jamais.

Le gérant la rappela à la réalité, elle le remercia, les yeux embrumés, paya et repartit pour l’appartement de Melvin. Tout le long du trajet, elle observait les stigmates de Katrina. Les larmes lui vinrent quand elle passa sans s’en rendre compte non loin de l’emplacement de la digue. Elle arriva et se gara derrière la voiture de patrouille de Melvin.

— Salut, Melvin, salua-t-elle les yeux encore rougis par les larmes.

— Salut, comment vas-tu? l’accueillit-il en la prenant dans les bras. Je sais que cela est dur pour toi de revenir ici.

— Merci, Melvin, souffla-t-elle sentant la musculature de ce dernier.

— Je suis content que tu sois là.

— Je peux t’emprunter ta salle de bains?

— Sans problème, je nous prépare à manger.

— Au sortir de la douche, elle huma les douces odeurs du bacon accompagné d’œufs que Melvin avait fait revenir à la poêle.

Après le déjeuner, Melvin la déposa en bonne place sur St Charles avenue. Elle était aux premières loges pour assister à la parade. La foule autour d’elle était constituée d’habitants de la Louisiane venus avec leurs enfants, certains parents avaient leurs progénitures sur leurs épaules. Où étaient-ils quand il avait fallu déblayer les restes des maisons emportées par l’ouragan? Quand elle avait fermé les sacs mortuaires? Magali serra les poings, les larmes lui venaient quand soudain la liesse de la foule lui fit lever la tête. Un des premiers chars arborait une pancarte demandant au Président de la République Française de racheter la Louisiane! La foule autour d’elle semblait répondre à l’unisson à cette requête tant les dévastations de l’ouragan étaient encore visibles et les aides à la reconstruction pratiquement inexistante. Le suivant fut celui d’hommes en gilets de sauvetage. La rue explosa sous les applaudissements envers ceux qui leur avaient porté secours. Arriva le char des volontaires de Floride dont elle avait fait partie. Magali ne vit pas Hawk lui faire signe depuis le char, trop absorbée par l’arrivée de celui de l’insécurité intérieure avec Neptune, le dieu de la mer, assis dans un fauteuil au sein d’une représentation d’un salon dévasté.

— Mademoiselle Hauhenbach?

— Oui, répondit Magali inquiète en se retournant vers le policier qui l’interpellait.

— Veuillez me suivre, ordonna-t-il.

Elle emboîta le pas au policier. Elle fut hissée sur le véhicule décoré des volontaires de Floride. Hawk vint à sa rencontre la prit dans ses bras, Magali lui sourit puis sauta dans les bras de Liv. Hawk lui donna un gilet de sauvetage, uniforme des volontaires de Floride pour cette parade.

— Je suis content que tu sois finalement venue! s’exclama Hawk.

— C’est Marie-Adeline qui a insisté pour que j’assiste à l’événement, expliqua-t-elle.

— Elle a raison, c’est dur pour nous tous, mais nous nous devons être là en mémoire des habitants et des sauveteurs.

Magali observait depuis le char la foule amassée. Au début timidement, elle renvoyait leurs saluts puis se laissant entraîner, elle commença à danser sur le char avec les autres volontaires, puis avec Live et Hawk, ils descendirent. La farandole qu’ils exécutaient tout autour du char la faisait virevolter dans tous les sens. Les larmes s’envolaient alors qu’elle tournait sur elle-même entraînée par la musique diffusée depuis le char. Par moment, elle faisait une grimace à un enfant qui éclatait de rire en réponse. Des images d’elle et de James lui revenaient par moment, le souvenir de cette vie à deux, des moments tendres et joyeux.

Ils traversèrent plusieurs quartiers. Seuls le French Quarter et le Garden District étaient pratiquement intacts. Est-ce que les dieux vaudous avaient protégé ces quartiers emblématiques et historiques ou bien est-ce que les constructions avaient été mieux étudiées? Ils atteignirent enfin la zone de regroupement à côté de l’U.S. Postal service sur Loyola Avenue. Hawk la guida vers les rafraîchissements qui les attendaient. Le reste de l’équipage lui souhaita la bienvenue, content de la retrouver.

