Amour d’enfance

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Summary

Lorsqu'on parle d'amour d'enfance, on imagine souvent le premier sourire maladroit, les heures passées à rire pour rien, ou cette personne avec qui on voulait passer... eh bien, toute la récré. Mais pour moi, il a été bien plus qu'un simple crush : il a été mon ami, mon camarade, ma conscience, mon partenaire de quatre cents coups. Sans même que je m'en rende compte, je m'étais déjà profondément attachée à lui, parce qu'il était d'abord celui à qui je voulais donner du bonheur, celui que je voulais protéger, et inversement. Pendant des années, il n'y a eu rien d'autre entre nous que cette envie mutuelle de veiller à ce que l'autre soit heureux. Et puis, lentement, imperceptiblement, notre histoire a changé : de "tu es mon meilleur ami pour la vie" à "je ne te reconnais plus", pour enfin devenir "tu es l'amour de ma vie".

Genre
Romance
Author
Serena E
Status
Complete
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
16+

Partie 1: la balançoire des merveilles

Cela devait être lors de ma sixième année (j’avais six ans). Je jouais dans la cour de la maison lorsqu’un ballon traversa à toute vitesse la barrière qui séparait notre maison de celle des voisins et vint finir sa course sur mon front, me faisant tomber en arrière. Fort heureusement, j’atterris sur mes fesses.

La première pensée qui m’était venue en tête, c’était : « je vais tuer celui qui m’a fait ça ». Mais la beauté du ciel ce jour-là m’avait tellement fascinée que j’en oubliai la raison de ma position. Je fus tirée de ce moment de contemplation par une voix inconnue :

-Mon Dieu, mon ballon l’a frappée tellement fort qu’elle ne peut plus parler... Ahlala, ahlala, qu’est-ce que je vais faire ? MAMAAAAAAN ! PAPAAAAAAA !

Et il s’en alla.

-C’était qui, ce garçon étrange ? murmurai‑je.

Mes parents, alertés par le bruit, sortirent à toute vitesse. Ils me posèrent une tonne de questions qui ne faisaient que m’ennuyer davantage. Ma mère, étant infirmière, courut dans la maison chercher son matériel d’infirmière afin de voir si tout allait bien, et mon père affichait une mine paniquée.

Tout ceci juste à cause d’un ballon ; voir papa avec cette expression de détresse, c’était drôle. Maman revint quelques minutes plus tard, accompagnée du garçon bizarre.

-Elle est là, maman, faites vite, il ne faut pas qu’elle meure ! dit‑il.

Apparemment, papa n’était pas le seul à paniquer. Les parents du garçon saluèrent mon père puis demandèrent la permission d’entrer pour mieux expliquer la situation, ce que papa accepta sans plus attendre.

Nous nous retrouvâmes tous dans le salon : moi assise entre papa et maman, et en face de moi le garçon bizarre.

-Comme je vous le disais, mon fils n’a vraiment pas fait exprès et ne voulait blesser personne ; d’ailleurs il nous a tout de suite appelés après avoir vu votre fille par terre sans réaction, expliqua le père du garçon.

-Et d’ailleurs nous prendrons en charge les frais médicaux s’il y en a, ajouta sa mère.

Elle regarda son fils comme pour lui dire quelque chose et il se leva aussitôt.

-Toutes mes excuses, je ne taperai plus mon ballon si fort, dit‑il.

-D’accord, acceptai‑je ses excuses sans vraiment comprendre pourquoi il s’excusait.

Ma mère rit en voyant cela et expliqua à la dame qu’il n’y avait rien de grave : elle voulait juste se rassurer que j’allais bien, vu ma condition physique, mais il y avait eu plus de peur que de mal.

-Est‑ce que je peux retourner regarder le ciel ? demandai‑je en regardant mes parents.

-Le ciel ? Euh... d’accord, mais emmène aussi le voisin avec toi, vous pourriez faire connaissance ainsi, me dit papa.

Je ne voulais pas trop qu’il m’embête mais, vu que c’est papa qui le demandait...

-D’accord, suis‑moi, voisin, l’invitai‑je.