— Heureuse que tu te sois jointe à nous, lui dit Liv en la serrant dans ses bras.

— C’est trop d’émotions ici, lui répondit Magali en séchant ses larmes.

— Je sais, répondit Liv, elle aussi avait les yeux rougis.

Une fois tous les chars des secouristes réunis, un pasteur célébra une courte messe en mémoire de ceux qui avaient donné leurs vies pour aider les sinistrés. Magali pleura quand elle entendit celui de James, ils avaient vécu ensemble pendant près de deux ans. Liv la prit dans ses bras afin de la consoler.

Elle partit avec ses deux amis pour assister à la fin de la parade depuis l’Harmony Circle. Elle put ainsi apercevoir Elijah Wood et Michael Keaton sur leurs chars. Quand vint celui de Willie Nelson, la nuit était tombée. Elle arriva à s’approcher du véhicule et fut invitée avec Hawk et Liv à finir les cinq cents derniers mètres de la parade en compagnie du chanteur country.

— Bienvenue à bord, lança le country-man. Vous connaissez ma musique?

— Le mari de ma logeuse était un grand fan.

— Et toi? Voulut-il savoir.

— J’aime bien, j’ai écouté vos titres sur la route pour venir ici.

— Tu veux une dédicace?

— Cela serait avec plaisir! s’exclama-t-elle avec un grand sourire.

Willie Nelson défit son bandana rouge et le signa puis l’offrit à Magali.

— Tiens, un souvenir!

— C’est trop d’honneur!

— Tu fais partie des volontaires qui ont aidé la ville, c’est moi qui suis honoré de te donner ce bandana. Maintenant, rends-toi sur Bourbon Street, tu verras, c’est super, et la vie a repris là-bas! Tu pourras alors mesurer ce que tes actions ont permis d’accomplir.

Elle rejoignit Hawk et Liv qui attendaient à côté du char des secouristes.

— Willie Nelson m’a conseillé de me rendre sur Bourbon Street, vous m’accompagnez?

— Désolé Magali, avec Liv, nous rentrons à notre chambre d’hôtel, s’excusa Hawk en serrant dans ses bras sa copine. Demain matin, nous reprenons la route pour la Floride et nous voudrions profiter de ce moment tous les deux. Et toi, quand retournes-tu en France?

— Lundi de la semaine prochaine, dit-elle avec tristesse.

— Alors, profite de tes derniers jours ici! l’enjoignit Liv en la serrant dans ses bras.

Magali partit à pied vers Bourbon Street. Elle passa le bandana autour de son cou. La rue était étroite pour une rue américaine. Chaque bâtiment, ou presque, avait un balcon. Le premier était situé au-dessus de Husler Hollywood. Sur celui-ci, de jeunes femmes de son âge étaient très courtes vêtues et distribuaient des colliers de perles de différentes couleurs et invitaient certaines passantes à les rejoindre tout en se trémoussant ou adoptant des poses lascives. Magali fut appelée, mais elle déclina. Elle se laissa guider par ses pas et à chaque balcon en fer forgé se tenait des individus qui lançaient les précieuses parures de plastique. Juste en face du Hard Rock café, une foule était rassemblée. Magali leva la tête et vit Britney Spears qui en proposait elle aussi. Magali réussit à en attraper un collier de perles roses. Elle continua de déambuler, obtenant ici et là quelques sautoirs colorés. Plus elle avançait, plus elle croisait des groupes de jeunes passablement éméchés. Les filles soulevaient leur T-shirt afin de récupérer des colliers de perles de différentes tailles en montrant leur poitrine. Certaines n’hésitaient pas à s’embrasser pour en gagner d’autres.


[1] Dieu de la Mort dans la religion vaudoue