- Je m’appelle Christian, me dit‑il.

-Oh, c’est joli, Christian. Moi, je m’appelle Stella, j’ai six ans et bientôt je vais rentrer au CP. D’ailleurs tous mes amis...

Et c’est ainsi que je fis la rencontre de Christian. Au début je le trouvais bizarre : il ne parlait pas beaucoup et, la plupart du temps, c’est toujours moi qui proposais des jeux ; lui, il me suivait, peu importe. Avec les autres enfants aussi il ne parlait pas beaucoup ; par contre, lorsque ses cousins venaient lui rendre visite, c’était tout autre chose. Mais même là, il ne m’oubliât jamais.

Bien qu’il fût un peu plus âgé, il me suivait toujours dans mes aventures, et même quand je cherchais des embrouilles il me protégeait, quel que fût l’âge de celui qui se trouvait en face de lui. Cela me rappelle cet après‑midi d’août : je venais de souffler ma huitième bougie lorsque, me tournant vers Christian, je lui dis :

-Je veux essayer mon nouveau vélo.

-Oublie ça, Stella, tata Colette risque de nous tuer si elle nous attrape — et je dis « nous » parce que je sais que tu vas m’embarquer avec toi, me répondit‑il en mettant une bouchée de gâteau dans la bouche.

-Oui mais si on ne se fait pas prendre, elle ne le saura pas, dis‑je d’un air malicieux. Allez, viens.

Je le pris par le bras et l’emmenai jusque dans la cour où se trouvait l’objet de mes désirs.

-Salut mon beau, dis‑je au vélo — maintenant c’est entre toi, moi et lui.

Sans plus tarder, je grimpai sur mon vélo et partis attendre devant le portail de Christian afin qu’il me rejoigne avec le sien.

- C’est vraiment une très mauvaise idée, Stella, je te le dis, me dit‑il en soufflant.

- Allez, le dernier arrivé est une grosse pomme pourrie ! riai‑je en commençant à pédaler.

J’étais si contente ce jour‑là, je me sentais si libre et je ne voulais pas que ça s’arrête. Mais je me heurtai à quelque chose, perdis l’équilibre et tombai.

- Aïe ! gémis‑je en me frottant le bras.

Une gigantesque ombre se plaça devant moi et, quand je levai les yeux, je rencontrai ceux d’un garçon qui devait être au collège. J’étais tétanisée par sa carrure imposante et son aura menaçante.

- Dé... désolé, murmurai‑je.

- Tu es désolée ? N’importe quoi ! Tu viens de me faire tomber, je te signale, et il faut payer.

- Mais je... je n’ai pas d’argent, dis‑je d’une voix tremblante.

Des larmes commencèrent à couler le long de mes joues. Je regardai derrière moi, mais aucune trace de Christian : je roulais tellement vite que je ne m’étais pas rendu compte que je l’avais distancé.

- REGARDE‑MOI, SALE MORVEUSE !

- P... pardon, je ne le referai plus, pleurai‑je en joignant mes mains. S’il vous plaît, laissez‑moi partir.

Il se mit à rire, suivi de ses amis. Puis il s’accroupit devant moi ; après m’avoir tendrement caressé la tête, il me dit d’un ton doux :

- Vu que tu ne peux pas me donner d’argent, je vais me faire payer autrement.

Il se releva et commença à frapper mon vélo, le déformant et abîmant sa couleur.

- Arrêtez, s’il vous plaît — mon vélo tout neuf ! s’écriai‑je.

Je courus vers eux en essayant de les empêcher de fracasser encore plus mon jouet, mais ce fut sans succès : l’un d’eux me repoussa violemment en arrière ; mon frêle corps fut projeté sur le goudron, m’égratignant la peau et me salissant au passage.

- Mon joli vélo... pleurai‑je.

Les larmes continuaient de couler lorsque je sentis quelqu’un me tenir le bras et me relever.

- Chris... Christian, pleurai‑je. Il... il... Christian, il... mon vélo, mon joli vélo tout neuf.

Je n’arrivais pas à formuler une phrase cohérente tant ma gorge était nouée et ma vue trouble. Christian m’emmena loin du goudron et me fit asseoir sur un banc, près de l’arrêt de bus.

- Tiens, prends ça et ne bouge pas, me dit‑il en me confiant son vélo et sa casquette.

- T’es qui, toi ? entendis‑je demander.

La suite est encore floue, car je ne me rappelais que des bruits de coups qui pleuvaient çà et là. Je me sentais tellement coupable et impuissante que je ne voulais pas relever la tête.

- Tire‑toi de là, les gars, c’est un fou, entendis‑je.

La minute d’après, je vis Christian me tendre son mouchoir. Accroupi face à moi, il affichait un sourire sincère, si différent de celui du garçon.

- Mais Christian... tu es blessé, tu es blessé partout ! pleurai‑je.

Il posa une main sur ma tête et caressa mes cheveux pour me réconforter.

- Malheureusement, ton vélo est mort, mais je pense qu’on peut le réparer, sourit‑il. Allez, viens là et arrête de pleurer : ces méchants garçons n’oseront plus te faire de mal.

Il me prit dans ses bras et nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce que mes larmes cessent de couler.

- Viens avec moi, me dit‑il une fois que j’eus retrouvé mes esprits.

- On va où ? demandai‑je, mi‑curieuse, mi‑réticente.

- Tu verras, me sourit‑il.

Il y a bien une chose que j’ai toujours appréciée chez Christian : peu importait ce qui pouvait se passer autour de nous, il cherchait toujours un moyen de me faire sourire et de me faire oublier mes peines. C’est ce même jour que je l’avais compris, lorsqu’après avoir marché un peu, il me présenta...

- La balançoire des merveilles.

- La balançoire des merveilles ?

- Oui, oui, c’est une balançoire magique, me dit‑il.

- Arrête de me mentir, Christian. Je sais bien que la magie, c’est juste à la télé ; sinon ça n’existe pas en vrai.

- Bah, essaye si tu doutes, me proposa‑t‑il.

J’hésitai un moment, puis finis par accepter : après tout, c’était Christian, le monde entier pouvait être méchant, mais jamais lui. Je voulus m’asseoir, mais il m’arrêta.

- Ah ah, cette balançoire est magique et donc on ne la monte pas comme toutes les autres balançoires, me dit‑il.

- Ah bon ? Et comment dois‑je la monter ? demandai‑je.

Il se mit debout sur la balançoire et m’invita. Une fois dessus, il redescendit pour prendre de l’élan afin que nous puissions nous balancer d’avant en arrière, puis cria :

- Et surtout, accroche‑toi bien !

Une fois l’élan pris, il sauta pour me rejoindre et ensemble nous nous balancions d’avant en arrière en riant aux éclats, comme les enfants insouciants que nous étions.

Nous avions continué longtemps, jusqu’à ce que le soleil se couche.

- On doit rentrer, Stella, me prévint Christian, comme pour me préparer mentalement à ce qui allait suivre.

- Je sais, soufflai‑je, maman va nous massacrer.

- Oui, tata Colette va nous massacrer.

Après un dernier soupir, nous prîmes la route du retour. Devant nos parcelles, il y avait des voitures de police et nos parents dans tous leurs états; nos mamans coururent toutes les deux vers nous en larmes et le cœur battant.

Une fois la tension retombée, l’officier de police nous posa des questions pour savoir où nous étions et pourquoi nous étions dans cet état. Ce fut Christian qui expliqua tout, car j’étais bien trop honteuse pour le faire. Une fois la nuit tombée, les esprits calmés et les corps propres et soignés, ce fut l’heure des punitions, et cette soirée fut l’une des plus douloureuses de nos vies.

Mon enfance fut en tout point normale et assez basique, bien qu’il arrivât quelques péripéties de temps en temps ; la vie était toujours douce, simple et agréable... enfin, ça, c’était jusqu’à ce que Christian rentre au collège.

Le collège, cette étape tumultueuse de nos vies, on aurait dû s’en douter, car dès le premier jour, en voyant Christian arriver et nous dire...